IN HER SHOES, de Curtis Hanson (USA-2005) : c'est beau Vienne, avec toi Vienne

Publié le par Dr Devo

(Photo : "Le Moment de la Conception" par Dr Devo)

Chères Associées, Chers Partenaires,
 
On est sauvé, se dit-il, par l'arrivée impromptue et pourtant prévisible du Mercredi et de son flot de films nouveaux, nous faisant échapper de peu, et provisoirement, à la raclure du fond de la piscine en apnée avec une petite cuillère (en argent). Ça, c'est de la métaphore, Brother ! Il soupira de soulagement en lisant les premiers lignes de l'article : ouf, ça serait drôle, envisagea-t-il d'un revers de main.
 
Mon cinéma Pathugmont, dont je suis propriétaire grâce à ma carte illimitée, se refait une petite crise de VO. Et bien tant mieux, on ne va pas cracher dans la soupe. On calcule savamment le temps d'arrivée dans le cinéma, la pause aux toilettes, la montée de l'escalator, le passage au contrôle, et même l'extinction du téléphone portable, afin d'échapper à l'ignoble film annonce de ET SI C'ETAIT VRAI, adapté du best-seller, se dit-il dans la voix-off de sa conscience, ou quelque chose comme ça, ça sent le papier recyclé en tout cas, dit-il, oh ouiiiii, continue comme ça, tu ferais mieux de revoir tes anciens amis, dit-elle, oh oui...
 
Il y a un certain charme à avoir un nom pour prénom, monologue-t-il en feuilletant "Elle".
 
Ah oui, c'est New York, je reconnais bien. Petit générique madonnesque, en montage parallèle, c'est plus simple, même pour une comédie pas bien cadrée (là, du moins), mais bof, c'est l'idée qu'on se dit. À ma gauche, Cameron Diaz, toujours le même look, les mêmes fringues, bizarre, bizarre, c'est par contrat peut-être. Grande donc, blonde bien sûr, en train de se taper un mec dans les toilettes lors d'une, je cite, "réunion d'anciens du lycée", crédibilo-symbolisation de scénario suprême un peu trop appuyée pour être crédible, et d'ailleurs, rien ne prouve que ce soit ça car on n'en verra rien, de la fête, juste les toilettes et une étiquette bien d'apparat, comme dans un casting. Diaz vomit, le mec se casse. Elle a bu.
À ma droite, divine Toni Collette, polymorphe un jour, polymorphe toujours, ici côté bouboule (et alors ?) qui ramène son patron chez elle et le saute itou, mais jusqu'au bout, elle, même si c'est hors-champs, et ajeun (comment ça s'écrit ? [à jeun, tu y étais presque !, NdC]), faut préciser, autrement le passant, il te comprend pas, c'est logique, continue comme ça. Les deux sont sisters, mais pour de vrai, et sans l'effroi jumel (singulier de l'adjectif jumelle, si je veux) de souvenirs antérieurs et vivaces.
Cameron, sexy-girl en début de fanage, inculte au chômage comme d'autres. Toni, classe 20 fois, 30 fois atomiquement plus que n'importe quelle Ally McBeal de mes fesses, osa-t-il en effleurant le clavier, bouboule (voir bouboule sur imdb, instructif) pour des yeux de new-yorkaises qui voient le film dans une salle huppée de Manhattan, normale sinon, sans beaucoup de mec (bon, sauf là, dès le générique, mais ce n'est pas habituel ; ça gonfle et ça marche !), vie non pas carrée, mais plongée dans le travail avec indépendance tranquille, même sans vue sur le Parc, mais pas loin à pieds. Brillante quoi, sans que ça se remarque, la meilleure de l'être, brillant, réfléchit-il en milieu de métrage, pendant que le trio de branchouilles-girls 22 ans tout sonnés pas plus, mais culturellement matures, on va quand même voir des films en VO, se comportent comme des barbies girls pour garçons streetwears, c'est-à-dire tout ce qu'elles méprisent sans doute (qu'on lise "inrocks" ou qu'on écoute du rap, même combat au final, culture urbaine se dit-il sans respirer, les trois en commando ou cellules dormantes se réveillèrent et piaillèrent jusqu'à la fin, alors que la salle est immense (400 ou 500 place) et qu'il n'y que 20 / 30 personnes, pourquoi se mettent-elles devant nous ? T'as payé 7,40 euros la place, et tu trouves qu'on fait du bruit, et bien nous, on s'en fout, et puis d'abord, aujourd'hui, c'est tarif réduit, alors tu mens, on peut pas te faire confiance, à quoi bon discuter avec toi... Oh misère, la prochaine fois, au restaurant, je fumerai dans ta gueule avant l'entrée et puis au dessert, ces deux bornes kilométriques que je marquerai de deux pylônes gaulois pour te faire chier, trio de barbie-girls (même pas vrai, on va chez zara) à qui je ne saurais recommander rien de mieux, sinon L'ÂNE TROTRO, dans l'épisode « l'âne trotro fait un gâteau », actuellement (ou presque) en vente avec le magazine ENFANTS MAG (2.90 euros seulement avec le DVD pour les mioches), allez-y, c'est une éminence focalienne qui bosse là dessus et c'est sûrement très bien, et cette simple phrase, oh ouiiii, continue comme ça, tu ferais mieux de revoir..., elle me disculpe, bien que j'eus le désir, l'envie et le besoin qu'elle me préférât, la phrase, dans sa nébuleuse structure érotique et sexy de jeux solitaires, Google mange, mange, et vous trois, ta gueule, pitié ta gueule, aller voir TROTRO, au moins vous ferez quelque chose de bien pour la société (achat=droits d'auteur=focalien heureux).
 
