LES CHEVALIERS DU CIEL, de Gérard Pirès (France-2005) : Ne m'appelez plus jamais Terre de France (kaki dehors, caca dedans)

Publié le par Dr Devo

(Photo : "Cinéma en Croix" par Dr Devo)

Chères Focaliennes, Chers Focaliens,
 
Comme prévu, on spéléologise dans le fond de la cuve, et comme d'habitude, il y en a, des choses à dire. Bienvenue en 2005, et c'est comme ça que ça se passe.
 
Avant de commencer, il n'est pas inutile, je pense, de se rafraîchir la mémoire. TOP GUN, de Tony Scott. 1986. Presque une génération de différence. Pour bien comprendre ce qui va suivre, il est impératif de rappeler une chose, sans quoi la substantifique moelle des CHEVALIERS DU CIEL va vous échapper. Certains auront oublié, d'autres s'en contrebalancent sans doute, mais il faut le savoir, dans les films d'avions, un personnage a toujours deux noms : celui de l'état civil, et son surnom de vol, ostensiblement marqué sur son casque, ce qui est bien pratique. Exemple. Dans TOP GUN, Tom Cruise incarnait le Lieutenant Pete Mitchell, surnom "Maverick". [N'allez pas croire que je me souvienne de ça, et encore une fois, merci à imdb.com !]
 
Ceci étant posé, voici l'affaire. Ça va mal. L'armée française, la France monsieur, la France, a commis, sans le savoir, une grosse bourde. On s'est fait voler un avion Mirage 2000, et en plein salon du Bourget en plus ! Ça craint la honte. Le dit mirage s'est échappé en pleine démonstration, et a disparu des écrans radars.
Clovis Cornillac (les américains ont Luke Wilson, nous nous avons Clovis Cornillac), surnom Fahrenheit, et son coéquipier Benoît Magimel, surnom Walk'n (les américains ont Christopher Walken, nous on a Benoît Magimel), deux pilotes d'élite ("là-haut, les meilleurs parmi les meilleurs", disait-on jadis !) de l'armée française, la France monsieur, la France, sont justement en patrouille dans le notre beau ciel lorsque l'incident a lieu. Ordre leur est donné d'aller voir ce qui se passe. Nos amis à la vie comme "en" boulot, croix de bois, croix de fer..., ooops, pardon pour l'allusion, retrouvent vite l'avion volé qui s'est caché sous un Boeing pour éviter la détection radar. L'interception commence, mais le pilote du Mirage volé fait le sourd, et pire, tente d'abattre l'avion de Fahrenheit. Le sang de Walk'n ne fait qu'un tour, il aligne dans sa mire l'avion méchant volé et attend que l'état-major lui confirme l'ordre d'abattre le sagouin. Mais, stupeur sans tremblement, les ordres sont formels : surtout ne tirez pas ! [Compris, les jeunes ?] Le méchant n'avion va tirer sur Fahrenheit, alors Walk'n désobéit pour sauver son équipier et désintègre le malotru.
Hiérarchie furax, débarquement de l'émissaire du Premier Ministre (Géraldine Pailhas, toujours assez belle malgré les tailleurs dits "classe" et plutôt ignobles qu'on lui fait porter ici), débarquement du chef officieux de la non-existente cellule des opérations spéciales, à savoir Philippe Torreton (le nouveau David Hemmings), savons généraux et magouilles au sommet sur fond de scandale-lelelelelele financier des marchands de canons... Que s'est-il passé dans cette embrouille, et pourquoi faire porter la lampe par nos deux héros ? Ça sent l'arnaque à donf, brother, à donf... C'est parti pour 102 minutes, play Yvette, play !
 
Ah, Gérard Pirès qui n'a pas complètement volé son nom, l'ineffable réalisateur de la série TAXI ! Mais soyons rigoureux, et finissons en une fois pour toute avec le cinéma, après on pourra discuter.
 
