ZOO (A ZED AND TWO NOUGHTS) de Peter Greenaway (UK-1985) : A pour Angoisse, B pour Blessure, C pour Corps...

Publié le par Dr Devo

(Photo : "Tristesse + Douleur" par Dr Devo)

Chers Focaliens,

Il avait offert à Madame L'ABECEDAIRE de Gilles Deleuze en DVD, et Madame, à un autre moment, lui avait acheté le coffret Peter Greenaway, vendu par l'autre rapace avide en dollars, mais sans poésie, le défenseur du cinéma qui coûte la peau du postérieur. Et le hasard (et pour une fois non la coïncidence, comme aurait ajouté le poète-cinéaste), fit que nous fîmes (si je veux) un patchwork des deux sans vraiment le vouloir, et sous la vague influence a posteriori, et bien involontairement, de notre ami Tchoulkarine. Premier élément de l'anecdote.
Il se trouve que, bien entendu, nous avons commencé par la lettre A. Comme Animaux, donc. Deux choses gratuites et en suspens se rencontraient là avec humour, mais sans que je ne le décèle sinon a posteriori, et donc après le film (ou même pendant). Outre le jeu de mot de poêle apparent, la chose fut extraordinaire au plus haut point, quasiment divine, car il se trouve que le père Deleuze, que personnellement je ne fréquente pas du tout, c'était ici la première fois, donne une définition exacte de ZOO de Peter Greenaway, dans son bavardage. Exploit sémantique. Suivi d'un exploit structurel, si on peut dire, dans le sens ou l'intro de première partie deleuzienne formait un sublime double programme avec le Grand Film lui-même. Avant que Greenaway ne se déploie, déjà, nous étions dans sa logique, comme je le sus-citais plus haut, mais si vous ne l'avez pas remarqué, pas d'inquiétude, j'y reviens.
Le chat hurle à la porte, il veut sortir, je lui ouvre. Pardonnez-moi quelques instants.
Il s'en faudra de peu. En quelque sorte, bien sûr. Un simple accident survenant dans une séquence rythmique où, dans un premier endroit, un homme compte les pas d'un lion en cage afin d'en évaluer la distance, suivie dans un autre endroit par un homme qui photographie un gorille, encagé lui aussi et surtout unijambiste (le gorille, pas le photographe), suivi du comptage, once again encore, des numéros des poses prises sur le dit appareil photo. Il aura suffit de peu pour qu'un banal accident arrête les activités. Dans un troisième endroit, une voiture a un terrible accident. Un cygne tombe sur le capot, dans la rue du Cygne justement (mmmmm....), c'est-à-dire que l'endroit, le nom de la rue, est la Rue du Cygne, pour de vrai, je veux dire, devant trois énormes lettres néons bleu sombre formant le nom "zoo" (soit un Z et deux zéros), et sur le côté, mais toujours à proximité de l'accident, un panneau publicitaire pour Esso, avec son tigre de rigueur, panneau qui sera, notais-je quelques minutes plus tard, à l'arrivée des secours, remplacé par un autre, et nous verrons le colleur d'affiche soit recoller la nouvelle pub Esso, soit mettre une nouvelle pub (on ne sait pas quelle est l'affiche dessous et quelle est la nouvelle), provoquant ainsi un jeu de striures à la fois cache et cadre ("c'est comme au cinéma" dirait le poète acteur-chanteur), jeu qui tombe à pique dans ce passage où sera évoquée, pour la première fois mais pas la dernière, la figure du zèbre. À bord de l'engin, de la voiture... Non, un cygne tombe sur le capot, d'où accident et verre brisé sur l'asphalte en mille diamants (l'asphalte et le verre brisé, pas le verre brisé), la conductrice, grande et rousse, traversant le pare-brise, plan d'ensemble avec travelling avant, pare-brise brisé quand le plan devient rapproché, je note, elle traverse le pare-brise en criant. Ben oui, c'est de cris qu'il va s'agir, même s'il y en a peu (Deleuze que, tel le Gitan, je ne connais pas, avait raison, j'y reviens) ; les deux passagères à l’arrière, plus jeunes, sont inanimées, allez, on peut dire mortes, au moins en apparence, mais la caméra avance encore et l'image se fixe, en plein travelling resserrant et majestueux, c'est malpoli se dirent les spectateurs, le plan se fige donc au moment rigoureusement exact où le photogramme témoigne qu'une gerbe d'étincelles et donc de feu a envahi le fond du plan, qu'on croyait noir (ah oui, au fait, c'est la nuit), encore une surprise, même au fond, il y a un arrière-plan, n'en jetez plus, envahi à peu près la totalité de la surface transparente de ce sur-cadre que forme le pare-brise, arrière cette fois, suivez un peu ! Oooooh, des étince... se dirent les spectateurs, mais sans avoir le temps d'apprécier leur diffusion soudaine, puisque le plan se fige... et on s'aperçoit que la rupture rythmique est douze mille fois plus belle encore.
Il est évident qu'à ce moment précis, je demande à Madame d'arrêter la diffusion. C’est bon, me dis-je, cette séquence absolument courte... Oui, bon d'accord, je vous ai épargné le plan avec les enfants qui essaient de faire reculer le dalmatien assis au milieu du passage clouté (Dalmatien... Zèbre... Ça vient ?), et qui suggère le danger automobile (et qui arrive du reste, puisque l'accident que je viens de décrire a lieu, à un autre endroit certes, mais a lieu, comme une belle équation godardienne complètement résolue (ça fait toujours plaisir), et d'ailleurs, je note que le chien mourra suite à cet accident (et à un autre endroit, et spatial et temporel, que l'accident sur la rue du Cygne.. capice ?) une bonne heure dix plus tard ! J'ai omis cela pour faciliter la lecture de cet article. C'est bon, me dis-je en m'adressant à Madame, on va arrêter là ce film de cinq minutes (ben oui, ça ne dure que quelques minutes, tout cela, et by the way, le film fait quasiment 3600 mètres, c'est dire), c'est bon, ce film de cinq minutes, c'est le film du siècle, c'est un court-métrage OK, OK, OK, mais c'est bon, j'ai assez pour tenir jusqu'à l'année prochaine, où nous regarderons tout depuis le début jusqu'à la gerbe en plan fixe... Ah oui, plan fixe certes, mais fondu en noir et blanc à suivre, où le cadre se transforme en première page de journal relatant l'accident (CAPICE ? Ça rentre ?), page où l'on trouve deux autres articles complètement ostentatoires. Oui, c'est bon, on va arrêtez là, et l'année prochaine, on reprend du début et zouh !, on voit cinq minutes en plus, ainsi de suite pendant 36 ans, et là oui, la vie vaudra le coup, à moins justement que le film ne nous dise le contraire, d'ailleurs...
Je soupirais.

