(photo (de gauche  à droite): l'autorité, le charme)

 

 

 

 

Chers Amis,
 
Allez, on commence la semaine avec une escapade dans un pays qu'on n’a pas encore visité : le Canada. Nous ne foulerons pas les pas de nos amis David Cronenberg et Atom Egoyan. Nous préférons, pour cette fois, aller voir deux territoires cinématographiquement moins connus : le Québec et le cinéma de série B. T'en as vu beaucoup, toi, des séries B québécoises ? Non. Et moi, c'est pareil d'ailleurs.
 
Maurice Devereaux est quelqu'un de très sympathique, et le moindre que l'on puisse dire avec SLASHERS, c'est que c'est un drôle de bonhomme. Habitué de la série B lorgnant vers le Z, en terme de production du moins, il a trois films de genre à son actif, toujours réalisés avec des budgets très modestes. Notre cousin est donc, de fait, un indépendant. SLASHERS est son deuxième film, après BLOOD SYMBOL, film réalisé, avec un budget inférieur à la moins bien nantie des séries Z (ça doit être quelque chose), et dont Maurice Devereaux lui-même déconseille le visionnage aux personnes qui ont un peu de goût! Ce n'est pas tous les jours qu'un réalisateur dit "ne regardez pas mon film précédent, c'est un film complètement nul". Rien que pour ça, le Maurice, je le trouve bien sympathique.
 
SLASHERS est un drôle de petit film. L'histoire se passe au Japon (décidément c'est la semaine japonaise de Matière Focale). SLASHERS est le titre d'une émission très populaire de reality show qui se base sur un concept bien particulier. Il s'agit d'enfermer six ou sept candidats pendant deux heures, dans une espèce d'immense hangar emménagé (avec plusieurs pièces, un sous-sol, des passages secrets, des couloirs labyrinthiques), avec, à leur trousse, trois tueurs. Les candidats sont désarmés bien sûr, et pendant deux heures, ils devront survivre aux tueurs par leur propre moyen. Les survivants, s'il y en a, se partagent six millions de dollars, voir plus, car le jackpot de l'émission précédente est remis en jeu la fois suivante si aucun candidat n'a survécu. Le film raconte donc une de ses émissions, et pas n'importe laquelle : celle où, pour la première fois, ce sont des candidats américains qui sont invités.
 
Comme vous pouvez le deviner, ce n'est pas triste, et on pourra peut-être reprocher un ou deux choses à Maurice Devereaux, mais pas son manque d'originalité. Si le film rappelle par son principe RUNNING MAN (que c'était mauvais!) ou LE PRIX DU DANGER, on en est très loin ici. Le fait de déplacer, années 2000 obligent, l'histoire dans le contexte de la télé réalité change pas mal de choses. Et sans doute, SLASHERS pousse le bouchon beaucoup plus loin que ses deux ancêtres. Son charme vient d'abord de la pertinence de ce concept. Le film, c'est l'émission telle que les spectateurs la verraient, et non pas un film sur des candidats qui participent à un jeu (c'est-à-dire une histoire scénarisée). Le film est d'ailleurs tourné en vidéo HD, ce qui renforce la confusion. Cet avantage est assez ludique. Du coup, le film commence avec le générique de l'émission, et ça vaut son pesant de cigarillos cubains. Ben oui, en plus, ça se passe au Japon. Ceux qui ont vu LOST IN TRANSLATION ont eu un petit aperçu de ce à quoi ressemble une émission populaire japonaise : ça crie, ça hurle, il y a plein d'incrustations vidéos sur l'image, c'est rempli de jolies filles (ici, il y a même des pom-pom girls), c'est plein de couleurs criardes, et c'est en public. Donc, on est très vite plongé dans l'ambiance, sans préambule, et la nipponerie de la chose, notamment sa présentatrice hors-norme, assure un dépaysement total, surtout pour nous, pauvres spectateurs qui attendions un film canadien et qui devons attendre dix minutes de film pour entendre une phrase en anglais. Dans cette introduction, on remarque un très grand soin. Cette séquence ressemble vraiment à une émission japonaise. L'immersion est donc totale, et très drôle, notamment en ce qui concerne la chanson du générique et sa splendouillette chanteuse.
 
