BONES de Ernest Dickerson: il était où le gentil p'tit Youki?

Publié le par Le Marquis

 

(photo-remix par Dr Devo. tous droits reservés)

 

J’avais fait l’impasse sur ce petit film fantastique à l’époque de sa sortie, en grande partie parce qu’il était vendu comme une version black de Freddy Krueger et comme véhicule pour le rappeur Snoop Dogg, ce qui ne m’inspirait franchement rien de bon. Mais j’ai depuis eu vent des influences affichées du cinéaste et de son scénariste Adam Simon (réalisateur d’un très con CARNOSAUR et d’un très bon BRAIN DEAD qui n’est pas le film de Peter Jackson), à savoir le fantastique gothique, et plus particulièrement le cinéma d’épouvante italien des années 60-70. Les solderies, c’est bien, pour ça : on ne débourse qu’une petite poignée de pièces de monnaie pour jeter un œil sur des films qui, en salles, nous auraient fait changer de trottoir, pour le meilleur (un sympathique SOULKEEPER) et pour le pire (un piètre MATRIX).

Bref. L’action de BONES se déroule de nos jours dans un quartier afro-américain ravagé par la drogue et la misère après l’assassinat, en 1979, de Jimmy Bones, sorte de parrain pacifique et tranquille. L’esprit de Bones, prisonnier d’une bâtisse en ruine, réclame vengeance. Le rachat de l’immeuble par une bande de jeunes voulant la transformer en nightclub va provoquer son retour, et là, attention : il revient et il n’est pas content. Le récit ne va pas chercher midi à quatorze heures, mais s’avère relativement astucieux. Snoop Dogg, dans le rôle de Bones, promène tout le métrage un visage quasi inexpressif qu’on peut difficilement qualifier de performance, même si, en ne jouant rien, la star s’évite de jouer mal.

Le film souffre de quelques défauts, principalement des concessions au fantastique typé années 90 – sophistiqué et impersonnel dans sa peinture du quotidien contemporain. Par contre, dès qu’on aborde les éléments fantastiques, ou lors des flashes back de 1979, la mise en scène se révèle inventive, soignée et parfois audacieuse. Les séquences situées dans les années 70, à l’image du curieux générique d’ouverture, se caractèrisent par un traitement des cadres, du grain à l’image et des couleurs renvoyant naturellement aux classiques de la blacksploitation – de façon aussi évidente que l’est la présence de Pam Grier et de sa coupe afro – un univers qui semble parfois se désagréger à l’écran dans le fil d’une même séquence. Le réalisateur Ernest Dickerson est un ancien chef-opérateur, qui a notamment collaboré à l’essentiel de la filmographie de Spike Lee : on ne se pose donc plus de questions sur le goût pour les cadrages singuliers et les couleurs violemment contrastées affichées par des films comme DO THE RIGHT THING : le bonhomme est en effet un grand fan d’un autre chef-opérateur passé à la réalisation, Mario Bava. Ses choix esthétiques, tant sur la photographie que sur la conception des décors ou des effets spéciaux, donnent toute sa valeur au film, faisant ouvertement référence à Murnau (NOSFERATU), mais aussi au cinéma de Bava ou de Dario Argento, allant jusqu’à proposer des variantes à des séquences célèbres comme la main surgissant des ténèbres dans LE CORPS ET LE FOUET ou la pluie d’asticots de SUSPIRIA. Ces références directes s’inscrivent dans un ensemble fidèle à l’esprit et à l’esthétique du fantastique italien, dans ses outrances et dans sa poésie macabre – avec une volonté prononcée d’éviter (autant que possible) les effets numériques au profit de trucages à l’ancienne. Le mélange de cet univers et de la culture black donne un cocktail bizarre mais pas désagréable. Un film pas exempt de maladresses et de lourdeurs, mais qui procure dans son ensemble un vrai plaisir de spectateur. La question reste de savoir si un public ne connaissant pas les modèles italiens au centre de ce projet curieux seront vraiment sensibles à ses aspects excessifs et irréalistes.

Pour ceux que ça intrigue, l’édition DVD est de bonne tenue, avec quelques très belles scènes coupées (pour une fois) et un documentaire honorable où scénaristes et cinéaste revendiquent leurs emprunts à travers de larges extraits de la filmographie de Mario Bava (extraits malheureusement tirés de copies rongées aux mites : aussi, quand Dickerson vous dit que la séquence présentée est superbement photographiée, vous devrez vraiment le croire sur parole !)

 

Le Marquis

Publié dans Corpus Analogia

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ange dechu 20/02/2005 17:32

euh merci doc pour ton commentaire
il est vrai que j ai vendu mon ame

Dr Devo 20/02/2005 16:52

Joli pseudo!
Ecoute, je crois que le mieux c'est que tu me contactes par mail (rubrique liens) et on en discute.
Dr Devo

Mr Mort 20/02/2005 16:38

Est-il possible de vous emprunter la photo qui illustre cette article? Je prépare actuellement mon nouveau site, et je la trouve trés belle.