SHEITAN, de Kim Chapiron (France-2006) : my brain hurts !

Publié le par Dr Devo

(Photo : "Dis-Moi que Tu m'Aimes" par Dr Devo)




Chers Focaliens,
Ben oui, les amis, il faut en bien en parler. Ça pavane dur aujourd'hui sur toutes les radios : LES BRONZES III ont fait 538,000 entrées en un jour. 100,000 entrées à la première séance. Le million, c'est pour ce jeudi. Soit. On notera une fois encore que le nombre de copies oscille entre 950 et 1000, soit un cinéma sur trois ! CQFD. Ça fait longtemps que je mets l'accent sur ce problème.
Scott McGehee et David Siegel sont les deux co-réalisateurs qui m'excitent le plus aux USA parmi les "peu connus". Ils ont réalisé SUTURE, film méconnu et sublime, et le non moins beau BLEU PROFOND (DEEP END). Malgré la présence de Richard Gere (????) au générique de leur nouveau film, LES MOTS RETROUVÉS (et de la Juliette Binoche), je souhaite aller voir le film bien sûr. Les deux comparses sont sans doute les plus originaux des "jeunes réalisateurs" indépendants américains, malgré leur anonymat. LES MOTS RETROUVÉS est leur premier film de studio. Je savais que mon cinéma Pathugmont (15 salles) allait passer la chose en VO. Je vais donc au cinéma hier, et là, stupeur : le film, qui est sorti aussi ce mercredi, ne passe qu'à 20h et 22h ! La presse a étrillé le film (Libé, dans son cahier cinéma du mercredi, n'en parle même pas !). Que va-t-il se passer ? Il n'y a pas vraiment de suspense, le film est mort le jour de la sortie. [Je note, après avoir vérifié sur allociné les horaires dans les autres villes, que le film passe dans une salle sur deux, avec seulement deux ou trois séances par jour ! Aucun ciné art et essai (ou presque) de province ne passe le film.]
Si LES MOTS RETROUVÉS est au niveau de SUTURE ou BLEU PROFOND, c'est un des trois ou quatre films de l'année. Comme je le disais hier sur la photo, "choisis ton camp". Allez le voir cette semaine, pour ceux qui ont la chance d'avoir un cinéma proche qui le passe, car la semaine prochaine, ce sera terminé !
LES BRONZES III passe dans mon Pathugmont. Dans trois salles.
Kim Chapiron, le réalisateur de SHEITAN, a déjà réalisé plusieurs dizaines de courts-métrages au sein du collectif KOUTRAJME, qu'il a contribué à fonder. C'est son premier long. C'est l'occasion d'aller tâter le pouls du cinéma fantastique français, me dis-je. Je n'ai jamais vu le travail de Koutrajmé, mais je me souviens d'avoir lu un article dans Libé justement, où le collectif était solidement défendu par Chris Marker notamment, si ma mémoire est bonne.
C'est la veille ou l'avant veille de Noël. Un groupe d'amis passe la soirée en discothèque. L'un d'eux, un peu plus godiche que les autres, celui dont on se moque facilement et qu'on charrie sans cesse, essaie de dragouiller de manière agressive quelques jeunes filles se trémoussant sur le dancefloor. Le résultat est aussi pathétique que cette drague imbibée de bas étage : c'est râteau sur râteau, comme on dit. Le jeune gars finit par traiter de salope une de ses proies, et un mec débarque pour lui casser la figure, faut pas traiter les filles !
Notre jeune héros se fait vider. Ses deux copains le rejoignent à la sortie de la boîte, accompagnés par leurs deux conquêtes d'un soir, notamment Roxane Mesquida, qui propose au groupe de terminer la soirée à la campagne, où ses parents ont une maison secondaire qu'ils n'utilisent pas. Les garçons trouvent l'idée bonne (ils y voient un moyen de passer la nuit avec les filles !), et hop ! tout ce petit monde grimpe dans la golf GTI, direction la brousse.
