COMBIEN TU M'AIMES ?, de Bertrand Blier (France-2005) : Putain de 3 Grâces ! (Image, son et syndrome Azéma)

Publié le par Dr Devo

(Photo : Affiche de THE PLOTCH, film fictif produit par le Dr Devo dans le cadre d'un jeu sur le site Cinéjeu, et premier film virtuel produit par Matiere Focale Prod ! Affiche réalisée par Dr Devo.)

Chères Sarahs, Chers François,
 
Tiens, c'est marrant, tandis que j'attendais dans la salle, bien en avance, je me disais : "Tiens, t'as déjà ta première phrase pour l'article."
Abel Ferrara, Woody Allen (malgré son MATCH POINT) et aujourd'hui, Bertrand Blier, ça va, merci, ça assure, ça sent la pointure aujourd'hui sur Matière Focale. On a déjà parlé de Blier il y a peu, me disais-je avant le film, mais après vérification, c'était en mai ! Tempus fugit, ça fout les boules !
 
Si on parlait un peu de dignité ? OK, si ça vous va, moi ça me va. Ça fait un petit moment qu’on n’a pas parlé de nos amis les Critiques Professionnels. [Professionnel est d'ailleurs un mot très imprécis, un abus de langage presque ; il faudrait dire officiel, même si ces critiques sont effectivement des professionnels. Officiels me paraît être plus caractéristique.] Je voulais aller voir les critiques ce matin sur allocine.com, mais là, je n’ai pas eu le courage, et je me suis arrêté à Libération. Bon, il y en a qui détestent Blier par délit de sale gueule. Ça m'arrive à moi aussi, surtout pour les acteurs, et vous savez quoi ? On va même en parler ici, du délit de sale gueule. Tout à l'heure. Mais, délit de sale ou pas, on doit être juste, et encore plus quand on est un Pro. J'ai failli pleurer en relisant, pourtant, la critique de Libé hier, après la séance. Ne pas aimer n'est pas un pêché. Mais une critique d'une telle idiotie... Que c'est malhonnête...
 
Par pitié, chers lecteurs que j'adore, arrêtez de lire les critiques. Vous verrez plus de bons films en allant au ciné au hasard qu'en lisant la Critique Officielle. Voir à ce sujet mon splendouillet article sentimental et fantastique (et donc complètement bluastro !) SI J'ETAIS PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE.
 
[Fais un rêve. Mes collègues Pierrot, KUHE IM HALBTRAUER et NadjaLover, nous faisions un blog de vigilance critique. Nous sommes tous les quatre bien différents, mais je pense que notre vision de la critique arrive à la même conclusion. Je sais que KUHE n'aime pas Blier, mais je suis sûr également que la critique de Libé le dégoûterait, parce c'est quasiment un meurtre par bêtise.
Je vous propose tous les quatre de faire un blog où l’on consignerait tous les articles vraiment dégueulasses et mensongers de l'année critique. Pour ne pas oublier, et enfin pour noter les critiques, comme au Gault ET Millaut. Pour qu'il reste une trace. Je veux bien m'en occuper, mais je ne le fais pas seul.
Le drame, c'est que tout le monde oublie que tel ou tel article était dégueulasse, qu'il tuait le film sur sa gueule, ou parce qu'il méprise le réalisateur, ou au contraire qu'il cire les pompes d'un autre parce que c'est un copain, ou parce que son journal soutient la distribution du film, etc.
Ça serait un site de fiches, une fiche par critique... ]
 
Passons. Piqûre de rappel. MON HOMME fut une expérience délicieuse. On considèrera que Blier est sans doute un des rares français qui n’ait pas à rougir d’être réalisateur, un des seuls encore en prospection, qui prenne des risques et propose des pistes de cinématographe. Pas de répétitions ici, sinon internes. Allez, on peut l’y mettre, le bonhomme, dans le club des Grands. Avec les Straub, Garrel, Cavalier et deux ou trois autres. Blier a un atout en plus, enfin si on veut : c’est le plus populaire. La France n’est pas une terre féconde en Lars Von Trier, et il faut s’y faire.
 
