JULIETTE OU LA CLÉ DES SONGES, de Marcel Carné (France-1950) : Poésie Chevaline

Publié le par Dr Devo

(Photo : "The words get stuck on my throat" par Dr Devo)



Chers Focaliens,

C'est souvent comme ça que ça se passe chez nous, à la maison, on aime bien jouer ! Nous devions regarder un film plutôt court (il y avait école le lendemain), et Madame proposa un choix multiple : LE GRAND SOMMEIL avec Bogart, l'excellent HARVARD STORY avec Sarah Michelle Gellar, et donc JULIETTE OU LA CLÉ DES SONGES de Marcel Carné. Ma tâche étant de décider du sort de notre soirée, je pris le moins attirant en quelque sorte, à savoir le Carné, dont nous étions persuadé tous les deux que c'était un film de Renoir, sans pouvoir l'expliquer (ce n'est pas glorieux, je sais). Comme par jeu et par défi donc, en route vers le cinéma de Papa dans toute sa "splendeur".
Bah, ce n’est pas pour me vanter, mais moi, le petit bonhomme Carné, même pas en mousse, je n'ai jamais pu supporter plus de dix minutes de ses ENFANTS DU PARADIS, le film franco-culte par excellence. Plusieurs tentatives, et autant d'échecs, à des âges différents de la vie : j'ai donc jeté l'éponge. Ce n’est pas bon pour l'orgueil, mais désolé, je ne peux pas. Je suis toujours ravi de voir un nanar indonésien ou des Philippines, j'ai même réussi à regarder
LE VOLEUR DE BICYCLETTE il y a peu, malgré le peu d'intérêt que je porte au film lui-même, et même, j'ai consacré deux ou trois heures de ma vie à écrire un article dessus ! Quand se ramène un cinéaste respecté que je n'aime pas, il y a un gène ludique qui s'anime dans mon ADN, et je ne renâcle pas, par jeu et peut-être par orgueil, à me vautrer là-dedans comme le petit porcinet que je suis à l'intérieur. Bernard RAPP et le Marquis ne comprennent pas que j'insiste. C'est bon, ils connaissent et disent non merci, leur temps est précieux. Ils ont amplement raison, bien sûr. Mais peut-être ma principale qualité est une bonne âme bien naïve, qui voit le monde comme une occasion perpétuelle de se racheter, etc. Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir, en quelque sorte. En fait, à la réflexion, en voyant avec une volonté de malicieuse autodestruction les films de Renoir, Carné, Grémillon ou Duvivier, il y a sans doute la même gourmandise à acheter une série Z improbable à 0,50 centimes d'euros dans un bac de vieux machins dont personne ne veut plus. Ces classiques à la naphtaline, et sans doute sur-cotés (c'est très souvent le cas, quand même), c'est de l'excitation Z en puissance, et peut-être il y a un secret espoir, très ténu bien sûr, de découvrir un film Z effectivement, avec son cortège de "choses qui ne se font pas" et d'audaces, involontaires ou non, dans la mise en scène ou la narration.

[Et puis il y a la provocation simple et réjouissante à l'avance de se dire qu'il y aura aussi un Carné analysé sur ce site ! C'est tellement chic et vulgaire à la fois ! Il y a, pour le dire autrement, sûrement aussi un certain esprit de provocation dans cette démarche. Comme dit la poète, je m'entête sans doute à me foutre de tout.]