Structurellement (et narrativement), LES CHEVALIERS DU CIEL est construit sur une série de cycles, à l'instar du cinéma pornographique. Je dis ça à froid, et sans me moquer, bien sûr. Sauf qu’évidemment, les exigences du grand public (j'étais assis à côté d'une petite fille de 7 ans, dont les commentaires à sa maman était très intéressants et m'ont fait marrer : visiblement, c'est elle qui avait choisi le film, et il y a des choses qu'elle n'a pas comprises, demandant à chaque fois des explications à sa mère, et à chaque fois, la petite fille a décroché sur les points les plus maladroits du scénario : pas conne, la petite !) ne sont pas les mêmes que celles du public érotomane. En conséquence, la durée du cycle "d'action" a été réduite de 7 minutes à 4 minutes. C’est de bonne guerre. Première remarque.
On peut objectivement observer que Pirès veut faire un film ouvertement populaire, de genre, un peu brut de décoffrage. Au final, les séquences d'action alternent avec des séquences de blablas complotants plutôt courtes, avec une belle régularité métronomique. C’est du brut de décoffrage, ce n’est pas du Ronsard.
 
Alors évidemment, ça ne cherche pas midi à quatorze heure, ça tranche dans le lard. Le développement, trop basique, est forcément un peu, et même carrément, bébête, bien moins évolué par exemple que son pré-concurrent FURTIF, vu cet été, très débilosse également mais possédant d'autres qualités, pas énormément, mais quand même. J’y reviendrai si j'ai le temps.  Allez, tout le monde n'est pas Tarkovski, et on aurait été prêt à être indulgent avec le gars Pirès, si malheureusement son film ne contenait pas des choses fabuleusement maladroites et très mal calculées sur le plan tactique, d'une part, et des choses impardonnables sur le plan artistique (au sens large) d'autre part.
 
Le vrai mystère du film est : comment laisse-t-on encore Mr Pirès tourner des films de cette "importance" (je parle du budget, là) ? Formellement, et sur le simple plan cinématographique, c'est une horreur. Je passe sur la photo, très médiocre dans la copie que j'ai vue. Quand on arrive à de gros tirages comme ça, une fois sur deux, on voit le film dans une copie aux couleurs pourries et à l'étalonnage immonde. Ça, c'est pas forcément la faute à Pirès, mais au labo qui tire la pellicule, alors laissons le doute profiter au réalisateur.
Si le scénario est absolument bébête et sans tentative de faire quoi que ce soit d'un peu rigolo ou d’original, difficile par contre de ne pas noter l'incroyable mal-facture, et l'ignoble médiocrité plastique et cinématographique de l'ensemble. Pirès, comme d'habitude, tourne en 2.35 (format scope), pas le plus ingrat des formats pourtant, et le résultat est horriblissime. Rien n'est cadré. Regardez le décollage du Mirage volé au début du film. Une horreur. En fait, Pirès cadre son film, un peu comme nous cadrons (enfin, pas moi en fait) l'anniversaire de Tata Jeannette sur le caméscope familial. Ni plus beau, ni plus laid que ça. L'usage du 35mm impose évidemment l'exclusion de certains tics et malfaçons de la vidéo. Ça tremble un peu moins par exemple. Mais il n'empêche, les sujets à l'image sont n'importe où, Pirès filme comme à l'arrachée, avec pour simple prérogative que l'information soit à l'écran et basta. Pas de composition, ni rien. Pas de composition du plan pour construire la séquence dans son entier, et donc pas de relation ou de contradiction dans les plans entre eux. L'informatif über alles. C’est exactement la même chose chez Tata Jeannette. Quiconque a tenu la caméra dans une réunion familiale a entendu au moins une fois dans sa vie, comme disait le poète : "Tu vois le gâteau, là ?" au moment où Tata va souffler les bougies. Ici, c'est pareil.
Il y a de vagues efforts pour styliser la chose, mais en général, ça tombe à plat, ou les plans sont foirés et inutiles, comme cette espèce de travelling sur le tarmac en intro de film, où l'on suit la camionnette des ravisseurs. À la limite, sans ses velléités de mouvement, Pirès aurait obtenu quelque chose de plus sobre. Les plans en vols sont absolument quelconques, et bien moins impressionnants que TOP GUN, de 19 ans plus jeune et qui pourtant ne casse pas des briques (dans le film de Tony Scott, je crois qu'il n'y a que 3 minutes où l'on voit de vrais avions en vol, et en général, ce sont des atterrissages et des décollages). Il y a sûrement ici un déploiement de moyens, mais ça ne se voit absolument pas à l'écran. Evidemment, quand on ne cadre pas, le moindre effort devient complètement cheap. Comme disent les graphistes et les vidéastes en matière d'informatique : "garbage in, garbage out".
Bien entendu, le montage est aussi parasité par cette volonté de non-construction. Du coup, en l'air, rien n'est lyrique, tout est speedé, et tout change de point de vue ou d'axe dans le plus parfait désordre, en essayant quand même, ça et là, de placer des plans raccords sur le strict plan géographique. [Effort inutile que cette spatialisation de  dernière minute, surtout quand on se contrefiche de l'échelle de plans et du cadrage.] En l'air donc, c'est la bouillabaisse austro-hongroise. En bas, c'est un peu plus calme bien sûr, mais c'est également n'importe quoi, sans aucune recherche de rythme (c'est la BO, ignoble et mixée à la tronçonneuse allemande – baissez vos sonotones – qui donne le rythme des scènes, c'est-à-dire l'ambiance, comme le montre ce personnage, surnom de vol "i-pod", qui emporte la BO du film à chaque vol !), et le moindre champ / contrechamp est laborieux. En plus, l'utilisation du gros plan "émotif" (vous savez, le fameux cliché selon lequel plus on cadre en gros plan, plus on est prêt de l'émotion de l'acteur et du personnage...) est constante, comme à la télé.
 
