L’ABECEDAIRE : A ZED and 25 Noughts (PEUR BLEUE, de Daniel Attias, LE SHERIF ET LES EXTRA-TERRESTRES, de Michele Lupo)

Publié le par Le Marquis

Cet Abécédaire, c'est pour me distraire... (Le Marquis, d'après une photo de Guesch Patti)


Chers Journals,
 
Les habitués du site le savent, je suis un homme malade, dévoré par l’utopie de l’archivage ultime, consumé par le désir d’entasser les films et de constituer une source cinématographique potentiellement inépuisable et profondément hétéroclite. Que faire quand on est atteint de cette fringale dont je suis copieusement atteint, et qui m’amène à accumuler aujourd’hui une collection de films qui a récemment dépassé les 1600 items, fréquemment évoquée du reste par mon noble hôte, le Dr Devo ? L’hôte logique en somme, car c’est bien vers un docteur que doit se tourner l’homme malade…
Ne croyez pas cependant que cette maladie se manifeste, comme celle de ceux qui ont développé une dépendance aux jeux d’argent, par une méticuleuse entreprise de ruine méthodique, par des fins de mois difficiles, par de lourds entretiens face à un banquier perplexe. Avec l’expérience, on apprend très vite à ignorer superbement les tarifs pratiqués par les éditeurs, et à traquer les bonnes affaires aux confins des solderies, des dépôts d’articles d’occasion, des sites VPC du style de celui dont la bannière orne la page que vous êtes en train de lire. On apprend tout simplement à patienter, à réserver les achats compulsifs aux bacs de DVD à moins de 5 Є. Il est hors de question de céder aux sirènes d’éditeurs comme MK2, qui pratiquent des tarifs snobs et prohibitifs. Hors de question aussi de jouer le jeu de grandes enseignes comme, dans ma contrée, le Leclerc Culture local, qui profite sans vergogne de l’absence de concurrence pour accommoder les prix de vente à leur sauce, très personnelle – plusieurs tarifs allant du simple au double dans le même magasin, marges de bénéfice extrêmement généreuses qui poussent le bouchon jusqu’à vendre ces doubles programmes de piètre qualité qui remplissent les bacs des supermarchés (deux films pour 4 Є, tarif éditeur – dans le lot, je vous recommande vivement le double programme LE BÂTEAU DES TENEBRES / LE CLANDESTIN, ce dernier film étant une série Z particulièrement hilarante), en arrachant l’étiquette "4 Є" pour la remplacer par un surréaliste "15 Є". Hors de question de préférer l’édition collector attrape-gogo, qui fait payer au consommateur docile un surplus conséquent pour un emballage en carton, un making of à dormir debout et trois pauvres interviews totalement dénuées d’intérêt. Hors de question, enfin, de me ruer sur une nouveauté vendue la peau des fesses, qui verra son prix réduit de moitié (voire plus) six mois plus tard. Deux règles d’or, si l’on veut survivre à sa maladie : le prix fait loi (ne jamais, jamais investir plus de 15 Є dans un film, quel qu’il soit) ; et l’on se doit de se poser des limites et, comme ils disent, de déterminer "le juste prix" (j’aimerais vérifier les dires du docteur sur THE GRUDGE, mais je ne l’ai pas acheté au prix neuf, et je ne l’achèterai pas d’occasion tant qu’il ne sera pas descendu en dessous de la barre des 5 Є. Souvenez-vous : il n’y a pas le feu !).
 
