TEAM AMERICA, POLICE DU MONDE, de Trey Parker (USA - 2004) : Fixez la Vache!

Publié le par Dr Devo

(Photo: "Jocaste au Supermarché", par Dr Devo)

Chers Concitoyens,
Rappelons-nous, il y a quelques mois, la campagne électorale américaine. Si on peut en retenir quelque chose, c'est qu'elle n'a pas brillé par elle-même, et d'une, et que les commentaires qui l'ont alimentée furent encore plus stupides que les deux candidats ne l'étaient. Entre ceux qui avaient annoncé l'Apocalypse en cas de réélection de Bush, et ceux qui proclamaient que Bush allait sauver l'humanité, on a été bien servi! En Europe, et particulièrement en France, une féroce campagne d'opinion, nuancée comme un tractopelle dans un magasin de porcelaines,  a eu lieu, et les américains se sont fait faire la morale par un continent entier! Un peu plus, et on leur reprochait d'avoir élu un président de manière complètement démocratique! C'est quand même un comble, mais passons. Ce qu'il faut retenir de cette campagne, c'est, à mon avis, le commentaire d'analystes et d'économistes américains qui ont passé au crible les pubs télévisées des deux partis, ainsi que les chiffres annoncés pendant les débats et les déclarations des deux candidats. 60% des arguments et chiffres avancés étaient complètement faux! Et dans les deux camps! Etonnant, non?
 
