(Photo : "Peine" par Dr Devo)



Chers Focaliens,
 
Que c'est bon de se retrouver chez soi et de revenir aux affaires ! Et de retourner en salles aussi, bien sûr. Et qui on retrouve ? Spielberg, dites donc ! À peine quelques mois après le très réussi LA GUERRE DES MONDES (dont nous avions parlé et qui déclencha une vague de commentaires assez passionnés). C'est la nouvelle tactique du père Spielberg : travailler vite. Entre l'écriture et la sortie en salles de LA GUERRE DES MONDES, il ne s'est même pas écoulé un an, bien que le film soit bourré d'effets spéciaux (pas simples en plus) jusqu'à la gueule. Et loin d'être bâclé, ce film fut même une des bonnes surprises de l'année.
 
Mon article sur l'adaptation spielbergienne de H.G Wells commençait par mon point de vue sur le cinéaste. Pour ceux que ça intéresse, je vous invite à relire le début de l'article donc. Et pour ceux qui ont la flemme, résumons : Spielberg, tant qu'il s'attache au genre, c'est mieux. Et à partir de INDIANA JONES ET LA DERNIERE CROISADE, c'est un peu n'importe quoi, et souvent franchement navrant. MINORITY REPORT, même s'il n'était pas vraiment à mes yeux quelque chose de très abouti, et même si en tant qu'adaptation de Philip K. Dick, c'était complètement raté (une fois de plus, les adaptations de Dick, même si elles donnent de temps en temps des bons films, restent en général, et même dans ce cas, des adaptations médiocres ou cruches), MINORITY REPORT, disais-je, était quand même un peu plus tenu, et annonçait un retour aux affaires relativement sérieux du bonhomme. Pas de quoi pavoiser, mais assez pour sortir de la spirale assez nullosse de films affligeants du réalisateur. AMISTAD, ALWAYS, LA LISTE DE SCHINDLER et tous les autres après LA DERNIERE CROISADE constituent quand même une galerie des horreurs assez remarquable. [Lorsque j'ai fait cet article, je me suis aperçu que j'étais lu par les participants à un forum de cinéma. Un des gars disait en substance :" Oui, oui, cet article sur la GUERRE DES MONDES est intéressant, même si en début d'article le gars [c'est-à-dire moi !] est d'une incroyable mauvaise foi sur Spielberg !" Ben non, les gars ! Ce n'est que ce que je pense du mec. Pour moi, après LA DERNIERE CROISADE, Spielberg, ça ne vaut pas un pet de lapin ! Mais je me suis aperçu par cette remarque sur un forum que certaines opinions étaient tout simplement inconcevables, et automatiquement interprétées comme une sorte de Lobbying du Mauvais Esprit qui se refuserait à admettre que Spielberg est un type génial, alors que ça crève les yeux ! Mouais ! Je conseille à ces gens de revoir des grands classiques de l'histoire du cinéma, ceux que l'Histoire a définitivement classés comme chefs-d'œuvre. AUTANT EN EMPORTE LE VENT par exemple. Vous allez être très déçus ! Avec un peu de recul, on s'aperçoit que l'aura "classique" du chef-d'œuvre absolu se confond presque toujours avec une puissance de feu commerciale énorme ! L'Histoire, là aussi, même s'il y a quelques exceptions, ne prête qu'aux riches !]
 
Donc, voilà MUNICH, et son sujet intéressant, bien sûr, et encore plus parce qu'il est précédé, comme je n'ai pas pu le voir dans ses premiers jours d'exploitation, du cortège de gens mécontents, surtout dans la presse professionnelle, avançant les arguments les plus contradictoires ! Bien, bien, c'est toujours bon signe, ces polémiques qui renvoient tout le monde dos à dos lorsqu'on traite de sujets si sensibles, chose que j'avais récemment remarquée à propos du MANDERLAY de Lars Von Trier.
 
