LA GUERRE SELON CHARLIE WILSON de Mike Nichols (USA-2008): le syndrome du yes-man

Publié le par Dr Devo

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[Photo: "My face is a book, but it's not what it seems" par Dr Devo.]

 

 

 

Chers Focaliens,
 
Ha tiens, Mike Nichols! Capable du meilleur (et quel meilleur: CATCH 22, un des plus beaux films du monde, oh là j'en fais à peine trop comme disait l'autre malfaisant poète), capable du sympathique et bien goupillé (BILOXI BLUES) ou capable du brinquebalant (CLOSER). Allez hop, on y va, malgré Tom Hanks et Julia Roberts, élue Miss Romantico-Teenageuse 1996.
 
 
Il s'aperçut, en même temps que son acuité auditive particulièrement remarquable, pour une fois, face à cette langue étrangère, que c'était encore visuellement qu'il fut le plus surpris par l'arrivée inattendue de cette femme étrange et familière dont la tenue vestimentaire semblait sortir tout droit, mais toujours avec chic, même aujourd'hui, de l'année 1987. Il se demanda alors si les tissus en jean étaient conducteurs d'ondes sonores...
 
(extrait imposé par le Syndicat de la Critique Absurde)
 
 
Drôle de bonhomme que ce Charlie Wilson (Tom Hanks)! Depuis longtemps déjà, il est député au congrès américain. Homme assez malin et assez ordinaire, c'est aussi un célibataire endurci, grand amateur et consommateur de femmes (et très apprécié par elles, malgré ce physique hanksien!), et tout bonnement un bon vivant, aimant boire et faire la fête. Avec son air niaiseux et sa vue basse, il cache un gros malin. Il a en effet bâti sa carrière politique au congrès sur un système très simple. Contrairement à ses collègues qui n'arrêtent pas de demander au congrès et à ses diverses commissions des aides financières et des projets de réformes qui permettront de ramener de l'argent dans leur état, Wilson, lui, ne demande rien! Il ne quémande jamais d'argent ni de dérogations favorable à son électorat! Par contre, il vote "oui" à toutes les lois et n'est jamais absent du Congrès. Ses collègues députés de tout bord viennent le voir quand ils ont besoin d'un service pour faire avancer un projet devant telle commission, ou quand ils sont un peu court en voix quand ils proposent une loi. Ca n'a l'air de rien mais, du coup, Wilson a des "amis" partout dans le congrès, et surtout il a plein d'ascenseurs à se faire renvoyer, ce qui lui donne les coudées très franches quand il doit mener à bien un projet! Vu que tout le monde lui doit un service, c'est un homme important et courtisé malgré, encore une fois, sa grande discrétion professionnelle.
Parmi ses amis (et maîtresses), il y a la texane richissime Julia Roberts, femme entre deux âges, de droite traditionnelle, et lobbyiste affûtée. Cette dernière est inquiète de la guerre entre russes et afghans. Elle pense que les russes sont en train de la gagner à plat de coutures et que, de là, ils pourraient étendre leur influence dans la région de manière dramatiquement efficace. Et Roberts n'aime pas les russes! Le mur de Berlin n'est pas encore tombé, après tout, et il fait encore un peu froid! Hors, la commission du congrès qui finance les opérations de la CIA en Afghanistan, région jugée sans importance par les USA, dote ces célèbres services secrets d'un budget ridicule (quelques millions de dollars). Résultat: le soutien pro-afghan et anti-russe n'a quasiment aucune influence, et les méchants bolcheviks gagnent la guerre les doigts dans le nez!
Exaspérée, Roberts piège Hanks! Elle lui obtient, alors que Hanks n'a rien demandé, un rendez-vous avec le président pakistanais! Hanks y va, se fait remonter les bretelles par le président devant sa connaissance vague de la situation sur place et surtout accepte son invitation très calculée: visiter un camps de réfugiés afghans sur le territoire pakistanais. Hanks va voir les malheureux et revient aux USA très motivé pour renverser la vapeur.
Et c'est ce qu'il va faire: il va user de son influence pour réorganiser le soutien américain dans la région, en toute discrétion, avec la CIA, réarmer la piètre résistance afghane et bouter les russes! Et comme tout le congrès lui doit des services, les résultats sont impressionnants: le budget de la CIA pour les opérations dans la région est multiplié par 40!
 