L’important c’est que la découverte prime, Prim, Prism, Prism Leisure… Tiens, ça fait longtemps que je ne vous ai pas parlé de l’éditeur Prism Leisure, il y a pourtant du nouveau ! Prism Leisure, on en a déjà parlé (Note du Dr: ici!). C’est cet éditeur qui remplit les bacs de DVD vendus trois clopinettes, qui s’est spécialisé dans l’édition de films dont ils ne possèdent pas toujours les droits, ce qui les amène régulièrement à concocter des jaquettes fantaisistes, cousues de fautes d’orthographe et de contre-vérités, de crédits fantaisistes et d’affiches de films absents sur le DVD, remplacés pour le meilleur ou pour le pire par des titres n’ayant rien à voir avec la choucroute (CYBER WARRIOR dissimulant ainsi le très bon HARDWARE, le méconnu CURTAINS devenant DEATH DOLL, et j’en passe). Copies systématiquement en VF, aucun bonus (ou alors, mais c’est exceptionnellement rare, une bande annonce), copies le plus souvent recadrées issues de vieilles VHS usées jusqu’à la trame et reportées telles quelles sur support digital. Anciennement connu sous le nom de Initial Video (ou Intégral Video, c’est selon), Prism Leisure change souvent de nom suite à ses démêlés avec les ayant-droit, mais ne change jamais d’optique, refourguant les mêmes œuvres sous des titres et des jaquettes différentes. Rappelons d’ailleurs qu’à l’époque de la VHS, Intégral Video pratiquait comme un sport national la copie de films sur cassettes invendues ou rapatriées en urgence, ce qui permettait parfois des expériences déjà surréalistes comme de voir le film SCANNERS de David Cronenberg avec en arrière fond sonore une bande son de film de guerre (avec hélicoptères et tirs de mitraillettes) venant parasiter (tout pour plaire à Cronenberg, donc) la bande son du film en question. On aurait pu penser qu’avec l’apparition du DVD, ce genre de tuiles et d’approximations techniques involontairement expérimentales allait disparaître, mais c’était bien ignorer le talent si particulier de l’éditeur fantôme. Aujourd’hui, je ne sais pas si l’on doit continuer à parler de "Prism Leisure". D’autres appellations font actuellement surface (oui, plusieurs, tant qu’à faire, autant donner du fil à retordre aux détenteurs des droits !) : Lazer Films, Quadra Vision, ou tout récemment RED (Reel Entertainment in Digital), tous ces prête-nom dissimulent bien la même entité. Autre nouveauté, j’ai constaté ces derniers temps une tendance nouvelle à proposer certains titres dans le bon format, ou presque, ce qui est une véritable révolution.
Je dis bien "presque", et je m’explique. Prenons par exemple un film qui vient de paraître sous l’enseigne ‘RED’ : le film PEUR BLEUE, de Daniel Attias (USA, 1985). Un petit, mais alors tout petit, classique des années 80. Cette adaptation d’une nouvelle de Stephen King, qui propose un récit assez classique de lycanthropie, a une réputation désastreuse de petit navet aux effets spéciaux (dirigés par le piètre Carlo Rambaldi) plutôt navrants. Ce n’est effectivement pas un très bon film, mais est-ce lié à la nostalgie ? Le film, que j’ai vu lors de sa sortie en salles quand j’étais petit garçon (salut Michel), m’a paru assez charmant à la revoyure. J’ai retrouvé certaines séquences oubliées, comme celle où le jeune Corey Haim tire des feux d’artifice sur un pont en pleine forêt, et est attaqué par le loug-garou, ce qui est très embêtant car l’enfant est quand même dans une chaise roulante, et même si elle marche au super et fonce à vive allure sur les routes de campagne, le pauvre est quand même en mauvaise posture. Joli casting d’ailleurs, avec Everett McGill en prêtre tourmenté par les événements, Gary Busey en oncle alcoolique mais généreux et compréhensif, et même Bill Smitrovich (le papa de Corky, "un adolescent pas comme les autres" !) en rustre pilier de bistrot organisant une battue bien arrosée dans la brume qui connaîtra une issue désastreuse – une séquence assez belle, d’ailleurs, sans doute la meilleure du film, fort bien photographiée et émaillée de détails assez cocasses – j’apprécie particulièrement un plan assez cartoonesque : un homme est attaqué par le grand méchant loup, il tombe au sol et la lutte a donc lieu hors de notre champ de vision, du fait de cette brume bleutée qui forme presque une mer, flottant à un mètre du sol. Le pauvre monsieur tente de se défendre à l’aide de sa batte de base-ball, que l’on voit s’abattre encore et encore et encore sur la créature… Brève pause, grognement, et c’est soudain la grosse paluche toute poilue qui surgit de la brume, brandissant la batte avec laquelle elle se met à frapper à son tour, avec des résultats plus probants au vu des bruitages et craquements emplissant la bande son. Ça me plaît ! L’un dans l’autre, en somme, tout ça se revoit avec grand plaisir. Mais revenons à des considérations plus techniques. En DVD, les films peuvent être proposés dans leur format respecté, ou peuvent être recadrés de façon à bien remplir l’écran de télévision des béotiens qui préfèrent voir des films mutilés plutôt que de devoir supporter les infamantes bandes noires. Quel que soit le choix de l’éditeur, la copie, au format ou pas, peut être proposée en 4/3 (avec ou sans bandes noires, mais sans que le film soit obligatoirement recadré) ou en 16/9e si le téléviseur le permet (pour des films au format respecté, "optimisé" par cette option). PEUR BLEUE est dans un format bâtard, quelque part entre le 4/3 et le 16/9e : selon la configuration de votre poste de télévision, les personnages vous paraîtront subtilement écrasés (en 16/9e) ou subtilement allongés (en 4/3) – à vous de voir quelle option vous fait le moins mal aux yeux. Bref, on peut dire qu’en termes de compression, PEUR BLEUE est proposé en 10/6e de cuisine. Bien plus poétique s’avère une autre particularité de cette compression : la copie, lorsqu’un plan très lumineux apparaît brusquement, est très brièvement parasitée, ce qu’on remarque à peine, jusqu’à cette séquence finale où le loup-garou démasqué agresse le jeune héros, sa sœur et son oncle dans la maison familiale. Des grondements autour de la maison, la grande sœur paniquée car elle vient d’apercevoir le faciès de la bête à l’extérieur, l’oncle qui