Un sentiment d'horreur m'envahit dès le générique, tandis que défilent les noms des acteurs. Fichtre ! Maledictas ! Le rôle principal est tenu par Gérard Philippe. C'est ça quand on se ballade dans les Ténèbres, région qui peut virer au paradis comme au cauchemar de manière imprévisible.
Le Gérard Philippe ! J'ai énormément de mal avec le bonhomme, énormément. Quand je le vois, même en photo, j'imagine dans un frisson d'horreur ce qu'a pu être sa vie (dont je ne connais absolument rien), et je le vois comme un criminel dépravé en puissance. Je m'occuperai de lui un peu plus bas, bien sûr. Mais voir son nom d'entrée de jeu a été un moment de grande solitude...
Gérard Philippe est un jeune homme en prison. Enfermé avec deux autres détenus dans une pièce aussi grande que des toilettes. C’est la nuit. Couchés dans la paille, les trois hommes ne peuvent que se frôler. Le sommeil est presque impossible à trouver. Et c'est de ça qu'il parle, le Gérard, avec son codétenu de gauche (à l'écran !), lui aussi sans-sommeil. À l'époque, interdiction d'écouter Macha sur le transistor, alors c'est dur. Rêver, c'est déjà être dehors, c'est sentir le dehors dans ses veines, c'est une échappée courte et vouée à l'échec sans doute, mais c'est déjà ça. Le sommeil est donc le luxe suprême. Gérard va-t-il s'endormir en pensant à Juliette ? C'est mal parti.
Et pourtant, il s'endort malgré lui. Puis se relève plus tard, ouvre la porte de sa cellule qui s'ouvre sur... une belle après-midi provençale, sous le cagnard, au pied d'une colline où est perché un charmant petit village entouré de garrigues ! Gérard n'en croit pas ses yeux, mais n'hésite pas à rejoindre ce village mystérieux et à laisser derrière lui la porte de sa cellule.
Très vite, il se met à la recherche de Juliette (il sait qu'elle est là), et découvre l'étrange population qui peuple l'endroit. Personne ne connaît le nom du village, et encore mieux, tout le monde semble avoir plus ou moins perdu la mémoire. Les gens se croisent tous les jours pour la première fois, et sont à l'affût de la moindre histoire, du moindre souvenir d'autrui qui sera alors réapproprié et intégré à son histoire propre ! Le souvenir est ici un luxe, une énigme et un échappatoire à cette vie perdue dans les collines, où rien ne se passe et rien n'arrive, bien sûr. Un grand jeu de dupes à l'échelle collective, en quelque sorte, pour contrer la malédiction d'une existence sans passé. Quand Philippe dit aux villageois qu'il cherche Juliette, tous prétendent, par voie de conséquence, la connaître et inventent un passé à la jeune fille, passé à chaque récit différent. Juliette est effectivement dans les parages, mais comme tout le monde invente et dit à peu près n'importe quoi pour rêver à des souvenirs inexistants, le pauvre Gérard n'est pas prêt de la retrouver. Surtout qu'un étrange châtelain, plus malin que les autres, a bien l'intention de s'emparer de la jeune fille...

JULIETTE OU LA CLE DES SONGES, en plus d’être un film de Carné (non, je plaisante, bien sûr…) a le désavantage d’être tiré d’une pièce de théâtre. Ça, plus Gérard Philippe, plus la Provence-Pays-Eternel-De-La-Fariboule-Et-De-La-Poésie-Du-Mistral, ben c’est pas engageant-engageant, faut bien le dire. Le sud au cinéma me sort par les trous de nez. Il y a certains bons films, j’en suis sûr, mais pour moi, et très subjectivement bien sûr, c’est l’éternel pays de Pagnol et de Marius et de Jeannette, que je n’aime pas, mais alors pas du tout. Ah, tu vas l’avoir, ta poésie fantastique réaliste, tu vas en bouffer de cette poésie virginale des gens simples, tu vas voir, me dis-je en commençant le film. Je sentais déjà le refus du montage et le théâtre (art noble, they say) filmé de la pire espèce.
À vrai dire, oui, oui, il y a de ça, mais pas seulement. Le film démarre plutôt bien avec une jolie séquence en prison, commençant par un plan d’ensemble bien cadré, mazette, suivi de plans en cellule pas laids, et avec (un peu) de montage (très basique, quand même, mais bon…) et un nombre assez important de plans. [En fait, ça commençait plus mal que ça car, après le générique, une série de cartons ignobles viennent expliquer ce qu’on a pas encore vu et qu’on aura tout le temps de comprendre, re-comprendre et re-re-comprendre encore (trop) largement par la suite ! Une belle idée de producteur ou de distributeur ça, sans aucun doute.] Dès cette scène de cellule, dont les dialogues simplets peut-être, mais pas hypertrophiés dans la poésie malheureuse, on est frappé par la magnifique photographie. Carné en profite pour laisser dans l’arrière plan sonore une boucle d’orchestre, bah, ouais, une espèce de faux sample qui sonne comme une pulsation funèbre. Ça et la photo, ça fait son petit effet.

