LES MOTS RETROUVES, de Scott McGehee et David Siegel (USA-2006) : Taille d'Agapé !

Publié le par Dr Devo

(photo : "Correct !" par Dr Devo, d'après une photo de Flora Cross dans LES MOTS RETROUVES)

Chers Focaliens,
 
Ah ben ça y est ! C’est fait, je l'ai vu, le nouveau film de Scott McGehee et David Siegel ! Non sans mal, ceci dit. Comme nous en parlions dans l'article d'hier, où je fustigeais le distributeur du film (la Warner, qui distribue aussi LES BRONZÉS III), j'y reviendrai, la plupart des cinémas assurent le service minimum pour ce film. En effet, dans mon cinéma PATHUGMONT par exemple, deux séances par jour. Et uniquement le soir s'il vous plaît. Traduit dans le bon langage, il faut comprendre : voyez le cette semaine, parce que la semaine prochaine, ce sera cuit !
 
Donc, me voilà le soir au pathugmont bondé à bloc. J'y vais plutôt l'après-midi d'habitude. Cette semaine, en allant voir SHEITAN et le lendemain FAUX AMIS, je regarde l'écran de contrôle. LES BRONZÉS III passe dans trois salles ! Et il y a toujours une salle de complète, même l'après-midi. Hier, j'arrive pour LES MOTS RETROUVÉS 15 minutes en avance, soit 45 minutes avant la séance décalée du film de Patrice Leconte dans la salle N°1 d'une contenance d'environ 600 places : et il n'en restait déjà que 140 ! On y reviendra (peut-être).
Le passage à la caisse ayant été très rapide (d'ailleurs, je dis chapeau bas aux caissières et caissiers de mon Pathugmont, qui sont incroyablement aimables et gentils !), je vais griller une cigarette devant l'entrée. Et là, stupeur avec tremblements, je vois débarquer un groupe de quatre personnes, bientôt rejoint par cinq autres, habillés en tenue de sport d'hiver : après-ski, doudoune, combinaison, lunettes, etc. Vingt secondes de "no-comprendo". Puis, bien sûr, l'illumination douloureuse : ils viennent voir LES BRONZÉS III, et ils viennent déguisés en bronzés au ski ! Je n'en crois pas mes yeux. Je regrette de ne pas avoir pris ma caméra pour mettre cela tout de suite dans mes archives et laisser mûrir en attendant le temps où l’on portera tous l'uniforme (si ce n'est déjà fait). La moindre lutte professionnelle ou syndicale n'entraîne que division (hypothèse haute) ou même, plus souvent, inaction. Par contre, quand il s'agit d'organiser le déguisement en vue d'une sortie en groupe pour aller voir LES BRONZÉS, là OK, on arrive à trouver des solutions et des modus operandi (je ne cite pas assez cette dernière expression d'ailleurs).
Effaré, je m'approche du contrôle, j’attends quelques minutes que ma salle se libère, et j’écoute le jeune homme et la jeune fille qui déchirent les billets. Lui remarque le groupe de skieurs cinéphiles et s'étonne. Elle lui répond : "hier, un groupe de 20 est venu avec les skis et les bâtons". Il y aurait eu une corde, une poutre ou un revolver à portée de main, je crois que je quittais ce monde sans même un mot d'adieu à mes proches ! Oui, la nuit dernière, Richard Gere a sauvé ma vie ou, soyons plus pragmatiques, ma santé mentale.
 