Le lendemain matin, ils arrivent dans un petit village perdu au milieu de nulle part, et découvrent l'énorme mais décatie maison de Roxane. Ils découvrent aussi Vincent Cassel, armoire à glace campagnarde aux manières ploucs. C'est lui qui garde la maison. Le groupe de jeunes citadins se retrouve bien dépaysé dans ce village oublié de tous, et où la population semble complètement dégénérée.
Cassel propose aux jeunes d'aller se baigner dans une grotte où jaillit une source d'eau chaude. C’est là que les événements vont prendre une tournure étrange : les jeux et les remarques de Cassel et des jeunes autochtones oscillent constamment entre rires débiles et menaces réelles. Nos héros parisiens sont-ils tombés chez de gentils arriérés aux mœurs rustres, ou ont-ils au contraire débarqué dans une communauté qui sert d'autres buts inavouables ?
Ça commence avec une nette volonté iconoclaste. Générique rouge sur fond noir avec gimmick sonore (très courant dans les films d'horreur), puis un carton drolatique, suivi lui-même par un des personnages en très gros plan (tiens, tiens) s'adressant face caméra aux spectateurs, ce qui provoqua, à ma grande surprise, des réponses immédiates dans la salle même, sur le même ton et sur le même volume ! Le personnage qui s'adresse ainsi à nous est en fait le DJ de la boîte où se déroule la séquence d'ouverture. Le hip-hop coule à flots, l'ambiance est largement imbibée. Au moins, on n'est pas pris en traître pendant cette ouverture, et l’on sait à quelle sauce on va être mangé. Jeux de lumières, stroboscope, atténuation du son lorsque le personnage principal (Bart) se fait violemment fracasser, montage ultra-rapide, tchatche à tous les étages, etc. Le rythme est très rapide.
SHEITAN (le diable, en arabe) ne se départira pas de ces axiomes. La volonté est ouvertement de faire un film déjanté, ouvert aux extravagances de mise en scène, un film qui ose en quelque sorte, et qui veut se faire à sa façon, sans tenir compte du bon goût et de la bienséance. Des intentions tout à fait louables. Mais SHEITAN vise autre chose, ou plutôt quelque chose d'autre, en plus.
Je n'ai pas menti, cette séquence délirante de la discothèque (terme nettement plus chic et splendouillet que "boîte", héhé !) va donner le "la". Et c'est assez rapidement un grand moment de solitude qui envahit votre serviteur.
S'il faut caractériser avant tout SHEITAN, projet jusqu'au-boutiste, ça, il faut l'admettre, c'est d'abord par sa mise en scène. Et là, chers focaliens, ça fait mal. Je critique, et ne me renie pas d'ailleurs, souvent l'absolue médiocrité, voire la nullité, de la mise en scène française (de films populaires) qui se caractérise, outre des scénarios déjà vus mille cinq cent fois, par une absence de montage, l'abandon complet de l'échelle de plans, une photo grisouille au possible, des acteurs approximatifs ou très satisfaits, et des cadres encore moins performants que ceux de téléfilms. LES SŒURS FÂCHÉES ou ESPACE DETENTE l'année dernière illustraient parfaitement le phénomène. Ici, avec SHEITAN, on ne tombe pas, et soyons honnêtes, le réalisateur ne veut pas tomber dans cette absence de style, et dans cette abdication devant tout projet esthétique. Kim Chapiron ne veut pas "faire du neutre", loin de là. Il cherche au contraire une mise en scène stylée et délirante, bref, une réalisation qui ait de la personnalité.
 