Deuxième chose frappante à suivre, lorsque Gérard Philippe sort de sa cellule pour arriver en pleine garrigue, il fait un pas de danse débilosse sentant bon la belle idée de scénario, mais qui est une très mauvaise idée de cinéma qui nous a fait rire quasiment aux larmes ! Un moment très splendouillet !

Et voilà, vous avez les cartes en main, ou presque. D’un côté, une vraie tentative plastique avec ses très bons moments, et de l’autre la poésie de comptoir 51 un peu redoutée. Etonnant, non ?
Ce qui est incroyablement vieillot et maladroit, c’est l’essence du film elle-même, ou plutôt la narration et ses enjeux. D’abord, on est dans un fantastique allégorique, une poésie surnaturelle, quasiment un conte, et annoncé comme tel du reste (la référence à Barbe Bleue est même carrément dite !). Au fil de ses déambulations dans le village, Gérard Philippe cherche sa Juliette, et surtout discute avec les villageois. C’est la grosse faiblesse du film que cette description des habitants du village. Chaque rencontre, et par conséquent chaque personnage, donne une très nette impression de répétition totale du précédent (et du prochain !). Les informations importantes sont donc répétées trois ou quatre fois, et c’est sûr, avec un tel processus, on comprend comme dirait l’autre, et ça insiste encore et encore, Carné préférant s’assurer que son public comprenne tout de A à Z plutôt que de prendre le risque de laisser planer une poésie plus diffuse et plus abstraite. Sur ce point précis (la répétition et la sur-explication) sont greffés les éléments les plus "poésie populaire", et les plus attendus même : l’ambiance est carrément celle du PETIT BAL PERDU de Bourvil, avec son soldat traumatisé, son petit couple de vieux amoureux, son gardeuh-champêtreuh avec des grosses moustaches tu les croirais pas, le vieux marin, le jardinier, il ne manque plus que le petit ramoneur, les schtroumpfs grognon et à lunettes, et la galerie est complète. Le mieux, bien entendu, étant le personnage-fil rouge de l’intrigue, un accordéoniste joué par Yves Robert, et qui n’arrête jamais de jouer la musique en voix-on tout en récitant des transpalettes de dialogues. Lui, c’est l’apothéose ! Ha l’accordeo-l’accordéo-l’accordéon ! Le piano à bretelles qui fait monter la poésie, tu la sens, oh oui… Un bonne vieille recette éternelle, Montmartre, et tout et tout, et qui marche encore, comme l’a prouvé notre AMELIE POULAIN nationale. Alors, tout le toutim, ça te donne des tonnes de poésie bon enfant et triste, et des répétitions à n’en plus finir.