Flora Cross (actrice d'origine française et qui parle trois langues couramment ! Grrrrr !) a 11 ans. Petite fille cultivée et éveillée issue d'une famille bourgeoise, elle-même éveillée et cultivée. Juliette Binoche, la maman, est chercheuse dans un laboratoire. Papa (Richard Gere) est prof de théologie dans une fac. Et le grand frère, Max Minghella, ado approchant la vingtaine tranquillement, est un petit gars attentif et doué, très bon musicien et d'une grande culture, héritage paternel oblige. Gere est un homme moderne et passionné, et il a transmis à ses enfants et à sa femme (ancienne catholique convertie) ses connaissances, son héritage, et son judaïsme.
Bref, tout ce petit monde est drôlement doué et cultivé. Flora s'inscrit à un concours dont seuls les américains ont le secret : un concours d'orthographe. [On donne un mot à des enfants, et, de tête, ils doivent l'épeler en dévoilant l'orthographe exacte. Ce qu'ils appellent un bee (abeille) contest.] La petite fille a l'air douée, et elle est sélectionnée les doigts dans le nez à la finale départementale. Elle attire ainsi l'attention de son père, l'ultra-pédagogue, qui décide de l'entraîner avec sérieux.
Dès que Flora commence à concourir et à graver les plus hauts échelons de la compétition nationale, toujours avec une facilité déconcertante, la petite fille constate que la famille est en train de s'atomiser, de se disloquer lentement et de manière curieusement banale. Sans heurts, lentement mais sûrement. S'il est assez clair que Binoche porte en elle une tristesse fabuleuse, Flora voit bien que son père se lance avec presque trop d'enthousiasme dans son entraînement, et que son grand frère est en train de se perdre et de s'éloigner du paternel, justement.
Le don de Flora pour visualiser, conceptualiser et s'approprier les mots est-il une porte sur la réalité familiale ou une porte sur un Mystère plus grand ? Son père, en tout cas, décide de lui faire suivre un entraînement plus spécifique, inspiré d'un grand mystique juif qui pensait pouvoir entrer en contact avec Dieu en utilisant les lettres qui composent les mots. La saison des transferts a commencé...
 
Alors oui, ça fait déjà quelques jours que je vous bassine avec Scott McGehee et David Siegel. Pour la plupart d'entre vous, ça doit vous faire une belle jambe, et je m'en excuse ! Si les deux réalisateurs, qui ont toujours travaillé ensemble, sont à mon sens les plus talentueux des réalisateurs indépendants américains, ce sont aussi les plus anonymes. Découverts et encouragés par Soderbergh, ils ont déjà réalisé deux films : SUTURE en 1993, film phénoménal et d'une maîtrise ébouriffante, puis BLEU PROFOND (DEEP END), non moins beau, d'une émotion galactique (kleenex obligatoire) avec la plus grande actrice du monde : Tilda Swinton. Comme ça, c'est dit !
[Note : BLEU PROFOND (DEEP END) existe en DVD. Je me permets de faire un aparté. Vous pouvez acheter ça les yeux fermés, d'autant plus qu'en général, on trouve la chose à très bon marché sur Priceminister et consorts (et dans les bacs de DVD d'occasion). ATTENTION cependant : une fois sur deux, l'édition de BLEU PROFOND est en fait le DVD locatif. Ne l'achetez surtout pas ! Achetez le DVD réservé à la vente. Ainsi, vous ne favoriserez pas une vente illégale (il est interdit de vendre des DVD de location), mais surtout, dans la version "réservée à la vente", en achetant BLEU PROFOND vous aurez en bonus (!!!!?????!!) le premier film des deux réalisateurs, c'est-à-dire SUTURE ! Alors avant d'acheter, regardez bien le boîtier, c'est écrit en tout petit sur l'affiche et le quatrième de couverture. Je pense qu'on peut acquérir ces deux films pour moins de dix euros ! Et ça les vaut très largement.]
Il se trouve qu'en 1993, le petit cinoche art et essai de ma petite ville de province a diffusé SUTURE, et hasard encore plus fabuleux, j'y suis allé sans savoir du tout de quoi il retournait. Quel choc !!!! Ce film m'a évidemment retourné comme une crêpe, et puis plus rien, plus de nouvelles des deux acolytes pendant huit longues années. SUTURE était tellement gonflé et original (sorte de thriller cartésien sur l'identité, qui raconte les relations houleuses entre deux frères qui ne se connaissaient pas : l'un est un maigrichon blanc, et l'autre une armoire à glace noire !), que je ne pouvais pas en croire mes yeux : comment, alors que la critique et le public faisaient des gorges chaudes de tout le cinéma indépendant US (très chic à l'époque), comment se pouvait-il que SUTURE, puis plus tard BLEU PROFOND, qui dépassent de très loin tous leurs concurrents, comment se pouvait-il que personne ne s'en souvienne, et que personne ne les ait remarqués ?
 
Bref. Deux de mes réalisateurs préférés étaient, malgré les qualités populaires de leur cinéma, inconnus au bataillon. So what ? Toujours est-il qu'on ne pouvait que se réjouir de les voir revenir. Mais non sans inquiétude : LES MOTS RETROUVÉS est produit par une major, ils n'ont pour la première fois pas écrit le scénario (écrit par Naomi Foner, la maman de Jake et Maggie Gyllenhaal !), et, plus grave : il y a quand même Richard Gere, l'abominable homme des plateaux ! Mazette ! Ajoutez à cela une Binoche qui refait encore le coup de la maman du petit Juju et une bande-annonce quasi désastreuse qui annonce le pire des mélos à la guimauve... Bref, on est très content d'aller en salles retrouver nos deux amis, si talentueux et si généreux, mais par contre, on a une petit boule d'angoisse dans le ventre...
 
