BIENVENUE CHEZ LES CH'TIS de Dany Boon (France-2008) et JOHN RAMBO de Sylvester Stallone (USA-2008): le syndrome d'Alignement des Planètes...

Publié le par Mr Mort

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[Photo: "Memories Can't Wait" par Dr Devo.]

 

Pendant les absences du Docteur Devo, parti travailler, pour le bien de la cause focalienne, sur des bacilles particulièrement vicelards qui contamineront le cinéma de demain, vous me permettrez, chère Jeunesse Focalienne, de tenir le cabinet, si j'ose dire en l'absence du Maître de maison.
 
On m'a bien entendu demandé de tenir la maison propre et de ne pas mettre le bazar partout. Pourtant...
 
 
BIENVENUE CHEZ LES CH'TIS, deuxième réalisation du polyartiste multimédia Dany Boon, fut ma première mission cette semaine, mission que je me suis octroyée à moi-même sans doute influencé par mes propres penchants pour le kamikazisme.

Comme on le sait, c'est un phénomène de société que ce film, et c'est bien dommage, car on aurait largement préféré que ce fut une oeuvre d'art. Kad Merad joue un sudiste de la poste, sur-cadre et directeur d'agence envoyé en exil dans le Nord Pas de Calais suite à une tentative de tricherie dans le jeu des mutations. Au début, beeeen, il n’est pas content, et il préférerait la Sibérie orientale. Après ça va mieux, les fameux ch'tis se révélant être des "êtres humains comme les autres", comme le dit la phrase gillesdelatourettienne bien connue, ultime symptôme de cette maladie cinématographique célèbre connue sous le nom de "Syndrome Elephant Man". Comme il en avait des soucis avec sa femme, beeeeeen après il réglera ça avec une little help de ses friends indigènes. Ensuite, à la fin du film, car oui je vais dire la fin du film, Hitler décide d'envahir la Pologne en chantant un vieux machin de Dean Martin. Générique. Merci. Ramassez vos emballages de Twix en sortant.

 