[Tout cela de tête, se dirent les spectateurs, c'est effrayant...]

Ce n'est pas qu'il veuille se vanter, non, c'est pas son genre, mais je reçois quand même plusieurs toiles de jute par la poste chaque semaine, remplies de lettres, de questions et de demandes de photos dédicacées, et bien souvent, on me pose des questions sur la dévédéthèque idéale, et j'aurais voulu être un cinéphile, et aussi un artiste, et je conseille, je donne des titres, je mets un peu de bonheur dans des existences ternes... par amour bien entendu, de mes prochains, en quelque sorte, je mets la bure très volontiers et réponds à tous les Raymond de la terre. Bon, ben tout ça, c'est fini. Achetez ZOO. Ça me fait mal de dire ça parce que le fric va aller à l'autre malfaisant, et que le coffret, fort bien fait d'ailleurs, est absolument hors de prix. Achetez le d'occasion. Comme ça, le malfaisant ne touchera pas plus d'argent. Ça me fait mal aux seins, décidément, mais bon, achetez-le quand même. À plusieurs, puis prêtez-le vous à tour de rôle. C'est mon seul conseil valable. Après, les plus rigoureux d'entre vous iront se faire harakiri en récitant un aillequoux sur le parvis de la mairie, et franchement, on ne saurait, dans l'absolu, leur donner tort. [Ceci dit, avant cela, videz les caches de votre pc, je ne veux pas lire dans les journaux : "Un site Web appelle ses adeptes au suicide !" Pensez aux autres que je pourrais, après votre disparition, conseiller de la sorte.] Ou alors, pour les moins fortunés, non, non, non, pour tous, vendez votre dévédéthèque entière pour pouvoir acheter ce film. Ça suffira amplement, merci. Ou alors, vérifiez votre médiathèque, et brûlez là s'ils n'ont pas la galette. Tiens, les patates sont cuites, pause donc.