Bernard RAPP avait (encore une fois ! comme c'est énervant !) raison en laissant un petit commentaire sur l'article sur SHEITAN. Avant d'aller plus loin, il faut préciser derechef que LES MOTS RETROUVÉS est très loin de l'ignoble film-annonce qui lui sert de réclame ! Et dès les premières minutes du film, il est évident que les deux lascars n'ont pas choisi leur sujet au hasard, et qu'ils ne sont pas là non plus pour faire de la figuration ou de l'illustration ! Ça va être du sérieux, merci mon dieu, me dis-je pendant le générique ! Muy bien !
 
Ah oui ! Quelle entame ! C'est du franc du collier ! Et là, mes petits amis, je peux vous dire que c'est une véritable démonstration ! Ça ne rigole pas du tout. C’est du sérieux et disons le tout de suite et tout de go : ça, c'est du cinéma. Un vrai festival ! Alors bien sûr, il faut faire un préambule tout de suite. Je vais prendre un exemple pour ceux qui ne connaissent pas les deux réalisateurs. Ne vous attendez pas à un univers typé, dont les codes sont ostentatoires et crèvent les yeux au premier regard. Par exemple, on n'est pas du tout dans le dépaysement total d'une direction artistique et d'une mise en scène à la Wes Anderson. Ce n'est pas un défaut ni une qualité, c'est une simple remarque. McGehee et Siegel emportent la mise en 30 secondes (en ce qui me concerne, et pour un spectateur qui découvre la chose, en trois minutes, pas plus). La mise en scène est SU-BLI-ME.
Le cadre est léchouillé avec goût et originalité. La photo (de Giles Nuttgens, connais pas ! [Il a travaillé sur BLEU PROFOND et BATTLEFIELD EARTH ! NdC]) est très belle. Et le montage les amis, le montage ! C'est éblouissant, bien sûr. Moi qui vous bassine avec le montage et le cadrage à longueur d'année, répétant jusqu'à plus soif que ce sont les mamelles du cinématographe... Et bien là, en voici la preuve formelle : ellipses rapides et signifiantes, rythme très soutenu, jeu de décalage incessant avec le son et l'image, maîtrise totale de l'échelle de plans (avec une générosité rare : la preuve qu'on peut mettre en valeur ses gros plans), etc. Que du bonheur. C'est riche, généreux et d’une sensibilité extrême. Ici, c'est non pas le scénario et les acteurs qui émeuvent (enfin, pas seulement), c'est d'abord et avant tout la mise en scène, et même le montage ! C'est hallucinant. Comme quoi, avec peu, avec un peu de jugeote, de réflexion et de malice, on peut faire un film original en deux coups de cuillère à pot, et mieux encore, faire un film qui ait de la personnalité, c'est-à-dire qui ne ressemble à rien d'autre. Je ne vais pas m'étendre sur la mise en scène et vous laisse découvrir cela. Un exemple peut-être. Comme souvent dans le film, Binoche va border Flora Cross avant qu'elle ne s'endorme (la vache, les champs / contrechamps !). La dernière fois qu'elle le fait, la caméra n'est pas dans la chambre de la petite, mais dehors, sur le palier. Regardez bien comment nos deux compères font la coupe entre l'extérieur et l'intérieur. Regardez à quel moment et sur quel rythme on amène le contrechamp (Binoche qui ferme la lumière et la porte). Notamment le jeu avec le plan précédent, coupé de façon trop brusque (que c'est beau), suivi immédiatement par le geste de Binoche qui éteint la lumière (faisant ainsi disparaître le champ qu'on vient de quitter : plastiquement et sémantiquement, c'est exquis). Dans la foulée, ils font deux jump-cuts. Aucun des deux n'est superflu, aucun des deux n'est là pour faire chic. Les deux jump-cuts, figures branchouilles pourtant, apportent chacun une nuance et brisent Binoche en trois morceaux. Le tout dure quatre secondes ! La classe !
Autre exemple, plus simple, la première arrivée de Flora Cross dans la salle de son école où l’on entraîne les futurs compétiteurs. Ce n'est pas compliqué pourtant : juste un décalage et un jeu sur le son, sur le mélange de sons off et sons on, avec le montage image qui suit. C'est simple comme bonjour, et ça ne ressemble à rien d'autre. CQFD, et avec quelle générosité et gourmandise encore une fois.
 
