SAW II, de Darren Lynn Bousman (USA-2005) : les fabuleuses aventures de Mr Patate !

Publié le par Dr Devo

   (Photo : "La Mort Vous Va Si Mal" par Dr Devo)

Chers Focaliens,
Bon, il semble qu'il n'ira pas au cinéma avant le début 2006, et en plus, il a loupé, pour des questions d'horaires, le Ferrara. Voilà comment on se retrouve devant SAW II, alors qu’on n’avait pas vraiment aimé le N°1, pourtant adulé de partout. Pas grave, me dis-je, de toute façon, à cette heure-là, c'était encore ce qu'il y avait de plus "excitant", même si le mot dépasse, bien sûr, largement ma pensée.
Allez, hop ! donc, c'est parti pour la consommation des deux petits fingers (raiders perdus des années 80, jeu de mots). La salle est bondée. Bourrée à bloc comme jamais dans mon Pathugmont (où je ne vais quasiment jamais le soir, et où donc j'évite la masse grouillante de mes confrères). Pour reprendre l'indispensable terminologie de Mr Mort, c’est quand même du 190 copies France, la bestiole, soit à peine moins par exemple que ce "petit film indépendant", THE CONSTANT GARDENER, qui sortait aussi ce mercredi et que j'avais vu en sneak-preview, invité par Pathugmont. [Dans la petite fiche à annoter après la séance, j'ai mis que le film était "colonialiste", mais rassurez-vous, le film a reçu son fameux "label des spectateurs Pathugmont" ! La larme est décidément un bon placement... J'ai hâte de voir la tête de ceux qui vont y aller en croyant voir un thriller ultra-rythmé comme le suggère la bande-annonce ! Et surtout de voir le désarroi de ceux qui s'apercevront que les plans de la dite bande-annonce étaient dans le format ! Et oui, les gars, c'est horriblement cadré (et éclairé) !]
SAW 2 est donc blindé, comme disent les djeunz, largement présents (de 23 à 26 ans selon mon estimation moyenne).
Six personnes qui ne se sont jamais vues se réveillent dans une maison étrange et délabrée, où il n'y a rien sinon un gros coffre au milieu du salon et un petit dictat-phone (j'ai fait une faute à ce mot, mais c'est joli, je laisse). Après une première période de désarroi, il font jouer la cassette et apprennent qu'ils sont les nouvelles victimes du Tueur au Puzzle (le méchant de SAW, donc). Le Tueur au Puzzle (T.P) est un type drôlement porté sur le ludique. Il leur annonce que l'air de la maison n'est pas de l'oxygène, mais un gaz mortel qui, en deux heures de temps, va transformer leurs cerveaux respectifs en vastes hémorragies, opération qui va les conduire, sans nul doute, à une mort certaine. Mais plus qu'un piège de serial-killeuh, cette épreuve est vue par T.P comme une grande opération de rachat des péchés ultérieurs. Il a donc ainsi disséminé dans la maison six seringues avec un antidote et quelques indices... Le compte à rebours commence...
Donnie Whalberg (frère de l'acteur qui jouait dans un des plus beaux films de l'année) est flic. Il en a gros sur la patate. Son fils est en pleine crise d'ado gâté, et l'envoie copieusement chier, même quand il a tort (le fils, je veux dire). La tendance du moment pour le fiston, c'est le vol à l'étalage, ça fait désordre. En même temps, ses parents sont divorcés, les pauvres... Tout ça, c'est des soucis. Mais ce n'est rien par rapport à ce qui attend Donnie ! En effet, on retrouve un cadavre qui porte la marque du Tueur au Puzzle (en fait, le tueur a ôté au cutter un gros morceau de peau sur le cadavre, en forme de pièce de puzzle, ce qui fait dire au héros : "Oh mon dieu ! c'est... le Tueur au Puzzle !!"). Et dans la pièce où il a été cruellement mais ludiquement assassiné, un graffiti destiné à Donnie lui-même ! T.P veut jouer avec Donnie. Après une bonne nuit d'insomnie, Donnie et son ex-partenaire de flic (je sais plus son nom), réussissent à mettre la main sur la planque de T.P. Ils débarquent là dedans avec un gros peloton de CRS, et s'apprêtent à arrêter le sewial-gillah quand celui-ci leur montre des écrans de contrôle qui ne montrent rien d'autre que la maison où sont enfermés les six malheureux dont je parlais tout à l'heure. Horreur, malheur, le fils de Donnie fait partie des six ! Et T.P exige de ne discuter qu'avec Donnie lui-même : "Si tu arrives à parler avec moi, peut-être ton fils aura la vie sauve !" La partenaire de Donnie demande une équipe pour repérer d'où vient la liaison vidéo, et essaie d'empêcher les CRS de broyer la figure du sadique T.P, dont on apprend très vite qu'il n'a rien à perdre, car il a un cancer en phase terminale. Ce n’est pas gagné... Tic-tac fait la grosse horloge...