[Un peu plus tard, au même endroit…]

Il est toujours difficile, en fait, de savoir ce qui reste de nos amours, profanes un peu, et surtout en ce qui concerne les sacrées. C’est comme si c’était hier, d’ailleurs c’était hier. La frontière dangereuse entre l’homme et l’animal (en l’homme), et je parle d’un point de vue philosophique ou plutôt, encore mieux, structurel… D’ailleurs, c’est animalité qui convient, et non pas animal, on est quand même pas sur un blog de chats… La frontière donc, c’est être à l’extérieur quasiment pour mieux être à l’intérieur, et c’est aussi l’absence qui révèle la présence, tu la sens, ma jambe (que je ne pousse même pas, contrairement à ce que nos nombreux lecteurs anglophones pourraient croire, c’est très sérieux) ? La présence dans la perte. Grâce à moi, Gilles fait un bisou, bon d’accord, post-mortem, mais bisou quand même, à Peter. Encore plus fort que tous les tunnels enfouis du monde. [C’est là que se joue le savoir d’ailleurs, diraient sûrement en chœur, et disent sûrement en ce moment, Tchoulkarine et Bernard RAPP au moment où ils lisent ensemble mais séparément ces lignes. Ce genre de tunnel vaut toutes les voies de communication du monde, et valent toutes les bibliothèques, et donc dévédéthèques – Oh par pitié, revendez tout.] Dans cette frontière, il y a des paradoxes, certes, mais la classe consiste, euh non… Je voulais dire, la grâce, non, je veux dire la transcendance, ce qui nous différencie nous, Moi par exemple, ou encore plus, tous les Moretti et les Beauvoix de la terre, ou les Renoir d’ailleurs (no offence, seulement de la modestie), c’est que notre homme, notre anglais, Peter, sait encore, aux confins des Territoires, ne pas abandonner ce qui lui a permis d’en arriver là avec tant de beauté : il fait encore, avant d’écrire (c’est qui le poussera à écrire), et au montage, et partout, arrivé là même où cherchent à aller tous ceux ayant un cerveau qui fonctionne sans être relié à la tripaille des émotions de mort de grand-mère (Deleuze dit ça aussi, décidément, on est plein claudisme coïncidental), même là, dis-je, Peter continue son but ultime : le tuyau de poêle. Retenez cette expression, car c’est elle qui compte. Tuyau de poêle. Visuel bien sûr, comme dans l’exemple de l’affiche Esso qui refera encore une apparition (c’est d’un ludique !), ou comme les deux poissons ovoïdes, plats et morts, qu’on a quand même mis dans un bocal pour les filmer (quelle classe, j’en pleurais presque, en plus de rire) comme deux gros testicules. Voilà. Bon exemple. La poésie et l’expre… Prenez la voix de Dali pour lire ça : l’Expression Cinématographique Elle-Même, c’est là qu’elle se joue ! Pas ailleurs ! Oui, oui, la technique, oui, oui, la photographie, oui, oui, la musique supra-belle et impromptue au possible qui se moque bien de la détresse des personnages (et Dieu sait s’ils souffrent), oui, oui, le jeu des acteurs (Andréa Ferreol à tomber, et puis merde à ceux qui ne croient pas cette parenthèse : que puis-je faire d’autre que de le dire, on ne fait pas le bonheur des gens malgré eux, et toutes les Justine du monde n’y pourront rien), oui, oui, le cadre, oui. Bon, c’est bien tout ça. Mais n’oubliez pas notre matrice : le tuyau de poêle, sans laquelle vos films ne seront jamais que de la déliquescence de sentiments, sincères peut-être, ça n’a aucune importance, mais périmés à l’instant même où vous prévoyez la date de leur exposition comme une bouteille de lait UHT (en ce sens, le Marquis a raison : Le Lait Lèche (lâche même) l’Athlète). Sans elle, la Matrice (mal, le mal est fait), sans elle, il n’y a… rien. De valable en tout cas. On parlera des "animals" (oui, faute d’orthographe et volontaire en plus, on appelle ça le Baroque, si je veux) et des têtes d’innocence perdue, tous enfoncés, en fait, dans leur médiocrité de petit récit de petit sentiment de très microscopique histoire. C’est nul. Reprenons plutôt la métaphore de RAPP Bernard (le vrai nous remerciera d’ailleurs un jour d’avoir permis la confusion avec lui, à travers de si belles choses), la métaphore dite de l’Archer Zen. Pour mettre ta flèche en plein dans le mille dans la cible qui n’est pas très loin (une dizaine de mètres), il faut viser le ciel. Visez Dieu ! Si vous ne le faites pas, vous n’avez aucune excuse, et ne venez pas pleurer si votre flèche vous arrive dans le pied. [Spéciale dédicace aux sus-cités aux deux endroits, qui eux trichent encore plus en rapprochant leur flèche, intention, de la cible, film. À chaque fois, c’est la flèche dans le pied, même quand la distance qui sépare le projectile de la zone à atteindre est de dix, douze, dans les meilleurs cas, quinze centimètres, c’est-à-dire la longueur de…
Le catéchisme, très nécessaire, et je ne gommerais aucune ligne, étant terminé, je vais donner de plus amples informations aux sceptiques ou aux perdus (je n’en veux absolument pas une seconde à cette dernière catégorie, bien au contraire). ZOO, c’est un film sur l’effroyable présence de la douleur dans son corps absent. Tristesse et douleur. La fantaisie qui suit n’est que cette question face à la mort, à son pourrissement et à la volonté d’atteindre un peu Dieu et son âme sœur sous toutes ces formes, quelles qu’elles soient, on sera preneur. D’ailleurs, puisqu’on en parle, vous avez remarqué comme le personnage principal du film, Felipe Arc-En-Ciel (il pousse ! C’est délicieux !), n’est pas mis en exergue question temps… on le voit deux fois. Basta. Importance dans le montage, certes, (surtout la première, j’ai cru que j’allais défaillir !), mais la classe d’être noyé dans le baroque du reste, chapeau ! Géniale, cette prise… de risque ! On sera mort à la fin de la chanson, le film est donc complètement précieux, savoure mon pote, savoure, et si nous sommes la dernier (héhé ! Oh ça va : si je veux…), personne ne nous enterrera. Tod ist ein Skandal ! Le Deuil. L’enfant témoin. Et la Fidélité, bien sûr. Vous savez tout.