Question d'intentions encore une fois, mais dans une certaine mesure, le contrat est atteint, au moins partiellement. L'ouverture marque donc, comme je le disais, clairement les fondations du projet. Et ça fait mal.
SHEITAN est d'une laideur stylisée certes, mais absolument abyssale. Certes, le film fait (sans doute, je suppose, peut-être) son lit dans un "mauvais goût", ou peut-être "mauvais genre" assumé. OK. Mais là aussi, on reste au stade des intentions, et des volontés iconoclastes n'ont jamais fait la beauté d'un film.
Le bilan est extrêmement lourd. Si la lumière, pas très belle à mon goût (et qui lorgne sur les ambiances marronâtres et quelquefois très belles de CALVAIRE dans sa première partie, j'y reviens), est un peu stylisée, sans véritable intention de faire quelque chose de beau ou de lyrique (juste prétention que CALVAIRE, il faut le reconnaître même si je n'aime pas beaucoup le film, avait quand même), et la comparaison avec le film belge, du coup, s'arrête là ! Lumière pas belle donc, mais qui se veut, sans ironie, stylisée. À la limite. Mais tout le reste, ça blesse. Le cadre tout d'abord est absolument immonde. Ça gigote beaucoup, on a souvent du mal à avoir le protagoniste dans le champ, certaines séquences sont panouillées (ou ratées à la prise de vue, par exemple comme les images tremblées sur l'espèce de place du village, j'y reviens). On se demande alors pourquoi on les garde au montage. Les autres cadres sont incompréhensibles. Le film était projeté dans mon cinéma Pathugmont au format 1.85 (si votre écran fait 1 mètre de hauteur, il fait 1.85m de long), mais je me suis demandé si le film n'avait pas été cadré en 1.66 : fronts coupés, acteurs qui ne cessent d'apparaître / disparaître des champs droit ou gauche, etc. En tout cas, au final, ce cadre est d'une extraordinaire vulgarité, et à quelques exceptions près (dans les scènes d'action principalement) annihile complètement toute volonté de profondeur de champ. On est donc bien dans un cadre en 2D pour ainsi dire, chose qu'il est dur de reprocher à SHEITAN, tant la majorité des films français et européens ont exactement les mêmes symptômes.
Le montage, bien sûr, n'a ni queue ni tête, et se rapproche dans ses meilleurs moments d’un duplicata quasi-exact des options de Jan Kounen, sur lequel SHEITAN louche constamment d'ailleurs. Coupes brusques (parfois avec un très gros plan, et une petite focale en général, comme c'est original !) ne signifient pas intrinsèquement plans délirants. Il en faut quand même un peu plus. Un peu d'échelle de plans par exemple, dont Chapiron, ici, ne tire quasiment rien à part les effets dont je viens de parler. Là encore, même punition et même motif que pour les autres : le cinéma ne se limite pas à des plans rapprochés ou américains, avec son petit plan d'ensemble introductif pour décrire le décor en début de scène. Ceci dit, c'est vrai, c'est bien utile. Mais le procédé est utilisé depuis presque 100 ans maintenant... Si on en changeait ?
Sans plaisanter, l'échelle de plans c'est nada ici, excepté un plan soudainement moyen et bien incisé sur un des personnages qui fait une cascade et atterrit sur un canapé, poursuivi par Cassel. Sinon, rien. Le son est bien sûr, comme dans tout film "culte", parce qu'ici c'est l'objectif, plus travaillé, avec une BO inondée de rap (immonde bien sûr : ces gens-là écoutent-ils le Wu-Tan Clan ou les Beastie Boys ? Ceci dit, je n'y connais pas grand chose...), et des effets de ronflements, de bruits parasites et lointains travaillés, merci David Lynch ou même Gaspar Noé (nous y voilà). Bruits d'ambiance qu'on retrouve dans 500,000 courts-métrages et qui ont quasiment perdu toute valeur, tant ils ont été usés jusqu'à la corde. Plutôt que d'essayer des combinaisons alternatives de sons (ce qui aurait été logique, car apparemment, les concepteurs de SHEITAN ont l'air de s'intéresser énormément au domaine), on reprend exactement les effets de machineries lointaines que tout le monde a déjà pillé. Autre défaut de ce son : il annonce beaucoup les effets de rupture de ton et les tournants scénaristiques, et tue ainsi dans l'œuf les principes d'angoisse et de malaise diffus ou surgissant (les deux nuances). On voit grâce à ce son les situations arriver à 10 km à la ronde. Même dans les jeux avec le volume d'ailleurs (scène du repas par exemple). Là-dessus, Kim Chapiron greffe l'ineffable "chanson-berceuse enfantine", elle aussi usée jusqu'à la corde.
Le tout se combine dans un cocktail laid et finalement criard, dans sa volonté de paraître smart, branché et frondeur, alors que rien ne tient debout, et que structurellement c'est le chaos, la grammaire cinématographique étant envoyée balader. Dans les rares moments où trois plans qui se suivent s'emboîtent, on est en général dans la répétition de choses déjà vues. La pire scène, de ce point de vue, est sans doute celle sur l'espèce de place du village (qui ressemble à une grosse cour de ferme). On voit Cassel qui présente Julie-Marie Parmentier (mélange improbable de Sarah Polley, Julianne Moore et Anne Roumanof, ici dans un rôle très antipathique, la pauvre, mais peut-être la seule qui essaie de faire quelque chose) à Bart. Les trois discutent. La caméra les suit en reculant (bling-bling fait le cadre !). Puis Cassel voit quelque chose dans le contrechamp. Il prend de l'avance et devance la caméra. Cut. Contrechamp sur Cassel qui parle à un mec sur un tracteur. Cut. Retour sur Bart et Parmentier, rejoints rapidement par Cassel. Bon, ben trois plans bêtes comme chou comme ça, et bien ça ne fonctionne pas. C'est tellement mal cadré et mal monté qu'on a l'impression que Cassel, quand il rejoint le champ, arrive par derrière Bart et Parmentier ! Une horreur ! C’est ça qui arrive quand on cadre tout serré ! Je passe par charité chrétienne sur les divers pillages à Sam Raimi...