BIENVENUE CHEZ LES CH'TIS est une oeuvre très inspirée de la philosophie contemporaine allemande, puisqu'elle se situe dans des zones où les notions de classification et d'ordres sont dépassées au nom d'intérêts bien supérieurs, comme par exemple le cours de l'action BNP-PARIBAS, ou la cotation de la couenne de porc sur le marché au cadran de Plougannec. Ceci dit, hélas, trois fois hélas, le film audio et visuel de M. Boon n'est ni pire ni meilleur que la concurrence, et je dirais même plus, c'est carrément pareil. Filmé en scope pour un maximum d'efficacité visuelle et une optimisation parfaite des plans rapprochés, le film oscille entre théâtre et hommage aux meilleurs des séries télévisées européennes de HANZ, CHIEN POLICIER (sur la télévision suisse-romande) à JOSEPHINE ANGE GARDIEN. La caméra est vue comme un moyen d'enregistrement du Réel, ici sublimé, option baroque oblige, par une inspiration directement issue du théâtre de boulevard et de la peur de la mort. (On mesure d'ailleurs encore une fois l'immense gouffre laissé par Jean Lefèvre dans le Landerneau cinématographique, littéraire et théâtral.)Ainsi, le jeu diégétque consistera à considérer le cinéma comme une fenêtre ouverte sur le Monde, et donc par voie de conséquence, aussi sur le plateau de tournage. Même si on ne voit pas de techniciens dans le champ, Boon sait souligner sa volonté de témoigner du tournage, "comme si on y était", et sublime de manière fantastique, au sens littéraire du terme, le cinéma ici perçu comme l'apogée du rêve bazinien: pas de montage est le meilleur montage, d'une part, et le cinéma c'est la vie, la vie c'est le cinéma, d'autre part.
Cette attention aux détails du quotidien place Boon quelque part entre le Woody Allen de ANNIE HALL et le Ken Loach de n'importe quel Ken Loach sauf KES et LOOKS AND SMILE. LADYBIRD par exemple. Le personnage de Kad Merad, est, c'est iconoclaste pour un film de cette envergure populaire, directement issu de la publicité pour Société Générale. Derrière l'angoisse de la mutation, représentant simplement, bien sûr, l'oppression au travail, c'est une peur tout à fait existentielle qui se dessine à mesure que le film avance dans un apparent classicisme de façade (3 actes, quête, contre-quête, quiproquo, boxer en microfibres), à savoir celle de la Mort de l'impossibilité de fournir à la famille l'assurance pourtant légitime de pouvoir toujours avoir de quoi substituerà ses besoins,  soit une safrane en état de marche, une pelouse en bonne santé, et un enfant bien élevé qui veut des bisous. C'est dans cette propension élégante et discrète à vouloir cacher le drame, à le rendre sous-cutané dans la narration globale, que Boon confirme dans un geste de grande beauté, sa réputation de clown triste. L'angoisse de la Mort et du redressement fiscal se cache pudiquement derrière une existence tranquille, la volonté d'un travail consciencieux (cf. les scènes à la Poste), et dans les conversations avec ses nouveaux camarades qui, quand ils trinquent avec lui, savent, avec leur sensibilité toute fraternelle, que c'est le même drame qui les habite. Pas besoin de mots, tout passe par le regard, ou quelquefois par l'Art, comme le prouvent deux moments émouvants: l'écoute en cd sur l'autoradio compatible MP3 de l'incontournable LES GENS DU NORD de Jacques Brel, et la reprise par les acteurs eux-mêmes cette fois, des CORONS de Pierre Bachelet, (récemment disparu d'un kyste aux testicules) dans les tribunes du Racing Club de Lens.
Dans ce monde violent, la femme ne sait plus à quel saint se vouer. Depuis Almodovar, on a rarement vu un aussi beau portrait du sexe dit faible (je dirais touchant plutôt) que celui de Zoé Felix, impeccable encore une fois avec ses nuances de jeu oscillant entre les câlins et la paire de baffes misandre. Elle semble presque avoir compris la situation de quiproquo mais feint de l'ignorer de le savoir, là aussi parce qu'elle est désemparée devant l'angoisse du vide inhérent à toute société capitaliste qui se respecte. Dommage cependant, et malgré toute l'affection qu'on puisse porter au film que dans sa conclusion, Boon oublie de faire acheter par ses personnages un ipod, ou mieux un iphone, ou tout autre appareil pouvant servir au bonheur du Couple (un batteur Moulinex par exemple) ou au bonheur de la société (une connexion internet haut débit ou un taux à 4%, par exemple). C'est le seul bémol qu'on peut apporter à cette émouvante et drôle fresque. La mise en scène n'est pas non plus en reste: champ, contrechamp, cadrages francs, en général de face ou de profil, une prise de son et un mixage particulièrement audibles, et un point toujours impeccablement fait. On est bien loin de certains maniérismes et déviances esthétisantes d'un certain cinéma d'auteur. Ici, tout est brut de décoffrage, tout est proche de la vie réelle, dans un souci de respect du personnage et des spectateurs. Cinq millions de fans de Ogres de Barbak ne peuvent avoir tort, comme disait la pochette d'un célèbre album de grind-musette (AS I WALK THRU' THE VALLEY OF DEATH AND THE PARKING LOT du groupe Vasektömia), et il est bien normal, dans une démocratie comme la nôtre, que ce film soit à ce point un triomphe. Il n'y a qu'un mot à ajouter: Chapeau l'artiste!
 