Les deux sœurs opposées donc, ou plutôt moins opposées que différentes, avec option incompatibilité, OK, OK. La première remarque, que dis-je, la first que je vois, c'est, tiens, quand elle fait son lit, Colette, en trois mouvements, l'action avance précisément et dans le découpage en même temps que se construit le dialogue et qu'il se structure (encore dans le symbole un poil too much), les deux en même temps, on ne voit plus jamais ça, et en 5-6 plans et 30 secondes c'est réglé-plié ! Bien, bien, on ne voit plus ça, me dis-je in peto, c'est soit dialogues soit action, mais jamais les deux en même temps, ou alors avec une des deux faces qui est importante et l'autre vide pour faire de la place, mais les deux importantes en même temps, comme un duo en contrepoint, c'est rare, c'est perdu. Pas exceptionnellement beau dans la mise en scène, mais efficace et, encore une fois, ça révèle la beauté de la structure, affirma-t-il. Surtout qu'à suivre, en fin de cette même scène, le dialogue du wouaff-wouaff de l'enfance, point de cliché et passage obligé, marche très bien. L'idée est grossière, d'accord, mais la structure est belle, puisque ça arrive............ quand le lit est fait, quand c'est bordé, quand c'est le silence et que le blah-blah a disparu. En fait, elles ont l'impression de se marcher sur les pieds, mais elles ont un truc à se dire, et non pas parce que c'est un mélo et à cause du passage obligé émouvant in petto, mais parce que la mise en scène était là, et on y a cru pendant toute la scène, et même, dans ce bordage avant de dormir : c'est le petit machin émouvant. Et non, elle (la scène) porte déjà la dureté, le passage émouvant est en fait le passage violent, même si on ne le sait pas tout à fait, ou qu'on ne s'en rend pas compte. C’est la violence, pas la leur, mais celle qu'elles ont vécue, qu'elles ont en commun. [Malpolie d'ailleurs, lorsque le scénario nous ressort le jour du drame et du chien : dans une conversation à trois dans un lieu même pas beau, avec Shirley MacLaine qui dit, venez ici mes filles, je vais vous montrer des photos, on va pleurer un coup, mais en fait non, elle fait ça pour avoir des renseignements et tirer l'affaire au clair. Diplomate mais calculateur, et ça marche. (Cette dernière phrase s'adresse aussi à la mise en scène de cette scène). Ça marche, dans le sens où c'est utile et que ça fait avancer les choses, ça mûrit. Deux axes divisés en bissectrice de la table de cuisine, mais en semi-leurre, car le découpage se fait sur trois axes (il y a trois personnages) et à ce moment là, oui, Collette est entre deux feu, fait le relais, et petit à petit l'axe se bouscule... Ce n'est plus une ligne MacLaine-Collette qui fait la transition-Diaz, mais MacLaine-Collete/Diaz. La grand-mère Shirley prend le fardeau pour elle, et reconstruit la famille en éclairant tout. Pas d'effusion, mais de l'émotion, et beau montage même si c'est façon jambon de York. Scène suivante très juste même si mélo, et bel aveu de Collette, puis plan en plongée sur elle assise sur les  toilettes, et sublime crispation du visage en serrant les fesses (drôle et beau, ce que je dis, non ?).
 
