Partager l'article ! DELIVRANCE de John Boorman: depuis l'âge des dinosaures, les voitures roulent à l'essence: (photo: "Le Cri" par Dr Devo) Curi ...
(photo: "Le Cri" par Dr Devo)
Curieuse carrière que celle de John Boorman, alternant les réussites (L’EXORCISTE II) et les fautes de goût (ZARDOZ, EXCALIBUR). DELIVRANCE reste l’une de ses plus belles réussites. Ce prototype du survival, remarquable, n’est pourtant pas très à l’image de sa réputation de film à suspense choquant et sauvage. Boorman livre un cauchemar poisseux dont le mouvement est celui d’une vague, connaissant son apogée au milieu du métrage, entre deux périodes plus en demi-teinte. Pas de climax à la fin du métrage, pas de lutte sanguinaire pour la survie. Le film frappe plutôt, passée la séquence du viol, par sa glissée lente et implacable dans l’absurde. Après avoir été l’objet d’une agression s’achevant par le meurtre d’un des violeurs dégénérés, le groupe n’est pas poursuivi par des tueurs invisibles comme le suggèrent souvent les résumés promotionnels du film. Ce groupe de citadins en perdition est plutôt soumis à une forme de perte de contrôle, à une dégradation progressive de leurs relations, à une dégradation progressive, surtout, de leur être propre. Ils laissent derrière eux trois cadavres, celui du violeur, celui d’un des leurs (sa mort reste mystérieuse, et ils dissimulent le cadavre, inexplicablement) et celui d’un chasseur victime (par erreur) d’une vengeance sans objet. Plus que l’angoisse, DELIVRANCE délivre un sentiment de malaise, une troublante incompréhension des réactions de ses personnages, à travers une mise en scène qui vire en douceur du naturalisme à l’abstraction totale (voir les plans solarisés, assez saugrenus, lors de l’escalade de Jon Voight). On cite souvent la séquence de « Duelling Banjos », certes fascinante, mais pas aussi troublante que l’éphémère réapparition du malade mental au banjo, planté sur un pont au-dessus de la rivière, comme le passeur d’une frontière ouverte vers la déraison. Le dénouement ne cède pas aux ficelles du drame policier, abandonnant simplement le spectateur sur une scène de cauchemar simple et impressionnante (la main surgissant de l’eau), et sur une question inconfortable : la main de qui, la main de quoi ? Brillant.
LE MARQUIS.
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