MON BEAU-PERE, MES PARENTS ET MOI, de Jay Roach (USA - 2004) : ta mère!

Publié le par Dr Devo

(Photo:"Atterrissage" par Dr Devo)

Chers Confrères,
C'est le week-end, et pour certains peut-être, c'est les vacances. C'est samedi soir. Qu'allez-vous faire? Pas envie de regarder la télé, surtout un samedi soir, plus de livre dans la bibliothèque, lecteur DVD en panne, connexion Internet kaput et pas assez fatigué(e) pour aller se coucher à 20h30 ? Dr Devo a la solution. Une solution à la petite semaine, c'est vrai, mais si c'est ça ou faire des réussites toute la soirée...
Allez hop, salle No1 de MON cinéma, celui dont je suis devenu co-propriétaire en achetant ma carte illimitée. Ha, la salle No1, découverte il y a peu et déjà étrennée deux fois, avec les sanglants IZNOGOOD et ESPACE DETENTE. Tout un poème. La salle No1 est au troisième étage, et voir un film là-haut, plus près du ciel, mais en apparence seulement, c'est un défi lancé à moi-même et à mon vertige. Car il y a deux vertigineux escalators à affronter. Mais que ne ferais-je pour vous ? Rien n'est trop beau et j'accepte tous les sacrifices, même les plus médiocres.
C'est quand même bizarre et significatif. Parmi les quelques films sortis mercredi dernier, ben le plus sexy, c'est peut-être encore MON BEAU-PERE, MES PARENTS ET MOI... C'est pas grand-chose, mais c'est celui-là qu'on a plus envie de voir. Je n'aurais pas misé cinq centimes sur CONSTANTINE a priori, et c'est quand même plus attirant que le film sur Mitterrand (quoique, ça doit valoir son pesant de cigarillos cubains, car ce film ne parle jamais de politique, parait-il!!! Il faut oser quand même, non ? Un jour, un type exploitera mon idée très vieille de faire une comédie musicale sans musique!). Film-annonce sympa, la bouille de Ben Stiller... Allez, on s'y colle. Si c'est nul, on prétextera, avec un peu de mauvaise foi, qu’une apparition de Ben Stiller est toujours bonne à prendre, même dans le médiocre STARSKY ET HUTCH qui ne comptait que trois bonnes scènes. La pub passe vite. Il faut supporter la pourtant très courte bande-annonce du FILS DU MASK (mon dieu...), et attendre pour la dixième fois que le public rigole à la réplique "Ta mère!", gage de bon fonctionnement au box-office. C'est le film-annonce le plus laid et le plus mal fichu au monde, mais cette seule réplique finale assure le succès du film. Passons. Les lumières tombent et au bout de cinq minutes, c'est l'effroi. Ça y est, je me souviens maintenant. Je me souviens exactement dans les moindres détails, comme une madeleine de Proust au goût de ver de terre, pourquoi le premier film MON BEAU-PERE ET MOI était mauvais! Je me souviens avoir pensé que le sujet était pas mal, mais que tout cela était d'une antipathie et d'une bêtise crasses. Je me souviens de cette mise en scène aussi laide qu'un Derrick, la classe en moins, et sans Horst Tappert... et avec De Niro! Au secours! Débarquez-moi, comme disait le poète... En quittant la salle au bout de dix minutes, je sais pertinemment que je perdrais mon titre de Docteur, mon seul honneur, ma seule fierté... Et comment abandonner ce film, fût-il mauvais, alors que j'ai vu IZNOGOOD, THE AVIATOR, CAMERA CAFE, LES SŒURS FACHEES et ALEXANDRE en entier? Je reste, Julien, je reste!
Dès que cette vieille baderne de De Niro entre dans le cadre, une immense vague de désespoir m'envahit. Gros, vieux cynique, et surtout en roue libre, libéré de toute contingence ou exigence parce que son passé absout tout (à juste titre ou non), De Niro paye ses impôts. Son dernier bon film, c'est quand même la pub pour American Express. Le reste, c'est quand même caca... Et sans aucun doute, je me rappelle avec exactitude, disais-je,  que le maillon faible du premier volet, c'était lui. Je m'apprête à sortir les menottes, le coffrer et l'envoyer à la Brigade du Bon Goût croupir quelques siècles, mais quelque chose d'imprévu arrive. Ben oui, mon petit Monsieur, t'as vu l'affiche pourtant. God bless, pour une fois, les épisodes No2 et leur surenchère. Pour cet opus deux, il ne sont pas 4 mais 6! Dustin Hoffman et Barbara Streisand débarquent! Ouf! Et là, le film se débloque. De Niro joue en touche, et va se placer au fond de la photo... et ça fonctionne exactement au même endroit où le premier épisode était grippé. Un antagonisme naît, premier point, et le film devient enfin chorale, et non plus un affrontement Stiller-DeNiro rendu stérile par 1) l’absence abyssale et le je-m'en-foutisme  de De Niro, visiblement en train de se demander s'il a fermé le gaz avant de partir, et 2) par l'absence totale de caractère et d'utilité des personnages de la fiancée et de la belle-mère. Le miracle a donc lieu. La fiancée est toujours aussi cruche, là-dessus on est d'accord. [Pourquoi ne participe-t-elle jamais à l'action comique ? Pourquoi est-elle si fadasse, encore plus fadasse que son clone originel Helen Hunt ?] La belle-doche revit enfin un peu. Elle a dû remettre son sonotone et participe enfin, même si c'est discrètement. Elle incarne par là même pleinement son personnage qui redécouvre les joies charnelles et incarnées de la vie. Dustin Hoffman, dont le dernier bon film est... Ha oui, tiens! C'était quoi ?  