 
Euh… Oui…. Ha ! Le cinéma engagé ! Afganhistan… Irak…. See what I mean ? See what I mean ?
 
 
Bon, ben pour ceux qui veulent du CATCH 22, ou même du BILOXI BLUES, bah…. C’est raté. Commençons par les questions qui fâchent : la mise en scène. Et là, c’est assez comique. J’ai vu le film il y a une semaine ou un peu plus et je serais bien incapable de vous en parler ! Je ne me souviens de rien. Ou presque. Et je sais pourquoi ! En fait, de mise en scène, il n’y en avait quasiment pas. Comme ça, c’est réglé. Je crois que le film est en scope, mais je n’en suis même plus sûr, c’est peut-être du 1.85 ! [vérification faite, il s'agirait du 1.85!] C’est vous dire. Donc, tu l’auras deviné, chère lectrice, le cadrage, ce n’est pas folichon ! Personnages cadrés anonymement, utilisation des décors strictement illustrative, etc… Pas grand-chose, si ce n’est des personnages en amorce dans les contrechamps lors des dialogues qui prennent énormément de place dans le champ. Un de mes amis me faisait remarqué (mais lequel ? C’est la maladie de Hans Zimmer ! Déjà !) que c’était la mode en ce moment chez les réalisateurs-artisans que de mettre des personnages en amorce qui prennent énormément de place. Une tendance à vérifier sur le long terme, mais qui confirmerai, après l’atomisation du plan et du champ/contrechamp ou le montage mutant en mode "biohazard" (juste pour le plaisir, j'adore ce mot), que le cinéma est en train de se réduire en l’expression la plus simple qui soit : l’enregistrement visuelle et sonore de performances théâtrales brutes, c'est-à-dire la forme de grammaire cinématographique la plus dévêtue, la plus archaïque : enregistrer les actions et le dialogue, sans que le langage de la mise en scène viennent perturbé la lecture. Le style neutre, ou plutôt blanc, quoi ! Fermons la parenthèse.
Montage ? Connais pas. Longs tunnels de dialogues en champ/contrechamp avec le personnage qui parle à l’écran, et c’est tout.
 
Ceci dit, ce n’est pas plus infamant que la concurrence, mais Nichols qui a déjà fait mieux, voire qui a déjà fait du magnifique (euh… CATCH 22 !), surprend quand même un peu avec ce bidule anonymissime. Comme la photo signé Machin Bidule n’est pas du tout extraordinaire, bah, on peut le dire, la mise en scène de ce film est injugeable et elle était déjà entièrement dans le scénario. C’est bien du cinéma-artisan de la petite épicerie d’en face. Les amateurs d’Art, eux, vont soupirer à raison.
 