Bernard Campan (ben oui, je sais…) est un employé de bureau. C’est tout. Il tombe en béatitude devant une pute au corps de déesse, Monica Bellucci. Une pute chic, à 150 euros la passe, enfin moi j’en sais rien, mais une pute classe disons, et effectivement très belle. D’origine italienne, avec accent presque exagéré et tutti quanti, bien sûr, bien sûr. Campan propose un étrange marché à Monica. Pas en fanfaronnant, mais timidement justement, du bout des lèvres, naïvement, avec la foi du charbonnier. C’est la situation qui est extraordinaire, c’est sa proposition qui est hors norme. Le personnage lui est commun (chose qui se perd dans le cinéma populaire d’ailleurs).
Comme il a gagné au loto, il propose à la pute Monica un marché « de dupe » comme dirait le poète (déjà deux citations en deux semaines !). Il la paye 100 000 euros par mois, jusqu’à qu’il n’ait plus un rond, pour qu’elle devienne sa compagne. Elle accepte, après avoir demandé un acompte tout de même, et elle emménage chez lui. Mais ce n’est pas facile pour Bernard. Fragile du cœur, tu m’étonnes, le bonhomme a du mal à réaliser, et la divinité palpable de Bellucci le fait défaillir. Ce n’est pas coton. Pourtant, la Dame y met du cœur et du talent, et du cerveau aussi. Le couple hors-norme, et même impossible, prend un peu ses marques. Mais il faut souvent que Jean-Pierre Darroussin, meilleur pote de Bernard et docteur, intervienne et mette un peu le holà. Faut pas trop l’exciter, mon Bernard, c’est une santé fragile, et il faut le ménager. Le désir c’est difficile, déjà, et l’Amour alors, c’est un Mystère insoluble, impossible. Le parcours du combattant, en autant de mots que vous voulez, commence… Ça feutre, mais ça fait mal, et un long voyage commence dans la nuit…
 
Voilà. On ne peut rien dire de plus. Il y a trois millions de choses à dire sur le film, mais ne pouvant être précis que sur peu d’éléments, votre virginité spectatrice en dépendant, on va faire au plus serré, au plus basique et aux principes.
 
C’est sûr, sans le savoir, il a été plus sage de voir ce film après le Woody Allen, dont le MATCH POINT n’est qu’une narration avec très peu de cinéma dedans. Des idées, certes, un scénario, oui, mais de la mise en scène, quasiment pas. Point A menant vers Point B, sans ellipse significative, sans trou, sans béance, comme une caricature de roman omniscient. Pauvre, pauvre narration, même comparée aux autres films du réalisateur, pourtant pas manchot. Beau téléfilm en fait, mais téléfilm dans le sens symbolique. Comme diraient les Monty Python (que je citais avec naïveté à propos de MON HOMME, des fois, on se demande…) : où est le Montache ? Où est l’échelle de plans ? Où sont les axes ? En un mot : « Où sont les foyacheurs ? » [Bon anniversaire d’ailleurs à John Cleese, 66 ans hier, tempus fugit repetita…]
 
Blier, la classe lui, fait du cinéma, et n’a pas renoncé. Capot.
Décor construit au maximum, façon SFP, mais attention, avec lumière superbe et malicieuse, source d’ellipse (et d’émotion) à elle toute seule. Rien que pour les ruptures d’éclairages en surexposition, c’est le Top Ten des meilleurs films de l’année direct ! Ben oui, les gars cinématographeurs ! La lumière, c’est aussi un signifiant, c’est aussi de la mise en scène ! Or, ceux qui en ont joué dans leur film cette année se comptent sur les doigts d’une main.
Lumière sublime donc, écrin froid et déjà rempli de montage. Oui, je la sens l’émotion qui monte. Les extérieurs sont également magnifiques et transcendent tout, comme cette scène de sexe dans la voiture, pourtant susceptible d’être d’une banalité affligeante et éculée, si j’ose.
 