Les années 70. Eric Bana est un israélien agent du Mossad, et ex-garde du corps de Golda Meir, premier ministre d'Israël. Il vit tranquillement avec sa (superbe) femme, et se voit convoqué dans les bureau de Meir, pour qui il a semble-t-il une admiration sans bornes. Tout l'état major israélien est présent, au grand étonnement d'Eric Bana ! Ils lui proposent une mission déroutante. Il devra former une équipe de cinq hommes qui seront chargés de parcourir le monde à la recherche des terroristes arabes qui ont pris en otage des athlètes israéliens lors des récents JO de Munich. La prise d'otage a très mal tourné, tous les otages ayant péri au terme d'un parcours des plus sanglants. Golda Meir, qui a pourtant la tête froide et qui est extrêmement lucide par rapport à sa décision de former une espèce de commando vendetta, donne à Bana carte blanche pour arriver à traquer et éliminer les preneurs d'otages survivants, qui se cachent un peu partout dans le monde. La mission prendra sans doute plusieurs mois, voire plusieurs années. Et même si sa femme attend son premier bébé, Bana accepte la difficile mission et cet exil forcé. C'est le début d'un parcours sanglant et dangereux, au cour duquel lui et son équipe hétéroclite (tout âges, toutes fonctions) vont devoir affronter la peur, la solitude, le sang, et plus encore la logique de leurs propres actes.
 
En menant son enquête, l'équipe secrète rencontre un étrange français, Matthieu Almaric, et son père Michael Lonsdale, qui, contre monnaie sonnante et trébuchante (et surtout livrée en quantité indécente), se targuent de pouvoir retrouver n'importe qui, n'importe où dans le monde ! Le Mossad a donné carte blanche à Bana, et l'opération peut se dérouler sans limite de temps ni d'argent. Mais il y a encore plus à perdre dans cette épopée...
 
Sujet assez passionnant de toute façon que le conflit israélo-palestinien et ses conséquences. Spielberg choisit une étrange option : ne pas faire un film directement politique, ne pas faire un film à thèse (ce que sont souvent les films qui parlent de ces questions), mais aborder la chose sur le mode du thriller. MUNICH est donc, sans conteste, un thriller. Pas un film historique (pas mal d'événements étant largement tronqués ou "adaptés", ce qui n'est, contrairement à ce qu'ont dit certains journalistes, absolument pas scandaleux, vu qu'on n’est encore une fois pas dans une analyse politique, mais dans un thriller). Il mettra en jeu, bien sûr, un véritable questionnement, assez primaire (ce n'est pas forcément un défaut), sur l'identité juive. Spielberg fait aussi un film personnel, dans ce sens. Mais gardons cela à l'esprit, le film a une forme de thriller. Mité par le questionnement personnel, mais thriller quand même. Option délicate, mais forte, qui place le film, évidemment, dans le genre des "films de guingois", et vous savez que j'aime ça !

Le film a une structure assez étrange. Un rappel en images (reconstituées pour beaucoup) de la prise d'otage dont on ne verra que certains morceaux. Ensuite, quand Bana et ses amis commencent leur quête sanglante, on aura droit à d'autres flash-back sur les événements de Munich, flash-back sanglants reconstituant petit à petit la chronologie de ce qui s'est alors passé. Procédé classique certes, que Spielberg va utiliser non seulement de manière très maligne, mais dont il va se servir pour tout à fait autre chose. J’en reparle plus bas.
 
