SAN KU KAI, épisode 11 : « Princesse » : Staros est mort, Staros n’est plus.

Publié le par Le Marquis

Eolia. Illustration non contractuelle.

La petite chienne de Jonathan et Jennifer Hart n’apparaît pas dans cet épisode.
 
Il existe sur la planète Belda une contrée restée inexplorée, une région brumeuse, montagneuse et besogneuse que les locaux appellent les « Monts du Fantôme », protégés par des rochers magnétiques que les locaux appellent le « Piège Mortel ». Pendant quelques courts instants, les images bucoliques de ces montagnes en polystyrène naturel et la voix-off docte et pédagogique nous font croire à un épisode interstellaire de Connaissance du Monde. Mais très vite, ces monts brumeux se voient survolés majestueusement par le San Ku Kai. A bord règne une ambiance badine. Siman fume le cigare et a des poussées d’hilarité goudronneuse du meilleur effet. Intrigués par ces montagnes qu’ils survolent, stock-shot pourtant utilisé dans un épisode sur deux, les membres de l’équipage décident d’aller y voir de plus près, malgré les avertissements de Sidéro (je répète : Sidéro), que le mini-ordinateur intégré à ses circuits a averti d’un danger. Soudain, le San Ku Kai est saisi par un rayon magnétique qui manque de faire s’écraser le fier vaisseau sur les flancs des Monts du Fantôme. Ils décident prudemment de rebrousser chemin.
 
Non loin de là, à bord du Cosmosaur, le micrâne fait scintiller ses loupiottes : Golem XIII vient s’enquérir de l’exploration des Monts du Fantôme, objet soudain de toutes les attentions, ce qui est bien pratique d’un point de vue scénaristique, il faut bien l’avouer. C’est presque terminé, promet Koménor, qui affirme y avoir envoyé l’un de ses meilleurs agents. Dès que Golem XIII a coupé la communication pour aller se faire des tartines, c’est un Koménor pas très fier qui ordonne à la veule Furia d’envoyer illico l’un de ses meilleurs agents sur cette région de la planète Belda. Et c’est le Ninja aux trois visages qui s’y colle.
Sur Belda, Volkor et son sous-général perruqué s’inquiètent : aucune des divisions d’exploration n’est encore revenue. Ah ! Non, tiens, en voilà une. Un char stressos stoppe en effet auprès du poste stressos, attendu de pied ferme par Volkor. La porte du char s’ouvre, et en sort un soldat stressos qui, bravement, salue son général, se fige la main accolée au front et s’effondre raide mort : le pauvre a une flèche plantée dans le dos – et je ne sais pas si vous avez déjà essayé de conduire un char avec une flèche plantée dans le dos, mais laissez-moi vous dire que ce n’est pas de la tarte. « Il y a certainement des êtres humains dans ces montagnes », en déduit Volkor, perspicace.
 
Et en effet, nous découvrons alors un petit garçon, vêtu façon Conan fils des âges farouches, armé d’un arc, qui court dans les montagnes et se retrouve bien vite encerclé par des soldats stressos. Mais que tout le monde se rassure, Ayato, en civil, surgit de nulle part pour sauver le petit sauvage, sous les yeux de Ryu, bras croisés, qui admire amoureusement les progrès de son disciple. Une fois les soldats mis en déroute, Ayato lance au garçonnet : « Voilà ! Le problème est réglé. Tu veux que je te raccompagne ? » Perplexe devant ces deux adultes en collants, l’enfant préfère s’enfuir vers les volutes brumeuses des Monts du Fantôme.
 
Les soldats stressos, quant à eux, sont déjà en train de faire leur rapport au sévère Volkor, qui s’exclame : « On ne peut pas se permettre un échec ! » Un de plus, un de moins, l’un dans l’autre… Sur ce, Volkor envoie ses Lazerolabes canarder le redoutable archer en culottes courtes. Scandalisés par tant d’injustice – vous pensez, cinq vaisseaux de combat contre un môme de sept ans – Ayato et Ryu se ruent dans la mêlée et font exploser des maquettes dans une de ces relaxantes scènes de batailles volantes bercées par les synthétiseurs d’Eric Charden. Malheureusement, le Piège Mortel (c’est ainsi que les locaux désignent les rochers magnétiques) s’en mêle à son tour, et c’est le vaisseau de combat d’Ayato qui vient s’écraser au pied des Monts du Fantôme. Et notre héros n’a pas le temps de faire une petite randonnée digestive : à peine a-t-il posé le pied sur le sol de cette contrée étrange qu’il est aspiré par des sables mouvants. Il ne meurt pas étouffé cependant, car ces sables mouvants (j’ignore comment les locaux ont décidé de les appeler – l’ascenseur fatal ? La trappe funeste ?) débouchent sur une cellule d’une prison souterraine. Ayato est prisonnier de la tribu des Mongos, souverains du Peuple des Racines. Et l’accueil qui lui est réservé par le roi Canteros et son vice-roi Vénor (sorte de caricature vaguement gay de Fu Manchu, en plus grimaçant si c’est humainement possible) est pour le moins glacial : Ayato est accusé d’avoir voulu assassiner le prince Ken et doit être exécuté sur-le-champ. Mais le prince Ken n’est autre que notre écolier warrior, et c’est avec sa grande sœur, la jolie princesse Aurora, qu’il s’interpose. Ayato est sauvé et passe du douloureux statut de condamné à mort à celui, plus enviable, d’invité d’honneur des Mongos. La douce princesse Aurora a beau avoir un sourire un peu niais, elle n’en mouche pas moins le vice de son père. Vénor tente de s’expliquer : « Mais Princesse ! Je ne pensais qu’à venger le prince Ken ! » « Alors pense à autre chose ! », rétorque Aurora. Humilié, Vénor est vraiment vénère…
 