Bref, cinématographiquement, c'est assez horrible. On peut même ajouter que la direction artistique est remplie de mauvaises idées (l'appartement de Torreton, par exemple), d'endroits très laids filmés dans un coton sfp-gaullien (les bureaux militaires luxueux de la république), ou encore de reconstitutions  de locaux secrets high-tech, dit-il, qui n'ont même pas le bon goût de copier les scènes de salle de contrôle des films ricains ! Que cela est cheap !
Les acteurs sont perdus dans des dialogues et des situations vues / entendues 12000 fois (opposition bureaucrates / barbouzes contre Hommes de Terrains, "s'ils te virent de l'armée, et ben je démissionne aussi", etc.), et mal bricolés, sans aucun humour (fut-il un peu débile ou factice, comme dans FURTIF). De temps à autres, on nous ressort la Playmate du Samedi Soir, de notre maître à tous Stéphane Collaro, avec des actrices ignobles filmées comme de semi-mondaines du club échangiste (mange google !) de La Motte Beuvron, c'est-à-dire tout en vulgarité ostentatoire (ça, pourquoi pas à la limite), mais sans envergure, et une fois de plus sans humour. La scène du strip-tease sur l'avion est ostensiblement filmée dans un hangar noir, et ressemble à un numéro de bar à putes à Sarajevo, aussi beau que ça, oui, oui. Torreton comme d'hab, et à l'instar de David Hemmings, comme dirait Graham Chapman, fait très bien la bûche.
 
Je passe sur les images de synthèse !
 
Résumons, il n'y a rien ou presque. En fait, Pirès est au film d'action ce que Jean-Marie Poiret est à la comédie. Ils engloutissent tous deux des sommes folles qu'on ne retrouve jamais à l'écran. Il est évident que LES CHEVALIERS DU CIEL vise une qualité téléfilm. Personnellement, le feuilleton PJ sur la 2 est bien mieux réalisé que ça, et là, vous pouvez me croire, ce n'est pas de l'ironie. [Et ça fait tellement SFP, tous ces effets, tous ces décors et ce scénario...]
 