Le premier point étonnant est que l'ami Steven met tout de suite les pieds dans le plat. Pendant le premier repas que prennent ensemble les membres du commando israélien, à travers le personnage de Daniel Craig (mauvais dans le mauvais LAYER CAKE, polar anglais frimeur, excellent en malade mental voyant des complots partout dans THE JACKET, et ici encore très bon), est tout de suite posée la question de l'implication morale. Une telle action de vendetta, de loi du talion quasiment, est-elle justifiée ? Spielberg et ses personnages ne se font guère d'illusions et ne laissent aucun suspense planer. Golda Meir le dit elle-même (dans le film !), tout cela va contre ses principes et d'une, et n'a qu'une portée symbolique et de deux, mais peut-on rester les bras croisés quand l'ignoble s'est déchaîné ? La question, naïve peut-être, est posée frontalement donc, tellement frontalement qu'on sait très bien que la réponse sera non dès la première bobine, mais... Ben oui, il y a un mais ! Spielberg envoie balader (un peu) la question philosophique et même politique (on parle peu de politique ici finalement), notamment dans une des premières scènes (avec l'allemande qui fume des pétards). L'enjeu est humain, incarné. Spielberg décide de faire le parcours à l'échelle humaine, à l'aune des sentiments, à l'aune de l'incarné, et à l'aune sans doute, mais sans le dire, du métaphysique et du religieux. Mais attention, sans le dire, et j'insiste. On ne parle quasiment pas de Dieu dans le film, personnage habilement mis de côté. Bana est un type simple, intelligent, qui a une confiance totale en son gouvernement et en son pays. Tous les membres de son équipe sont d'une dévotion complète à Israël. La question de leur motivation ne se pose pas. Mais celle de l'ébranlement que va leur apporter cette expérience, par contre, se pose. Spielberg a donc choisi pour héros les plus dévoués des israéliens. Il n'y aura pas ici de "panel représentatif" de la communauté israélienne, et c'est tant mieux. Un bon point de vue est toujours plus intéressant qu'une étude de marché !
 
Question frontale donc : est-ce que je ne suis pas en train de faire une connerie ? Réponse rapide dès les premières minutes : oui, oui, c'est très possible, mais que faire sinon ? Conséquence : on est dans les meilleures conditions pour disséquer de manière viscérale la terrible question de la violence... Ceci posé, si on faisait un aparté ?

Oui alors ! Parlons de mise en scène. Pendant une heure ou une heure et demie, le film est d'une très grande tenue et d'une belle efficacité. Thriller bizarre mais prenant, enjeux humains considérables, montage très tenu. L'introduction est très efficace. Bravo. Je ne suis pas du tout fana de la photo, mais c'est du stylisé, il faut bien le reconnaître. MUNICH est absolument haletant. Bravo, me dis-je. Malheureusement, ça se gâte par la suite, et même assez franchement. Le temps se déroule et n'en finit plus de se dérouler, et Spielberg accouche bientôt d'un splendouillet et énorme ventre mou, sans rythme, avec succession de séquences dans lesquelles on peut trouver un intérêt (à l'intérieur même d'une séquence), mais dont l'articulation générale est bien brumeuse. Le film s'enlise. Ceci dit, c'est le sujet. C'est ici qu'est le plus fort paradoxe.
 
La première partie du film, la plus réussie donc, met l'accent sur le groupe lui-même, ses interrogations et ses peurs. Quand le film s'élargit à d'autres personnages (Almaric, Lonsdale encore une fois formidable, et les personnages côté arabes au Liban), ça s'enlise. Mais dans la première partie, on a bien senti que Spielberg était en train de faire un truc bizarre. La quête des héros est une quête d'action, or on s'aperçoit que cette histoire est une histoire de longueur, une histoire de paroles, et que l'action, en fait, ne dure quasiment pas. On est dans une sorte de procédé tarantinien (PULP FICTION) : le film ne cherche qu'à s'arrêter, presque jusqu'à l'absurde. Les actions sont vite entravées. C’est très bizarre (et c'est sans doute un des aspects les plus brillants du film). Eric Bana a besoin de bouger, a besoin d'action, alors même que cette opération, comme le lui rappelle un de ses collègues, ne requiert rien de plus qu'être immobile. Paradoxe donc. Très touchant d'ailleurs, le film incarnant même de façon palpable toutes les questions qu'ils se posent : action / inaction, voilà l'enjeu de MUNICH.
 
