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[Photo: "J'ai passsé une très bonne soirée..." par Dr Devo et Bertrand d'après une photo du film THE DOOM GENERATION de Gregg Arakki (USA-1985).]

 

 

 

 

Chers Focaliens,
 
En attendant la grande surprise de demain Mardi, enfin pour moi, puisque pour vous et pour lire l'article, et croyez-moi que mon emploi du temps ne permet pas de faire autrement, il faudra attendre mercredi ou jeudi, en attendant, dis-je, cette belle surprise inopinée que j'ai très hâte de partager avec vous, et avant les mastodontes que j'annonçais en post-scriptum de mon article sur SWEENEY TODD ("le sosie diabolique de Christopher Walken", m'a soufflé l'ami Denver), le cinéma, et la vie accessoirement continuent bon gré mal gré.
 
[Tiens puisque j'y suis... J'annonçais notamment le nouveau Peter Greenaway, dont les quatre derniers films ont été jugé indignes de nous être montrer, à nous le public, si j'en juge les efforts surhumains des distributeurs français pour ne pas les distribuer, soutenus en cela par des critiques reconnaissant unanimement la nullité de ces films. (Libération avait écrit: "on a offert un Mac à Greenaway mais on ne lui a pas expliqué où était l'icône corbeille". Et c'est tout. Critique en une phrase! Très classe. Je rappelle que j'ai vu le premier THE TULSE LUPPER SUITCASES, PART 1 : THE MOAB STORY et que c'est un des plus beaux films de Greenaway et/ou que j'ai vu!). Mais là, ce nouveau film du Maître, tu comprends Coco, ça parle de Rembrandt, alors ça oui je distribue, c'est tellement formidaaaaaable! Bref... Soupirons, mais passons... En tout cas, j'annonçais Morgan Freeman au générique! Et bien non! Il s'agit en fait de Martin Freeman qu'on avait déjà vu dans SHAUN OF THE DEAD et HOT FUZZ, entre autres. Rires! Merci à au lecteur vigilant Nucleus (qui nous vient du Canada, pays que je salue et qui me vaut tout un tas de mails, enfin un ou deux toujours sympathiques!) et à l'ami Denver d'avoir rectifié mon erreur!]
 
André Dussolier est un ancien flic, désormais à le retraite, et le pauvre garçon, hélas, est atteint de la maladie de... Comment c'est déjà... La maladie de Faulkner! Comme vous le savez c'est tout un problème, et son fils, très attentionné (Julien Boisselier..., soupira-t-il), le place avec son accord dans une grande clinique privée, installée dans une espèce de manoir à la campagne, et qui est spécialisé dans la maladie de Oppenheimer, justement. Ce n'est pas la joie mais faudra faire avec. Dussollier s'installe rapidement. Comme son alka-setzer n'est pas encore totalement développé, l'ancien commissaire remarque des choses bien étranges... Il y a notamment beaucoup de morts dans cette clinique. Toujours pareil d'ailleurs: morts dans leur sommeil d'un arrêt cardiaque! Et le personnel médical, ou le médecin-chef (Pascal Elbé) refusent le plus souvent de communiquer là-dessus. L'esprit de Dussollier commence à s'échauffer comme un vieux réflexe, et voilà notre vieux bonhomme qui se met à farfouiller partout. Et la maladie gagne du terrain, bien sûr. Plus Dussollier avance dans l'enquête, plus sa mémoire le trahit! Et la morgue de la clinique n'arrête pas de se remplir...
 
Nicolas Boukhrief est déjà à son quatrième film, et pourtant je n’en avais pas vu jusqu’à CORTEX aucun, et ce malgré l’aura de sympathie du bonhomme, très subjective, car figurez-vous que le Monsieur faisait partie de l’équipe de la défunte mais magnifique revue Starfix à qui nous devons tant.
(C’était un communiqué de la Transition Line Association.)
 