Donc, la mise en scène est ignoblissime, et disons-le, insupportable de prétention. Et pourtant, dieu sait qu'il n'y a quasiment rien. Chapiron, cependant, base son film sur la rupture de ton, à la fois délirante et inquiétante, et tente de souffler le chaud et le froid sur son groupe de personnages, et donc sur le spectateur. On peut dire que c'est surtout les acteurs et le scénario qui mènent la danse dans ce domaine.
Le film se fixe allégrement, dans une sorte de duplicata de CALVAIRE ou de
DELIVRANCE, et de survival tout bêtement, mais mélangé à la culture "banlieue", "hip-hop", qu'avaient si bien décrit les Inconnus (que je n'apprécie pas particulièrement d'ailleurs, mais ça, c'était très bien vu) dans leur vieux tube AUTEUIL-NEUILLY-PASSY. SHEITAN parle très franchement aux jeunes intéressés par le mouvement hip-hop. C'est très clair. Prise de tête, tchatche sans fin, la musique, les filles, le sexe, le vol (ben voyons, c'est connu, tous des racailles voleuses en banlieue), les clips insoumis, etc. Bref, le cortège de clichés habituels. Je plains sincèrement les gens qui n'aiment pas beaucoup cette culture et qui vivent en banlieue ! Mais ce n'est pas le sujet.
Donc, l'habillage est djeunz et banlieue à fond. Culture, c'est bien connu, méprisée par tous et bafouée dans sa dignité, comme le rabâche le discours rap depuis des lustres. Voir SHEITAN en salles prouve que c'est tout le contraire, et que la culture hip-hop est complètement intégrée à la culture la plus mainstream, dont elle constitue l’un des plus beaux fleurons. Après la séance, allez faire un tour à la Fnuck, et regardez tout le rayon musique. Et les jeux vidéos aussi. Et les DVD. Pas de doute : la culture hip-hop est sans doute ce qui se vend le mieux. Et elle est largement représentée. Demandez à un fan de musique "industrielle" (dans le sens années 80 du terme) comment il arrive à vivre sa passion, et on en reparle. Donc, arrêtons les conneries : la culture hip-hop n'est pas une culture ou rebelle ou underground ! Et pour revenir à SHEITAN, arrêtez de nous bassiner avec toujours les mêmes clichés concernant cette culture. Ici, on y a droit encore : filles faciles, garçons chauds, fantasme du plan à trois, relations sociales basées sur le rapport de force, agressivité permanente et traitage en veux-tu en voilà, honneur bafoué, religion méprisée, etc. Comme d'hab ? Oui, comme d'hab. Ce qui tue SHEITAN, en plus d'être d'une monstrueuse laideur, c'est son incroyable sauce aux clichés éculés. Et encore, côté loulous, ça va mais côté campagne, c'est hallucinant : ce sont tous des mongoliens ! Pourquoi pas... Mais là où je suis plus sceptique par exemple, c'est dans la scène du bain où notamment on s'attarde largement sur les physiques squelettique et laids des "gogols du village" qui plongent nus, et où les personnages principaux gardent leurs sous-vêtements par exemple. Cette volonté d'opposer le beau de la jeunesse contre la représentation la plus crasse et la plus trisomique du reste est forcément dérangeante et complètement antipathique. Les villageois de DELIVRANCE, à côté de ça, sont presque des personnages bergmaniens. Je passe sur les propos dits pendant les séquences villageoises, qui jouent sur le handicap mental, mais aussi sur la misogynie, le viol, la femme facile, la maman, la putain, etc. Que de l'original, une fois de plus.
On peut rajouter là-dessus un Cassel qui, au moins, y va à fond (et qui, du reste, s'amuse bien). Mais son personnage est une erreur de direction artistique. Il ressemble comme deux gouttes d'eau au personnage du paysan de John Cleese dans Monty Python's Flying Circus : même vêtements, les bras et les jambes arqués, même diction. Il ne manque que le mouchoir sur la tête et le cassage de briques.
Bon, je vais arrêter là. SHEITAN est d'une bêtise insupportable, mais ça, ça le regarde. Outre cette volonté trop ostentatoire de faire quelque chose d'immédiatement culte et de faire passer le métrage pour quelque chose de fabuleusement underground (là où il n'y a rien de plus attendu), le vrai péché de SHEITAN est son absence de mise en scène et de point de vue, et son cynisme à toute épreuve. Comme disait John Waters, pour faire du bon mauvais goût, on ne peut pas s'empêcher d'en avoir... du goût ! Ici, sur le plan artistique, c'est le renoncement complet. Et, plus grave, on peut se demander si ces gens-là ont déjà vu des films d'horreurs récents. Parce qu'on leur conseillerait bien de revoir CABIN FEVER ou DETOUR MORTEL par exemple. Ils y apprendront ce qu'est le montage, et surtout, ils auraient vu que créer une ambiance plouc de dégénérés maniaques, ce n'est pas ouvrir la boîte de pandore des clichés. Et qu’effectivement, dans un cadre très limité, on peut faire des choses absolument originales. Cette volonté "rebelle" qui fait tout pour faire le film le plus petit bourgeois possible est d'une tristesse phénoménale.
 