Je n'avais pas fait d'article à l’époque sur SAW. Ça ne m'avait pas plu. Le film bénéficiait d'un gros effet de sur-cote. Toute la presse a crié au génie, à l'unisson du dossier de presse fourni par le distributeur qui s'appuyait, sans aucun doute, sur les chiffres faramineux que cette petite production avait atteints au box-office ricain. C’est ce que j'appelle le syndrome Hibernatus (quand tout le monde crie au génie, en meute). Ils nous ont fait le coup plusieurs fois cette année, notamment avec CREEP, pâle petite chose sans saveur (une carte de visite de plus), et dans une moindre mesure, le supra-ennuyeux LA MAISON DE CIRE, dont on avait parlé. SAW ne m'avait pas emballé, donc. Loin d'être une merveille de construction, bien au contraire, les personnages étaient bâclés, réagissant plus à des humeurs de scénario (faut bien faire avancer le récit et les antagonismes) qu'à une écriture subtile. Pour résumer, les personnages s'engueulaient à n'en plus finir parce qu'ils étaient téléguidés à coups de cymbales atomiques, et ils étaient incapables d'évoluer, contrairement à ceux du film CUBE, le vrai modèle de SAW, où justement la gestion des personnages était très subtile, malgré un lot de "characters" bruts de décoffrage et jouant à la limite des poncifs. Dans SAW, aucune tension réelle au niveau humain entre les personnages, puisque de toute façon, ils ne s’engueulaient sans cesse que par effet d'ambiance (de la même manière que la musique hard-rock FM mansonnienne nous cassait les Mon Chéri dans les scènes d'action). Il y avait quand même des choses relativement réussies, notamment l'artificialité des décors, et le petit effet de claustrophobie du début, le tout allié à une histoire très absurde et un peu inquiétante, de fait. Mais pour ce qui était de la mise en scène, pas grand chose à se mettre sous la dent. [À part un effet pourri de narration avec le personnage de Danny Glover, qui introduisait un flash-back enchâssé (un flash-back qui en fait définissait une ellipse au présent de la narration, assez joli procédé, faisandé, mais joli), avec grande ellipse, chose très iconoclaste, mais sans doute complètement involontaire.]
Alors évidemment, le dégel arrive dans les cerveaux quand la neige tombe dans nos rues, et nos amis journalistes (adoptez-en un) se trouvent fort dépourvus à la fin de la même année lorsqu'ils doivent justifier leurs enthousiasmes passés. Alors ce SAW II se verra passé à la moulinette, et avec fermeté. Et en vérité, je ne vois pas très bien pourquoi. Certes, ce deuxième opus a perdu les infimes qualités du premier, mais en même temps, le niveau est quasiment le même. Il y a autant de mise en scène dans les deux films ! C'est donc très injuste de tomber sur SAW II, surtout en le traitant d'opportuniste à demi-mot (là où tous les films américains qui marchent ont souvent droit à des remix express !). La palme d'or va cette fois à dvdrama.com, le site bien connu (qui a, en général, même si je suis souvent en désaccord avec eux, un gros avantage sur leurs confrères : leurs articles sont plutôt longs, ce qui est plus qu'appréciable, et qui de fait rend leurs articles beaucoup plus acceptables... D'ailleurs, je leur rappelle que je cherche du travail et que mon adresse e-mail se trouve dans la colonne de droite dans la rubrique "liens"). Le reproche fait à SAW II par dvdrama.com, c'est qu'il a une esthétique et un déroulé narratif de jeu vidéo. Ben oui ! Bien sûr. Mais c'était déjà largement le cas dans le premier opus : salle d'eau délabrée à la Silent Hill, découverte de la croix quand on éteint la lumière, etc.). La chose étant complètement assumée par la production, l'argument ne tient pas.
On reprend le même principe donc pour ce numéro deux. Un décor différent (et encore, pas tout à fait), plus de personnages, et une intrigue extérieure plus développée. Bon. Sinon, c'est à peu près la même chose. Lumière filtrée dans les bleus-jaunes, personnages qui crient  d'effroi, et ouh ! la la la, ça c'est Paris, grosses manigances psychologiques (en fait, rien de transcendant, des petits machins déjà vus mille douze fois, exactement).
Alors, ça donne quoi ? Ben, pour être honnête, ça ne change pas grand chose pour les personnages, toujours aussi stupides et antipathiques, au profit de l'action (promise) au carré. On dit faire dans le psychologique tordu, mais en fait non, ça reste à la surface, sans perversité annexe, malgré la vague piste koh-lantesque, ici effleurée mais bien moins efficace, cruelle, et instructive (sur le plan politique) que l'original télévisé. [Pour ceux qui ont découvert récemment notre site, rappelons que nous avons consacré tout l'été une superbe série d'articles sur Koh-Lanta, une des rares raisons d'avoir encore un poste de télé d'ailleurs. Nous pensons en effet que le jeu de télé-réalité différée (très belle nuance, sémantiquement riche), est la seule grande émission politique du PAF. Avec même une petite réflexion religieuse...] Il y a bien un jeté dans la baignoire assez cruel mais qui arrive un peu tard, à un moment où l’on est déjà endormi par 40 minutes des péripéties les plus "pathétiques" (effet voulu), mais somme toute bien frugales (effet obtenu). À part ça, peu de cruauté exquise, et encore moins