Bien. L’échelle de plans. Sublime, aidée par des jeux d’axes et de ruptures là aussi d’une grande précision sémantique et émotionnelle. La coupe en fin de plan n’est jamais anodine et toujours obsessionnelle (un peu comme un cousin de Michel Deville d’ailleurs, dira mon ami Bernard RAPP). Exemple : le plan dans la fête où Depardieu et les autres dansent. Plan hilarant déjà, le plus drôle de l’année, nucléaire et cosmique, même dans l’humour, même dans la beauté (les deux, oui, les deux !) et qui offre une double, voir triple coupe. 1ère lame : ça coupe rapidement sans faire durer l’humour. 2ème lame : le plan d’après est tellement contradictoire et tellement en rupture que ce n’est plus une ellipse, c’est un GOUFFRE… de poésie bien sûr. [On retrouve, dans le plan suivant, les même acteurs dans l’axe opposé, dos à ce qui aurait pu être le contrechamp, déjà, quand même, et en plus à l’extérieur de la pièce, et dans le silence ! C’EST PAS LA CLASSE, ÇA ? Deux plans liés et liants, sémantiquement parfaits, rythmiquement jouissifs et complètement asynchrones ou incompatibles a priori… On appelle ça la poésie, mon pote.] 3ème lame : la coupe au son, coupe justement, non pas une phrase mélodique, mais une note sur une montée dans l'accompagnement ! Contre-pied total ! Sublime. Et ça, les cocos, c’est juste un plan.
 
Le son. Là, c’est clair, ça n’arrête pas. L’idiot de service à Libération a reproché à Blier d’avoir mis des musiques belles… Je passe pour rester poli ! [Comme les crétins qui ont trouvé que J’ADORE HUCKABEES avait un casting snob ! En "révisionnant" Jason Schwartzman sur le banc de touche, bien sûr !] Le son est d’une splendeur galactique immense, ne serait-ce que pour la musique. Des fois je te mets un morceau en entier en jouant sur le volume et le mixage, des fois je te mets juste une phrase musicale intercalée entre deux moments du même morceau, des fois je te mets seulement une note ! La classe.
Sans parler de musique, le reste du son est splendide. Délicieux travail sur le mixage des voix, opposées aux ambiances et à la musique, grand travail sur le timbre de ces voix, notamment Campan. Un exemple d’ambiance sublimissime : ces voix de gens qui crient dans la rue, vous savez, comme des fois deux marginaux s’engueulent dans la rue des grandes villes, en vomissant de désespoir et avec vulgarité des phrases à l’eau de rose, mais qui dans le moment présent expriment sincèrement leur cœur brisé (et alcoolisé, des fois). Blier prend ces voix et les dépose comme un bébé dans une couveuse, avec précaution, à la lisière de la dolby… Superbe, on les entend sans pouvoir complètement pouvoir les comprendre, mais l’intonation est parfaitement audible, et sans entendre, on sait les mots qui sont dits ! Et en plus, le Blier, il fait ça pendant que les acteurs en gros plan parlent eux-mêmes. C’est sur deux pistes, quoi. Quelle claque, que ce monde qui hurle aux portes des personnages ou du film (ben non, c’est dedans), ou aux portes du monde.
 
C’est juste un exemple comme ça. Parce qu’aujourd’hui, je fais le contraire. Je ne cite qu’un exemple pour le tout. Changement de méthode. Pour attiser la curiosité et protéger le film. Je ne serai exhaustif, dans cet article, que sur un point, et vous allez voir, rien que pour le principe, je vais vous faire tomber de votre chaise d’étonnement…
 
Revenons à l’avant-dernier paragraphe… Qui fait du son en France dans ses films ? Et aux USA, où est le son dans le dernier Jarmusch ou le Woody Allen (chose chez Allen que je n’ai pas précisée dans l’article : quel opportunisme que ce petit morceau de jazz antique, qui n’a rien à faire là, qui n’est qu’une séparation sans but, pour aérer le manque de son du film justement, son bavardage sans fin, à l’instar des séquences de rêve obsolètes et pas très belles de BROKEN FLOWERS).
 
Voilà, j’arrête là pour l’analyse du moteur. Il y a déjà assez dans ces trois petits exemples pour se déplacer…
 
Accrochez-vous. Je suis, vous le savez, très dur envers le cinéma français, et pour cause : il y a de l’argent, il y a du talent, mais jamais exploité, et il y a une histoire riche de bons cinéastes, et pourtant le niveau est nullissime ! Dur peut-être, mais surtout juste ! Tenez-vous mieux.
Et je suis encore plus dur, et le suis encore plus justement, avec les acteurs, éléments secondaires dans la fabrication d’un film.
 