Maintenant que le calme est revenu, que les américains sont de nouveau nos potes et que Bush n'a pas fait exploser l'Europe, il est assez jouissif d'aller voir TEAM AMERICA, POLICE DU MONDE de Trey Parker, film que le bonhomme (Parker, pas Bush!) a écrit avec son pote Matt Stone. Tout le monde connaît les deux lurons pour la série SOUTH PARK. Ainsi, je me permettrai de vous rappeler qu'on peut jeter un œil à leur précédents films, surtout CANNIBAL, THE MUSICAL  (comédie musicale et western sur le cannibalisme, avec un des moments les plus drôles du cinéma : le passage avec les indiens!) et CAPTAIN ORGAZMO (un Mormon devient acteur de film X, très sympa). Les deux complices sont plutôt sympathiques, et on est bien content que, dans mon cinéma Pathugmont, ils passent TEAM AMERICA en V.O, ce qui nous sauve (provisoirement, les amis, provisoirement) d'aller voir ELEKTRA ou BOUDU! Rien que pour ça, je donne la moyenne!
[Rendez-vous compte de la sublime semaine de cinéma qui se prépare dans ma ville : LA VIE AQUATIQUE, PALINDROMES, LE LIVRE DE JEREMIE de Asia Argento, et ELEMENT OF CRIME de Lars von Tier dont je suis grand fan et que pourtant je n'ai pas vu! Yummy yummy! Il peut se passer deux semaines où je suis obligé d'aller voir tous les petits étrons, genre IZNOGOUD et CAMERA CAFE, à la douzaine, et là tout déboule en même temps!]
TEAM AMERICA, c'est une sorte d'équipe de super-agents super-secrets américains, quasiment des super-héros, qu'on appelle quand la paix dans le monde est menacée. Suréquipée et surdouée, cette équipe part dans le monde dès qu'il y a une urgence quelque part, armée de ses super-gadgets hyper-technologiques. Ça commence à Paris. Paris, ses peintres, ses marchands de croissants, sa tour Eiffel, etc... Tandis que les parisiens vaquent à leurs occupations, quatre arabes suspects (djellabas, turban, barbes, yeux méchants comme l'enfer, et une petite valise avec une petite LED rouge qui clignote!) se baladent sur le Trocadéro. Ni une ni deux, la Team America débarque et tente d'arrêter les terroristes qui, du coup, sortent leurs mitraillettes et tirent dans le tas. A l'issue de la bataille, la Team America neutralise les terroristes. Le monde a évité le pire, la démocratie est sauvée. Et la moitié de Paris est détruite! Malheureusement, un des membres de la Team se fait descendre par un des arabes qu'on croyait mort (le félon), alors qu'il venait de faire sa demande en mariage à une de ses collègues (pendant tout le film, les intrigues sentimentales se juxtaposent à l'action elle-même!). Suite à ce décès, la Team America doit recruter un nouvel agent. Ce sera Gary, génial acteur de Broadway (très belle scène sur une comédie musicale sur le sida complètement débilosse), qui est engagé.  Comme il parle les langues orientales, sa première mission consistera à infiltrer un groupe terroriste au Caire, et de localiser des bombes. La mission se passe bien, ok, mais c'était peut-être un piège. Quelque chose de plus terrible se prépare, quelque chose d'abominable fomenté par l'infâme Kim Jong-Il, le dictateur nord-coréen...
Pour faire ce film, Trey Parker et Matt Stone ont utilisé une technique d'animation peut commune : les marionnettes. Mais attention, pas les marionnettes magnifiques et classiques du film récent LE FIL DE LA VIE, mais plutôt dans le style Thunderbirds, la célèbre série américaine dont TEAM AMERICA est aussi une parodie (pour ceux qui ne connaissent pas et qui sont nés vers le milieu des années 70, disons que ça se rapproche beaucoup également de la série japonaise BOMBER X). Et le moins que l'on puisse dire, c'est que les deux joyeux lurons n'y vont pas de main morte. À part deux plans (le générique, et l'animation de l'ordinateur I.N.T.E.L.L.I.G.E.N.C.E, cerveau du groupe, capable de capter toutes les conversations secrètes des terroristes et qui, en fait, obtient surtout ses informations en regardant CNN, ça m'a fait beaucoup rire!), pas d'images de synthèse et que de l'animation en direct. Bon point. Toutes les folies sont permises. 
Le deuxième axe du film, c'est la parodie, et on peut même dire l'attaque des films américains produit par  Jerry Bruckheimer : TOP GUN, PEARL HARBOUR, ARMAGEDDON, LE FLIC DE BEVERLY HILLS, LE JOUR D'APRES, INDEPENDANCE DAY, etc... Et là, c'est un vrai règlement de compte qui s'opère. Les deux créateurs de SOUTH PARK ne cachent pas avoir utilisé leur popularité à travers ce film pour en finir une fois pour toute avec cette filmographie (mission impossible, à mon avis, mais intention louable...). TEAM AMERICA repose donc sur les conventions de ce genre de films : mort du héros avec la petite amie qui hurle "Nooooooooooooooooon" vers le ciel, intrigues sentimentales à deux balles et en plein champ de bataille, cascades débiles, et les fameux breaks musicaux (ces moments où le film s'arrête, et où on entend une chanson, maladie pas seulement européenne d'ailleurs, et qui ici est illustrée par une chanson qui s'appelle MONTAGE, très drôle, et qui dénonce en direct ce que le film est train de faire!), sens de l'honneur quasi-facho (ici mêlé à une scène de fellation homosexuelle!), et évidemment scène de sexe à trois balles. Tout est dénoncé avec véhémence et un humour qui fait mouche. On rit beaucoup.
Le deuxième axe est évidemment politique, et c'est là que le film se montre le plus incisif et le plus courageux. On s'aperçoit assez vite que le dictateur Kim Jong-Il (dont je regrette que le film n'ait pas exploité le fait authentique que le dictateur coréen est un des plus grands cinéphiles du monde, avec une collection de 40 000 cassettes VHS et DVD!) est un sacré manipulateur. Il veut faire une attaque terroriste à l'échelle mondiale et pour se faire, invite tous les chefs d’états à venir suivre son spectacle-conférence que la Paix Mondiale. Cette conférence, bien sûr, est soutenue par la Guilde des Acteurs Américains, c'est à dire par tous ceux qui ont fait la campagne anti-bush : George Clooney, Alec Baldwin, Michael Moore (qui se fait exploser dans un attentat kamikaze!), Matt Damon (ami de Parker et Stone et qui est ici décrit comme un débile mental, car les deux réalisateurs se sont aperçus que la marionnette était ratée, ce qui lui donnait un air de retardé!), Martin Sheen, Helen Hunt, Samuel Jackson, Tim Robbins, Sean Penn, Susan Sarandon... J'en oublie sûrement. Mais que ce soit des acteurs politiquement mobilisés depuis de longues années (et donc sincères) ou des anti-bush de la dernière heure carriériste, Parker les met tous dans le même sac!  Tout ça, c'est pareil. Le film les décrit comme stupides (un d'entre eux avoue qu'ils répètent ce qu'ils ont simplement lu dans les journaux US comme si c’était leurs propres idées!), manipulateurs, et surtout comme grands alliés de Kim Jong-Il!!!! Et ça, il fallait oser! Un peu comme si, en France, on osait critiquer les Enfoirés et qu'on disait que, comme par hasard, c'est toujours la même vingtaine d'artistes qui est mise en avant, et comme par hasard, ce sont toujours ceux qui vendent le plus. Vous imaginez, vous, quelqu'un en France qui, dans un film, oserait dire qu'ils font ça pour le fric ? Ce serait un beau scandale.
Et c'est là que le film est le plus fort. Il a déclenché aux USA une volée de bois vert énorme, fâchant à la fois les pro-bush et les autres! Les républicains ont crié au scandale et à la caricature. Et les milieux hollywoodiens démocrates et contestataires pendant la campagne, eux aussi, ont été furieux! Sean Penn, notamment, qui a traité publiquement Parker et Stone de connards! Ce qui prouve l'humour et la capacité d'analyse du garçon. Car Parker et Stone ont bien compris que ce qui était critiquable dans leur pays, c'était, non pas un camp ou l'autre, mais la superficialité des engagements et des analyses, de toute part. Et voilà ce qui est proprement scandaleux. Et dire que Hollywood alimente ce style de pensée avec des films comme TOP GUN, qu'elle ramollit les cerveaux et les rend prêts au fascisme ou à l'autoritarisme le plus destructeur, en un mot dire que Hollywood permet l'exploitation médiatique du terrorisme et par les USA et par les terroristes, voilà qui, dans le cadre métaphorique d'une fiction, est loin d'être bête, en tout cas beaucoup moins bête que la mobilisation débilisante et simplette du tout Hollywood. Et c'est sans doute là qu'on peut jauger la pertinence du film : les opposants des deux camps se retrouvent sur le même terrain, Parker et Stone les ont renvoyés dos à dos. Gage de réussite, à mon avis. [À ce niveau, la scène de café-concert empruntée à STAR WARS est très drôle, et met en pratique l'équation fantasmée des films hollywoodiens : EXTRA-TERRESTRES = ARABES = TERRORISTES.]
Côté animation, le parti pris est plutôt sympa. Il s'agit, certes, de reprendre le concept de Thunderbirds, mais d'une manière un peu pourrie, un peu "mal fichue", ce qui donne des choses très drôles (par exemple, cette héroïne qui ne peut caresser la joue de son amoureux parce que le fil est trop court!), et qui caricature de manière assez fine l'horrible laideur esthétique des films hollywoodiens genre INDEPENDANCE DAY. On doit d'ailleurs ces marionnettes aux très doués frères Chiodo (réalisateurs bannis de Hollywood, et dont on peut recommander le très drôle KILLER KLOWNS).
Même si le scénario s'arrête un peu en cours de chemin (on aurait aimé qu'ils poussent l'analyse encore plus loin), on passe donc un bon moment, qu'on voie le film sous l'angle hollywoodien ou politique. On sent néanmoins que Parker et Stone en ont énormément sous le pieds, et on a hâte de les voir enclencher la vitesse supérieure.
Drôlement Vôtre,
Dr Devo.
 