de dilemmes cérébraux et cruels. On est plus proche, dans la volonté du Tueur de caractériser les péchés de chacune des victimes, de L'EXPERIENCE INTERDITE qu'autre chose. Une sorte de parodie à la FREDDY (confère la boîte en plexiglas et en lames de rasoir), dans ses pires excès. Mouais. Le pompon est évidemment atteint par le pauvre Tobin Bell, pathétique en tout et mystérieux comme un pot de moutarde Amora avec des tronçonneuses imprimées dessus. D'ailleurs, puisqu'on y est, signalons la faiblesse relative du casting, pas intéressant du tout, notamment le "gros méchant" qui, dans la salle, a fait hurler de rire tout le monde (et pourtant, les gens ont aimé le film et ont carrément bien marché même, si j'en juge par le silence religieux et les cris d'horreur à certains passages). Le black est insipide. Donnie Whalberg joue comme une tractopelle possédée par Satan, mais sous Prozac (un exploit paradoxal, mais pas inintéressant), etc. Le petit jeune qui joue son fils n'est pas plus tête à claque que ça, malgré ce qu'en disent les confrères de la critique pro. Bien moins tête à claque que son père.
Et surtout, ça splendouille à mort ! Il fallait quand même la trouver, la co-équipière, ex-maîtresse à l’origine du divorce de Donnie Whalberg. C’est ça qui est bien avec le cinoche américain : rien ne se perd et tout finit par servir. Ici, ça plombe la chose au final. Rien n’est vraiment imprévisible, puisque tout va servir. On attend alors tranquillement les twists again finaux, en pensant à ne pas oublier de prendre une baguette en sortant du cinéma. Un petit coup de SILENCE DES AGNEAUX par ci par là, et surtout des dialogues totalement splendouillets donc. Comme cette très nette tendance du cinéma populaire à tout répéter deux fois. Exemple :
"- Toi, t’as une gueule de sale taulard…
- Qu’est-ce que t’as dit ? Répète si tu l’oses…
- Tu m’as très bien entendu, sale gueule de taulard !"
C’est beau, c’est grand, et sans eux on serait tous en Germanie, comme disait le poète humaniste français. La VF d’ailleurs s’en donne à cœur joie. Une réplique a été si abominablement traduite que j’en ai ri aux larmes, mais là, je ne m’en souviens plus ! [Intéressant…] Ah oui, il y a aussi cette phrase merveilleuse qui résume entièrement la complexité  psychologique du film : "Sais-tu, Eric, quel est le remède au cancer ? Le remède à la Mort elle-même ? L’immortalité, Eric !" Tow ! Zoober Guéniale ! Je n’y avais jamais pensé. C’est vrai ça, que le meilleur remède à la mort, c’est encore l’immortalité !
Enfin, question mise en scène, pas grand-chose à se mettre sous la dent. En général, ça n’est pas gourmand, ni original du tout, bien sûr. Il y a une très belle transition (Whalberg qui sort de sa chambre et se retrouve directement sur le lieu du crime). Les autres (transitions) sont uniquement la même cinq ou six fois, à savoir un fondu sur un plan d’ensemble de la maison, puis le même plan mais sur l’écran de contrôle vidéo cette fois. Mouais. Et puis, par moments, le réalisateur s’agite et décide de faire des multitudes de petits plans en balançant la musique à donf’. Jump-cuts, changements d’axes surlignés, etc. De grands moments de n’importe quoi, dont d’ailleurs une reprise du montage en voiture du premier épisode (une des pires idées du premier film !). Ah oui, alors là, ça fait djeunz, ça branchouille n’importe comment, comment un ado qui découvre After Effects, le fameux logiciel d’effets spéciaux. Ça requiem pour un dream du pauvre. Bravo ! C’est très original, on lève tous ses petites plaquettes et on met 10 !
Ça frise donc souvent le n’importe quoi et la roue libre. Le scénario, ressassé à l’excès, ne vaut quasiment rien, et ne joue ni avec la poésie, ni avec le second degré, ni avec rien. Sérieux comme un pape, mais sans la sobriété du pontife. On essaie in fine de placer deux ou trois effets gore très grotesques (surtout dans cette perspective de montage), et emballé c’est pesé. Il paraît que le script du film n’est pas du tout celui d’une séquelle à SAW, mais celui d’un autre film que le réalisateur avait essayé de placer en vain, jusqu’à ce que SAW commence à faire du bruit à Sundance (ben oui, tout ça, c’est du cinéma "indépendant", ne l’oublions pas, merci Robert !). On a donc adapté la chose pour en faire la suite de la poule aux œufs d’or, et le tour est joué. Tout le monde est content. Le producteur a trouvé une suite vite fait à son film. Le réalisateur est très content d’avoir réussi à caser son scénario (au nom des mêmes arguments pour lesquels on le lui refusait jadis : "ça fait trop SAW !"), les distributeurs se frottent les mains, et au final, on a un film anonyme de plus. Allez, je vais reprendre encore un peu des chocolats que m’a offert ma tata Jeannette. Au suivant !
Décontractement Vôtre,
Dr Devo.
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Publié dans Corpus Filmi