commence à penser que toute cette histoire n’est peut-être pas le fruit de l’imagination de son neveu, le suspense est à son comble. C’est à cet instant que la créature, avant de pénétrer dans la maison, arrache les câbles électriques à grands coups de griffes pour la plonger dans la pénombre : à l’instant où le loup-garou arrache ces câbles, l’image se brouille brutalement et bien plus durablement (deux à trois secondes). Ça a beau être involontaire, c’est magnifique, car soudain, le monstre du film que nous sommes en train de visionner accomplit un geste qui a une incidence directe et très troublante sur notre poste de télévision, sur notre petit confort de visionnage. Le défaut manifeste de compression rejoint ici, par la petite bande et bien involontairement, le gimmick des vieux films de William Castle, cinéaste toujours à la recherche d’un biais par lequel transposer l’univers du film dans la salle qui le projetait (sièges électrifiés, figurants masqués, polices d’assurance ou décharges signées à l’entrée de la salle), auquel Joe Dante rendait d’ailleurs hommage dans son très beau PANIC À FLORIDA BEACH.
Autre expérience récente de cinéma de la recherche à son insu, provided by Prism Leisure aka Quadra Vision, gee, thanks a lot : LE SHERIF ET LES EXTRA-TERRESTRES (ou, sur la jaquette, SHERIFF ET LES EXTRA-TERRESTRES, mieux inconnu sous le titre original, UNO SCERIFFO EXTRATERRESTRE – POCO EXTRA E MOLTO TERRESTRE), un bon gros Bud Spencer du cru réalisé en 1979 par l’italien Michele Lupo. Un film en vrai 16/9e pour le coup, qui démarre sur les chapeaux de roue, pas question de perdre du temps en montrant l’arrivée de ce garçonnet extra-terrestre sur notre planète, pas question de provoquer l’ennui en nous le montrant rencontrer le Shérif Bud et nouer avec lui, progressivement (c’est chiaaaannnt !), une belle histoire d’amitié. Après une séquence d’introduction expéditive et un générique bercé par une chanson country à hurler de rire, la situation est posée d’emblée : Bud Spencer est un shérif qui s’installe dans un patelin avec son pote, le petit garçon alien, point barre. Ou point baffe, devrais-je dire, car malgré les apparences, Bud Spencer ne change rien à son « univers cinématographique » pour autant. Le gros Bud a bien du mal à se faire respecter au début par les habitants de la petite ville, alors il distribue des baffes. Après quoi, il devient le shérif de la ville, et distribue des baffes aux bandits, notamment à une bande de motards grimés comme pour un carnaval, qui ne doivent donc rien à MAD MAX ou à EASY RIDER. Le petit garçon fait des blagues magiques de temps à autres, et découvre soudain que la Terre est sur le point d’être envahie par de malfaisants extra-terrestres d’une galaxie voisine de la sienne. Au début, Bud ne le croit pas – des extra-terrestres ? N’importe quoi ! Après, il le croit, et ça va mal parce que du coup, Gros Bud est seul contre tous. Mais heureusement, ce film nous révèle que distribuer des baffes permet d’accéder au respect : tous ceux que Bud Spencer a tabassés au cours du métrage viennent adjoindre leurs forces à la sienne pour faire front face à la menace extra-terrestre. Et c’est parti pour une grosse séquence de bagarre, accompagnée par la chanson tartempion du générique d’ouverture, alors que Bud Spencer fait ce qu’il sait faire le mieux : donner au passage des baffes à des cascadeurs qui font tout le boulot ! Bon, OK, vous me direz, rien d’expérimental là-dedans. Mais c’est sans compter sur la section "recherche" du service technique de Prism Red Quadra Lazer… Au bout d’une heure de film, et alors que la bagarre en question bat son plein, le son disparaît soudain pendant une dizaine de secondes. La main déjà posée sur la télécommande, je suis sur le qui-vive, prêt à faire de l’avance rapide pour voir si le reste du film est définitivement chaplinisé. Ah, tiens, non, revoilà le son, replongeons nous donc dans cette perle du 7e Art. Mais le film est devenu très étrange, décalé, quasi incompréhensible. Au bout de quelques minutes à me gratter la tête avec perplexité en me faisant la réflexion que la post-synchronisation a de la crotte dans les oreilles, c’est la stupéfaction. Des personnages parlent à l’image, mais les seuls sons qui franchissent leurs lèvres sont des "paf !" et des "ouch !". Un train passe en silence. Des voix-off surgissent de nulle part et énoncent des phrases en total décalage avec l’action en cours. Des coups sont portés dans un silence cotonneux, soudain traversé par le rugissement du passage d’un train qui n’est plus à l’écran depuis trois bonnes minutes… Et oui : la dernière demi-heure du film se déroulera avec un décalage son / image de trois bonnes minutes !!! Ce qui, pour être tout à fait honnête, et j’espère que Mr Lupo ne m’en tiendra pas rigueur, a totalement relancé mon intérêt pour le film, devant lequel j’avais fini par m’avachir dans un ennui vaguement goguenard. D’un coup, j’étais devenu totalement attentif – et réceptif ! – aux effets non-sensiques, abstraits et savoureux que générait cette bourde providentielle.
Ce qui permet à Prism Leisure, avec qui j’aimerais bien avoir un entretien d’ailleurs (mais la police aussi, probablement !), de rester à mes yeux un formidable terrain de découvertes et de surprises. Je sais que bon nombre de professionnels pestent contre ces contrefaçons et contre la déplorable qualité technique de ces éditions frauduleuses. En ce qui me concerne, je les encourage vivement, à la fois parce que l’éditeur déterre des films qui ont par ailleurs bien peu de chances d’être distribués (principalement une armada de séries Z ou de séries B issues des tréfonds des vidéoclubs des années 80, mais aussi parfois de vrais bons films comme le TRAUMA de Dan Curtis ou le très rare REBORN de Bigas Luna), et parce que c’est peut-être le seul éditeur dont les DVD peuvent réserver de vraies surprises à moindre frais, du film qui peut en cacher un autre à la compression hasardeuse qui peut, comme on vient de le voir, générer des expériences de cinéma totalement singulières, telle cette boucle filmique isolée en fin de programme sur le DVD de PUMPING IRON II (THE COMEBACK), superbe moment d’abstraction.
 
