SOYEZ SYMPAS, REMBOBINEZ de Michel Gondry (USA-2008): Universal ou univers propre?

Publié le par Mr Mort

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[Photo: "...qui rendait, parait-il, heureux le genre humain." par Bertrand et Dr Devo.]

 

 

 

Ce n'est pas pour cirer les chaussures du patron qui, en plus, n'est pas là mais occupé à envahir Hollywood, mais je dois dire que je suis d'accord avec lui assez souvent. Par contre, il a beau être sympathique et charmant, il m'envoie voir de ces trucs, par moment... Je crois qu'il me provoque ou se moque de moi. Mais bon, j'ai accepté d'assurer l'intérim et du coup j'assume!
 
Oh! Michel Gondry! SOYEY SYMPAS REMBOBINEZ, qu'on appellera ici sous son de V.O dans Calcutta déserte, à savoir BE KIND REWIND pour des raisons de commodités, est un film qui, comme dirait mon patron adoré, à quand même une superbe brioche. [Définition de la brioche: ici.] Le pauvre Mos Def travaille dans un petit vidéoclub de rien du tout, géré par Danny Glover. On y trouve, ô bonheur, que des cassettes VHS! ET aussi des glaces au chocolat. Glover confie la gestion du magasin à Mos Def pendant quelques jours d'absence, un peu comme moi et le Docteur Devo. Le problème, c'est Jack Black, grand ami de Def. Blake, suite à un accident, est devenu magnétique, ce qui est très utile quand on cherche des pièces de monnaie perdues au fond de sa poche, mais peut poser des tas d'autres problèmes, surtout quand on passe son temps dans un vidéoclub rempli de VHS. Là, c'est le drame: Black démagnétise toutes les cassettes! La catastrophe économique, l'inscription à l'ANPE ou la mendicité, voilà ce qui attend Mos Def dés lors. Mais les deux compères décident, contre toute attente, de remplacer les cassettes en tournant des remakes des films effacés, et en les louant aux clients sans leur dire. Tout le monde voit la supercherie, mais le miracle à lieu: les gens adorent ces micros-remakes et le magasin marche du tonnerre!
 
Le petit résumé, comme le boss! Ha la belle brioche qu’il disait, et il n’avait pas tort. Comme disait l’autre, ce film aurait pu être une apologie du caméscope et de la création cinématographique chez soi, bref une ode au kitchen-cinéma. Malheureusement, ce n’est pas tout à fait ça. Tout d’abord, c’est la déception qui l’emporte : toutes les cassettes du magasin de Danny Glover sont de grosses séries A hollywoodiennes de la pire espèce : BOYZ IN THE HOOD, MISS DAISY ET SON CHAUFFEUR, GHOSTBUSTER, ROBOCOP, RUSH HOUR, etc… Certes on trouve aussi le 2001 de Kubrick et CARRIE de DePalma, mais la chose est tellement survolée qu’elle en devient anecdotique. Voilà qui rend bien problématique la question du vidéoclub moderne que Danny Glover espionne. Car quelle est la différence entre le sien et ce supermarché de la location de films ? Et bien, la surface du magasin et la méthode de distribution. Sinon, peu ou prou, ce sont les mêmes films. Glover, lui, ne fait pas louer à ses clients HARRY POTTER ET LE SOULIER MAGIQUE mais des films des années 80 ou 90, et c’est tout. Quand dans le dialogue on apprend que Glover a en magasin une section "film cultes" et "films fantastiques", et bien, les petits focaliens, on se demande bien où c’est qui y sont parce que dans le film de Gondry, beeenn, ils y sont pas !
En même temps, pas grave se dit-il, BE KIND… raconte clairement une histoire très triste : des pauv’ gars coincés dans une vie de prolétaires atroce, mal logés, mal payés, chômeurs ou travailleurs pauvres. Ils n’ont pas de petites amies (Ha, le cinéma du réel !!, rigola-t-il). Ils ne font quasiment rien de leur journée. Ils sont isolés en banlieue. Ils héritent aussi de la culture populaire qui va avec, à savoir celles des pires blockbusters. Si nos héros sont drôles, ils sont aussi des mecs de la rue, et regardent les films à leur disposition. Les gens du quartier font pareil. Fermez le banc ! BE KIND REWIND est d’abord un film sur la crasse, et montre l’inculture qui va avec, me dis-je. Le film est d’ailleurs globalement très noir. Il emprunte comme le disait très justement et in extremis le Docteur l’autre jour à la radio, la forme d’un mélo étrange, un peu à la Capra par moment, où, quand même, tout est biaisé, tout est largement foutu. Rien ne sauvera rien, les dés sont jetés dés le départ. Du coup, s’il y a une sorte d’utopie communautaire dans la dernière séquence (où enfin, ils arrivent à pondre un film un peu plus personnel), utopie larmoyante sur les bords, c’est un rêve qui a un peu le goût de la ciguë ! Tout ça finira sous les coups de pelleteuse, et le quartier changera sans doute sous l’impulsion d’une gendrification (mince, je ne me rappelle plus du mot, desolé !)  forcée. L’ode à la débrouillardise, à la malice, et au D.I.Y à laquelle Gondry semble croire, est un témoignage sur la mort qui avance et qui détruit tout. Gondry le dit du bout des doigts et c’est un peu dommage. Il préfère jouer la carte de l’anguille sous roche plutôt que de mélanger son drame crasseux à la comédie. Je ne suis pas sûr que ce soit la bonne technique. Pourtant, le petit gars le faisait très très bien avec HUMAN NATURE, film drôlissime et d’une violence inouïe, ou même dans la SCIENCE DES RÊVES très amer quand même.
 