Pendant ce temps, sur le Cosmosaur, la confusion règne. « Excellent !, s’écrie Koménor. Nos troupes d’élite ont été massacrées à coups de flèches : c’est exactement ce que j’avais prévu ! » Il faut dire que Koménor a bien fait ses devoirs, et il a découvert un mystère étonnant : le brouillard artificiel (que les locaux pourraient bien avoir surnommé le Nuage Fatidique) et les rochers magnétiques (nous connaissons bien maintenant leur dénomination locale) ont été créés pour permettre au Peuple des Racines de disparaître des registres de l’Histoire de Belda – et de sa surface – pour s’intaller sous terre (avec peut-être pour objectif de justifier leur appellation). Golem XIII félicite Koménor pour son plan ingénieux (les troupes d’élite ont dû apprécier) mais il formule une demande spécifique : il exige qu’on lui apporte l’émeraude que porte en collier la princesse Aurora. Pas de problème : le ninja aux trois visages est sur le coup !
 
De leur côté, tandis qu’Ayato s’empiffre à la table du roi, Ryu et Siman escaladent les Monts du Fantôme à sa recherche. Ils sont soudain interrompus dans leurs efforts par l’apparition de la si douce, si divinement blonde Eolia. Vacciné contre le Piège Mortel, l’Azuris louvoie paisiblement entre les montagnes. « Il faut absolument vous dépêcher, murmure Eolia. Une ombre s’étend sur l’empire du peuple des Racines ! » « Mais Ayato va bien ? », demande Ryu. A quelques centaines de mètres de là, Eolia acquiesce avec un sourire. Message reçu. Et elle repart à reculons, omettant sottement de déposer Ryu et Siman au sommet. Le glabre et le poilu reprennent l’escalade en maugréant.
 
Isolé dans un recoin du palais, Vénor fulmine comme une bête. Une proie facile pour l’entreprise de perversion stressos. Le ninja aux trois visages se présente à lui. Une belle réussite, ce ninja exposant trois, qui, avec son visage tricolore bleu-blanc-rouge, ressemble à une version kabuki de supporter de football. Et, donc, ce ninja aux trois visages, Aphamor, a trois visages, et nous présente la face de ses « nainjosses » (je cite) : le sien, mais aussi un visage bleu collé sur l’oreille droite, Bêtamor, et un visage blanc collé sur l’oreille gauche, Omégamor. Ces deux visages complémentaires peuvent également coulisser pour faire face à l’interlocuteur interloqué, et même, si on demande poliment, se détacher pour devenir deux autres ninjas autonomes, tout aussi ridicules qu’Aphamor, mais nettement plus laids avec leurs énormes dentiers vampires en plastique qui impliquent de cocasses difficultés d’élocution, ce qui nous prive hélas d’un monologue à la Riri-Fifi-Loulou : c’est essentiellement Aphamor qui parle, et pas pour ne rien dire puisqu’il propose à Vénor un bonne vieille trahison des familles contre l’accès au trône royal. Vénor accepte sans trop hésiter, ce qui n’est pas une bien grande surprise, avec un maquillage aussi félon et un nom en –or « à la mode stressos » - on peut d’ailleurs supposer qu’avec quelques épisodes supplémentaires, nos amis auraient fini par devoir lutter contre Garcimore.
 