Voilà en ce qui concerne le cinéma. Faisons maintenant un pas de côté.
Il n'y a rien qui vous choque ? Non ? Vous êtes sûr ? Et bien parlons un peu, non plus de Gérard Pirès (à qui il faut préférer feu Gérard de Suresnes), mais des producteurs de ce film. Où est Tanguy ? Où est Laverdure ? Quel est le rapport avec la bande dessinée ?  Quel est le rapport avec la série télé ? Euh... Ben, c'est très simple : ça parle d'avions, non ?
Vous l'aurez compris, le moins pardonnable dans tout ça, c'est le cynisme complet de la production ! Ils n'ont racheté les droits des CHEVALIERS DU CIEL que pour se payer le titre ! Sinon, entre la franchise d'origine et le film de Pirès, de l'aveu même des producteurs, il n'y a aucun rapport, mais alors aucun. Tout ça, c'est du marketing pur, et ce n'est pas du tout une adaptation. Et sur ce point, je crois qu'on bat les Américains ! Ce film devient du coup un cas d'école, et il est révélateur de ce que la profession française pense de son public ! Peu importe de faire un film, peu importe d'y mettre les intentions, ce film n'a qu'un but : vous pomper votre fric ! Point barre. Et la question de faire accessoirement du cinéma ne se pose même pas. Ce film stigmatise et incarne en quelque sorte le fantasme ultime de la production française. Et si ce point n'est pas celui qui prend le plus de place dans cet article, c'est quand même là le vrai scandale. Celui d'une production incapable de livrer un film d'action un tant soit peu remarquable, incapable de faire ressentir quelque émotion, la plus factice et la plus triviale soit-elle. Elle marque aussi l'état de désordre, de peur et de non-décision de professionnels de la profession, toujours prêts à se plaindre des terribles entraves qu'ils rencontrent pour monter leur film dans un paysage cinématographique qui, selon eux, marche sur la tête, mais qui sont en fait incapables de créer, même cyniquement, même pour faire du fric et rien que du fric. Aucun effort, cynisme et arrivisme à tous les étages, ce film est une insulte, même pas aux cinéphiles populaires qui aiment les bons gros films, mais à quiconque va dans un cinéma  et paye 8 euros la place. C’est ni plus ni moins du vol, et pour ma part, j'ai plus de respect pour des vendeurs de yaourts qui font leur métier que pour ces gens pour qui le cinéma, qui à huit euros le ticket est un sport de riches, n'est finalement qu'un placement, comme à la bourse. Du cinéma comme on fabrique des chaussettes ou des poêles Tefal !
Notre collègue Pierrot disait ici en commentaire que les Cahiers du Cinéma avaient trouvé des circonstances atténuantes à ce film. Ils prouvent là que ce sont des salauds sans foi ni loi, car il n'y a strictement rien ici qui soit cinématographique. Mais il faut bien les traiter quasiment de "collabos", avec ironie et humour, mais aussi fermeté, dans leur inaptitude à relever et à dénoncer le scandale inédit, et que je viens de mettre en lumière, de cette production des CHEVALIERS DU CIEL.
 
Je me souviens cette année avoir vu une série Z fauchée de Bruno Mattei, le fameux réalisateur du mythique LES RATS DE MANHATTAN. Ça s'appelait VIRUS CANNIBALE, c'était un film de zombies, assez rigolo puisque quelquefois assez inepte. Il n'y avait aucun cannibale dans le film, et l’un des personnages, une espèce de barbouze, meurt en tutu vert fluo, dévoré par un des dits zombies. Il n'y avait pas un rond dans ce film. Et pourtant, quelle surprise de voir par exemple que le film était cadré avec goût dans un superbe scope. Tu le sens, le message qui monte ?
Choisis ton camp, camarade ! Disons merde aux dealers !
Et bon rétablissement, Michel !
 
Justement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Publié dans Corpus Filmi

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Norman Bates 06/05/2010 09:22



Bonjour Brun, moi je voudrais rebondir sur votre remarque : pour moi les fans d'aéronautiques sont des astronautes en mal de reconnaissance.


Au lieu de regarder les avions, faites en sortes de voler !


 


Merci et à la prochaine !



Dr Devo 05/05/2010 20:09



Salut brun!


 


le fait que ce film et ses prises de vues aériennes ont pris du temps et de l'argent, Baaaaaaaah, on s'en fout! Le résultat me parait médiocre...


 


 


Le fait que je sois reconnu ou non n'est ni une preuve de ma superpsuissance critique, ni une preuve de ma nullité! Et réciproquement!


 


Dr Devo.



brun 05/05/2010 16:35



bonjour,


il faut vous l'avouer, j'ai un peu de mal avec vos citiques. Alors effectivement, ce n'est pas le film de l'année mais en tout cas, il me plait. Je trouve l'histoire sympa, les visues aériennes
vraiment bien et un cadre bien gèré..... Les acteurs, j'aime vraiment et en tant que fan d'aéronautique, je peux die qu cela à du prende du temps pour que la crédibilité de ce fim est un sens.


Je pense que vous mélangez politique, argent et cinématographie.


Vous n'avez pas les budget pour un film, soit. Mais cela ne vous autorise pas à faire des critique de ce genre. J'ai franchement l'impression de m'adresser à des critiques d'art en mal de
reconnaissance..... ah mais c'est ça ! Désolé, je comprends mais n'approuve pas..


Au lieu de critique, faits en sorte d'ete reconnu



Mister Renard 06/01/2007 01:28

Docteur Renaud s'est pris les pieds dans le bernard tapis, il retourne dans sa chambre sans manger et, et, et, ... oui bien sûr : "et sans son bol de chocopops".Mi-nable.

pas mal 05/01/2007 18:06

putain ça casse