
[Photo : "Multi-Talented Person" par Dr Devo, d'après une photo de l'actrice Kira Klavell dans le film HOUSE OF THE DEAD]
Chers Focaliens,
Allez, on continue la belle descente que nous avons commencée ces derniers jours dans la dévédéthéque du Marquis. Au sortir de RIVER KING, nous étions plusieurs à vouloir regarder un film et nous piochâmes au
hasard pour voir un truc que personne n'avait vu, y compris le Marquis lui-même.
Et c'est comme ça que nous nous sommes retrouvés là devant...
Le Canada ou pas loin, de nos jours. C'est l'été. Un groupe d'amis (trois filles et deux garçons) attendent le bateau qui les mènera à la super rave de l'année, organisée sur une
île tranquille au large. Puisqu'ils sont arrivés en retard à ce lieu de rendez-vous, ils demandent au capitaine d'un bateau de pêche, Jürgen Prochnow étonnement, de les y conduire, ce qu'il
refuse dans un premier temps, car l'île où a lieu la fête est surnommée par les anciens Isla De la Muerte ! Brrr... Quelques billets de banques plus tard, Prochnow est d'accord au final, pour
conduire nos jeunes cadres dynamiques sur l’île aux raves. Et quand nos héros arrivent là-bas, c'est très étrange, il n'y a plus personne, et le matériel de l'immense fête (c'est une rave de
boîte de nuit de Los Angeles, pas une soundsystem dans une fourgonnette avec des punks à chien autour !) est laissé à l'abandon. Mais où donc sont passé les gens ? Où sont les passagers ? Où sont
les bagages, Mr Zatapatik ?
Dans la forêt recouvrant l'île, d’étranges créatures se déplacent et semblent épier nos héros... Ils retrouvent deux autres personnes qui ont filmé les événements, et découvrent
qu'en fait, la rave a été attaquée par des... ZOMBIES !!!!! Mon dieu ! Qu'est-ce qu'on va devenir ?
HOUSE OF THE DEAD, filmé par le transfuge allemand Uwe Boll, est une adaptation d'un célèbre jeu vidéo d'arcade où le joueur doit descendre du zombie à la chaîne dans une ambiance
bougrement claustrophobe. Je tiens à dire que c'est le deuxième film adapté d'un jeu vidéo que je vois cette année après le gentiment débile DEAD OR ALIVE, qui lui est une adaptation d'un jeu de
combat et de beach-volley ! La classe ! [Avec Eric Roberts en plus !!]
L'introduction du film, avec images gelées et voix-off, est un peu confuse, mais elle est suivie par un générique plutôt sympathique où l'on voit des images du jeu vidéo mais
rendues méconnaissables par un effet de traitement qui les appauvrit et les déforme. C'est assez joli, mais ça ne dure pas longtemps, et quasi instantanément, pour ceux qui n'auraient pas été
alertés par le jeu des acteurs dans la séquence d'introduction (où nos amis se rencontrent et où la voix-off raconte quels sont leurs relations aux uns et aux autres, chose qui sera strictement
inutile par la suite d'ailleurs), on est vite mis au parfum. Si le film est assez richement doté (pas mal de lumières, pas mal de figurants, etc..), on constate quand même que l'affaire est loin
d'être dans le sac. L'arrivée en bateau sur l'île est interminable (oui, mais avec des plans sur la mer par hélicoptère ! Une bonne douzaine de fois d'ailleurs !), pas loin d'une bobine (20
minutes), entrecoupée de scènes se passant dans la rave party et globalement assez débiles (nénettes à gros seins se trémoussant le bikini, petites pépettes se déhanchant au bras de minets
peroxydés, etc.). Évidemment, comme c'est original, il y aura une scène de teasing avant le débarquement de nos héros où une des jeunes pépettes de la rave propose à un blondinet de se rouler des
pelles puis d'aller se baigner (dans cet ordre). Là, la belle se déshabille, fait saliver le spectateur, se baigne et hop, petits plans subjectifs sous-marins permettant de dévoiler la plastique
de l'interprète en même temps de suggérer qu'il y a quelque chose (un requin ? un sous-marin ? un monstre ?) qui rode sous l'eau. Les deux tourtereaux se font massacrer, mais hors-champ !
Histoire de faire durer le suspense sans doute. Et voilà 35 minutes de passées, nos héros sexy qui arpentent l'île en se demandant ce qui se passe, etc., désamorçant tout effet de suspense, et
nous plongeant déjà dans un sommeil lointain. On note les excellents acteurs qui patatent n'importe comment avec une mention pour la petite black du groupe jouée par Enuka Okuma, et qui
elle est un festival de bon goût à elle toute seule : bouche pendante en forme de Ha ! et de Ho !, jaw acting, et roulement des yeux, c'est la totale, et c'est drôlissime. Si jamais vous
voyez le film, soyez attentif à sa performance gigantesque. C’est pas une sobre, la petite.