Dr Devo
 
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Publié dans Corpus Filmi

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Martin R 11/10/2010 17:32



Dog Pound (production franco américaine) ; je suis d'accord, sur le fait qu'on peut trouver ces films laids et finallement peu importants... Mais pas injustes pour autant.


 


Longue vie au docteur !



Dr Devo 09/10/2010 08:58



Salut Martin!


 


Pas vu le Gavras, mais j'imagine bien le désastre...


 


Je n'ai pas vu le Shapiron suivant. C'était quoi?


 


Sinon, bah, pour le reste, j'aimerais partager cet enthousiasme! :-)


 


(oh mon premier smiley sur Matiere Focale!)


 


J'ai trouvé ce film affreux. L'ESQUIVE aussi d'ailleurs!


 


DR D.



Martin R 08/10/2010 19:00



Je trouve excessivement dommage que la critque accueille si mal ce film ; d'autant plus que nous puovons lire ici même une analyse juste et fine d'un film raillé rapidement ailleurs (je pense au
"la possibilité d'une île" de Houellebcq). Avant de le défendre, je vais avouer que la fin est bâclée et que le dernier tier de manière générale est plutôt mauvais (voire très mauvais).


 


Cependant simplement : les comédiens sont juste excellents, les dialogues d'un réalisme que moi je n'avais pas vu depuis les films de Kechiche, d'une finesse sur certaines choses (le personnage
de Barth) qui est bienvenue.


Alors oulions la problématique de "culture underground" / "djeunz" ainsi que les "clichés éculés" car je pense que c'est un double faux-sens total et je vais essayer d'être clair sur ce point :


 


 


"je plains les gens qui n'aiment pas beaucoup cette culture et qui vivent en banlieue".


 


La question n'est pas ici de faire partager avec le public une expérience communautaire autour d'un signe unificateur (exemple cités : la tchatche, le rap") mais précisément de prendre des
éléments qui, qu'on le veuille ou non, existent et les sortir du contexte afin de les questionner.


Alors effectivement le montage est abrupt et parfois laid ; mais le geste de confronter l'idée pitbull et l'idée sexe non simulé avec une bouseuse perverse comme liant est un geste qui est très
intéressant à plusieurs point de vue. En effet dans ce plan on a à la fois l'image du pitt bull (codes : virilité, dangeurosité, culture banlieue) est remise en question en tant que signe : quid
de la soumission ? Quid de la féminité dans cette scène.