Bon, ça fait quand même beaucoup en une seule fois, me diriez-vous, et vous auriez raison. Comme tous les plans ne sont pas beaux (même si on ne voit rien de spécialement indigent, ça frise l’anonymat ici et là), un bon nombre d’entre eux sont tout à fait construits et remarquables. Ce n’est pas l’exquise poésie et la maîtrise maniaque de Greenaway dont je vous parlais l’autre jour, faut pas déconner quand même. Mais il y a un effort, toujours remarquable, et qui, dans le contexte de ces années-là, ici en France, est vraiment notable. Malgré tout, cette poésie du café des sports pousse le bouchon tellement loin par moments que ça en devient (presque) rigolo à certains égards, à l’image du pas de danse dont je vous parlais plus haut. Ça nage quelquefois dans la splendouillerie la plus débridée et improbable, et ça provoque de grands éclats de rire tout à fait agréables. Je vais y revenir. Avant ça, voyons les qualités…

Bah oui, il y en a. La photo est signée Henri Alekan ! Décors de Trauner et, pour finir, le même directeur artistique que
LES YEUX SANS VISAGE de George Franju. Alors oui, tu m’étonnes que c’est vraiment beau par endroits ! En plus, tout ce petit monde a déjà travaillé ensemble pour LA BELLE ET LA BÊTE de Cocteau, alors oui, tu penses, ça jette pas mal. La prison est belle, mais aussi les premiers plans d’ensemble dans la forêt, la dernière séquence dans les rues de Paris, et… Le château de l’Ignoble Châtelain !
Ce personnage est assez étonnant, pour le pire et pour le meilleur ! Je m’explique. D’abord, il apporte une certaine noirceur au film, et on sent nettement que Carné fantasme peut-être sur les films gothiques, tendance anglaise. Le résultat en est assez loin, mais c’est vers là que ça lorgne. Voir débarquer quelque chose de gothique là-dedans, c’est très improbable, et curieusement, ce n’est pas ce qui marche le moins bien. On assiste même à des choses assez belles : chasse à la Juliette avec d’horribles molosses très anxiogènes (le châtelain, en plus, est traîné par ses chiens et suivi d’une espèce de carrosse noire, image absurde mais qui marche très bien), un beau plan très court lorsque qu’un chien grimpe sur Juliette, et surtout une série de plans en travelling avant (caméra subjective) ou arrière (son contrechamp) complètement saisissants. Et Carné n’est pas dupe. Même si ces travellings frontaux sont les plus beaux, il ne va pas se gêner pour en placer des trois-quarts, et dans des scènes plus anodines. Dans les scènes gothiques, il y a donc sur quelques plans un vrai souffle, que le montage a un peu de mal à faire exploser, mais qui sont au final, très efficaces. Le contrepoint que ce gothisme (si je veux) apporte à la fin du film n’est pas une mauvaise idée d’ailleurs, mais j’y reviens. Donc quand c’est gothique, c’est plutôt pas mal ou alors très drôle car…
Ben oui, le châtelain est joué par Jean-Roger Caussimon ! Et là, les enfants, attention les yeux ! Ça ne rigole plus ! Le gars, que je ne connaissais pas, a un aspect assez impressionnant, surtout dans le cinéma français. Un physique à jouer dans les films de la Hammer ou presque. Grand, aquilin, avec un corps un peu dans les mêmes proportions que celui de Christopher Lee, et la comparaison s’arrête là. Bien vu, se dit-on. Par contre, dès qu’il ouvre la bouche, on passe de l’habile au carrément dément. Ce type est une tractopelle ! Ami de la nuance, goodbye, farewell, aufwiedersehen, adieu ! Caussimon, en plus de rouler des yeux et de grimacer à qui mieux-mieux (un régal), a une voix complètement improbable de vieux parigot fifties ! Pas titi, quand même pas, mais incroyablement en décalage. On s’attendait presque à un noble accent shakespearien, et le voilà en plein accent Montmartre frelaté au centuple ! Le film devient alors une chose improbable, et je vous assure, Gérard Philippe devient alors le cadet de nos soucis. On se délecte de chaque apparition improbabilissime de Caussimon, et on l’applaudit presque quand il arrive dans le champ !

[C’est quand je l’ai vu débarquer que j’ai réalisé que nous étions dans le plus splendouillet des bluastros ! Pour la notion de bluastro,
voir cet article où tout est expliqué !]