LES MOTS RETROUVÉS surprend. Par petites touches subjectives, McGehee et Siegel déploient une narration assez déroutante, qui semble se baser sur le lacunaire, sur les trous. Ou plutôt, comme le disait notre ami Bernard RAPP, sur un découpage filandreux (un élément en entraînant un autre, mais de manière chaotique), et si l’on ressent les choses très fortement, on ne sait pas du tout où le film nous mène, et ce qu'il veut nous dire. C'est dans cette discrétion aussi, dans cette volonté de faire apparaître certaines choses abstraites ou sur lesquelles "on a du mal à mettre le doigt dessus", mais en périphérie, sur les bords, qu'on reconnaît le bizarre projet des deux réalisateurs. Le film avance, les enjeux se positionnent et certes, un thème se dégage assez fortement, des pistes étant même avancées. Mais dans le même mouvement, et ce malgré une mise en scène assez marquée, on sent que le film entier tend vers autre chose, vers d'autres nuances et d'autres propos difficilement définissables. Et c'est pour ça que le film nous touche avec tant de force et tant de mystère : McGehee et Siegel mettent le doigt sur la plus indéfinissable des solitudes, la plus intrinsèque. Ce que découvre Flora [d'où l'intérêt de nous faire croire, avec justesse, que c'est le concours qui déclenche tout le chaos, ce que verbalisera la petite fille (scène de la voiture) mais beaucoup plus tard, là où nous, adultes, auront compris que ce n'est pas ça qui se passe], c'est la solitude extrême et ontologique de l'existence même, le trou noir de l'individualité et de la personnalité, idées reprises quelquefois dans les macro-plans (sur le crayon, dans le microscope de Binoche, qui d'ailleurs se fond dans un plan noir). Ce qui est choquant, c'est que la vie ne peut pas être ça, c'est-à-dire un individu éjecté dans le chaos de l'Univers où les trous et le vide entre les choses sont plus grands, en proportion, que la Matière. Cette initiation est cruelle, et pose sans doute la question de Dieu effectivement, de notre rapport à lui, dans cette perspective où l’on ne peut pas faire autrement que de lui lancer la question à la figure ! C'est dans ces eaux-là, fugitives et très dures à préciser, que se situe le sujet du film. Et évidemment, plus on avance et moins on sait exactement de quoi tout cela parle, en quelque sorte. On est face au chaos de la Création elle-même.
Ajoutez à ceci la gourmandise qu'ont les deux réalisateurs à déplacer dans les coins les axes principaux, de dire véritablement les choses de manière énigmatique, sous les événements, et vous obtenez ce film étrange et passionnant. [Par exemple, la façon dont Flora Cross agit à la fin du film, je ne dis rien pour ne rien gâcher, est étrange. Geste en direction du père et du fils, ou geste en loucedé en direction de Binoche. Et cette façon dont la petite fille disparaît dans le grain de la vidéo est vraiment troublante... Autre exemple sur la même scène, pour illustrer les rebonds incessants et la volonté de périphérie des deux réalisateurs : ils introduisent le film en flash-forward (le final), et on s'aperçoit quand on arrive à ce point là de l'histoire que le mot clé du film n'est pas "oppidum", mais le suivant !]
 