Et bien, CORTEX démarre plutôt bien. On rentre très vite dans le lard, sans explication particulière, et l’histoire a (presque) déjà commencé quand on s’installe dans notre fauteuil, et très vite, après une brève scène introductive, on est déjà à la clinique. Pas d’effusion majeure dans la mise en scène. Un petit 1.85 des familles, on est en France, ça se voit tout de suite. L’idée de base de CORTEX est très sympathique. Un huis-clos en zone fermée, l’inquiéte famille du corps médical, la campagne la plus banale, voilà pour le décor. Pas grand-chose de grandiose. Et dans ce contexte, une seule bonne idée, et c’est très bien, un peu plus loufoque : l’enquête policière très difficile à faire avancer à cause des trous ou des imprécisions que la maladie de Bruckenheimer laisse dans la tête du pauvre Dussollier. Voilà qui rappelle me disait l’ami Denver, encore lui, le film LA MEMOIRE DU TUEUR de Erick Van Looy (bonjour Monsieur !), sorti en 2004 et de nationalité belge, écrivit-il en se gardant bien de taper l’expression "une fois" en gloussant. Mais qu’importe, après tout.
Du gros quotidien qui tâche, c'est-à-dire la maladie la plus tristement banale, hélas, mêlé à une licence poétique extraordinaire (l’ancien flic qui débarque pilepoil dans la clinique de la forêt noire), voilà une tactique qui marche toujours et qui promet des films dynamiques et un peu originaux, c’est tant mieux. Boukhrief ne s’y trompe pas, comme on dit chez les professionnels rémunérés de la critique cinématographique, et sait, non sans une certaine habileté, ou plutôt avec un charme certain, ne pas gaspiller ses cartouches et entretenir par petites touches l’ambivalence du climat banal-policier, sans effet ostentatoire. C’est très charmant, ça fonctionne. L’aspect campagnard français et le casting made in chez nous (j’y reviens) fonctionne très bien dans les grandes lignes, bien loin d’une mise en scène spectaculaire ou du cocktail french-americano insupportable des productions du type RIVIERES POURPRES ou EMPIRE DES LOUPS (j’ai vu ça ! Clap clap clap !) qui bien souvent montent en épingle plouc sur le mode américain des intrigues qui tiennent du timbre-poste, et ce sur son lit de casting à la crème de faisan. CORTEX, Dieu merci, ce n'est pas ça. Ca repose, c’est bien plus prenant comme ça. Certes, il y a la petite dose d’histoire familiale (les rapports de Dussollier avec son fils, les problèmes de celui-ci), un peu plus appuyé, mais là, ce n’est pas non plus la plus mauvaise des tactiques dans le sens où, du coup, ce petit pas de côté permet de renforcer l’aspect quotidien de la chose, et de servir de référent décalé en quelque sorte (cette expression veut-elle vraiment dire quelque chose, douta-t-il en allumant une cigarette), c'est-à-dire permettant curieusement et de manière assez délicieusement artificielle (de manière un peu trop écrite presque) de renforcer l’aspect de huis clos et de rendre plus étanche les mondes de la vie normale d’une part (le nôtre) et celui microcosmique de la maladie de Schopenhauer. Du coup, même si on est très loin de l’atmosphère d’un giallo italien par exemple (pour les plus jeunes de nos lectrices: le giallo est un sous-genre fantastique italien des années 60-70 et suivantes, qui mélange allégrement sans qu’on puisse le plus souvent le définir avec certitude les intrigues de type thriller et le fantastique. Cf. Mario Bava, le sublissime, et Argento, le magnificent, entre autres…), même si on est assez éloigné, dis-je, on y pense, car finalement là aussi on est entre deux eaux icic aussi: le banal-social et l’extravaguant-policier. Le tout étant teinté de mystère, et puisque nous suivons quasiment pas à pas le défaillant Dussollier, on y pense encore plus. D’ailleurs, c’est là aussi une bonne idée immersive : on apprend autant que Dussollier, puis on (le spectateur) finit par maîtriser la situation plus que lui (à cause de la maladie, on finit par avoir une longueur et une intuition d’avance) pour finir par nous faire gentiment rattraper et même dépasser par Dussollier de manière brusque, puisque dans la dernière partie du film, lui en sait plus que nous (ou il en a su plus), sa maladie faisant, par la magie du hors-champ, que nous soyons pour la première fois en panne d’information, comme si nous étions victime par rebond de cette dite maladie, ce qui est un joli retournement de situation, assez délicieux même, avouons-le.
[D’ailleurs, à ce propos, évitez comme la peste le film-annonce beaucoup trop narratif !]
 