 


Dans le même ordre d'idée : les personnages de la région parisienne sont réalistes ("Hé ! Hé blouson rouge, j'vais t'enculer !" ma réplique favorite de l'année) et ils sont injectés dans la
fiction grand-guignol. En fait, l'histoire de Sheitan se résume à cette phrase ; si l'on décide de voir le film de ce point de vue, le projet semble tout de même en grande partie ambitieux et
plutôt réussi. C'est pour ça que s'agiter sur "les jeunes de banlieue sont violents quel cliché" est assez vain : 1- Kim Chapiron ne parle jamais de banlieue, ensuite il suffit de prendre le
métro ou attendre à la sortie d'un lycée pour entendre la violence dans la parole (REvoir "L'esquive" au besoin) et surtout il n'y a aucun jugement moral là-dessus, simplement un questionnement
qui permet de mettre en lumière nos raccourcis inconscients.


 


De même, les choix musicaux, même si on est pas spécialiste des labels rap nous avons tous des oreilles, est en lui même  un questionnement : le morceau "batards de barbares" pose la
question du nihilisme par rapport à la sub-culture banlieue ; la musique de TTC ou de "La rumeur" va apporter la dimension "rap de Versailles", rap de bourgeois, rap décadent/ironique, etc... Il
ne sert à rien de se demander si ces musiques sont belles ou si les acteurs parlent correctement ; ce qui est important c'est ce que tout cela produit.


 


 


 


Concrètement, Sheitan c'est un pont qui questionne la culture banlieue au sein de la culture globale (de ce point de vue, la séquence de repas est très bien écrite et le "c'est l'nègre qu'à
raison" désamorce la tensio dramatique et pleine de sens avec un humour dans un geste pudique ; comme la vierge retournée dans le "Rome ville ouverte" de Rossellini"), non pas en montrant une
culture sous-représentée à la face du monde, mais au contraire en ayant l'intelligence de démontrer à quel point ce qu'on appelle une sub-culture est en fait un jeu de signes qui sont parlant
pour l'ensemble de notre société. a ce titre, et à ce titre seulement, on peut penser au scandale du clip "stress - Justice" réalisé par Romain Gavras : on s econtente d'utiliser des signes
juxtaposés (croix, blousons noirs, matraques, jeunes a priori issus de l'immgration, et violence provenant des ensemble urbains HLM) afin de montrer que les liens logiques et le hors champs que
nous construisons est de notre fait et non celui du film. Celui-ci est un révélateur (en cela la démarche se rapproche du pop art dans ce qu'il avait de plus noble) à l'inverse d'un film-thèse
ridicule comme "La Haine".


 


 


 


Sheitan, c'est le pendant pop et bancal de "L'esquive".


 


 


 


 


 


Le dernier film de Kim Chapiron, sans être exceptionnel, confirme cette impression que j'avais eu devant Sheitan : Ce que cherche Chapiron, c'est l'antinaturalisme et certaines vérités non
explicitées du Monde contemporain. Louable projet.


 


Ceci dit, je pense que les reproches faits dans cet article peuvent se plaquer, cette fois à juste titre, au travail de Romain Gavras ("Notre jour viendra").



Le repassant 02/03/2006 15:22

Les effets stroboscopiques (grosso modo mentaux dans ce cas là) étant alors dûs à des couplages ou découplages entre les fréquences des sources lumineuses, celle de l'appareil de prise de prise de vue, et celle de l'oeil humain. Mais là, j'ai jamais vraiment su si l'oeil humain échantillonnais à 1/24 eme de seconde, bref, si on pouvait même parler de fréquence d'échantillonage de l'oeil humain.
Tu as, sans aucune source lumineuse impliquée, des effets stroboscopique dûs à ton seul oeil lorsque tu regarde une roue avec des rayons qui tournent à une vitesse de  plus ou moins n fois 24 fois par seconde. Lorsque tu as l'impression que la roue tourne à l'envers, c'est pour cela.
Cette précision parce que WIkipedia ne rapportait pas ces aspects là.
Plus sérieusement, c'est un bon moyen de prendre conscience que la vision n'est jamais objective, mais est soumise à des illusions. optiques

Flo 02/03/2006 13:00

Il s'agissait donc bien d'un 'm' superfétatoire, néanmoins merci pour le sens pédagogique dont vous faites preuve.