Il découle de ce paradoxe deux choses. D'une part, le film est extrêmement anxiogène et réflexif. Et d'autre part, il fonctionne en slowburn, et encore une fois s'incarne bien plus que de simples idées, débouchant au final vers un étrange crescendo dont on s'apercevra de la présence bien après que le processus soit enclenché : le film et l'opération deviennent de plus en plus absurdes, d'abord consternants face au hasard (la scène ratée de Londres est délicieuse : ces anglais bourrés qui font foirer l'attentat sont, dans la logique du film, très improbables – ce sont sûrement des agents de la CIA) mais dans la logique du thriller, ça fonctionne et c'est même cohérent ! Bien vu !), puis non-sensique ! Les opérations menées deviennent de plus en plus grotesques, mais aussi de plus en plus sinistres. La gradation est sensible, et en fin de processus, on arrive à un meurtre qui non seulement n'était pas prévu, mais qui en plus se déroule presque dans une ambiance "tontons flingueurs" (bicyclettes hollandaises et pompe à vélo, je vous laisse découvrir ça). Oui, ça devient grotesque, et au fur et à mesure, tout le monde se perd, et même en étant les plus convaincus (Bana est l'Israélien le plus dévoué à son pays !), on perd complètement de vue l'objectif principal. C’est-à-dire qu'on fait tout ça parce qu'on DOIT le faire (presque comme dans un geste technique), mais on ne sait plus pourquoi. Et Spielberg, dans sa dernière séquence, dit encore mieux, et c'est une chose encore plus douloureuse : non seulement on fait les chose en oubliant les causes et conséquences, mais au final, quand la chose est terminée, on est incapable de lire convenablement la cause de tous ces événements.
 
Je m'explique. C’est dans la dernière séquence que Spielberg fait le truc le plus gonflé du film. Il introduit le dernier flash-back sur la prise d'otages de Munich par une scène de sexe ! Déjà, c'est gonflé ! Bana fait l'amour à sa femme, et provoque le flash-back en montage alterné cette fois. Tout est présent, dans tous les sens du terme. La mise en scène à ce moment est terriblement grossière, vulgaire (c'est une option très belle d'ailleurs). Spielberg en arrive à cette conclusion impossible, au moment même où le flash-back va nous apprendre ce qui s'est passé pour les otages israéliens ce jour-là à Munich : éjaculer = tirer à la kalachnikov. C’est une réflexion d'idiot, au sens dostoïevskien du terme, bien sûr. C'est d’une malpolitesse totale surtout ! Spielberg fait un gros doigt à tout le monde. Il montre Bana qui jouit (avec gouttes de transpiration volant au ralenti !) en même temps que l’on voit les otages mourir avec sang qui gicle au ralenti ! Fallait oser ! C'est assez sublime ! Spielberg fait une chose qu'il ne fait quasiment jamais : il mise tout son film (près de trois heures, quand même, et avec un sujet très grave) sur une association d'idées gratuite, vulgaire et complètement déplacée. De plus, il mise tout sur quelque chose de BAROQUE, de possiblement ridicule, d'idiot encore une fois. Il fait banco de tout. Il sait que sur cette idée, il va perdre 80% de son public. Ça, c'est nouveau.
 