Et bien, Mesdames et Messieurs, je vais dans quelques instants vous stupéfier !
Vous vous souvenez, dans la critique de MON HOMME, je vous parlais du syndrome Sabine Azéma. J’avais présenté officiellement mes excuses à la Dame. Aujourd’hui, je lui donne le nom d’un de mes syndromes, découvert ici, dans les labos de Matière Focale.
 
Mesdames et Messieurs, voici le syndrome Azéma !
 
Monica Bellucci. Ben, sa filmographie est sans doute inégale, elle joue à fond sa carte de star, mais on ne peut pas lui reprocher de régulièrement faire un film ambitieux. Bravo. Elle est très bonne, on le savait déjà (pas tout le temps, mais c’est arrivé). Elle se soumet avec joie à ce rôle, dont elle a compris le second degré délicat et le non-sens. La progression de son personnage, de plus en plus pur, est vraiment très belle. On notera d’ailleurs qu’elle est remarquablement maquillée, avec rides apparentes et humanisation progressive. Le maquillage peut donc être un élément de mise en scène. Compris, les français ? Pour Bellucci donc, et avec un rôle pas facile, c’est du précis, et c’est sans faute.
 
Bernard Campan (oui, je sais...). Bon, ben, mon Campan, je ne suis pas fan de toi, je n’aime pas tes films du tout (l’ignoble machin Alzheimer, avec Isabelle Carré encore pire, beurk !). Tu ne m’es pas antipathique, mais bon… Te voir chez Blier, c’est un facteur de doute, quand même.
Et bien, ça passe, et même plutôt bien. La dragée est haute, mais le gars n’est pas ridicule, et à bien des égards, touchant. On sent que l’ami Bernard fait avec les moyens du bord, qu’il travaille pour être à niveau. Ce n’est pas toujours aussi clean que ses collègues, mais bon dieu, quelle envie ! Petit miracle, et premier miracle : Campan est bien, pas le  nouveau Brando, mais d’une dévotion étonnante, d’une intelligence certaine, et avide de précision. Il n'a pas à rougir de sa prestation, loin de là. Bravo.
 
Ah, je vous avais dit, c’est étonnant aujourd’hui ! Je vais vous surprendre !
 
Jean-Pierre Darroussin.  Acteur que je déteste sincèrement. Le gars est sans doute sympa, mais en temps qu’acteur, non merci. C’est un peu comme Bacri et consorts, dans un style différent bien sûr, c’est du monolithique, c’est toujours la même chose quel que soit le film, c’est toujours cette putain de qualité française, soi disant populaire. Toujours dans les films de merde à la Jaoui ou dans les comédies à trois balles ou les petits étrons à la Guédiguian ! Une horreur ! Là aussi, on débande en apprenant qu’il est sur l’affiche.
AZEMA !
Monsieur Darroussin, solennellement, je vous présente mes excuses. Non pas que je retire ce que j’ai dit. Mais il va falloir s’y habituer : ce type est un acteur EPOUSTOUFLANT ! J’étais sur les fesses pendant la projection ! J’avais l’impression que le bon jumeau avait remplacé le jumeau malfaisant ! Ce type est quasiment génial dans le film ! Blier, sur ce coup-là, lui doit énormément ! Darroussin est un grand acteur ! Voilà, je l’ai dit, j’ai encore du mal à le croire tant  ça parait énorme, lui qui nous a abreuvés de conneries années après années… Il faut être honnête et dire ce qu’on ressent : il est très grand… Je pleure presque en y repensant, c’est beau, c’est ça aussi Matière Focale !
 
Depardieu. Grand pourvoyeur de merde, ex-acteur autrefois capable, retourneur de chemise sur le dos du peuple, mauvais comme un cochon, acteur de série Z depuis 20 ans, salaud de première, le type qui n’apprend plus ces textes, qui joue avec oreillette, qui pompe le fric avec avidité, le type qui a renoncé à toute expression artistique. Depuis 1995 et son dernier rôle décent (LE GARCU), le gars a fait  53 films ! Deux ou trois sont regardables à la limite, mais tout est médiocre et nullosse, épouvantable, une honte ! 53 films et pas un de bon !
AZEMA !
C’est ici l’un de ses plus grands rôles, et de très loin. Précis, soumis à mort à Blier, le gars se délecte certes, mais travaille avec une précision de chirurgien. Ce n’est que de la finesse, que des choses difficiles, et il s’en tire avec une impression de facilité hallucinante ! C’est simple, j’en ai pleuré ! Ce type est ici GENIAL ! Gérard, je ne retire rien de ce que j’ai dit, comme pour les autres, mais je m’incline et je ne vous dirai qu’une chose : arrangez-vous pour faire un film avec Jason Schwartzman ! Ça fait très longtemps que je n’ai pas été ému de la sorte par un acteur français. Depardieu n’est pas bon dans ce film, ce qui serait déjà un miracle, il est au top, il est génial, oui, encore et si je veux, et croyez-moi, si c’est le cas, ce n’est pas dû au hasard mais uniquement à son talent et à son travail !
 