 
On t'a cassé ton rétro. La femme de tes rêves en aime un autre plus beau que toi. Tu n'as plus beaucoup d'argent sur ton compte alors qu'on est le 9 du mois et tu ne sais plus où tu as fourré ton recueil de nouvelles de Arno Schmidt. Tout cela, ce ne sont que des malheurs parmi des millions de malheurs possibles. On peut toujours aller voir JOHN RAMBO (RAMBO 4) de Sylvester Stallone avec lui-même, et même d'autres gens qui jouent des rôles.
Ha les Philippines! Grand pays, toujours promesses de belles aventures cinématographiques, source sûre de chefs-d'oeuvre expérimentaux de bon aloi. John Rambo ne revient pas, car il est parti. Il est vieux, dégoûté de la vie et de l'humanité, et aspire à une existence de travail honnête, ici on l'occurrence capturer des serpents. Il se lève tôt, se couche tard, et boit de l'eau. Il travaille dur et se fond parmi les indigènes. On est loin de la vie de poète à laquelle Rambo aspirait étant jeune et qu'il quitta à 17 ans pour se consacrer à l'exploration des pays sauvages. Et puis, il y a eu le Vietnam....
Mais tout ça, c'est bien loin. Et Rambo attend vraiment jeudi prochain car c'est son jour de repos et il pourra aller à la pêche. C'est sans compter un groupe d'humanitaires chrétiens qui se dirigent vers la Birmanie voisine où un village a été massacré par la terrible armée corrompue. Il faut vite leur apporter de l'aide, et nos missionnaires ont besoin de Rambo pour traverser le fleuve. Bien entendu, il refuse. Mais voyant que la seule femme du groupe, blonde et sensible, est entourée de crétins arrogants, il se rétracte et les amène là-bas, ce qui ne sera pas de tout repos. Car, le militaire birman rode...
A la célèbre "fraîcheur de vivre" tant prisée par Hollywood, Stallone lui, choisit la voie inverse et y oppose la langueur de mourir dans ce nouveau portrait du héros qui a fait sa gloire. Rambo n’aspire à rien, il veut qu’on lui foute la paix. Il est gros, gras, a le regard encore plus éteint que celui de ROCKY, il a envie d’aller à la pêche et de lire Arno Schmidt (il était coincé entre le mur et le frigidaire ! Je me demande comment il en est arrivé là !). La vie, le cinéma, tout ça, ce n’est pas facile, surtout quand, comme moi-même ici présent, Mr Mort, comme John Rambo, ou notre hôte le bon Docteur Devo, ce n’est pas facile, disais-je, quand, en plus, on pense que le Monde s’est arrêté en 1987 ! Alors, on essaie, on se bat, et quelque fois même on fait semblant. Allez, viens Jeff, on va aller boire un coup chez la Grande Margot, et on se racontera des histoires de comme c’était avant, même qu’on y croira encore, même qu’on boira comme des loutres… Le bon temps, il est mort, et on s’en fout (pas). Par contre, on veut être tranquille dans notre coin, qu’on nous laisse vivre sans embêter personne. Voilà le sujet de ce JOHN RAMBO. La scène où il rencontre la femme évangéliste est particulièrement symbolique. Il est tard, Rambo a nettoyé la cage des serpents, il rentre dans sa cabane, et va se mettre un disque des RESIDENTS (GOD IN PERSONS pour être précis), et c’est la jeune  femme qui débarque là, à brûle-pourpoint sous la pluie battante. Dans l’éclairage brut de décoffrage, on pense très fort à 1987, surtout que le corps de Stallone-Rambo en porte tous les stigmates. Il se tourne vers le spectateur, et semble de dire sans bouger les lèvres : "bon, alors, je fais quoi ? J’y vais quand même ?"
Silence dans la salle. Nul n’ose répondre. La mort est déjà là. Allez, un dernier baroud, mais pas pour l’honneur. Pour détruire plutôt. Rambo reprend les armes, essaie de sauver les humanitaires en détresse, pour la forme, mais en fait ce qui compte, à la fin des fins, c’est la destruction.
Cadrages de série B année 1987, photo old school, scénario de la même manière, le tout saupoudré de violences exacerbées, d’insupportables images journalistiques, et de pulsions gore, voilà le programme des 4émes aventures du poète. Ca sent la morgue, à plein nez même. Le contrat de Rambo, c’est celui de Stallone dans la vraie vie, encore le cinéma du Réel : faire une mission de trop parce qu’on est coincé par le contrat. La mis en scène suit, c'est-à-dire ne suit pas. Elle est tour à tour naïve, nostalgique, ou alors carrément atomisée par des choix incompréhensibles, lors des scènes d’actions, strictement illisibles sur le plan géographique et narratif. Rambo tire à la mitraillette (de laquelle il ne bougera pas), cut. Dans le contrechamp, une grappe de soldats s’effondrent, généralement dans un axe contrarié de manière surréaliste. Voilà pourquoi Rambo/Stallone y va une dernière fois : pour devenir non pas une légende, non pas une icône, mais un contrechamp. L’image de Stallone qui tire à la mitrailleuse pourrait servir dans tous les films. Imaginez : dans une adaptation d’Agatha Christie. Alors qu’on voit un personnage qui va se faire descendre dans le salon, avec le pistolet du Colonel Moutarde, allez hop, insert de Stallone sur la mitrailleuse, cut, puis le cadavre qui s’effondre sur la moquette victorienne. Voilà le principal intérêt du dernier opus de Stallone : imposer un contrechamp universel pour tous les films du futur. Une image de mort qui hantera tout, qui vengera la perte de l’année 1987. Rambo a une démarche perverse de cinéaste. Stallone moins, et c'est dommage. Seul regret du film, très raté quand même, le contrechamp à la mitraillette épargne la femme blanche, vectrice de la violence. Rambo ne la tue pas, même par acte manqué, par accident, alors qu’il est clairement évident qu’elle représente un reflet biaisé de la décennie défunte. C’est quand même bizarre sur le plan sémantique. A moins que ne pointe dans la dernière image (Rambo rentre chez lui, aux USA, dans sa maison natale) l’ultime promesse de violences à venir, bien plus intéressantes celles-là : Rambo revient non pas pour mourir, mais pour détruire son pays dans une rafale de contrechamps mitraillés. Croisons les doigts. En tout cas, Sylvestre s’approche de plus en plus de son projet d’adaptation de la vie d’Edgar Allan Poe… S’il manque de temps, je lui conseille clairement de mélanger les deux….
 