PS: comment passer sous silence l'article de TELERAMA consacré au film, qui est décrit comme haineux, antipathique et idéologiquement douteux. Le magazine, parmi les plus lus en France, aurait préféré qu'à la place des acteurs "de gauche", ce soit les Mel Gibson, les Bruce Willis, et les Schwarzenneger qui soient passés au vitriol. Décidément, l'atrophie du cerveau est une maladie mondiale. Chez nous aussi, on a nos idiots. Ils n'ont rien compris, une fois de plus, et surtout n'ont pas "vu" le film qui est aussi une attaque du Hollywood de Chuck Norris ou Schwarzenneger. Pauvres eux! C'est lamentable. (Et complètement réactionnaire, bien sûr!).
 
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Publié dans Corpus Filmi

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Guile21 16/01/2007 01:27

N'étant pas un gand fan d'humour scatologique, je me suis surpris à rire aux larmes dans la scène du vomi (ceux qui ont vu s'en rappellent certainement encore). Où comment utiliser le Deus Ex Machina en élément comique par exellence. La marionette est prises de crises de vomissement atroces qui sont iomagées à l'extrême par une technique qui consiste à mettre la pression au maximum, faire prendre des convulsions inhumaines et nous donner l'impression que la marionette bugge mechament.

Et que dire de cette scène ô combien casse gueule, mais terriblement intelligente visuellement : la scène de fellation. Toute l'action se passe hors champ, en dessous de la ceinture, mais la marionette agenouillée garde ses fils dans le champ. Comment ne pas être ému quand l'on voit les fils bouger, tressaillir, ce qui image de manière subtile et terriblement drôle les bassesses auxquelles est reduit notre héros.

Et mon coup de coeur pour "I'm so ronery" interprété par Kim Jong-Il. Presque aussi fendart que "There's a light" dans le Rocky Horror Picture Show.

*s]T[k* 09/08/2006 14:55

Tu as oublié un petit truc. La guilde des acteurs americains en anglais les initiales font F.A.G. qui veut dire *Tapette*.

mathiouz 04/11/2005 12:21

Salut, moi je voulai dire que ce film est monstrueuseument énormissime, tous le monde était plié en 5 dans la salle de ciné. Il est aussi planant que South Park dont je suis EXTREMEMENT FAN.
Ca m'a étonné que tu dise que télérama ait di cela, je pense comme toi qu'il n'ont pas vu le film car il comprènnent abituellement l'humour sous toutes ces formes.
Mais ce que les gens doivent comprendre c'est que d'attaquer des acteurs de gauches(surtout américains) c'est de la boufonnerie mais si c'est fait par MATT et TREY alors on est pas des lobotomisés qui réflechissent pas et on comprend qu'ils font de l'auto dérision.
Car si on est pas un gro crétin on se doute bien que MAT et TREY ne vont pas aller contre ce qu'il pensse.
Mais bien sûr pour comprendre le délir il faut connaître ce qu'ils ont fait avant, ce qui est le cas de télerama vu qu'ils mettent un T noir pour chaque épisode.

Dr Devo 13/03/2005 11:04

Haaaaa! Va savoir, Milena!
Tu pourrais dire à ta copine de veinr faire un tour ici. elle sera la bienvenue.
Dr Devo

Miléna 13/03/2005 10:35

Dis donc faut que j'écoute + souvent ma pote qui adore Parker et Stone, moi. Elle m'a parlé de ce film, qu'elle a vu, comme Capitaine Orgazmo, comme elle m'a parlé de la critique de Télérama. Aahh j'ai compris Dr Devo, tu t'es déguisé en femme !!! ahahaha!