Deux secondes je regarde sur imdb.com... Bon, il faisait la voix de la conscience dans le JEANNE D'ARC de Besson (le seul film de cinéma de Besson), mais je ne l'ai vu  qu'en VF donc je ne m'en suis pas rendu compte. Sinon, il y a... DICK TRACY en 1990... Pas mal... Non, son dernier grand rôle c'est LENNY en 1972! (à mettre au conditionnel, car ça fait bien 10-15 ans que je l'ai vu!) Disons LENNY... Ok, disons DICK TRACY... Hoffman n'a donc pas fait un bon film depuis au moins 15 ans... Ça vous rappelle quelqu'un non ? Ben oui, De Niro... Allez encore un petit coup d'IMDB... Ha oui, c'est vrai : JACKY BROWN en 1997. MAD DOG AND GLORY en 1993 et LES NERFS A VIF en 1991. C'est mieux que Hoffman. Pour être exact, il faudrait faire pour chacun un calcul de proportion entre bons films et mauvais films.
Reprenons. Donc, Hoffman, qui "serait" encore pire que De Niro, débarque. De toute façon, il a l'air un peu plus sympathique Hoffman. Je ne lui confierais pas la garde de mes enfants mais quand même. En tout cas, lorsqu'il débarque avec Barbara Streisand, tout se met à fonctionner, des points de vue s'enclenchent. Les oppositions ne sont plus tout à fait dichotomiques et, enfin, halleluyah, une dynamique comique peut se mettre en place.  On rit, et on rit même de bon cœur plusieurs fois. Et on finit même par rire régulièrement de bon cœur.
Alors, au final, ça donne quoi? Ben, c'est plutôt agréable. Hoffman a l'air de bien s'amuser. Barbara Streisand a enfin abandonner son balai, a diaboliquement grossi, ne chante pas, et elle aussi s'amuse beaucoup, en se baignant avec jubilation, comme c'est curieux, dans des gags très drôles et de très mauvais goût (il fallait oser pour une "star" comme elle, la scène de la crème chantilly quand même!). La fiancée est invisible, comme je l'ai déjà dit, et la belle-mère se déride comme je l'ai déjà dit aussi. Les seconds rôles sont très drôles. Et De Niro, cette vieille baleine échouée sur des comptes bancaires en Suisse, a quelques bons moments surtout quand il est en retrait ou qu'il singe un politesse feinte qui cache un profond dégoût. Le scénario me parait mieux écrit, enfonce le clou fascisant de la famille De Niro, et l'opposition avec le couple Hoffman-Streisand marche bien. On est ici dans un humour plutôt trash qui essaie toujours de nous plonger dans l'horreur des comportements familiaux, mais avec, enfin, plus d'énergie et plus de mordant, ce qui rend la chose effrayante et acceptable, dichotomie qui fonctionne à merveille. On rit en même temps qu'on a des frissons dans le dos. Bien vu. Pour la mise en scène, c'est autre chose. Jay Roach est un habile artisan dans la série des Austin Powers. Ici, c'est tout le contraire. La mise en scène est plate comme un téléfilm d'arrière-garde. Le découpage n'a strictement aucun intérêt. Curieusement toutes les scènes qui jouent sur l'action physique (le football américain, le coup de pieds dans le nez) sont ratées. Et surtout, la lumière est HIDEUSE, dégueulasse et même pas étalonnée. Encore plus mauvaise que celle de SIDEWAYS. La copie que j'ai vue est, en plus, très mal tirée avec au moins quatre plans complètement flous, ce qui est un vrai scandale quand on voit le prix de la place. Mais ne boudons pas notre plaisir, le scénario est plutôt malin, et on passe avec ce téléfilm un bon moment. Le film tend vers ceux des frères Farrelly, sans jamais atteindre ce niveau, certes, mais il y a assez d'idées de scénario et autres choses débiles et effrayantes dans MON BEAU-PERE, MES PARENTS ET MOI pour aller y faire un petit tour, faute de mieux.
 
Sympathiquement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Publié dans Corpus Filmi

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Réseau Morphée 19/02/2005 14:39

On comprend Dr Devo ;-) Bon, revenons-en à l'article :-) Et bien merci ! Oui, parce que... Bon... Me suis dit, horreur, malheur qu'est-ce qu'ils nous sortent encore ?? Mais après tout, si j'ai bien compris... Faute de mieux, le voir peut être assez plaisant. Surtout si tu dis qu'il est mieux que le 1er

Dr Devo 19/02/2005 12:57

Dupont, malgré l'humour de ta démarche, j'enleve ton commentaire car je suis farouchement contre non pas l'humour mais contre cette espece de course à l'audience qui pourrit la vie de notre hebergeur ove-blog qui rappelons propose une service completement gratuit et benevole. Je refuse donc les sites alibis aussi drôle soit-il car je considére que c'est une obstruction au bon fonctionnement d'OB;. C'est donc avec tristesse que je met ton commentaire à la poubelle. Il y a d'autres moyen de faire de l'agitye prope que de polluer les sites serieux. Tu peux poster ici tant que tu veux et critiquer le site comme tu veux, mais je ne peux pas cautionner ta pub pour ton blog.
Amicalement, Dr devo.