Curieusement, bah, le film se suit ! Rires ! Bon, je sais vous vous dîtes que le Dr Devo, il a perdu la main, il vieillit, etc… En fait, oui, je vieillis, comme vous, chère lectrice, mais en même temps, je suis dans le moment de très bonne humeur [je viens notamment d’apprendre par notre ami Bernard RAPP que le concert du siècle avait lieu en France dans quelques mois, ce qui va être un des grands moments de mon existence ! Mais pour l’instant, l’info est confidentielle et top secrète ! J’y reviendrais et vous tiendrais au courant !], et donc, la patate aidant, l’indulgence et/ou l’amusement sont un peu de la partie. Ceci dit, soyons clair : si vous n’avez pas de carte Pathugmont illimitée, passez votre chemin et attendez que Tata Jeannette vous offre par erreur le dvd à Noël (vous aviez demandé l’intégrale Greenaway !!!) ou que le film passe à la télé !
En fait, là où le film m’a surpris, c’est dans le parti-pris. On la sentait grosse comme une maison la métaphore sur l’Irak et sur les Républicains, surtout en ces temps de cinéma engagé (du bon côté du manche, c’est plus sûr !) ou plutôt de cinéma Dossier de l’Ecran lobbyiste, comme nous l’avons vu encore très récemment avec l’affreux DETENTION SECRETE. Ici, non ! Rires !
Pas de parti-pris partisan, ou plutôt le parti-pris de soulever des ambiguïtés. Charlie Wilson st un personnage malin et intelligent, et qui a conquis le pouvoir et l’influence de la manière la plus dévolutionniste qui soit : en votant oui à toutes les propositions de lois. Du coup sont réseau au sénat est immense, et il passe pour un chouette gars un peu simplet auprès de ces collègues. Il n’empêche, le bonhomme a du coup des tas de cartouches de côté, ce qui va lui permettre de changer tout seul, la destinée de toute une région du globe, en pensant bien faire. Si son émoi et sa foi dans la nécessité d’intervenir en Afghanistan est sincère mais basée sur la plus stupide et la plus humaine émotion (visite d’un camps de réfugiés, enfants qui pleurent…), le bonhomme effectuera un travail précis et compliqué en totale adéquation avec une équipe de professionnels en déstabilisation militaire et géopolitique ! Le personnage de Seymour-Hoffman fait le bon contrepoids : véritable bête de connaissances, fin limier, redoutable analyste politique, c’est le tandem parfait avec Hanks-Wilson. Et c’est là l’intérêt du film. Au lieu de dire que cette guerre financée par les USA était une horreur, ou alors le contraire, une bénédiction, Nichols nous montre, avec pas mal d’humour d’ailleurs, l’immense influence des pays occidentaux dans des pays pauvres et laminés par les conflits, la puissance de précision de la géopolitique et du lobbying, et surtout la difficulté qu’engendre l’interventionnisme, c'est-à-dire la difficulté à prévoir le moyen ou le long terme. De ce point de vue, le film est plutôt rigolo, d’autant plus qu’il renvoie tout le monde dos à dos, attitude toujours honnête et adulte. Si le personnage principale est sincère (ce qui ne pardonne rien), il est assez nuancé, et démontre bien son habileté à concentrer ensemble des forces antagoniste au nom de l’intérêt supérieure de la Nation. On voit par exemple les extraordinaires tractations (assez drôles) pour amener Israël a fournir les afghans (des arabes donc, dans un période délicate en plus) en armes (!!). C’est rigolo, et effarant. On voit que toutes les combinaisons et tous les efforts sont possibles, ce qui est à la fois drôle cynique et rageant : car si ces énergies allaient dans le sens d’efforts diplomatiques ou d’aide au développement, au lieu de ces immenses plans interventionnistes, on aurait sans doute des résultats assez extraordinaires, car tous ces gens, quoiqu'on en pense par ailleurs, sont des professionnels hallucinants. Marrant, non ?
 
Anonyme au possible dans sa mise en scène, mais assez rigolo et intéressant dans le propos, bien que le scénario soit de guingois (ils manquent énormément de scènes, notamment à la toute fin du film qui peine à enfoncer le clou du cynisme ou de la dévolution à mon goût et reste bizarrement en terrain trop neutre), LA GUERRE SELON CHARLIE WILSON est un téléfilm qui se suit en sirotant une bière, en caressant le chat, et en faisant quelques blagounettes pour faire rire Madame votre Promise, en lui rappelant le gars spirituel, drôle et fin que vous êtes, en tant que focalien accompli. Elle sera ravie de partager ce petit moment de complicité avec vous, sa soirée sera toute illuminée de tendresse, et vous vous coucherez dans l’allégresse d’un bonheur simple ! C’est bien, je trouve, mais attention à condition que vous fassiez des efforts.
 
 
Je vous fais des bisous à tous ! Bonne nuit !
 
 
 
Heureusement Vôtre,
 

Dr Devo.

 

 

 

 
 
 

Publié dans Corpus Filmi

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Guigui 02/06/2008 18:08

Décidemment, les critiques sur La guerre selon Charlie Wilson ont le même son de cloche... et je suis bien de cet avis.