THE GOOD GIRL de Miguel Arteta: la poigne de la vie, le poing de l'amour

Publié le par Dr Devo

(Photo: "Scandale" par Dr Devo)

 

 

 

 

Chers Amis,
 
Puisque pas grand chose de véritablement excitant n’arrive sur nos écrans, tournons-nous vers nos lecteurs DVD ou mieux encore VHS, et offrons-nous un beau film. Et c'est une belle séance de rattrapage que THE GOOD GIRL de Miguel Arteta. Sorti il y a deux ans, je crois, dans l'indifférence quasi-générale, et très mollement défendu par la critique (qui défend pourtant, dans le créneau "film indépendant américain formidable" le médiocre SIDEWAYS, dont je vous parlais il y a quelques jours), ce film mérite qu'on y revienne, car il est suffisamment original, lui, et atypique pour qu'on le mette en valeur.
 
Les plus chanceux d'entre-nous auront déjà vu le précédent film de Arteta: CHUCK AND BUCK. Mon ami Le Marquis assure que déjà, au vu de ce film, on pouvait constater que le ver était joliment dans la pomme. Sujet original, point de vue déconcertant et mise en scène soignée. [On trouve CHUCK AND BUCK dans une petite collection, en DVD, pour une bouchée de pain : aux alentours de deux euros. Ne vous privez pas.] Avec THE GOOD GIRL, Aterta travaille avec le même scénariste (et comédien) Mike White. Bonne idée. Côté acteurs, on trouve Jennifer Aniston, enfin échappée de FRIENDS, et Jake Gyllenhaal, le monstre, la révélation, celui qui écrase tout le monde... À égalité avec Jason Schwartzman (le héros de RUSHMORE de Wes Anderson), certes... Mais ces deux-là sont très loin devant. Ce sont eux, sûrement, les deux plus grands acteurs du cinéma US actuel. Allez juger sur pièce, en revoyant DONNIE DARKO, cet éblouissant et déchirant chef-d’œuvre où Gyllenhaal explosait à la face du monde. Revenons à nos moutons.
 
THE GOOD GIRL raconte une histoire simple, c'est vrai, mais la pousse suffisamment loin, et surtout la creuse de manière assez inespérée. Jennifer Aniston vit dans une bourgade d'un coin perdu des USA, peut-être le Texas. Elle est caissière dans un petit supermarché. Son mari (John C. Reilly, très bien comme d'habitude, bien qu'on aimerait enfin que lui soient proposés des rôles un peu différents...) est peintre en bâtiment. Les journées s'enchaînent et la vie passe sans qu'on s'en rende compte, bercée par une tranquille mais toujours décevante monotonie. Jennifer part au boulot, en revient, et retrouve presque toujours son mari et son meilleur pote assis sur le canapé, occupés à boire une bière et regarder la télé. Jennifer et John forment un couple sans passion, déjà usé, mais sans drame particulier. Un couple à l'électrocardiogramme plat, à tous les niveaux. John n'est même pas un mauvais bougre. Gentiment fade seulement. La vie est verrouillée, et ne vivons pas trop malheureux en attendant la mort, pour paraphraser le poète. Et puis, un beau jour, alors que Jennifer est plus proche de la fin que du début de la trentaine, un jeune gars débarque au supermarché. Il a été embauché comme caissier. C'est Jake Gyllenhaal. Il se fait appeler Holden, mais ce n’est pas son vrai prénom. Jennifer, qui s'ennuie de manière tout à fait normale, si j'ose dire, s'approche de lui. Son prête-nom, Holden le doit au bouquin qu'il est en train de lire en caisse, sans doute pour la douzième fois : "L'attrape cœur" de Salinger. Holden, c'est le nom du héros. Jennifer et Jake se rencontrent donc sur leur lieu de travail, et mieux que ça, se remarquent. Ils pressentent chacun, et à juste titre, que l'autre est différent, et sans doute triste et usé. Ils ne vont pas se tromper. Jake a un parcours chaotique, déjà chargé malgré son jeune âge (la vingtaine). Il est en rupture de banc. Et les deux ont en commun tristesse, colère envers le monde qui les entoure, lucidité face à la gentille hypocrisie (ou bêtise) de cette ville. Ils tombent donc amoureux, de cette étrange manière. Jake est fou amoureux. Jennifer est tiraillée, dans cette vie où il se passe enfin quelque chose, entre cette passion un peu absurde et son mari grand nigaud mais présent. Elle est aussi sans doute un peu piégée, par cette "double vie à la petite semaine" dans laquelle elle s'engage en trompant son mari. Les événements s'enchaînent, les petits mensonges s'accumulent. Et Jake, transi amour, va bien sûr demander à Jennifer de partir avec lui, et de laisser cette ville morne derrière eux. Le romantisme est teinté de noir. Les choses peuvent-elles être si simples? Faudra-t-il faire un choix? Peut-on éviter de le faire?
 
