CHAMBRE 1408 de Mikael Haström (USA-2008): Spam, spam, eggs, bacon and spam...

Publié le par Dr Devo

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[Photo: "En 1408, Jean Sans Peur entre dans Paris (Idiocy and Ebony)" par Dr Devo.]

 

 

 

Chers Focaliens,
 
Continuons notre virée en salle, avec une semaine un peu plus attirante (si j’ose dire) où il semble qu'il soit possible de voir deux trois choses sympathiques, espérons-le du moins, ou voir même deux trois imbécillités réjouissantes. Et, après DANTE 01 hier, continuons à explorer ce sujet peu exploré dans le monde de la critique: les films qu'ils ont des nuémros dans le titre! Commençons, shall we?
 
[C'était un communiqué du Comité de l'Introduction Minimale.]
 

Chez nous aux USA. De nos jours, en 1987. John Cusack est écrivain, spécialisé dans un micro-genre, tout à fait typico américano du reste, situé entre le livre d'horreur et le guide touristique.

[General Montgomery Jones, de la British Army]
"Stop it! Stop it! Cut! It's nonsense!"
Il écrit en effet des livres qui sont des guides touristiques des hôtels supposés les plus hantés du pays. Consciencieux, il visite chaque hôtel et s'installe dans la chambre qui a le plus "d'histoires". Là où la bonne s'est pendue, là où est censé s'être déroulé un suicide collectif et familial, ou encore la chambre où plusieurs personnes se sont défenestrées au cours des années. Cependant, loin d'être un illuminé, Cusack reste pragmatique. Et c'est dans ses descriptions de l'ambiance banalement flippante de ces endroits tout à fait normaux qu'il excelle en tant qu'écrivain. C'est de l'alimentaire mais ça marche! De leur côté, les hôtels, souvent éloignés des voies rapides et des autoroutes, ressortent ou inventent des légendes locales sur des faits divers mystérieux pour attirer une clientèle un peu curieuse ou crédule dans leur modeste patelin!
John reçoit un jour une étrange carte-postale vantant un hôtel en plein Manhattan, le Dolphin. Au dos de la carte, ces quelques mots: "N'entrez pas dans la chambre 1408." Intrigué et surtout professionnel, Cusack contacte l'hôtel, assez grand et plutôt luxueux, pour réserver prompto la fameuse chambre. Mais la direction s'y refuse. Il fait quand même le déplacement. Une fois sur place, il fait la connaissance de Samuel Jackson, manager du Dolphin qui lui explique que la chambre 1408 ne se loue pas. Mais Cusack sait qu'il est dans son droit et que la chose est impossible sur le plan légal. Malgré les mises en garde de Jackson, il se fait louer la fameuse chambre et y passe la nuit. Or, cette pièce 1408 qui a l'air de faire très peur à Jackson, a été depuis des décennies et jusqu'à sa fermeture, le lieu de tragédies épouvantables, de meurtres, de suicides, de parenticides sanglants et j'en passe. Et la légende dit que personne n'a tenu là-dedans plus d'une heure. Voilà qui n'effraie pas le pragmatique Cusack spécialiste de la chose et qui en a vu d'autre. Et comme d'habitude, une fois installé dans la "suite de l'horreur", tout se passe absolument normalement, sans intrusion fantomatique ni rien!
L'ambiance finit quand même par se dégrader et des phénomènes étranges commencent à faire leur apparition...
 
 
Bon, comme vous le voyez, cette adaptation de Stephen King démarre sur une trame ultra-classique, malgré son contexte un peu alambiqué. On va avoir affaire à une histoire de chambre hantée! Mouais... Tiens puisqu'on y est, permettez-moi d'exhumer,dans le nombre hallucinant de films adaptant Stephen King, la super série b THE NIGHT FLIER qu'on trouve en dvd pour une bouchée de pain... L'affaire commence plutôt bien; on comprend tout de suite cependant qu'on aura pas affaire à de la grande mise en scène de gala. Le réalisateur enchaîne les plans tranquilou, sans profiter énormément de son format scope (format 2.35). Malgré tout, ce n'est pas tout à fait laid, même si c'est anonyme, notamment grâce à une photo gentiment soignée et richement dotée. On aime la première visite du premier hôtel, puis la scène sur la plage, et on se dit que les américains savent perdre leur temps dans un film de manière utile et vivante. On aime bien aussi John Cusack et donc, fort logiquement, le moment peut être envisagécomme étant potentiellement agréable. On signale quand même un petit bidule de montage (sur le plan narratif) avec un retour du plan d'ensemble sur la première chambre, un peu à brûle pourpoint et sans raison apparente. Ce retour dans un décor déjà visité et sans importance de l'introduction est assez touchant: phénomène de répétition et routine, ou peut-être figure décisive plus loin. C'est rigolo me dis-je, surtout dans le contexte très utilitariste des films de série américains. Quand l'action fantastique démarre, voilà qui se suit également gentiment. On comprend alors l'intérêt de l'histoire. Une fois longuement introduit, le récit se passera longtemps dans la chambre, voire tout le film, ce qui est une tentative un peu expérimental et une très bonne idée: un film fantastique quasiment en entier dans 17m²! Je prends, me dis-je in peto (ça faisait longtemps). Les premiers événements supposés surnaturels commencent à débouler, et ça marchote tranquilou. La transparence de la mise en scène devient un poil plus lourdasse, mais tout cela se suit sans déplaisir. On comprend aussi l'intérêt tout kingien de l'histoire: un contexte banal, un héros ordinaire plongé dans un milieu pas normal du tout. Ici, vu les fonctions du héros-écrivain, cette tonalité est d'autant plus pertinente et on se prend au jeu d'autant plus facilement.
 
