"A Quoi Bon les Cinéastes en Temps de Manque", interview focalienne de F.J. Ossang (cinéma français : l'exception culturelle sort du bois, épisode 6)

Publié le par François Cavalier

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[Photo du réalisateur F.J. Ossang]




Avant-Propos :
Chers Focaliens, 
Nous continuons notre virée iconoclaste, dans l'autre cinéma français, avec ce sixième épisode bien trempé et totalement rock'n'roll où nous retrouvons F.J. Ossang, que nous avons interviewé à l'occasion de la réalisation de SILENCIO, son dernier court-métrage dont nous parlions la dernière fois. Cette interview focalienne exclusive a été réalisé par un focalien discret mais pas piqué du hanneton, François Cavalier, que nous accueillons avec plaisir dans ces pages ! C'est court mais ça dépote !
Dr Devo.



François Cavalier: "Comment le projet de votre nouveau film SILENCIO est-il né (scénario, idée et parti pris de départ) ?
F.J. Ossang: Il m'était proposé de tourner un film sur le Silence. J'ai eu l'idée de tourner un "Silent Movie", en n'observant que les états de la nature – sans adjonction de lumière électrique... SILENCIO est un film élémentaire. Et primitif...
En quoi SILENCIO est-il une expérience nouvelle pour vous ?
C'est un retour au point Zéro. Une caméra 16 et le Soleil – punto. Parti avec quelques mots – qui d'ailleurs ne sont pas ceux figurant au final dans les intertitres...
SILENCIO n'est pas une narration classique. Comment avez-vous organisé, articulé les séquences, les images du film ?
C'est le récit des éléments. Partant de mégalithes jusqu'à un pont de fer – selon quatre cycles, et une présence humaine (Elvire). De l'Est à l'Ouest – de la cristallisation à la dissolution – et retour – passages de vent, de lumière, de terre et d'océan... Le film n'est tourné qu'aux premières et dernières heures du jour...
Quel est le rôle de l'intertitre dans vos films ? A-t-il la même fonction dans SILENCIO ?
Partant de son utilisation dans le cinéma muet, j'ai toujours été intrigué par l'effraction des mots et du noir dans la succession fluide des plans. Rupture, anticipation, dispersion ou intuition du sens... Un intertitre est un plan comme un autre, et "je est un autre". Mais avant tout, photographie, titres et musique contribuent à fabriquer un récit par réseaux (au lieu d'obéir à l'habituel récit séquentiel en usage dans la plupart des films).
La comédienne Elvire, déjà présente dans DOCTEUR CHANCE, traverse le film de part en part, comme une sorte de témoin muet ou de guide mystérieux. Comment avez-vous envisagé son rôle ?
SILENCIO est aussi une sorte de documentaire affectif. Si l'on considère qu'il existe deux cinémas premiers : celui du visage et celui du paysage – SILENCIO aborde frontalement ces deux relations au monde. Je n'étais plus revenu au Portugal depuis LE TRÉSOR DES ÎLES CHIENNES (1991), et j'ai filmé (interrogé) ces lieux comme de retour dans une vie antérieure – en y adjoignant l'Inconnue... SILENCIO est sans doute une métaphore...
La musique en général, une sorte d'énergie punk-industrielle en particulier (de Cabaret Voltaire à Throbbing Gristle, et de Nick Cave à La Muerte, en passant par votre groupe MKB) semble être un élément primordial dans vos films. À quel stade intervient-elle (idée du projet, pendant l'écriture, le tournage, au montage) ? 
À chaque degré. Comme les sujets que l'on filme, et qui soudain se révèlent dans l'évidence, la musique voyage comme une présence constante, une intuition que le film révèle. Ici la musique opère comme le Third Mind du film...
Quelles sont vos maîtres, quelle est votre famille, dans le cinéma français et international ?
En France, des "accidents de l'histoire officielle" Vigo, Epstein, Melville, Debord, Bresson... Beaucoup de Silent Movies... Des Soviétiques 20/30 : Eisenstein, Vertov, Poudovkine, Dovjenko – jusqu'à Tarkovski... Les allemands 20/30 : Murnau, Lang. Des nordiques, Sjoström et Dreyer... Le film noir américain 40/60... Rien que classique – et puis n'importe quoi...
Que pensez-vous de la production cinématographique actuelle en France ?
Quoi manque... Qui a disparu ? Les réalisateurs, les producteurs... Les deux ? Mais tout est provisoire, n'est-ce pas...
Que manque-t-il selon vous au cinéma français ?
À quoi bon des cinéastes en un temps de manque...
Est-ce que vous pouvez nous parler de vos projets, entre autres le long-métrage LA SUCCESION STARKOV ?
Après chacun de mes films, un énorme silence s'est abattu... Plus de réponse à aucun nouveau projet, et puis : un sursaut... J'ai fini par devenir une "erreur" du cinéma français... LA SUCCESSION STARKOV sera un film fantastique minimal – "il arrive que tout recommence..." À la Victoire !
Pourquoi avoir choisi le mode de souscription pour financer ce film ?
Pour croiser les "irréguliers"...



Signalons à nos lecteurs les deux sites internet permettant de suivre le réalisateur Ossang :
Signalons enfin le "nouvel" album de M.K.B., FRACTION PROVISOIRE, le groupe mythique du cinéaste F.J. Ossang. Il s'agit de la réédition en CD digipack collector de TERMINAL TOXIQUE, sur le label Seventeen Records (distribution : Overcome).
Propos recueillis par François Cavalier
 

Publié dans Ethicus Universalis

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Tchoulkatourine 13/10/2007 02:34

Le site est effectivement mort. Tu peux quand même y accéder via archive.org
ici par exemple

(désolé si les balises html ne passent pas sur les commentaires de MF).

Le repassant 12/10/2007 07:48

Salut docteur, le lien vers la souscription starkov ne marche pas (à moins que FJ Ossang se soit reconverti en vendeur de voitures d'occasion).Euh, si on n'a pas la télé et qu'on n'a pas pu voir le film, on fait comment?