Enfin, une note à mes amis  professionnels de la Profession. Messieurs et Mesdames, ce film est une honte, même si vous en êtes fans (en fait, vous ne l’êtes pas !), à votre profession entière, et dans toutes les branches (production, réalisation, distribution, techniciens de plateau, critiques, et bien entendu exploitants, etc.). Spéciale dédicace à l’affreux jojo de Libé (mais ne pas croire que je m’acharne sur ce journal ; j’aurais pu prendre un autre exemple), qui osa dire que dans le dernier (enfin l’avant-avant-avant dernier film de Greenaway), qui dit, donc, que TULSE LUPPER SUITCASES PART ONE : THE MOAB STORY, film dont l’accueil à Cannes fut désastreux, film sur lequel tout le monde est tombé comme un mendiant lynché par des gros bourgeois obèses sous prétexte que son ventre gargouilleux fait du bruit et les empêche de dormir, ce film (THE MOAB STORY…) que Bernard RAPP, le Marquis et moi-même placions comme le plus beau que nous ayons vu (au bas mot) l’année dernière, ce film que vous, chers lecteurs que j’adore, vous ne verrez jamais à cause des dits gens que j’accuse (comme Zola ! Oui ! Pareil ! Même importance !), ce film… Cher Monsieur de Libé dont j’ai oublié le nom (comme ça, Google ne vous dénoncera pas !), vous aviez dit que oui, oui, c’est bien, on a offert un Mac à Greenaway pour qu’il puisse monter son film dans sa cuisine, et que malheureusement, il a tellement fait joujou avec Photoshop qu’on ne lui a pas dit qu’il y avait sur l’ordinateur une icône (icône !!!!! Laurie Anderson disait… non, je le dirai plus bas !) CORBEILLE pour jeter sa merde baroque (je résume, bien sûr, mais il a utilisé stricto sensu la métaphore de la corbeille !), et bien, mon petit monsieur de Libé, vous et votre clique assassineuse de Mozart, en plus de nous priver de nous faire individuellement notre avis, ce que Dieu aura du mal à pardonner, et bien vous qui aviez sans doute défendu ZOO, vous auriez dû remarquer que Greenaway, dans THE MOAB STORY et dans ZOO, il fait la même chose : un plan=4 sur-cadres ! IL LE FAISAIT DEJA À L’EPOQUE DE ZOO !!!!!!! Bon sang ! Que vous soyez bête passe encore (et encore, d’autres derrière vous font un job payé au smic alors qu’ils ont plus de compétences que vous tous réunis), mais que vous soyez malhonnêtes, là non, désolé mais moi, ça ne passe pas, je refuse, et je dis non. Ce n’est pas que vous viviez au dessus de vos moyens avec des mensonges et une incompétence pareille (vous auriez dû faire le rapport entre les deux films), mais vous volez l’argent des autres, dont d’ailleurs une partie est l’argent du Peuple. J’espère que vos enfants vont bien.
Tout est dit, et il en reste… On reviendra forcément sur ce film, car c’est sans doute le plus beau du monde.

Visez Dieu ! La messe est finie !

Dr Devo.