[Si seulement on m’avait dit que je dirais ça, il y a seulement trois jours !]
 
François Rollin. Bon là, c’est différent. François, je vous adore. Avec J.C. Averty et quelques rares autres, toutes catégories confondues, vous êtes un des rares qui pourraient me pousser à dire que nous avons de la chance de vivre en France ! Je suis un grand admirateur.
Quand j’ai su que vous alliez jouer ici, je me suis dit : "mais oui, c’est évident ! Comment diable cela n’est-il pas  arrivé avant ?"
Votre présence dans le film est aussi un moment divin. Vous êtes à pleine puissance, et c’est beau. Vous m’avez encore étonné, plus que jamais. Merci.
 
L’actrice Farida Harouadj, je ne la connaissais pas, mais je ne dirai qu’un mot. Merci d’abord, et surtout, par quel scandale est-il possible qu’on vous voie si peu au cinéma et que je ne vous connaisse pas ?
 
Edouard Baer. Ben oui, c’est parfait, très bien. On va peut-être arrêter de jouer dans les conneries, maintenant qu’on a prouvé ce qu’on valait, hein?
Pour ceux qui ne peuvent pas supporter le gars, je dirai que je les comprends, même si ce n’est pas vraiment mon cas, mais ici, il vous étonnera sans doute. Très joli rôle en plus, le seul à bénéficier d’une aparté sans commentaire. Etonnant.
 
Sara Forestier. Toi, ma petite, je te déteste. Grande gueule idiote, mauvaise comme un cochon dans l’épouvantable L’ESQUIVE, film adulé, d’une misère cinématographique hallucinante (et d’une complaisance sociale proprement à vomir ! Une honte !). Tu es le summum de tout ce que je déteste. M’as-tu vu, sans culture, fière de sa médiocrité, brandissant le label banlieue que je déteste de toute façon (ce label est encore une façon, comme le Téléthon ou le tsunami, de nous faire cracher nos euros issus du SMIC, alors qu’au fond, ça arrange tout le monde, la banlieue). Je me rappelle de Mr Mort quand il a parlé de toi dans un article, te traitant de petite conne, je crois, suite à ton immonde prestation qui faillit me faire vomir lors de la cérémonie des Césars, et pourtant, de ce côté-là, je suis blasé. Je ne t’aime pas. Il n’y a une part de délit de sale gueule, sans doute et même sûrement, tu prends sans doute pour les autres, et pour ce putain de cinéma français, mais je ne retire rien. Dans L’ ESQUIVE, ce n’est pas bon, et le film lui-même est un étron dégueulasse. Bien. Ceci posé…
Ben, oui…
AZEMA !
Sara, je te présente mes excuses. Tu sais, j’ai commencé cette panoplie avec Darrousssin. Quand je l’ai vu dans ce film, je me suis dit que j’assistais à l’apparition de la Vierge, le genre de miracle qui n’arrive qu’une seule fois par génération.  Et bien non ! Tu es hallucinante dans le film. Sobre, précise, d’une attention phénoménale, d’une grande classe, délaissant enfin votre "chien", comme on dit, pour montrer une grande énergie créatrice. Vous m’avez stupéfait, et comme Darroussin, vous m’avez ému au dernier degré ! Pourtant, autour de vous, ça assure drôlement, et vous avez une séquence vraiment difficile. Vous êtes le second, sinon le premier miracle de ce film. Là aussi, je n’aurais jamais pensé le dire un jour, mais j’ai vraiment hâte de voir la suite. Espérons que le cinéma français puisse vous offrir quelque chose à votre hauteur.
 