Alors il faut le dire tout net, si l’on veut être honnête. LES MOTS RETROUVÉS est assez largement en dessous de SUTURE et BLEU PROFOND. Sans conteste. La deuxième partie du film, introduite par un sacré bouleversement scénaristique qui fut défloré, en ce qui me concerne, par l'abruti Bruno Cras, journaliste PRO-FESS-IO-NNEL, c'est-à-dire payé pour ça (et il ne paye pas sa place, en tant que journaliste, bien sûr) à Europe 1, et qui a vendu la mèche dans sa critique stupide du film ! Merci Monsieur d'avoir gâché la surprise ! Merci beaucoup, surtout parce que ce film est toujours sur la brèche du sens, merci de m'avoir empêché de ressentir cet étrange tournant du scénario et de ne pouvoir le voir qu'à travers le prisme de la réflexion intellectuelle. Bravo, belle éthique !
Suite à ce bouleversement, et bien que la narration ne soit pas forcément moins cadrée, on entre dans un petit ventre mou, moins malicieux et plus redondant, qui perd un peu le film, qui du coup peine à retrouver son éclat sublime. On sent également, et encore une fois malgré la qualité globale du scénario, que ce n'est pas eux qui ont écrit la chose, et qu'ils se sont glissés, avec gourmandise sûrement, dans l'écriture d'un autre. Donc on n'est pas complètement conquis par le film, ou plutôt, il semble, sans qu'on ait vraiment réussi à mettre le doigt dessus, que cette dernière partie aurait pu être encore plus aérée, ou peut-être même (c'est un peu gonflé de dire ça, mais bon...), encore plus abstraite. Peut-être est-ce simplement dû à la fabuleuse maestria des trois premiers quarts d'heure. Je me laisse le temps de la réflexion...
 
Les acteurs. Ben oui, oui, oui. Flora Cross est incroyable, et dieu sait que je déteste les enfants au cinéma. Elle survole la chose les doigts dans le nez, et ne recule jamais. Gageons qu'on la reverra ! La mise en scène, en tout cas, travaille avec une grande beauté son regard sur sa famille, qui, comme le film, les observe discrètement, de biais. Binoche est vraiment bonne, se laisse aller enfin, un peu, et fait oublier son rôle de maman pour quelque chose de plus intuitif, ce qui confirme peut-être ce que je disais d'elle dans CACHÉ de Haneke : elle prend les choses à bras le corps et avec technique. Bien. Gere, que je ne peux pas voir en peinture et qui, dans le moment, est mauvais comme un cochon, a accepté le rôle pour des raisons idéologiques évidentes (je vous laisse découvrir quoi !). Alors il est plutôt sobre, ça change, plisse quand même des yeux en souriant en coin au moins une demi-douzaine de fois, et cherche à tout prix à garder le contrôle de lui-même, contrairement à Binoche. Le film en pâtit peut-être. En tout cas, il est a des années-lumière de ses abominables rôles habituels, et se révèle tout à fait capable, ce qui déjà, en soit, est un exploit. Il faut dire qu'il est drôlement tenu en laisse. Le frangin est gentil sans plus. Une bonne idée sinon est d'avoir mis là-dedans Kate Bosworth, complètement improbable, qui débarque là-dedans comme un cheveu sur la soupe (ça fait son petit effet bizarre). Malheureusement, son personnage ne va pas très loin et est assez illustratif. [Je crois que la très relative faiblesse du film vient du fait qu'il abandonne le fils en chemin, et l'enferme dans un schéma qui est de moins en moins incarné, de plus en plus illustratif. Ses conflits ne sont jamais présents dans la dernière partie du film, ce qui le rend un peu théorique et convenu, là où le début de son cheminement était bien troussé !]
 
La chose est subtile et mystérieuse. Je ne sais pas si ce film plaira à beaucoup d'entre vous. [Alors que pour BLEU PROFOND ou SUTURE, j'en parierais ma chemise !] Il faut aimer quand même l'étrange parti pris impressionniste du film. En tout cas, Siegel et McGehee n'ont pas à rougir de ce film, qui reste quand même absolument personnel, et qui jamais, au grand jamais, ne sombre dans le pathos hollywoodien dégoulinant, ou, c'est très étonnant, dans le mélo convenu. LES MOTS RETROUVÉS a les mains propres, et malgré une distribution en demi-teinte (chose que je comprends après avoir vu le film : ce n'est sans doute pas si populaire que ça... Même si c'est très généreux !), on ne peut que se réjouir de voir un film si ambitieux et si mystérieux passer les portes de la sortie en salles. Devant le niveau de bêtise généralisée qui envahit les écrans commerciaux ou art et essai, c'est déjà pas mal.
 
Fidèlement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Publié dans Corpus Filmi

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sigismund 26/11/2010 00:33



ce dont vous parlez à propos des trois premiers quart d'heure est ce qui m'avait impressionné sur DEEP END, cette façon qu'ils ont d'aborder un sujet en parallèle de l'intrigue et de faire
apparaître les enjeux...


de fait je serais extrêmement curieux de voir ce que cela donnerait si -juste une fois- ils adaptaient du De Lillo, 'Body Art', ou ' L'étoile de Ratner'...