Ensuite, si la mise en scène est plutôt soignée (joli photo, si on excepte les scènes de nuit qui était bien verdâtre une fois de plus dans la copie que nous avons vu) avec ses beaux cadrages flottants qui permettent malgré l’étroitesse des décors de faire autre chose que des tunnels de plans rapprochés, emmaillés ça et là par des soleils gourmands (jeux de lumière, effet de flare, scories magnétiques qui interrompent l’image, etc…), le bât blesse nettement, comme par hasard, dans les remakes amateurs très très loin de ce que peut faire Gondry, qu’on aime ou n’aime pas son style. Tous ces home-movies sont placés sous le signe du potache. On voit des mains dans le champ, des projecteurs qui traînent, etc… Pas un seul des extraits que nous voyons dont Gondry qui ne nous disent pas : "Oh regardez, que c’est maladroit, c’est pour du faux". C’st pour moi la plus grande, et ce, trèèèèès largement, erreur tactique du film. Et comme je suis quelqu’un de généreux et altruiste, je vais vous dire exactement ce qu’il fallait faire.
Si ces gens sont des amateurs indécrottables, il suffisait de faire en sorte que ces remakes soient au contraire des entre-deux. Le fait que ces films soient courts, bourrées d’ellipses et avec des raccourcis de narration dûs aussi au manque de moyen, auraient pu suffire à dégager de la loufoquerie et pourquoi pas de la maladresse (ou au contraire une superbe effronterie). Il n’y avait aucune raison de nous rappeler sans cesse, à nous spectateurs cultivés, que ce que nous voyons, c’est du toc mal fichu, avec des acteurs qui regardent la caméra, et des pieds de techniciens qui traînent dans le champ. Il aurait bien plus intéressant, et surtout troublant, que ces films aient leur univers propre. Qu’ils fussent cohérents, voire bons à leur manière, quitte à induire dans leur espace diégétique (c’est chic), des détails de tons et/ou de mise en scène qui induisent le fait que ce que nous voyons est une version peut-être un peu utopique mais sublimée de ce que ces gens ont vraiment fait. La grande déception de ce film, BE KIND… je veux dire, c’est de voir que ces courts-métrages sont absolument nullissimes et sans aucune espèce d’intérêt. A aucun moment, on ne sent de superbes fulgurances involontaires, des achoppements chaotiques de maladresse mais sublimant le projet de remake lui-même pour le transformer en cinéma. [Tiens, si vous voulez voir ce que je veux dire, relisez l’article du Docteur sur A NIGHT TO DISMEMBER un des plus beaux films que j’ai vu l’année dernière, et véritable ovni cinématographique à la charge poétique semi-accidentelle mais effarante.] Ces  gens, à aucun moment ne font du cinéma. Ils recopient. Et les remakes présentés par Gondry sont tellement médiocres ou sans intérêt qu’on en est bien triste : ces gens ne comprennent rien, même d’instinct, ne retiennent que le pire, et leurs films n’ont d’intérêt que pour eux. C'est-à-dire, ce sont eux qui jouent dedans. Point barre. Ces films n’ont aucun accident poétique, aucune fulgurance. C’est seulement potache. On est donc bien loin de l’esprit des films de Gondry, tiens ! Ce dernier se perd aussi lors du film final, plus original mais qui reste à quelques plans près vraiment bien foutus, bien en dessous du travail du réalisateur, même des bricolages de la science des rêves, bien plus indépendant sur le plan cinématographique et véritables univers sémantiques à eux tout seul. Ici, dans ces remakes, rien ne tient tout seul, tout est référencé dans des espaces extérieurs aux films (le film original,  voir les copains jouer, se souvenir du tournage, etc..). Du coup, BE KIND… délivre un drôle de message. Ces gens sont tellement paumés qu’ils ne feront jamais que des petits étrons ? Ou pire : ces gens là sont déjà mort, et non rien à raconter ni à ressentir ? En tout cas, une grande partie du film étant consacré à ces remakes, quelques soient les intentions de Gondry (et c’est un peu flou, faut bien le dire), BE KIND pâtit de l’extrême médiocrité de ces films qui rendent le film largement inattractif ou du moins beaucoup plus terne que ce qu’il pourrait être. Jamais le travail de Def et Blake n’aboutit sur quelque chose de vraiment créatif. C’est de la débrouille, du système D. Et ce n’est pas suffisant. Les remakes et les originaux sont en cela très proches. C’est donc une bien triste histoire. Nos héros ne feront jamais quelque chose qui se tient par lui-même, jamais quelque chose de personnel. Quand ils crééent un film à la fin, Gondry a déjà bien aseptisé son système. Si on y trouve effectivement plus de gourmandises, il reste plus illustratif et de l’artisanat que de l’art. Bizarre… BE KIND…, le film, en pâtit, et est du coup moins beau, moins troublant sur le plan poétique et ressemble quasiment, malgré un soin certain à la mise en scène, à un film de scénario. Qu’est-ce qu’un film qui a de l’âme, comme le célèbre Mia Farrow dans le film ? Un film fait par de gars de la rue, avec les meilleurs intentions du monde, et de la débrouillardise ? Est-ce le simple fait d’avoir osé faire un film plutôt que d’en regarder un ? C’est un peu court, d’autant plus qu’au final, ces films de rue ressemblent énormément aux films originaux. Ils ont juste était fait avec 20 dollars, et n’ont gagné de leur procédé de fabrication que des maladresses potaches. Sils avaient eu plus d’argent, ces gens, le résultat aurait été encore plus porche des films originaux, sans aucune réappropriation. BE KIND REWIND, malgré ses autres qualités, laisse un goût drôlement amer dans la bouche…
 
 
 
Mr Mort.
 
 

 

 

 

 

 

Publié dans Cinémort

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