Quand les candidats arrivent devant la présentatrice et se présentent au public, là évidemment le ton change. Cette émission télé nous est présentée par Maurice Devereaux de manière réaliste et, curieusement, jamais parodique. En fait, si on rigole, c'est parce qu'on rigolerait aussi devant une émission réelle de télé japonaise, dont les canons sont si éloignés de ceux de notre hexagonale TF1. Et c'est au moment où la présentatrice interviewe les candidats avant qu'ils ne descendent dans l'abattoir que notre sentiment change et que le rire devient plus jaune. On se prend même à être assez effrayé par le principe de l'émission et l'extraordinaire normalité de la situation. Il n'y a personne pour se révolter, à part vous, et les candidats, après tout, sont tous volontaires! Pour ma part, j'ai trouvé cette première bobine assez effrayante.
Les candidats finissent par descendre dans la zone de jeu, avec deux minutes d'avance sur leurs assaillants. Parlons-en d'ailleurs. Les tueurs ne sont pas tristes. Comme c'est une émission  de divertissement, ils sont masqués et grimés, entre le personnage de films d'horreur (croquemitaine genre Freddy) et le personnage de dessin animé. Du grand guignol, quoi. Il y a trois tueurs. Un docteur fou (un collègue!) spécialiste du scalpel, une sorte de révérend/mort-vivant qui tue les héros en expliquant qu'il les guérit de leur pêchés, et un personnage de garçon de ferme américain, roux, avec des taches de rousseur, boiteux et rongé par la consanguinité. Une sorte de Leatherface (personnage culte de l'expérimental MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE qui reste, des années après, un des plus beaux films art et essai que j’aie jamais vu), en culottes courtes mais tout aussi redneck. Avec de tels personnages, pas étonnant que l'émission soit si populaire!
Une fois que le jeu commence, on change de rythme. Bizarrement, le film n'est pas aussi frénétique que le laissait présager le générique. Les candidats paniquent très vite. On hésite à se séparer, à se faire confiance, etc.. On apprend que les candidats ont un collier autour du cou, un peu comme dans BATTLE ROYALE, qui envoie des décharges électriques si on essaie de toucher le caméraman ou si on gêne la captation du massacre! Idée rigolote. De la même manière, et là aussi le dispositif se révèle assez riche en révélations, l'émission est interrompue par des pauses publicitaires. Ces moments sont l'exception qui confirme la règle. Car pendant la pub, on reste, nous spectateur de SLASHERS le film, sur le plateau de SLASHERS l'émission. Comme les combats sont interdits pendant la pub, celle-ci débarque souvent quand un de nos psychopathes allait enfin poser la lame de sa machette sur le cou d'un candidat, au moment le plus paroxystique. On découvre alors, avec stupeur, que le collier des candidats envoie des décharges s’ils bougent. Quand elle est finie, l'action reprend comme dans un feuilleton. Idée malicieuse qui donne l'occasion de voir des scènes assez troublantes entre le psychopathe et sa victime qui sait qu'elle va mourir dans une minute en direct et qui essaie de négocier. Le tout corps contre corps, les yeux dans les yeux. Brrrrrrrr... Ça fait peur.
Même si le rythme est relativement posé, on est agréablement surpris par le soin que Maurice Devereaux a porté à son film. Belle lumière, avec peu de moyens, mais qui reste cependant fidèle aux ambiances d'une émission comme Fear Factor par exemple. Le décor est assez étonnant. C’est un mélange de sophistication à deux balles et de simplicité rustre. C'est très bien vu là aussi, et ceux qui en doutent peuvent regarder la 1ère Compagnie sur TF1, ce soir. Outre le bonheur absolu de revoir Jean Roucas, et Helène Rolles (qui est bien devenue une filleuh commeuh les autreuh), vous pourrez constater l'extrême indigence des décors. Devereaux, bon observateur, applique ce principe de direction artistique dans le film, et ça fonctionne de manière d'autant plus réaliste. Il y plein de belles idées dans ce genre. Le fait, par exemple que les tueurs ne sont pas toujours présents à l'image. Les personnages peuvent ainsi discuter entre eux devant la caméra et se livrer un peu. La production sait très bien que si on peut s'attacher aux candidats, c'est bon pour l'audience. L'intérêt qu'on aura à les voir se faire massacrer n'en sera que plus grand. Les personnages des candidats sont d'ailleurs bien développés, notamment à travers de cette toute frêle jeune fille qui, dès le début du jeu, refuse de se battre et explique que si elle est venue dans l'émission, c'est pour la dénoncer, que bientôt les spectateurs, en encourageant la barbarie du show et en le regardant, auront son sang sur les mains! Une activiste, en quelque sorte, qui fera bien rire nos tueurs!
Le montage est sympathique, plutôt malin, qui tend à reproduire au prix de sacrées pirouettes (de cadrage notamment) la sensation d'un long plan séquence à la steadycam. Ce parti pris très immergeant est couplé à un faux-rythme assez posé. Ce petit paradoxe de mise en scène fonctionne bien. Pour tout ce qui est décors et éclairage, c'est le système D mais ça marche très bien, avec une mention pour les scènes de plateau en début d'émission, qui sont excessivement soignées. Les acteurs sont plutôt bons et développent des personnages qui oscillent entre la caricature et le sérieux. Bref, c'est sympathique, effrayant, plein d'humour noir, et surtout plein de modestie et d'humilité, comme on pourra le découvrir en écoutant le commentaire du DVD, pour une fois très intéressant.  On sort de ce film avec l'idée qu'on s'est bien fait promener, et on garde un goût de peur dans la bouche, face à ce spectacle grand-guignolesque que Maurice Devereaux a su pousser jusqu'à la limite de sa logique simple et banale. Le contexte de l'émission est si crédible, et le fonctionnement du show si bien étudié, qu'on ne voit pas pourquoi, un jour, ce jeu ne débarquerait pas sur nos écrans. SLASHERS nous fait croire que c'est bien possible, et que personne n'y trouvera rien à redire. C'est un grand malin, ce Guignol!
 
Frissonnement Vôtre,
 
 
Dr Devo.
 
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Lundi 28 février 2005 1 28 /02 /Fév /2005 00:00

Publié dans : Corpus Analogia
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Commentaires

Waouw ! Encore un film à voir, ton article donne vraiment envie. Entre Videodrome et Battle Royal ?
Commentaire n°1 posté par San le 28/02/2005 à 18h20
Héhéhé! On est quand même trés loin du ton de vidéodrome. sans nul doute. On est avec SLASHERS dans la petite série B. Donc plus porche sans doute de Battle Royale, effectivment. Meic pour lecommentaire en tout cas. Dr Devo
Commentaire n°2 posté par Docteur Devo le 28/02/2005 à 18h45

rrhââââ-lalala, ça fait envie...si-seulement-un-petit-editeur-pouvait-prendre-en-charge-tous-ces-films-introuvables-et-sympatoches-et-les-diffuser-enfin....

 

Commentaire n°3 posté par sigismund le 11/11/2010 à 19h26

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