(ça y est je l'ai dit.)



Isaac Allendo 06/03/2007 13:15

Je réactive cet article pour dire que "Suture" est un film absolument fabuleux (rien que l'idée de la ressemblance entre les deux acteurs mérite qu'on voit le film), voir même complétement hallucinant.C'est dingue que personne n'en parle !Par contre je suis un peu moins enthousiaste pour "Deep End", il faut dire que je l'ai enchaîné juste derrière donc je n'étais pas vraiment remis de l'autre. J'ai envie de dire que la mise en scène se montre moins, plus discrète quoi, ce qui correspond à l'ambiance du film en même temps. Par contre c'est encore mieux interprété.

Dr Devo 04/02/2006 15:18

Cher repassant,Sur les mots retrouvés (son affiche, sa bande-annonce) tu as bien raison, c'est dégoulinant. pas le film, dieu merci!Dr devo.

Le repassant 04/02/2006 15:00

Je n'ai bien évidemment rien lu de tout ce que tu as dit des "mots retrouvés", j'essayerai de me faire une idée tout seul, "avec la cassette culture". L'affiche est ignoble, faudrait qu'ils enlèvent le pastel de photo shop, ou alors qu'ils y aillent à fond (vendre un film de guerre avec une affiche avec que du gloss, tu sais le truc que les filles se mettent sur la bouche pour la rendre plus profonde).
Ca m'avait rebuté aussi pour "La terre abandonné", l'affiche étant gommée "United color of the World pictures", mais le film est très bien, comme quoi faut vraiment plus se laisser avoir par les c.....ries des chargées de marketing.

Le repassant 04/02/2006 14:50

Alors pour les bronzés (parce que j'ai pas été voir celui dont tu parles, qui ne me disait rien, mais alors rien du tout), c'est très standard, immensément standard, mais bien fichu, et à double sens.
 Le père Leconte nous prend pas trop pour des cons, mène son affaire tambour battant, et puisque ses bénéfices sont indexés sur les entrées, décide de ne nous parler, pour ainsi dire, que de fric. De sexe aussi, mais cela ne nous change pas beaucoup. Je ne m'étendrai pas sur le film, qui ne mérite rien de particulier (sinon que c'est tout de même bien mieux fichu qu'un Zidi), mais sur "l'espèce de message" qu'il fait passer : voguez jeunesse, n'espérez plus, le cinéma français, c'est devenu cela, des apoplectiques qui font éclater des biscottes au caviar à coté d'une piscine et qui ne parle que de cul et vous collent de la musique de daube (un sous rock FM délibérément nul, c'est pas sur la BO qu'ils vont se faire des sous) sur des paysages de rêve.
Ben je suis rentré dedans alors que j'avais un énorme a priori négatif (séance du matin, on va pas non plus payer 10euros pour ce genre de trucs), j'avais évidemment ejecté la cassette culture avant, et ça marche pas trop mal, une fois que l'on s'est dit que Clavier mourra Clavier, une fois que l'on a compris les intentions du bonhomme. Le premier plan, un plan séquence à la grue est là pour nous mettre sur la piste : flou sur des feuilles, assez impressionniste et surprenant comme premier plan d'un film français comique, on se dit, ouah, il a décidé de faire de l'image le petit, la grue en montant d'un seul coup nous dévoile la cote de Sardaigne, la musique de daube commence, on descend sur la baraque de rêve par une bascule droite descendante, le plan s'attarde sur les reflets dans l'eau, puis remonte sur Thierry Lhermite en train de commander des langoustes avec son portable, voilà les enfants, c'est terminé maintenant, j'aurais "pu" faire du bon cinéma, mais on est pas là pour ça. Après c'est caviar fric sexe tromperie, bienvenue dans les années 2000 où seul cela compte. Il prend bien soin de rien laisser trainer qui puisse devenir mythique, je crois que c'est délibéré.
Rien de très fin me direz vous? Certes, mais je m'attendais à largement pire, et j'ai le souvenir de films français supposés comiques à 15millions d'euros où les spectateurs se faisaient monstrueusement chier (Le boulet), autant prendre ce type de petite parodie.
Après, le réalisateur pourrait s'assumer un peu plus, et arrêter de faire ces daubes de qualité pour faire le cinéma qu'il aime sans doute un peu plus, pour lequel il est évidemment moins doué, mais enfin dans la vie on ne choisit pas tout.