Bref, plusieurs dizaines de minutes plus tard, la caméra ayant beau virevolter dans tous les sens, on n'a pas encore vu un seul zombie ou presque. Ils finissent néanmoins par
arriver pour des grandes scènes de shoot, en pleine nuit. Et là, déception ! Ce ne sont que des figurants qui ne font même pas semblant de marcher bizarrement ou de faire des efforts de
composition. Ils marchent, courent et fument des clopes comme vous et moi avec quelques grammes de maquillage sur le visage et des vêtements déchirés, si bien que plus tard dans le film, la
mise en scène étant des plus confuses, et comme il fait bien nuit, on a du mal à distinguer qui est un héros dans la troupe, ou qui est un zombie ! Bref, on a rarement vu des zombies aussi peu
convaincus de l'être !
La mise en scène tourne vite à la catastrophe. Pas de cadre, et surtout aucun découpage. Il faut plusieurs autres dizaines de minutes pour voir un zombie et un héros dans le même
plan. Au contraire, le tout fait penser à un long montage alterné avec des zombies dans le champ et des héros dans le contrechamp, les deux étant parfaitement étanches et forçant l'évidence : le
film est tourné dans un hangar. Aucune perspective, et aucune idée de la géographie des lieux ne se dégagent, laissant le spectateur devant une suite de plans enfilés sur un rythme rapide.
Mouais.
L'action se décompose principalement en trois grosses scènes d'action interminables, dont l'arrivée dans la fameuse maison (bougrement petite) qui n'en finit plus de se terminer.
La mise en scène est d'un bon goût exquis qui nous a quand même laissés échapper de bons fous rires : la mort des héros est mise en scène comme dans le jeu (un travelling en contre-plongée autour
du personnage figé avec l'écran qui se colore en rouge !), et la caméra n'arrête pas de tourner autour de nos héros à 360 degré, mais pas à la DePalma, plutôt à la MATRIX avec effet bullet time ! On a le droit aussi à un plan subjectif vu sur le nez
d'une balle (hommage à aux VISITEURS je suppose !) et autres effets ostentatoires débilissimes.
Le scénario suit. Il y en a peu. Machin se fait mordre et se sacrifie. Bidule tombe amoureux de machin (c'est bien le moment !), et la queue de poisson finale gentiment empruntée à
Fulci (involontairement, car Boll ne connaît sans doute pas ce réalisateur !), mort progressive du casting et boss de fin de niveau. Car on saura le fin mot de l'histoire ! S’il y a des zombies,
c'est qu'il y a une raison ! Ce qui nous vaut de splendouillets flash-back en sépia, où on découvre le gros méchant de l'affaire (personnage éculé, joué par une espèce d'éponge humaine) et là on
trouve le dialogue-clé du film.
Un figurant : "Mais pourquoi vouliez-vous devenir immortel ?"
Le gros méchant : "Pour pouvoir vivre éternellement !"
Pas con !
Bref, Boll déroule son petit machin avec l'assurance d'avoir fait le plus beau film de la terre, baignant son œuvre d'une musique techno presque aussi drôle que celle du BEOWULF
avec Christophe Lambert (film bien plus sympathique et drôle d'ailleurs). Que des bonnes idées donc. La scène finale est stupidissime, mais l'héroïne a de gros seins et donc tout va bien.
Bref, voilà une belle catastrophe, une série Z tournée avec un budget de petite série A, ce qui rend la chose assez antipathique. Ceci dit, on rigole ça et là, découvrant avec
effarement l'étendue du désastre qui, dieu merci, est compensé par le jeu tractopellique des acteurs. De la rave, de la techno, des zombies anonymes trouvés sur le marché indonésien (bas de gamme
et fabriqués par des enfants sans doute !), des effets de clips, et quelques autres trucs marrants : transitions à la ScoobyDoo où les scènes sont introduites par une image du jeu et aussi un
vraiment chouette moment : une espèce de flash-back du film entier avec des plans de ¼ de secondes qui s'enchaînent pendant une bonne minute, seule chose un peu expressive de la mise en scène.
Bref, on est en plein dans le fantasme de films de petits "djeunzs" comme les imaginent les producteurs avides de brouzoufs et assez remplis de thunes pour aller s'acheter la franchise sans doute
coûteuse. HOUSE OF THE DEAD, très loin du jeu original, à peine gore et qui se déroule dans une atmosphère très décontractée (quand un héros meurt, les personnages survivants crient "OH MON DIEU
!!!!" et puis sortent du plan, les mains dans les poches, en sifflotant LA BALLADE DES GENS HEUREUX) n'est donc quasiment rien, s'approche assez facilement du vide cosmique malgré quelques
moyens. Beaucoup de mauvaises idées et de mauvais goût sont au rendez-vous de ce divertissement de nantis. Finalement, on préférera une bonne vieille série Z, ou un machin avec Christophe
Lambert, personnage éminemment plus sympathique, qui au moins n'essaie pas de nous faire prendre des vessies pour des lanternes, et assume plus ou moins son statut de comédien d'exploitation.
Toujours est-il que le machin a plutôt marché, sans doute, puisqu'un numéro deux a été tourné. Ben ce sera sans moi, les gars !
Facilement Vôtre,
Dr Devo.
PS : Mention spéciale à Kira Clavell, représentante de la minorité asiatique dans le film et qui est drôlement bien habillée dans sa tenue de cuir moulante (et avec pattes d'eph !)
aux couleurs du drapeau américain ! Je note également que HOUSE OF THE DEAD, comme de bien entendu, est, lui, sorti en salles en France.
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