(Dr Devo : "La Matière est amour" par Dr Devo)

Chères Focaliennes, Chers Focaliens,
 
J'écris ces derniers jours avec un film de retard. Je vous rapporte mes pensées du film d'avant-hier. Et 40 ANS, TOUJOURS PUCEAU n'est pas le dernier film que j'ai vu, mais donc l'avant-dernier. Par contre, c'est le dernier film que j'avais envie de voir. Hier, j'ai été voir une horreur, comme un kamikaze pointe le nez de son avion vers le bâtiment ennemi le plus armé... Mission kamikaze accomplie, donc, non sans mal... On y reviendra.
 
Les américains sont peut-être mauvais, tricheurs, et insolents dans plein de domaines cinématographiques, mais ils sont aussi les plus pertinents dans certains autres, rien à faire. C'est le cas notamment des films de college, pour lesquels, vous le savez, j'ai une tendresse coupable, et également pour les films qui, de près ou de loin, s'intéressent à tous les handicaps, qu'ils soient physiques ou sociaux. Alors là, pour ça, ils sont drôlement fort les Ricains. Comme disait le poète, "si les Ricains n'étaient pas là, on serait tous..." en salles, alignés sagement et avec discipline pour voir JOYEUX NOËL (pas encore vu, mais le courage me manque ; Overfab, homme de blog et ami, bien moins insolent que certains qui collaborent à ce site, bref, un gars avec la tête sur les épaules et le verbe mesuré, affirme que ce film est quasiment révisionniste dans sa vision de la Première Guerre Mondiale. J’attends ses explications détaillées et on y revient !).
 
Steve Carell (également co-scénariste du film avec le réalisateur Judd Apatow) a 40 ans, sans blague, mais si, et travaille chez Darty. Gentil garçon, mais assez timide. Ses collègues, beaucoup plus expansifs et déconos, le prennent pour un gentil allumé ou un type terne et coincé. Un jour, ils leur manque un partenaire pour leur régulière soirée-poker, et n'ayant aucun autre recours, ils invitent Steve.
Steve, qui passe ses nuits sur internet, joue très bien au poker ! Après la partie, la conversation dévie bien sûr sur les femmes et le sexe. Chacun y va de son anecdote. Les collègues de Steve mettent enfin le doigt dessus, au détour d'une métaphore malheureuse (et débile !) : Steve a peut-être 40 ans, mais il est toujours puceau (ah oui, d'accord, je comprends le titre maintenant !). Les collègues vont prendre Steve en main, et forcer un peu le destin. Chacun y va de sa méthode et de ses conseils, et malgré sa bonne volonté, c'est pas gagné pour Steve... La chasse à la belette est ouverte.
 
Bon, si le film a cartonné sa mère aux US de A, faut être prévenu quand même, c'est pas du Ronsard, c'est de l'Amerloque. Budget riquiqui d'abord, avec tout ce qui va avec. Cadres insipides, champs / contrechamps au kilomètre, lumière assez ignoble et qui sent bon le studio en papier mâché. Ami esthète, passe ton chemin. N'empêche, régulièrement, on voit un petit film sympatoche dans le genre, en provenance de l'Amérique. DODGEBALL par exemple, il y a un an. Et souvent, c'est des histoires de freaks, de gens décalés et pas vraiment intégrés à la société. C'est le cas ici, avec la tare qui est peut-être  la plus lourde : l'absence de vie sexuelle, avec tout ce qui en découle. Difficile de faire plus honteux sans doute.
 
Ce qui est assez agréable dans ce film, c'est de voir comment est traité le héros. Un peu ringard évidemment, le garçon. Mais on sent néanmoins que ce "ringardisme" intervient a posteriori. Il n'est pas puceau parce qu'il est ringard, il est ringard parce qu'il est puceau. C'est une nuance assez jolie dans un système hollywoodien où, à la simple vue des acteurs d'un film, on arrive généralement à dire qui tient le rôle principal, et qui hérite des seconds rôles. Et d'une.
En même temps que les collègues de Steve le prennent en main, tous les personnages apprennent à se connaître, et comme dans tout bon film de ce genre, l'utopie collégienne marche à fond et Steve est rapidement "one of us".
 