THE GOOD GIRL semblait, au vu de son film-annonce, une comédie sentimentale. Il n'en est rien évidemment, même si à maintes reprises on rit franchement de la peinture si juste et si ironique de cette petite ville. Malgré ces éléments de comédie, et malgré l'étroitesse de cette petite histoire (le film parle de la médiocrité quotidienne), THE GOOD GIRL est surtout un film bouleversant et noir. Ces deux personnages se rencontrent au mauvais endroit et surtout au mauvais moment. Leur passion est forte et réelle, mais les deux sont très différents, et c'est toute une vie qui les sépare. Peut-on gagner contre la vie en marche?  Miguel Aterta, mine de rien, aborde un thème très ambitieux, et, en plus, creuse son histoire de nuances profondes et douloureuses. Les personnages secondaires sont assez fabuleux. Pas méchants, certes, ils sont tous pour le moins ambigus. Leurs intérêts sont changeants, et ils ne voient souvent pas plus loin que leur propre living-room. Car la grande différence entre le couple Jake-Jennifer et eux, c'est l'endormissement. Rien ne semble les réveiller de leur quotidien, tout vaut tout et réciproquement. Il ne leur reste aucune colère, aucune ironie, aucune lucidité sur leur propre médiocrité. Jake et Jennifer sont aussi piégés dans cette médiocrité et ce conformisme qui ne dit pas son nom, mais au moins ils sont lucides. Et la spirale des sentiments est de plus en plus douloureuse, à l'heure où l'engagement devient de plus en plus inévitable, à l'heure du choix qui approche. Le film déploie une grande palette de nuances et nous plongent dans le douloureux tourment de tous ces sentiments.
 
La mise en scène est claire mais bien ficelée, à l'image de la photographie. On retrouve l'ambition du scénario dans la réalisation : faire un travail soigné, ambigu et original. Et approfondir sans cesse cette histoire simple. Bref, c'est du bel ouvrage. Les acteurs sont au diapason. Jake Gyllenhaal est parfait et écrasant. Il pousse une nouvelle fois le bouchon très loin et s'engage dans le film à bras le corps. Les plus attentifs remarqueront avec quelle docilité et avec quelle rage, il se soumet à la mise en scène. Quel acteur! Il est temps qu'il aille faire un tour chez Lars von Trier. Et, bien que n'étant pas du tout un fan de FRIENDS, comment décrire la surprise de découvrir ici Jennifer Aniston ? Une scène, en particulier, m'a fait halluciner. Il s'agit de la scène qui suit celle de "l'adultère forcé" (je parle en langage codé pour ne rien vous dévoiler!). Jake et Jennifer se retrouvent dans la voiture, et s'expliquent. Jake est effondré, bien sûr, et la force qu'il déploie vous cloue à votre siège. C'est dans cette scène (et aussi dans une autre où Jennifer réalise la différence qu'il y a entre l'image de Jake et ce qu'il est réellement, autre moment bouleversant et très dur) que je remarque comment Jennifer Aniston s'en sort. Toute en force, elle est très loin de se faire dévorer par Jake Gyllenhaal qui lui tient pourtant la dragée haute. Et tout au long du film, on apprécie son travail, tout en nuances, qui reflète parfaitement l'évolution subtile, voir certaines fois presque imperceptible de son personnage. Pour paraître aussi nuancée et aussi forte devant Jake Gyllenhaal, le doute n'est plus permis : c'est un très bonne actrice. Gageons qu'elle continue dans cette voie là et que Hollywood ne la mange pas toute crue.
 
A l'heure où les films populaires se doivent d'appartenir à des catégories très définies, et donc plus "vendables", THE GOOD GIRL est une surprise de taille. Ce n'est jamais vraiment une comédie, jamais vraiment une tragédie. On est quelque part entre-deux. Derrière l'histoire sentimentale se cache une analyse déchirante sur le conformisme. Le film ne renonce à rien, et surtout pas aux nuances, de plus en plus grandes. Miguel Arteta mise sur l'intelligence et sur un travail très soigné de la mise en scène. Le parti pris de ce film, jamais cynique, est complètement assumé de bout en bout. Nous voilà face à un drôle d'ovni, généreux mais dur, drôle mais bouleversant. Comme LA SECRETAIRE quelques temps auparavant (avec Maggie Gyllenhaal, la grande sœur de Jake, aussi étonnante que son frère), THE GOOD GIRL nous éblouit. La liberté de ton et la générosité de ces deux films sont un bien précieux dans le paysage cinématographique américain, et dans le paysage cinématographique tout court.
 
Etonnamment Vôtre,
 
Dr Devo.
 
PS: Evitez absolument la VF, même si vous n'aimez pas les sous-titres. De plus, pour une fois, jetez un oeil aux bonus du DVD et plus particulièrement aux scènes coupées qui sont microscopiques mais qui modifient complètement le personnage de Jennifer Aniston. Aterta a fait le bon choix en ne noircissant pas trop le personnage. Ces coupes sont très subtiles. C'est passionnant.
 
Retrouvez la liste des films chroniqués dans notre index en cliquant ici.

 

 

 

 

Publié dans Corpus Analogia

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

daniel 17/02/2005 21:09

désolé, il y a eu gourance de ma part, mélange des genres; j'ai honte

DARKWALKER 16/02/2005 23:15

casper il a pas un blog que tu connais
dans la vrai vie mon elvira a moi a aussi un blog perso
mon blog perso est le darkwalker ou je peut dire ce que je veux sans risquer de provoquer la colere des druides

Le Marquis 16/02/2005 23:11

Casper le gentil fantôme ?

DARKWALKER 16/02/2005 22:49

un indice donc... je pratique l humour noir sous un drap blanc

DARKWALKER 16/02/2005 22:31

bravo doc pour la musique
mais en fait autre devinette
qui suis je ?
un indice doc ?