Ca démarre donc très sympathiquement. On ne sait pas trop à quelle sauce on va être mangé. Va-t-on garder cette ambiance en demi-teinte largement baignée de banal, ou sombrer dans le policier plus brut ? Va-t-on peut-être basculer dans un univers plus oppressant presque fantastique ? Et quel part de fantasme contient cette histoire ?
Boukhrief, petit malin, et il a bien raison du reste, a plutôt soigné la chose, notamment grâce à un chouette casting. Dussollier assure très bien, tantôt mutique, tantôt ouvert, et dieu sait que son rôle forcément un peu répétitif n’est pas si facile à rendre lyrique ou nuancé. C’est la grande force du film. Pas de doute. On note aussi des petites idées très sympathiques et/ou formidables pour le casting des seconds rôles : Marthe Keller est vraiment très bien, la délicieuse Stéphane Audran en impose alors même qu’elle est judicieusement et stratégiquement (bravo !) placé en mode sotto voce dans l‘arrière plan. Bien. Il y a même là  Gilles Gaston-Dreyfus dans un rôle plus attendu, mais ce n’est pas une mauvaise idée non plus. [Une de ses scènes principales me parait bancale cependant, peut-être une mauvaise prise…] Côté infirmier ça fonctionne également sur un mode plus attendu qui offre un joli contrepoids. Elles sont toutes pas mal du tout et "charactérisées" juste un peu trop, comme il faut. Là aussi, ça fonctionne plutôt. J’ai par contre beaucoup plus de mal avec le fils de Dussollier, Julien Boisselier, acteur dont je ne comprends pas du tout la fascination qu’il exerce, mais bon… Pascal Elbé par contre, qui lui aussi a le vent en poupe, est très impersonnel comme d’habitude. Ces acteurs font, pour moi, très téléfilms franco-français et me semblent jouer sur des nuances monotones, alors que curieusement, ils n’ont peut-être pas les rôles les plus marqués (certaines infirmières le sont plus, je pense). Si donc le casting est soigné et bien vu, j’avoue que ces deux-là me paraissent des choix bizarres, même si pour être honnêtes, les deux comédiens patatent un peu moins qu’à leur habitude, c’est déjà ça.
 
Côté mise en scène, même si on n’est pas dans la flamboyance extrême, il y a vraiment des petites choses très jolies, et plutôt simples que j’ai trouvées très sympathiques. Certes, on n’échappe pas aux alternances classiques du champ/contrechamp dialogué, un peu présent, et encore une fois avec pas mal de plans rapprochés ou de gros plans. Mais malgré tout, Boukhrief ne se contente pas de ça, et joue gentiment mais sûrement, avec une certaine discrétion qui est plutôt une élégance (un poil timide mais appréciable et qui ne nuit pas à l’atmosphère banale du scénario), notamment avec le cadre (le plan sur le rétroviseur et le les reflets dans la scène d’arrivée à la clinique par exemple), ou la photo, légèrement biseautée. Une fois arrivée à la clinique, c’est plutôt sympathique, avec pas mal de plans moyens, pour une fois. Ca découpe gentiment dans le montage, quelquefois, quand il faut de manière ostentatoire (je pense aux premiers plans où il place la malade peintre, un peu marqués, mais bien fait), et par exemple les premières scènes de dialogues dans le réfectoire ne sont pas indigentes du tout. Bien. Et puis, il y a une très bonne série de scènes, vraiment au-dessus du lot à mon avis, dans cette première partie. C’est le passage où Dussollier un peu à l’aveugle, délimite le périmètre de la clinique en suivant son grillage extérieur, scène assez forte et astucieuse (et hop ni vu ni connu, je te sers le personnage en émotion, et je te présente le décor), assez émouvante aussi puisqu’elle présente bien le personnage et permet d’exclure par la suite, la campagne où se trouve la clinique, du champ du film. En plus, c’est plutôt bien photographié, ou plutôt suffisamment ré-étalonné (ou les deux!) pour que ça fonctionne. Le cadre de cette scène est joli en plus, et la situation brute doucement étrange. Beau passage. Il est précédé d’une belle idée de scénario puisque très vite le personnage de Marthe Keller jette son dévolu "amoureux" sur Dussollier sans explication. Ca marche bien aussi. C’est suivi de la scène du briquet, très bien fichue avec un superbe point de montage (son et image) lorsque qu’un malade se fait poursuivre dans le flou du contrechamp par deux infirmiers. Une péripétie qui arrive en double-talk dans une scène déjà chargée et qui donc s’articule sur deux "informations" ou événements en même temps. L’espace de cette scène, on voit très bien ce que le film peut avoir de passionnant. S’il continue les actions doubles, la dichotomie du cadre, et le jeu sur le son comme ça, le film va devenir étrange, voire absurde et bizarre, et cela va être très beau, me suis-je dit.
 