Les gags sont très grossiers et en général assez marrants. On retrouve un hommage aux frères Farrelly (scène pipi empruntée à FOU(S) D'IRENE, moins bien que l'original mais plus "gore"), et des situations americian-piesques adéquates. La VF est complètement ignoble. Faite en 5 sets, à la vitesse de la lumière, par des acteurs et un directeur artistique qui non seulement s'en foutent, mais méprisent complètement le film, cette VF est un parcours du combattant, d'autant que le mixage n'est pas formidable et nous fait tendre l'oreille une fois ou deux. Du coup, le film parait sympa, sans plus. Il doit être évidemment beaucoup plus dynamique en VO. Si l’un de vous va vérifier sur place, qu'il laisse un petit mot ici en commentaire. Voilà qui nous gâche bien le plaisir, encore une fois. Quand on voit le prix des places (7 ou 8 euros !), c'est quand même un peu du vol manisfeste !
 
C'est quand même pas trop mal écrit. Les personnages secondaires sont assez réussis. Au fur et à mesure, on s'aperçoit joliment que les personnages d’origines étrangères émaillent de plus en plus le film. C'est logique, et là aussi, la leçon est empruntée aux Farrelly : la ségrégation des corps sur le marché de la viande hollywoodienne, c'est aussi celle de la couleur de peau. Comme les Farrelly introduisent de force des handicapés dans leur cinéma, on introduit ici des étrangers. Bien vu. La chose la plus belle du film concerne le collègue de Steve (Paul Rudd, très bon) qui n'a jamais fait le deuil d'une relation sentimentale vieille de deux ans. On est très surpris de constater que quand le personnage de son ex débarque, il s'agit d'une fille normale, pas d’un mannequin, une indienne d'Inde (ou quelque part, pas très loin) et gentiment boulotte ! Une fille de la rue, quoi ! Et ça, c'est très classe. D’abord parce que Paul Rudd est plus good-looking, et qu'un couple moche / beau n'existe jamais au cinéma. Et puis parce que l'actrice qui joue l'ex a du chien, et un jeu très réaliste, très loin de la farce ! Très beau moment. Très généreux.
 
On retrouve aussi une de mes actrices chouchoutes : Catherine Keener, que ceux qui l'ont vue dans DANS LA PEAU DE JOHN MALKOVICH n'oublieront sans doute jamais. Elle est ici à contre-pied non plus dans un rôle de garce supra-intelligente, mais dans celui plus romantique de la girlfriend potentielle (personnage social également, mais très bizarrement : avez-vous remarqué comme le réalisateur insiste de manière presque inquiétante sur son métier ? Son magasin ne sert à rien et n'est sans doute pas rentable – jolie scène des bottes, et on se demande presque s'il n'y a pas une volonté d'arnaquer Steve lorsque celui-ci lui confie ses poupées collectors. Pour une comédie de ce genre, on insiste drôlement sur l'argent, non ?).
Keener est quelqu'un de formidable. Ici, on a l'impression, mais encore une fois c'est sans doute à cause de la VF, qu'elle est largement en dessous de ses capacités. En tout cas, elle a pris un méchant coup de vieux, la Catherine. En même temps, j'avais vu quelques images de L'INTERPRETE cet été, et ça ne m'avait pas frappé. Je me demande donc si on ne l'a pas maquillée un peu dans ce sens, avec rides apparentes et tout et tout. Et pourquoi pas d'ailleurs ?  J'aurais aimé en tout cas la voir plus... Bon choix, quoiqu'il en soit.
 
Une petite remarque avant de partir. D’abord, regardez bien la tête de Keener dans le plan douche à la fin du film, dans le lit. Très physique. Très bonne actrice. [Ce n’est qu’un détail pourtant, et c’est paradoxalement peut-être le seul moment où l’on sent vraiment quelque chose de sensuel dans le film.]
Deuxio, il est très étrange de ressusciter HAIR. C’est assez astucieux : la révolution sexuelle, sensuelle et sociale est derrière nous, et appartient à un folklore passé. Et en fait, nous sommes en pleine régression. Rien n’a été retenu, tout a été corrompu ou gâché. À l’âge du porno et d’internet, il semble que l’on soit encore moins libre qu’à l’époque, et surtout que notre rapport au sexe soit encore plus immature. Etonnant, non ?
 
Ben voilà, on a fait le tour ! Petit article, un peu écrit n'importe comment, voilà, voilà. Je vous parlerais bien des CHEVALIERS DU CIEL, mais c'est bizarre, là, je préfère vous laisser là-dessus, histoire de se quitter sur un bon souvenir !
 
Bon dimanche sous vos applaudissements !
 
Décontractement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Dimanche 13 novembre 2005 7 13 /11 /Nov /2005 00:00

Publié dans : Corpus Filmi
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