Mais plus encore, il détruit même l'essence de son film, ce qui est encore plus beau. Le flash-back final sur le moment le plus important de la prise d'otages n'a plus aucun sens, il n'a fait que se perdre et il est devenu illisible, même aux yeux du plus israélien des israéliens (ou du plus attentif des spectateurs). Bana, le sang sur les mains, ne peut plus rien lire du tout, ne peut plus penser, ne peut plus justifier rien, même sa vie. C'est l'horreur du vide, la vie réduite à sa plus simple expression : du sang qui se mélange au sperme (ou au lait maternel, comme dans le premier assassinat, le film étant violemment anti-matriarcal). Ce dernier flash-back devait justifier le film, mais il n'a du coup plus aucun sens, tout le film s'écroule. Et ce dans une séquence de grande / petite mort absolument injustifiable, qui est peut-être pour cette même raison, et parce que Spielberg a pris le risque du Ridicule (pour la première fois ?), là où même tout devait se justifier, qu'on découvre le Chaos et le Vide de la manière la plus métaphysique qui soit. Le trou de la Mort. Mort de la raison et sans doute de l'Homme. Pour la première fois, Spielberg ose cette fragilité.
[La chose est d'autant plus belle et ridicule que, pendant toute la deuxième partie, Spielberg montre bien que les arabes, les juifs et les marchands de meurtres (Lonsdale) ont tous les mêmes motivations, la Famille, et sont complètement interchangeables ! Bana est l'exact double d’Ali, l'arabe rencontré au Liban. Et les deux sont aussi traqueurs que traqués. C'est la dévolution complète !]
 
Enfin, dernière belle chose, la dernière conversation avec Geoffrey Rush (impeccable, comme d'hab’). J'ai entendu une fois un rabbin dire à la télé que le génie d'Israël avait été de ne pas construire un peuple et une communauté sur un pays, mais d'abord sur un livre, le Livre. [Ne croyez pas bien sûr que cette parole remette en cause à mes yeux l'existence du pays Israël, bien au contraire.] La conversation finale avec Rush dévoile en quelque sorte Dieu par son absence, ou plutôt par son refus. In fine et élégamment, Spielberg remet le Livre au centre de l'identité juive, en même temps que la responsabilité de l'homme (Rush incarne dans cette scène l’un des rares moments de responsabilité humaine consciente, et son refus fait froid dans le dos). C'est intéressant.
 
Malheureusement, cette deuxième partie, même si elle contient des choses passionnantes, est beaucoup moins tenue que la première, et malgré toutes les bonnes idées présentes, le rythme du film s'effondre aussi facilement que la première partie était brillante. On a vraiment envie d'aimer ce film et son étrange parti pris (notamment de faire un film qui est assez dur avec sa communauté), mais c'est le montage qui pèche. Le film parait globalement balourd dans son deuxième acte. Tout est là, paradoxalement, mais il y a aussi le reste. On a largement l'impression que beaucoup de choses se répètent, et que les ciseaux n'ont pas été assez utilisés ! Il y a une bonne heure de trop, ou au moins un bon quarante minutes. C’est dommage. Que le film montre l’enlisement, c'est une chose, et qu'on le fasse vivre à son spectateur, je ne suis pas contre (si, si!). Mais ici, le montage est trop roboratif, noie le propos non pas dans la lenteur, mais dans la confusion et la répétition. Et l’on finit fatalement par se détacher, et par s'éloigner sans s'en apercevoir, d'un film dont la première heure au contraire semblait pesée et soupesée avec plus de tact. MUNICH reste, théoriquement, un excellent film, mais dans l'état actuel des choses, son montage indigeste contredit fort bien le propos assez subtil du contenu. C’est vraiment dommage.
 
C'est donc l'ultime paradoxe de ce film, qui réussit assez largement le plus subtil, et se plante sur le plus évident : le montage global de la deuxième partie. C’est vraiment dommage au vu du sujet, largement casse-gueule et plutôt maîtrisé par ailleurs. Spielberg aurait dû s'en tenir aux qualités de la première partie justement : montrer sèchement l'absurdité du processus, la sincérité de ses personnages et leur ultime solitude.
 
Avis aux fans de Spielberg : quand le film sortira en DVD, essayez, pour l’exercice, de remonter le film en lui faisant durer une heure de moins ! Héhé, ça serait marrant !
 
Dr Devo.
 
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Lundi 30 janvier 2006 1 30 /01 /Jan /2006 12:35

Publié dans : Corpus Filmi
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