Ca va donc être du classique dans un univers plutôt intéressant (comme King peut tout à fait l'être, quand il n'écrit ni de la bouse ni des choses belles ce qui arrive aussi!). On s'investit. Outre le fait que la réalisation soit assez plan-plan, on voit vite les limites des partis-pris de mise en scène justement. S'il joue assez avec le son (soutenu avec un mix classique mais assez rigolo, notamment grace à une musique toujours assez classe de Gabriel Yared, intégrant des effets rythmiques bruitistes qui sortent de la B.O pour rejoindre les bruits d'ambiance), on devine vite, donc, que ça va être plutôt calmosse côté image. Oui oui oui, ok, d'accord, il y aura des effets spéciaux bien dotés, mais on sait que le déroulé image ne va pas trop perdre son spectateur dans des choses aussi iconoclastes. Des effets sur des plans tranquilles en quelque sorte. Malgré tout, et malgré mes craintes anticipatoires surtout, on reste, et je suis surpris, dans la chambre d'hôtel! Je me dis alors que tout cela est fort rigolo et que le pari est beau. Et là curieusement, tiens tiens, l'image devient plus surprenante. Ca dure un petit 1/4 d'heure avec notamment des perturbations de lumières pas trop trop mal, et même un ou deux plans teintés entièrement en rouge. [Evidemment, si j'avais été pété de thunes et producteur puissant, la chose aurait durer haut la main 45 minutes de plus!] Bah bien, me congratulé-je! Un peu de perturbation image, rien de tel pour qu'on s'immerge plus. Bien entendu, l'espoir fut un peu déçu...
 
D’abord ce sera un retour à la normale et à la norme, question image. Le son est de plus en plus répétitif, et le récit évolue. Cusack est naturellement confronté à ses propres démons et à sa propre histoire bien classiquement, et les fantômes de la chambre viennent de moins en moins l'embêter. Moi, j'aurais bien panaché les deux plus longtemps. On a donc droit, au final, à quelques élargissements de pièce, c'est à dire à des modifications de la géographie de la chambre (la scène avec le père), et, en quelque sorte on arrive quand même à changer de décor. Du coup, le film est drôlement plus classique et plus prévisible, donc moins charmant. Vient se greffer là-dessus deux autres faits notables: l'envahissement progressif des "deuils" insurmontables cachés de l'histoire de Cusack (sa fille, sa femme) qui petit à petit grignote et boulotte toute l'histoire. Fichtre! Côté moteur, ça devient aussi moins charmant et pourtant c’est déjà bien plat. Le réalisateur multiplie les petit panotages en mouvement autour de Cusack en décrivant de courts arcs de cercle, très très répétitifs, et pas jolis du tout (en plans rapprochés serrés bien sûr!), et qui dénote un des maux du siècle (avec le mal de dos), la peur panique qu'ont les réalisateur du plans fixe et/ou du plan qui dure plus de deux secondes et demi. Alors, le petit gars panote, panote, repanote encore et encore, et remet ça quasiment jusqu'à la fin! Grrrrrr! Là, avec en plus les histoires de petite fille malade et de maman abandonnée, on commence à prendre de la distance et à perdre le sympathique "fantastique du banal" (j'ai failli écrire "du réel") au profit de quelque chose de beaucoup plus classique et attendu. Mouais... De son côté, John Cusack, un gars à la cool et plutôt sympa en général, se ballade là-dedans tranquilou (et de trois!). Et petit à petit lui aussi se radicalise dans un registre plus grossier, plus exagéré plus froid et plus banal surtout. Encore un pas en arrière. Et puis, bien entendu, ce qui devait arriver arrive, hélas trois fois hélas... On sort de la chambre!!!!! Merdre, comme disait le poète. Ca commence à faire beaucoup d'autant plus que c'est dans la troisième partie que le scénario déploie sa fibre la moins passionnante et devient bien brouillon, et sans mystère, fut-il simple. Ca commence à plonger dans le pathos bon marché (même si dans le genre on a vu sûrement pire). En guise de gourmandise, tandis que le film se rationalise et rentre dans les rails ternes des conventions les plus attendues, on n'aura droit qu'à un plan vraiment pas mal et surprenant: Jackson qui réapparaît dans un contrechamp impossible (déjà, ça, je prends) où il est incrusté de manière non logique par rapport à la perspective (il est plus petit que le décor, comme rajouté sur une photo, ce qui, avec l'absurdité du contrechamp marche très bien!); malheureusement, notre pauv' réal' décide de faire au deuxième passage de ce contrechamp, c'est à dire un plan de coupe et de profil de Jackson dans le même décor, plan très laid mais surtout qui défait et contredit la perspective biaisée du plan original!! Quel intérêt???? Ca va pas la tête ou quoi? Quel dommage que la seule chose inventive de cette deuxième partie soit tout de suite détruite au missile sol-sol du mauvais goût et de la non-reflexion artistique! Ca serait même bien un rajout de dernière minute, ça! En tout cas, ça sent la volonté de ne perdre aucun cerveau en route, et du coup les deux plans sont justes laids et illogiques! Cusack de son côté se répète de plus en plus, et on sait assez rapidement dans cette dernière partie que ce ne sera pas le rôle de sa vie, bien au contraire.
 