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Dr Devo 07/04/2009 21:31

merci J!voter enthousiasme fait plasiir à voir. je me souviens de vous, pas precisement peut-etre, mais quansd meme assez bien. N'ayez pas peur! Si vous souhaitez reprendre la correspondance, ce sera evec plaisir!Et bonnes lectures!Dr Devo.

j 07/04/2009 13:46

Quelle critique! !!Jouer comme un tractopel possédé par satan, mais sous prozacC'est juste génial, avec celle des chtis, je crois que c'est une de mes favorites. Je vous avais écris il y a au moins deux ans, j'avais découvert de superbes critiques sur des films 'tideland, mysterious skinn,etc." On avait commencé à prendre contact et puis j'ai pris peur...J'avais juste un désaccord à propos d'Indiana Jones 2, bref.Je découvre en plus que vous avez fait une section koh lantha! Bon, je vais aller lire tout ça...

Fab 10/01/2006 14:37

merde j'aurais jamais cru ça
mais comme disait disait  Fernand Naudin à Maître Folace : "Si c'est pour une oeuvre..."

Bernard RAPP 10/01/2006 02:04

Le sujet est pourtant simple : comment le Père Fourasse a réussi à enculer Marylin Manson dans la maison du panda. Réponse : pendant le clip tourné au Fort.

Ca a rapporté beaucoup de Boyards ?

fab 10/01/2006 00:12

c'est vrai que c'est pas terrible saw...
un épisode des séries policières de canal le dépassent largement
on peut se demander quel est le sujet de saw
je crois qu'il n'y en a pas
ce n'est pas la peur en tout cas
gooood nite