Autour du festin royal, la douceâtre princesse Aurora drague Ayato comme la dernière des roulures : « Ayato…
(où tu veux, quand tu veux, avec le condiment de ton choix)
Est-ce que tu voudrais…
(me prendre là sur la table comme une chienne)
m’aider ? Si jamais je suis…
(chaude)
en danger, tu reviendrais ? »
Le tout sous les yeux goguenards du prince Ken. Petit frère vas-tu te taire ? Ce garçon n’a rien pour plaire… Ah ! Ces princesses. Jeunes et douces, seulement dix-sept ans, vous êtes des allumeuses, vous les branchez tous, vous les laissez brûlants et vous voilà parties… Sur ce, le prince Ken ajoute finement : « Nous sommes à ta disposition, Ayato ! » Fichtre. Il fait peut-être froid dans les cavernes du peuple des Racines, mais manifestement, on sait comment se réchauffer. Ceci dit, une bonne bagarre peut avoir le même effet.
 
Et ça tombe bien, voilà Vénor qui s’immisce et se glisse dans cet échange et fait croire à Ayato que le roi Canteros le demande. Ayato rejoint le roi, laissant la princesse sans défense, mais il est alors attaqué par Aphamor. La production a cassé sa tirelire pour se payer d’inhabituels effets visuels, et voilà Ayato prisonnier de cercles laser. Mais d’une pirouette, il s’en extirpe et retombe sur ses pieds dans le costume du Fantôme. Il ne prend d’ailleurs même pas la peine de se présenter avant de chasser Aphamor, mais dans la mesure où nous sommes au cœur des Monts du Fantôme, on peut se dire qu’Ayato pouvait s’en dispenser et qu’ainsi, les Monts allaient enfin, et à leur tour, justifier leur appellation. Il court, il court, mais il arrive trop tard : la princesse a été enlevée. Maigre consolation, en se débattant, celle-ci a perdu l’émeraude suspendue à son cou. Vénor en profite pour redonder fièrement en faisant accuser Ayato d’avoir fomenté l’enlèvement.
 
Le nainjosse aux trois visages a donc emporté la princesse et se trouve au sommet des Monts du Fantôme. C’est presque à ses pieds, suspendu dans le vide, accroché à une corde, qu’il rencontre Ryu, presque arrivé au terme de son escalade. Mais un peu tard. Sous les yeux horrifiés de Siman, devant nos regards éberlués et incrédules, Aphamor coupe la corde, et Ryu tombe en hurlant vers une mort certaine. Fin.
Oui, vous avez bien lu, fin, générique, basta, fini les œillades taquines et les sourires narquois, notre héros est, en un instant, envoyé ad patres, comme ça. Et Eolia ne s’est pas manifestée (de toute façon, a-t-elle dû se dire, tant que ce n’est pas Ayato…). Les simians hurleurs de la planète Sheita hurlent peut-être déjà leur douleur au sommet des arbres à kiwis. Kameji a abandonné la lutte et s’est fait go-go dancer dans un club gay stressos. Anna, abandonnée à son désespoir, n’a peut-être pour seule perspective que de vendre son corps à l’ennemi pour une coupe de fruits. Le pauvre Ayato n’a plus que les bras velus du triste Siman pour puiser un peu de réconfort. Incapable de ressentir des émotions humaines, Sidéro (je répète : Sidéro) se contentera d’éprouver des relents synthétiques de déchirement et d’amer regret avant de se convertir en toaster dans la kitchenette du roi Golem XIII. Torturant la princesse Aurora avec un plaisir ostentatoire, avec dans l’idée que l’émeraude est peut-être cachée dans ses entrailles comme dans le 5e ELEMENT, Furia accomplira sa besogne en prenant bien soin de dissimuler à tous, et qui sait, peut-être surtout à elle-même, une ombre, un abattement ineffable qu’elle préfère ignorer. De leur côté, Koménor et Volkor enlèveront enfin leur casque cornu et, laissant derrière eux la cape froissée au pied de la cheminée où se consume la traditionnelle bûche de la victoire stressos, ils se laisseront aller à baisser la garde devant une assiette de bière, en admirant le numéro « mon truc en plume » du strip-teaser Kamiji-san. Au pied des Monts du Fantôme, restée oubliée de tous, alors que l’univers se fond dans la dépravation et les déprédations de l’Empire du Roi Golem (Hergé pour les intimes), la dépouille de Ryu contemplera à jamais de ses yeux morts les allées et venues de lazerolabes affairés sur fond de ciel étoilé, mais pas une de ces froides étoiles ne brillera assez fort pour émouvoir le cœur éteint de ce pilote de l’espace que, naïvement, nous croyions invincible. C’est con, la guerre.
 
Bossuet. Euh, pardon, le Marquis, excusez-moi, j’ai un truc dans l’œil.
 
Requiem pour de glorieux épisodes d’une aventure aujourd’hui révolue.
Episode 2 : Les Ninjas
Episode 4 : Le Camp
Episode 6 : Le Roi Golem
Episode 8 : Du sang froid
Episode 9 : Le palais du Diable

Publié dans Lucarnus Magica

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Paco R. 07/11/2005 12:12

J'attends la suite avec appétit et impatience!