Le vrai problème, pour revenir à cette pathologie, c’est le cruel dilemme du choix. Face à une pile de 700 nouveautés plus ou moins fraîchement acquises, il m’arrive fréquemment de tergiverser pendant des plombes avant de pouvoir me décider. Avec une fâcheuse manie qui consiste à systématiquement commencer par le dessert, et à négliger la consommation quotidienne de fruits et de légumes indispensable au maintien d’une santé déjà fragilisée. "Je pourrais regarder ce Kurosawa… Ce Sam Peckinpah est sûrement formidable… Ça m’intrigue quand même, cet ETRANGE MONSIEUR PEPPINO… Bon, allez, je vais regarder VIRUS CANNIBALE !" Car, ne l’oubliez pas, on achète toujours un film pour le voir, pas pour l’entreposer, pas pour le poser sur la table du salon pour faire chic quand on a de la visite. On achète des films, pas des DVD, le chaland a trop souvent tendance à l’oublier, encouragé, il faut bien l’admettre, par la veulerie commerçante qui consiste à installer des présentoirs farcis du DVD qu’il faut (?) acheter ce mois-ci – il est frais, mon IZNOGOUD, il est frais !!! "Oh ! Tu as vu, chérie ? Il y a le DVD de SPIDERMAN !" "Excusez-moi, monsieur, je cherche le DVD de UN GARS, UNE FILLE…" "Vous avez DAREDEVIL en collector ?". Au secours. Chez moi, tous les films achetés le sont pour un objectif clair : celui de les visionner, celui de revoir de vieilles connaissances (par plaisir ou pour leur donner une seconde chance), celui de faire des découvertes, celui surtout de varier les plaisirs, les textures et les saveurs. Mais dans quel ordre ? Que choisir ? Comment éviter qu’un film acheté pour être vu ne prenne la poussière pendant des années – il aurait alors pu parfaitement rester dans l’étalage sans que j’en sois le moins du monde privé ? J’ai la solution.
Et cette solution, c’est l’Abécédaire. Le principe en est très simple : il s’agit de sélectionner dans un premier temps une série de 26 films (ou moins si l’on est en panne de films en Q, en X ou en Y, denrées rares et recherchées), et de faire comme dans ZOO de Greenaway. A comme… B comme… C comme… Une fois cette liste établie, interdiction formelle d’en changer, de remplacer un titre par un autre par caprice. Cette liste est verrouillée une fois établie, c’est une règle d’or. À chaque fois que je visionne un film, j’en rajoute un autre puisé dans mes ressources à l’autre bout du spectre. Je vois un film en A, je rajoute donc un nouveau film en A après la lettre Z de la première sélection. Et ainsi de suite. C’est un système contraignant, mais qui ne l’est pas plus que celui qu’imposent les diffusions télévisées ou les programmations en salles. Et il a cet avantage certain qu’il n’est composé que de films pré-sélectionnés à l’achat – aucun risque donc de voir un jour l’espace B squatté par LES BRONZÉS, et ce n’est pas dommage. Ce système ne peut connaître qu’une seule entorse : celle qu’implique le fait de recevoir. Car mes hôtes ont le choix, pour le meilleur et pour le pire, et loin de moi l’idée de les en priver. C’est beaucoup trop amusant de les voir hésiter, prendre, reposer, demander à voir la bande annonce, tergiverser, pendant de longues, longues, longues minutes. Mais il est également permis d’intercaler entre chaque film un programme court (court-métrage, clip de Julie Pietri – je peux le faire, vous êtes jaloux ?, voire un épisode d’une série TV, comme je le fais en ce moment avec la première saison de la vieille série AU-DELÀ DU REEL).
Ainsi, après les fêtes et leur cortège de visiteurs, qui sont et seront toujours les bienvenus, l’Abécédaire, né en fin d’année 2005, a fait son grand retour en janvier, en reprenant à la lettre S.
 