J’en frissonne encore, mais ce n’est pas tout. Caussimon n’est pas seul. Et il faut la voir, l’actrice canadienne Suzanne Cloutier qui joue le rôle de Juliette ! Elle joue sans doute le rôle comme on lui a dit, et très consciencieusement. Une sorte de poupée de chiffon à qui l’on aurait donné la vie. Mais ça y va fort, là aussi : roulage de grands yeux extatiques et ronds comme des billes, déplacement presque en pas de danse, garde-robe Barbie Princesse Malheureuse, etc. Une femme superbe, ceci dit, mais qui pédale à fond elle aussi dans les descentes, et dont chaque pose marque une volonté de calcul anti-naturaliste, matinée du théâtre le plus codifié ! J’ai d’ailleurs pensé à Anouk Grinberg, dont il est impossible qu’elle ne connaisse pas Suzanne Cloutier. Grinberg la nuance, Cloutier le char Panzer avec ogives thermonucléaires ! La coco circulait-elle par charrettes entières sur le plateau ? Je ne sais pas, mais en tout cas, Cloutier va tellement loin, ses pupilles sont si dilatées, qu’on assiste à une espèce de show par delà le bien et le mal !
Et vous imaginez que quand Cloutier rencontre Caussimon, c’est carrément l’extase cosmique.

Je pensais m’ennuyer à mourir, et finalement, même si c’est le cas, et outre les belles choses de ce film, la présence de ces deux acteurs rend la chose absolument délicieuse. Il faut aimer la chantilly à l’exctasy, certes, mais quand même, quel spectacle !

Quant à Gérard Philippe, comment dire ? A priori, ce type, et ce rien qu’à cause de sa gueule (c’est rare, mais je l’avoue : je fais sur lui un délit de sale gueule !), je ne lui ferais confiance pour rien, ni pour gérer mon portefeuille d’actions, ni pour lui confier mes enfants, ni pour conduire un bus, rien ! Mais plus sérieusement, j’ai enfin compris pourquoi il était si culte. C’est le seul acteur français de l’époque qui aurait pu jouer aux USA, où il aurait sûrement cartonné sa race. Son jeu, que je n’aime toujours pas, est dans ce film assez moderne, malgré la situation et le texte aux senteurs de naphtaline. Il maîtrise relativement l’espace, et surtout, il maîtrise à fond le "hand acting". Voilà. Je n’ai rien d’autre à ajouter sur lui. C’est sûr, à côté de la Cloutier et du Caussimon, c’est du sobre…
Des plans sans intérêt, mais beaucoup d’autres assez beaux, voire quelques uns vraiment réussis. Une photo superbe. Deux minutes de très bonne musique, puis ensuite n’importe quoi avec de l’accordéon dedans (signé Joseph Kosma, au secours !). Un acteur diablement improbable, et une poupée sublime mais sous ecstasy (« aciiiiiiiide ! »). De la poésie rurale lourdingue, très fortement allégorique et se perdant souvent dans la naïveté d’un complet premier degré rendu encore plus fragile par une narration sur-explicative et le refus de l’abstraction sous toutes ses formes… Poésie visant à atomiser le fantastique, paradoxalement...
…mais, il y a aussi la fin, très, très noire, qui commence dans un mouvement attendu de résolution sentimentale à la Cosette, et qui finit sur l’abîme surprenante et la cloison qui se ferme. Ça, c’est très étonnant, abstrait pour le coup (mais si c’est naïf) et ça marche drôlement. Pollux et le reste du manège provençal enchanté en prennent un sacré coup. On ne s’y attend pas vraiment, et la séquence dure assez longtemps pour contrecarrer nos attentes ou nos suppositions. [La longueur de cette scène fait aussi qu'enfin, malgré l'allégorie, le film respire une fois un peu de lui-même). C’est le point le plus surprenant du film. Même sans cela, quelques beaux travellings et même certains frontaux surprenants, et une certaine recherche de gothique soft qui vient maladroitement se prendre en pleine tête le mur de la poésie pagnolesque du reste. Ça déséquilibre le film certes, mais ça lui donne aussi son aspect un peu particulier. Beaucoup d’archaïsme et un peu d’audace, bien en dessous de la BELLE ET LA BÊTE bien sûr, mais intéressants quand même pour qui a la patience de supporter le reste. En tout cas, en naviguant dans les remous de dialogues tout en splendouilleterie superfétatoire, ce film bancal peut avoir au regard des yeux les plus pervers une aura de bluastro de guingois assez bizarre. Enfin, Caussimon et Cloutier, ahurissants de… de quoi d’ailleurs ? Ahurissants de mimiques et d’effets, qui finissent eux-mêmes (les effets) par s’autodétruire pour propulser le jeu dans une autre galaxie, loin, très loin de la nôtre, aux confins des Univers Connus. Leurs performances dépassent l’entendement, et dans une certaine mesure le bon goût, et le mauvais aussi. On se permettra, en bon dandy, et même si cette JULIETTE… est moins agréable quelque peu, de ranger ce film (sur lequel a travaillé Alekan quand même ! C’est ça qui fait le dandysme de la chose...) sur l’étagère auprès du classique taïwano-philippin
AU PAYS DE LA MAGIE NOIRE.