 

Mr Mort

 

 

 

 

Publié dans Cinémort

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Ligue de Défense de Franck Dubosc 25/03/2008 13:10

Salut ! C'est Franck Dubosc...

Riff 19/03/2008 11:28

"Bienvenue chez les Ch'tis" m'a vraiment gonflé. si c'est ça la fenêtre sur le monde par laquelle les gens vont découvrir le NPDC, elle est bien petite la lucarne! avait-on besoin de montrer autant de personnages truculents, agés et laids en chemises à carreaux dans le nord, et autant de bombasses et de belles personnes courtement vêtues dans le sud? y avait-il un besoin vital de faire parler SYSTEMATIQUEMENT les chtis en patois? ce film m'évoque juste "le guide du routard", tant le plan de familiarisation est ordonné et codifié.fallait-il vraiment que les chtis soit tous représentés commes des veufs, veuves, célibataires, trentenaires vivant chez leur mère, et filles faciles???horripilant à souhait!

Guile21 17/03/2008 21:17

Ce n'est absolument pas "les gens du Nord" que l'on entend, mais bel et bien "Le plat pays", (ce qui en soi est assez troublant vu que cette chanson parle de la Belgique. Bon, on ne va pas chipoter là dessus, il y a quand même plus interessant dans le film).

"Bienvenue chez les ch'tis" m'a assez plu, mais j'en attendais un peu plus. D'un point de vue de la mise en scène, c'est fonctionnel et un peu plat, voire de temps en temps un peu long (la scène du restaurant et celle de la tournée anti-alcool notament cumulent avec lassitude plus qu'ils ne devellopent, on sent la redite, ça n'en fini pas). A part ça, c'est vrai qu'on passe un bon moment. Le duo Kad et Dany Boon marche trés bien, et le côté mélo est tout de même nuancé par cette volonté naturaliste. J'ai particulièrement aimé la scène d'amour (on va dire ça comme ça pour ne rien devoiler), où les gros plans sont vite expediés pour voir (oui) les deux protagonistes dans le même plan, l'homme se souciant de ses draps et la femme d'ajouter "Pourquoi tu as mis autant de temps ?". C'est sensible, doux et c'est fin.

Et lors de la sequence du subterfuge, la photo deviens trés crasse et blafarde. Evident, mais tout de même un excellent choix à souligner.

Et vous avez raison, la violence sociale à laquelle est soumise le personnage de Kad, surtout vis à vis de sa femme, sert parfaitement bien le sujet du film et le rend trés frequentable.

Disons que aprés avoir vu l'horriblissime "Camping", qui reprenait tout les gags du sketch du camping de Dubosc, j'avais peur que Dany Boon ne s'y mette aussi et ne fasse qu'une rescucée paresseuse de l'intro de son spectacle "a s'baraque et en cht'i". Mais si il y a des références evidentes, il a eu l'honnêteté (comparé à Dubosc) d'offrir quand même quelque chose à ceux qui avaient déjà vu le spectacle.

Rien que pour ça, et malgré tout, eh bien ça merite un petit merci pour ce moment, somme toute, agréable.

Cre 12/03/2008 15:25

BIENVENUE CHEZ LES CH'TIS, c'est pas du Maroilles, c'est de la Vache qui rit. Et on est pas obligé d'aimer ça, la Vache qui rit. 

bru 11/03/2008 22:26

Travaux on sait quand ca commence avait été adulé par la critique intello (télérama, positif). Ca ne m'a même pas fait sourir.La bande annonce des Chti's m'a déjà fait sourire une fois. Ca sera pas du Wilder, ni du Nichols. C'est de la comédie régionaliste franchouillarde dans la veine le bonheur est dans le pré (version Sud Ouest). A l'heure de l'ipod, le régionalisme justement ca rassure. Et si ca fait marrer, pourquoi bouder le maroilles  ?