S comme… LE SHERIF ET LES EXTRA-TERRESTRES.
T comme… TWENTY-NINE PALMS, de Bruno Dumont.
U comme… UNIVERSAL SOLDIER, de Roland Emmerich.
V comme… LA VIE EST BELLE, de Frank Capra.
W comme… WONDERFUL DAYS, de Kim Moon-Saeng.
X et Y n’avaient pas de titres à représenter au moment de la sélection.
Z comme… ZOO, de Peter Greenaway.
A comme… ANGEL, de Harley Cokeliss.
B comme… BAMBOLA, de Bigas Luna.
Voilà où j’en suis à cet instant. On voit à quel point ce système me permet de changer d’univers du tout au tout, me permettant d’enchaîner le Bud Spencer avec le film de Bruno Dumont (raté mais diablement courageux), de passer du combat bourrin opposant Jean-Luc Van Damme (pire que jamais) à Dolph Lundgren (qui m’est très sympathique) au classique (estimable et assez attachant) de Frank Capra, de l’animation SF simplette et sans intérêt au choc esthétique du film merveilleux de Peter Greenaway, d’une chronique fantastique mélancolique à une chronique érotique vulgaire et décomplexée – pas d’un intérêt très brûlant ceci dit… En huit films, vous pouvez constater que je voyage, entre 1946 et 2003, en Italie, en France, en Espagne, aux USA, en Angleterre, en Corée du Sud, voguant entre comédie pompière et cinéma expérimental, entre SF et érotisme, entre épouvante et conte de Noël… Le choix n’est plus un problème, puisque, pour chaque titre, il se fait sans pression et sans énervement, dans la paix de l’esprit, son visionnage étant reporté, quoi qu’il arrive, à 26 jours de sa nomination. En somme, vous lisez les propos d’un homme malade heureux. Qui vous tiendra régulièrement informés de l’évolution de son Abécédaire. Et de celle de Prism Leisure, l’éditeur fou, auquel je dédie affectueusement cet article.
 