Autre chose. J'aime la petite mémé. Plus tard, très belle scène de banc, révélation et passage obligé. Mais une très belle chose quand même, et même c'est émouvant, et même contraire à ce que TOUT HOLLYWOOD fait, surtout récemment dans RENCONTRES À ELIZABETHTOWN, et encore plus dans GARDEN STATE (où moi et Mr Mort avions vu qu'il faisait le gros plan sur Portman et coupait en sagouin pour se rapprocher encore : manque de culture et de classe !). Ici, la scène de banc avec les deux vieilles est atomique, et folle de charme fou.
Parce que, montée en puissance mais froide, comme une vague qui gronde, "water flowing underground" (cf. Talking Heads : "Once in a Lifetime"), ça monte, mais rien ne frémit, jeu froid, jeu qui cache, la classe. On sent que ça va pleurer peut-être, mais c'est pas la montée en puissance façon grosse vache, comme par exemple Nicole Kidman  sur le quai de gare (ignoble, cette scène ! Ou cette prise ?). Ici, avec Shirley, c'est du froid. Du pudique dans une scène qui, structurellement, ne l'est pas. Et ça monte, ça monte, ça monte, et quand ça commence à écrêter, à se voir un chouïa (on est en plan rapproché), ça vient, la larme, ça vient, CUT ! Il coupe, le petit  salopiaud ! Et bing, plan suivant, plan moyen : il a élargi le cadre, il s'est éloigné ! Que c'est beau, que c'est beau, quel doigt tendu à ses collègues ! Pudeur et classe. Clap clap. Le contraire de la scène finale de GARDEN STATE. CQFD.
 
[Bon, il ne le fera qu'une fois et ne l'appliquera pas toujours, son principe. Mais à chaque fois, il coupe plus tôt que si son film était une pleurnicherie de Julia Roberts. À chaque fois.]
 
Gros sabots et gros symboles, scénario de mierda, carambar !, oui mais, mais de l'âme, surtout parce que les acteurs travaillent dans le découpage (encore une fois, les regards de Collette dans la cuisine). On est donc sur un chemin vu mille fois, mais Hanson essaie de le prendre discrètement, à rebrousse-poil, en essayant de faire de la mise en scène, avec plus ou moins de bonheur, et de ce fait, il fait avec le même scénario que les autres ce que les autres n'ont pas essayé de faire. Mais le contenu est le même, avec ses gros symboles (le prof !), mais il y a du tact par moments, et il y a une envie de faire vivre humainement, car dans la mise en scène, la chose.
 
Jolie période aussi, la prise de marques de Diaz chez les vieux : le temps s'arrête, ça va durer cinq heures, on se dit. Ça marche et ça permet au mélo de venir passer un coup de rouleau compresseur ensuite... C'est de l'aristotélicien, et tout sera résolu, of course, avec même plan final hideux et même fin maladroite : trop longue, trop de mari, trop d'Hollywood, le mari aurait pu rester un personnage secondaire et comprendre ça en licence poétique, sans qu'on voit le mariage, ou alors sans rien, juste le poème de Diaz (bien plus laid que le premier, mais ça passe). Donc, la fin un peu trop classique, mais le reste marche. Aussi pour des raisons de scénarios+actrices : c'est absolument vide et déprimant, les scènes d'appartement ou le plan automnale, superbe, sur Collette sur le banc. Ou le seul plan fantastique : quand Diaz sort du magasin et regarde intriguée pour sa voiture. Le premier contrechamp sur la rue montre qu'elle est concrètement émue de voir une femme en anorak (si ça pouvait être Collette) : là, le film a dérapé pendant deux plans. Contrairement au reste, il n'insiste pas, il n'a rien marqué, même pas dans le son, et c'est fin et limpide.
Oui donc, c'est bien déprimant quand même.
 
J'ai oublié de dire : regardez le regard de Collette dans la scène de la cuisine.
 
Bon ben, petits moyens d'artisans, mais tentative réelle d'artiste, même si la fin chie un peu dans les draps, comme dirait RAPP, et que tous les points doivent être résolus, malheureusement. Et malgré l'ignoble djembé petit-bourgeois et son immonde musique reggae, quelle faute de goût, en plus dans un mariage. En même temps, s'il n'y a que ça...
MacLaine superbe.
 
Vrai envie de cinéma. Bravo HANSON, doooowap !
 
Paradoxalement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés : cliquez ici !

Publié dans Corpus Filmi

Commenter cet article