Dr Devo.

 

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Publié dans Corpus Analogia

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Commenter cet article

Dr Devo 25/01/2006 07:45

Quelle retenue! On est bien loin de son rôle dans le film!Ben oui Pierrot ,y'a pas que des mauvais... mais y'en a peu que je supporte pour être honnête. Delannoy, t'y vas fort quand même!Et n'oublions pas Franju...Dr Devo

Tchoulkatourine 24/01/2006 22:15

Caussimon a écrit une très belle chanson interprétée par Ferré , Nuits d'Absence, assez longue avec de belles considérations sur la pratique deltaplane au dessus des Pyrénées . Enfin, voici un court extrait  de ce texte qui peut éclairer son jeu dans le film et ,why not, un peu le film à ce que vous en dites  (je ne l'ai pas vu),  voilà de tête, approximativement   :Il est des nuits où je m'absentediscrètement, secrétementMon image seule est présenteElle a mon front, mes vêtementsVois ce sosie dans cette glaçeC'est mon double de cinéma A ce reflet qui me remplace Tu jurerais que je suis là

Pierrot 24/01/2006 19:02

Hé! hé! je comprends parfaitement les raisons qui peuvent te pousser à regarder un Carné : je crois être atteind des mêmes symptômes puisque j'ai poussé le vice jusqu'à faire une note sur Jean Delannoy (c'est grave, docteur?)
Ceci dit, je n'ai pas vu "Juliette" et  je n'aime pas non plus beaucoup Carné (a tout prendre, le très surestimé "les enfants du Paradis" est peut-être son moins mauvais!) . Néanmoins, je ferais des distinctions dans ce que tu regroupes sous la bannière "cinéma de papa".
J'aime beaucoup Renoir et certains Grémillon sont à redécouvrir. Impossible de mettre ces deux là au même niveau qu'un René Clair ou qu'un Autant-Lara (berk! berk!)
Ce qui est par contre assez youpitant à redécouvrir, c'est les nanars comiques (de Jean Boyer, Léo Joannon) ou mélodramatiques(l'hallucinant Jean Gourguet) de notre bonne France pré-nouvelle-vague. C'est assez rigolboche et je rêve de découvrir les séries Z d'Emile Couzinet (les titres laissent songeur : "Quand te-tue tu?" "Le congrès des belles-mères"...)
NB: je viens de notuler "le voleur de bicyclette" et l'on peut y sentir encore l'écho des débats qui ont fait rage ici même :)