Le Marquis
 
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prisca, de passage 14/02/2006 16:04

Un bien bel article comme on aimerait en lire plus souvent.Et je profite de ce passage pour dire que ce que j'aime beaucoup les photos, et surtout les titres des photos du Docteur.

Le Marquis 10/02/2006 18:09

Idées cadeau !

Bernard RAPP 09/02/2006 21:26

Non, non, non, s'il ne doit en rester qu'un c'est "Cafe Flesh".

Ou alors, pour le plaisir gourmand du titre : "Triple Ejac Dans Brigitte" ou "Arrête de sucer ton pouce, j'ai mieux en dessous".

Dégueulasse, je suis outré.

ou bien

Je suis outré... Dégueulasse

etc.

Dr Orlof 09/02/2006 17:30

Sur un plan esthétique, je n'en suis effectivement pas persuadé (la technique est hasardeuse et il arrive aux comédiens, des diablesses péripatéticiennes et des gigolpinces, de se marrer ou de regarder ostensiblement la caméra.
D'un autre côté, ces petits films offrent une vision de la sexualité à l'exacte opposée de la morne routine de l'industrie du X actuel. C'est joyeux, décomplexé et finalement assez subversif car ne répondant qu'aux lois du désir (voir dans ce cas des scènes de cul entre hommes ou une nonne avec un chien -eh,eh, pardon docteur pour les visiteurs que va vous attirer ce commentaire!- n'est en rien choquant)
Enfin, pour ceux que ça intéresse, je vous renvoie à la note que j'avais consacré à ce film : http://20six.fr/pierrot/art/778067
 
 

le repassant 09/02/2006 09:04

Bof bof, on a fait grand cas de cet assemblage, je ne sais pas si c'est vraiment à la hauteur de sa petite réputation. Ni au plan esthétique, ni au plan "politique" au sens où cela témoigne d'une époque.
Je vois plus pour le Marquis un choix de sous production X indiennes, puisque cela existe. Il y a même en Inde des cinéma où l'on passe des films X dans l'après midi, et des films tout ce qu'il y a de plus normal en soirée.