Résumons. Bon, ben, la mise en scène, c’est peut-être pas MERCI LA VIE, mais c’est d’une magnificence incroyable. Le casting est le plus étonnant du siècle. Quant au propos, c’est tellement évident qu’on ne va pas se vautrer dans l’explicatif, mon article est déjà assez long. C’est très simple. Les gens qui "traitent" ce film de méchant, cynique, misogyne, vulgaire, etc., sont des imbéciles ou des incompétents. Même si on n’accroche pas, il faut reconnaître l’incroyable précision, la tendresse phénoménale et la pudeur divine de COMBIEN TU M’AIMES ? Blier, contrairement à sa réputation, n’est pas là pour choquer le bourgeois, mais alors pas du tout. Ce film va vous prendre dans ses bras, va vous accueillir avec gravité certes, mais avec une infinie douceur, si appréciable et si rare, surtout quand elle est exprimée avec une telle honnêteté.
De toute façon, le dernier plan vous illuminera le cœur, sans doute. Il vous prouvera en tout cas que, malgré ce que disent les Brutes de la profession, ce type là, Blier, c’est une crème et un amour. En 90 minutes, il a fait plus pour le cinéma français que tout le monde en dix ans, et d’une. Et la générosité du projet global, sans parler de sa maestria artistique, fait qu’il faut se précipiter.
 
Il y avait très peu de monde dans la salle hier. Dépêchez-vous d’aller voir le film. C’est une occasion en or de redistribuer les richesses du cinéma français. Cinéphiles français, saisissez la chance d’investir votre argent dans une valeur porteuse d’avenir !
 
Et apportez des kleenex, c’est plus prudent…
 
Amen !
 
Extatiquement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
PS : J’ai oublié de dire que le film était quand même fabuleusement drôle !
Si quelqu'un dans la pace connaît Sara Forestier ou Darroussin, qu'il transmette. Merci. 
 
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Publié dans Corpus Filmi

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Commenter cet article

Casaploum 03/09/2006 22:29

Après lecture des deux articles, j'ai enchaîné Mon Homme et Combien tu m'aimes... Mon Homme est tellement bien interprété quand on le compare à Combien tu m'aimes, ça donne une idée de la faiblesse du second, à mise en scène, dialogues et scénarios comparables, par rapport au premier... Je n'ai pas aimé Combien tu m'aimes car, il faut bien le dire, je trouve que Monica Bellucci n'a aucun talent, absolument aucun talent, je la trouve aussi expressive que le groin d'une vache ou la truffe d'un toutou... C'est vrai que le choix des acteurs est pas très évident sur ce film, c'était certainement un projet de Blier, réunir ces deux tronches (encore que Campan ne soit pas aussi nul que sa partenaire). Alors qu'avec Lanvin et Grinberg, Mon Homme prend des allures de lyrisme - la flamme est là et on brûle avec elle -, dans Combien tu m'aimes, on ne peut s'empêcher de penser : mon Dieu (qui n'a rien à voir là dedans), que cette actrice est mauvaise ! Du coup, l'histoire, malgré la marque de Blier ne décolle pas, on est pas dedans (mais le film est drôle parfois, je ne dis pas qu'il est mauvais). Comme quoi, tous les éléments d'un dispositif on leur cohérence et leur importance, un film bien monté, mis en scène et aux dialogues savoureux, n'est pas forcément un bon film si les acteurs ne sont pas à la hauteur.

Bernard RAPP 19/11/2005 17:13

Alors Blier c'est carrément oui.

Le Marquis 19/11/2005 17:01

D'autant plus agaçant que MON HOMME, même s'il était inférieur aux précédents films de Blier, était quand même un très bon film. Certaines bouses françaises multi-diffusées sont abordées dans le même mouvement et par ces mêmes critiques avec une indulgence écoeurante - il est de bon ton de démolir les derniers Blier, mais BRICE DE NICE, qu'est-ce que c'est rigolo... Lamentable, effectivement.

chris 19/11/2005 16:28

Tu me préviens dès que la guerre commence ! lol

Dr Devo 19/11/2005 15:58

On a egalement deja proposé, dans un article récent, de faire un site qui soit un gault et millaut de la critique!
Il faudrait vraiment qu'on passe à l'acte!

Dr Devo.