PS : Au début des années 90, Laurie Anderson a eu cette phrase terrible et juste. Je re-situe pour les plus jeunes. C’était les débuts archaïques d’Internet, et c’était le début de l’hégémonie de Windows. Elle a dit, en parlant des gens de Microsoft et pas de leur patron : « Ces gens-là ne connaissent l’existence du mot « icône » que depuis deux ans ! » Transposez.
PS 2 : À la place de tuyau de poêle, vous pouvez mettre sériel ou oulipiste, bien sûr !
 
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Publié dans Corpus Analogia

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Dr Devo 06/02/2009 23:38

Haaaaa, Tulse Lupper! Cest sublimissime et ce malgré sa réputation. Merci LJ Ghost! Ce colloque a l'air passionnant! Vous avez bien fait de nous donner cette info. Si jamais un lecteur de Matière Focale, qu'il n'hésite pas à nous dire comment c'était!Dr Devo.

L.J. Ghost 06/02/2009 21:55

Petit billet d'information :Pour tous ceux et toutes ceusses qui vivent dans le sud de la France (ou pouvant se déplacer), la Cinémathèque de Nice propose les 13 et 14 février 2009 deux interventions de Peter Greenaway ayant pour sujet "Le cinéma hors cinéma", qui traiteront de : "un panorama des nouvelles pespectives de lecture des images, de la mort du cinéma et de sa renaissance en phénomène multimédia interactif" et "les nouveaux concepts de narrativité/narration à propos de son oeuvre The Tulse Luper Suitcases, un ambitieux projet qui combine cinéma, télévision, internet, expositions et livres". Les deux conférences entrecoupées d'une retrospective Greenaway.Tout cela risque d'être fortement sublime et inoubliable.

Tchoulkatourine 16/01/2006 02:57

Cher Docteur,Merci pour cette analyse tellurique au phrasé deleuzien. La douleur, la mort. Oui.Même si certaines des références picturales nous ramènent à Veermer, je ne puis m'empêcher de penser à cette forme de peinture, la vanité. Je pense à ce merveilleux peintre baroque espagnol, Juan Valdés Leal qui représentait au XVIIième des choses terribles et belles comme des cadavres d'hommes « illustres » en état de décomposition  avec des titres comme « Finis Gloriae Mundi ». Et là on revient dans le film de Greenaway.  N'oublie pas que tu vas mourir ? (hihi, en référence à la "flêche" !!!) Il y a comme un exorcisme dans Z00. Je ne mets pas de rouge à lèvre noir et ne traîne pas en pleurs (car ... boys don't cry) dans les caves le teint très blanc et pourtant, je me sens très bien dans le film. La douleur, la mort. Oui. Oui, mais.Les lieux aimés (ce plan récurrent de campagne,  comme un motif tarkovskien, justement beau  à en crever ), les amours perdus mais les amours quand même, la peinture, la geste scientifique avec ces films façon Jean Painlevé qui hantent un des jumeaux. Une lucidité douloureuse mais la vie quand même. Je vais citer de tête bêtement le père Deleuze qui rappelait que ce n'est pas parce qu'un organisme meurt que la vie meurt. (rapporté ainsi par moi, on est au rez de chaussée ou à la cave, au choix). C'est en quelque sorte « rassurant », vous ne trouvez pas ? L'analogie, les jeux d'analogies, des rapports de formes, des Correspondances de signes. C'est en soi très beau et puis, cela fait, en quelque sorte passer le temps. Mais comme vous le dites si justement : tuyau de poil, vanité,  finis gloriae mundi ! Au fond, c'est absurde : à ce que j'ai pu voir, à ce que j'ai pu comprendre, il n'y a pas d'explication de donnée, juste un pressentiment que quelque chose nous dépasse. Peut-être,  la vie qui  déborde, la vie qui déborde les personnages en leur frontière homme/animal (à ce titre peut être que la série « Manimal » fut un truc très important, à revoir donc). Deleuze encore, il le dit mieux avec ses très belles paroles sur ... Edith Piaf dans l'Abécédaire.

Bernard RAPP 15/01/2006 19:29

Pierrot, je pense avoir saisi le champ de tes préférences filmiques, à l'opposé du pouding (génial) de Greenaway. C'est sans doute une histoire d'appétit.
Je dois confesser que devant le bombardement, 2 heures durant, d'images dans l'image et autre dentelle incrustée de "A life in suitcases" - à côté duquel "Prospero's Books" ressemble à du Marie-Claude Treilhou - j'étais affalé, yeux exorbités et langue pendante sur le siège, réclamant "encore, encore".
Dans un sens comme dans l'autre, la complaisance/tendance propre fait le tri pour nous : plutôt baroque, plutôt épuriste etc...

Maître Capelo 15/01/2006 13:24

                                                          NON