Plus on s'avance, plus on s'enfonce, et plus on a l'impression que tout ce petit monde ne sait pas du tout où il va. Le quotidien est lâché, même dans sa terreur potentielle, au profit du fantastique pur, assez éculé, et le film perd progressivement de l'intérêt. Pas mal de très mauvaises idées circulent dans les dernières séquences, mais je les garde pour moi afin que ceux qui n'ont pas vu le film ne soient pas prévenus. Bref, plus ça va, plus on s'éloigne du joli pari kingien pour arriver dans les plates-bandes mille fois foulés du fantastique hollywoodien de masse, soupira-t-il. Les toutes dernières séquences sont même très fatigantes...
 
Dommage, car même si le film n'est pas fulgurant, c'était tranquillement charmant, la chose. Et pas complètement mal écrit. Au fur et à mesure, puis à la fin, on sombre d'abord dans le conventionnel puis dans le très brouillon. Tout se stigmatise, adieu charme et sentiment d'immersion. Vu l'histoire, tout à fait sympathique, ça ressemble un peu à du gâchis malgré une demi-idée ça et là qui aurait pu être sympathique (la sortie sur la corniche, les analyses monologuesques et gentiment abstraites de Cusack, le syndrome de Stendhal, la démolition du bureau de poste, etc...). En perdant son mélange quotidien/fantastique, et en délaissant Kafka ou Lovecraft, le récit et le jus, la sève du projet se perdent et on se retrouve devant quelque chose de bancalisssime et lourdingue. Bon, on y a cru pendant 30 minutes suivi d'un joli 1/4 d’heures c'est déjà ça...
 
Pré-PS: faut arrêter aussi de caster les petites filles n'importe comment! Allez plutôt voir en dvd THE NIGHT FLIER qui, avec une histoire bien moins riche sur le papier, se débrouille nettement mieux. C’est soigné et ça a quand même un très beau rythme, sans compter de très belles audaces formelles dans la dernière partie; Tiens, la prochaine fois, si on faisait un film qui soit beau?
 
Dépressivement Vôtre,
 
Dr Devo.
 

Publié dans Corpus Filmi

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Dr Devo 19/01/2008 10:52

Salut Epikt!Pour repondre à ta question, non ce n'est pas fini pour moi la radio! Malheureusement, en ce moment les obligations professionnelles sont douloureusement incompatibles avec la radio! ceci dit, je ferais mon come-back en principe samedi prochain!Dr devo.

Epikt 18/01/2008 12:17

Rien à voir (enfin, si, justement) j'ai été très amusé en voyant la bande annonce de ce film, ayant, il n'y a que quelques jours de cela, vu Apartment 1303, film horrifique nippon de Ataru Oikawa qui ne raconte rien d'autre que la même histoire mais dans un apartement. Il y a parfois comme des coincidences.C'était juste pour l'annecdote, le film étant très mauvais - tout en étant tout de même (exploit !) le "meilleur" de son réalisateur.PS "question comme ça qui me taraude" : les aventuriers des salles obscures, c'est fini pour toi ou c'est toujours les wacances ?