[Tiens je sais pas où le mettre alors je vais le mettre là: j'ai bien aimé la gestion des disparitions et réapparitions forcément absurdes du revolver dans le film. Belle idée de scènario!]
En fait, ce n’est pas vraiment le cas. Si on conserve les pré-requis de départ (banalité contre policier) et que Boukhrief n’en démord pas, le gros du film, peut-être les deux tiers seront moins flamboyants que les deux exemples précédents. Au fur et à mesure de l’évolution du film, malgré le charme de l’intrigue et notre bonne disposition à son égard, la mise en scène sera moins expressive. L’échelle de plan se réduit, assez bizarrement. L’exploration du laboratoire, judicieusement fermée par une grille codée, est visuellement plus pauvre que les scènes de clinique proprement dites. Boukhrief semble embêté pour cadrer. Ceci dit, soyons juste : on a vu largement plus infamant que ça, très largement, surtout dans le cinéma français, de genre ou pas. Mais, du coup, on reste quand même largement sur notre faim côté mis en scène, non pas parce que c’est absolument et expressément inexpressif, comme c’est généralement le cas au cinéma, mais parce qu’au contraire, dans les parties que j’ai décrites plus haut, Boukhrief nous a largement mis l’eau à la bouche. Du coup, logiquement, quand le reste de la mise en scène est plus calme, on a l’impression, assez juste, que ce gros du film a quand même beaucoup moins de saveur. Ach ! En tout cas les pérégrinations nocturnes de Dussollier sont assez calmes, semblent se répéter et surtout ont bien du mal à trouver un rythme. La première bobine du film était bien plus alerte avec pas tellement plus d’éléments. Conscient de la chose ou pas, l’ami Nicolas délocalise provisoirement le film sur le mode de la fugue. C’est un peu étrange. [Ca permet ceci dit à Dussollier le personnage d’accepter d’y retourner, dans la clinque de l’enfer, et par choix encore!] Moins de mise en scène, ou plutôt moins expressive et donc plus de scénario. Les astres malheureusement s’alignent. Le scénario dans sa dernière partie est plus maladroits, plus ouvert et a un peu de mal à faire fonctionner les ambiguïtés et le mélange des styles ou des nuances (film policier mais lent, presque rendu fantastique, et aussi banal et triste…). L’intrigue semble avancer au fur et à mesure plus maladroitement et sur le papier, et ce malgré quelques éléments sympathiques (la fête de départ, et dans cette séquence l’arrivée de points de vue extérieurs à Dussollier). Peut-être l’hypothèse du tableau volé, si j’ose, est un peu maladroite à l’écriture et le dénouement très simple là où on attendait u climax plus perturbé. Ou plus abstrait. Possible. Dur à dire en tout cas. Ce qui est sûr c’est que la mise en scène est largement trop calme et trop timide, trop suiviste du scénario aussi, et de toute manière largement éloignée des jolies petites audaces promises et même montrées. Le sentiment que c’est l’écriture qui domine dans ces deux derniers tiers de CORTEX, rend un peu "cartonneux" (si je veux !) le goût du film. Ca coince un peu dans les rouages, et on perd la gentille poésie de départ pour quelque chose de plus ouvert, moins mystérieux et surtout moins lyrique.
 
Voilà qui donne à l’ensemble un goût, malgré ma bonne volonté et celle de Nicolas Boukhrief, de rendez-vous raté, bien loin du flirt promis par certaines scènes et par un projet globalement intéressant. Le film ne trouvera pas complétement son souffle, et trimbalera son rythme et sa narration de guingois. C’est vraiment dommage. Malgré tout, cet excès de timidité ou cette petite perdition entre amis est vraiment encourageante, je trouve, et donne envie de voir un peu plus de Boukhrief ! On ira certainement voir le prochain, en espérant, et ça me parait complètement possible, de retrouver la belle facture de la séquence que je vous ai décrite plus haut et qui, espérons-le donc, appartient déjà, comme une preview étrange, à un des prochains films du réalisateur.
 

 

 

Gentiment Vôtre,
 
 
Dr Devo.
 
 

 

PS : j’apprends à l’instant, hélas, trois fois hélas, que le nouveau film d’Harmony Korine que je vous annonçais l’autre jour,  est reporté. On devrait le voir mais plus tard ! Pas de chance ! On se tient au courant quand on en sait plus !

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Lundi 4 février 2008 1 04 /02 /Fév /2008 14:51

Publié dans : Corpus Filmi
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