DANS LA VIE de Philippe Faucon (France-2008) et 10.000 de Roland Emmerich (USA-2008): and now for something completely the same!

Publié le par Mr Mort

[Photo: "Evil Dwarf" par Dr Devo]





Oh mon dieu! Retournons vite dans la vallée des films absurdes! Le Docteur Devo s'enfonce dans la jungle de la création, me demandant de garder la boutique tant bien que mal. J'essaie, j'essaie, mais ce n'est pas facile...


 

 

Et surtout cette semaine. Comme le disait le Docteur il y a un mois et demi, "on ouvre une sublime période de sorties en salles qui se finira en beauté peut-être par DARJEELING LIMITED", et il n'avait pas tort, l'animal. Mais vous le savez, les abysses ne me font pas peur... Je retournais dans la toilette zone avec le sentiment, comme dirait Mek-Ouyes, de faire mon devoir et aussi, simplement, mon travail de la manière la plus juste possible.



 

Il y avait une fois, ou il y aurait, ou je ne sais pas trop, on pourrait dire avec l'accent belge, il y a, une fois, cette infirmière dans la trentaine jeune, française d'origine maghrébine, et qui, à Toulon, passe de maison en maison pour donner des soins, vu qu'elle est infirmière libéraaaaaale, comme disait feu Georges Marchais. Le hasard la fait soigner une vieille dame juive, d'origine algérienne comme elle, assez difficile et on la comprend: elle est clouée dans un fauteuil roulant! Quand cette vieille dame fait enrager l'auxiliaire de vie qui lui tient compagnie la journée, notre héroïne, l'infirmière libérale, propose sa maman pour la remplacer, [l'auxiliaire de vie... Comment ça c'est pas clair?], puisque après tout les deux vieilles dames sont algériennes et de la même région en plus. Mais entre la dame juive et la dame arabe, ben c'est pas facile tous les jours, car même en France, loin, loin, loin des problèmes du Moyen-Orient, beaucoup de ressenti fait surface. Une amitié houleuse se crée quand même...



Oui, oui, oui. Bon. Il ne faut jamais refusé de voir un film en projection de presse. C'est toujours assez drôle. Mais l'humour justifie-t-il tout? En tout cas, je me souviens clairement du visionnage du film. On était peu nombreux. Ma voisine la plus proche, une grande giguasse comme dirait le docteur (ce qui veut dire une fille de plus de 1.76m), resta impassible pendant toute la séance, mais portait un parfum assez agréable et une cuche tout à fait issue de l'année 1987, malgré son jeune âge. Elle tortillait son chewing-gum avec son doigt, directement dans la bouche, chewing-gum qu'elle étirait parfois ostensiblement en un ou plusieurs longs filets. C'était charmant et témoignait de sa réelle concentration. Moins sympathique déjà, un autre journaliste travaillant pour un gros tirage, et qui lui s'installe dans les tous premiers rangs. Première erreur. S'il gagne en sentiment d'immersion (et est-ce vraiment nécessaire ou souhaitable?), il se prive forcément du cadrage et donc du montage, ce qui, d'ailleurs, explique bien des choses. Avant que la projection ne commence, et après avoir échanger une poignée de mains courtoise ("Mr Mort, Matière Focale, enchanté!"), il sort son petit cahier et son crayon, car monsieur prend des notes pendant la projection! Rires! Ha bah, il vont être beaux les articles: pas de cadrage, pas de montage, et pas de vrai jeu de spectateur, de l'analyse à trois francs six sous en direct, L’article quasiment prêt dés le générique! La classe!



Et le film, sinon? Bah, comme disait Brigitte Fontaine, "y'a pas de mystèèèère!" Ha, le joli film à thèse! Surmontons nos différences et nos clivages. Oublions que nous faisons partie d'une communauté, et le monde ira mieux si on se tient la main, même si, personnellement et cet avis n'engage que moi, on pourrait se tenir autre chose pour de bien meilleurs résultats. Passons. On aura compris qu’on n’est absolument pas dans une optique de type MANDERLAY, grand film cynique et dégoûtant je vous le rappelle, du moins pour beaucoup, parce qu'ici on aime énormément. Pas d'ambiguïté, pas de méchanceté, juste des fâcheries, soit rien qu'une bonne petite comédie mélodramatique que trois actes ne saurait résoudre. DANS LA VIE est le film parfait pour une soirée théma sur Arteux. Côté cinéma, on n’apprend pas grand chose non plus. Ce qui est très agréable c'est la durée, et je le dis sans cynisme, très courte (1h13), et la vraie sobriété de forme de l'ensemble. Les scènes sont courtes, ça ne larmiche pas à tout les coins de photogramme, malgré le sujet. Bon point. Ajoutez à cela un casting non-pro, aux accents très vaguement rohmerien. Ca change. Du côté de la mise en scène, bah, ouais, c'est sûr, c'est une façon de faire... Cadrages ni laids ni beaux qui ont l'excellent mérite de montrer les acteurs dans le plan! Sons audibles! C'est tout. Le montage, c'est l'affaire du séquençage prévu par le scénario. Et hop. Echelle de plans, connais pas. Photo, non merci, on voit bien, c'est déjà ça. Par contre, des idées symboliques, il y en a, en veux-tu, en revoilà! Voilà qui n'est pas infamant non plus, dans le sens où celles-ci sont amoindries par la sobriété relative globale de la chose. L'impression de gentille sécheresse sauve tout juste le film de la leçon de chose, ou de la démonstration lacrymo-pastorale. DANS LA VIE est un film de modeste, ce qui change un peu dans le paysage du "film à thèse" ou du film "dossiers de l'écran". Mais à part ça, rien. Rien du tout. Rien. Des acteurs qui bougent, des sons, des images enregistrées sur support vidéo. A quelques points près (le boy-friend de l'infirmière est noir, bien sûr, et on a encore le droit à une scène sur la musique qui réunit les peuples, alors que dans la vie réelle, c'est sans doute le contraire), rien de bien méchant n'apparaît dans le film. C'est gentil, c'est simple, ce n’est pas arrogant. Par contre, il n'y a pas de cinéma non plus, ce qui est fort fâcheux. Bref, du travail d'artisan convaincu, c'est à dire sans aucune espèce d'intérêt, sans aucun rythme, sans aucune personnalité. On m'aurait obligé sous la torture à écrire et réaliser un film sur le sujet que j'aurais pondu exactement la même chose, peut-être éventuellement avec une histoire de sida qui trainasse, éventuellement pour un personnage homosexuel! DANS LA VIE est juste un non-film de plus. C'est également un très beau disque, une superbe tapisserie et une merveilleuse belle boule-à-neige. C’est peut-être aussi une randonnée en raquettes ou un opéra (après tout, il y a de la musique!). Tiens, j’ai déjà oublié le film. Tiens je suis où, là, en fait? Et vous, vous êtes qui? Comment je m'appelle déjà? Mais qu'est-ce que je fais dans cette maison? C'est quoi cette ville? Pourquoi je suis tout nu en plein milieu de cette rue avec mon slip sur la tête? Tiens mon corps disparaît! Je me dissous... Je me transforme en oxygène, je non-suis. Je... Non!



 

 

 

Dans le même genre, mais aux statesses et à l'autre bout du spectre, il y a un film qui ressemble beaucoup à DANS LA VIE: 10.000 de Roland Emmerich.


Si j'ai bien compris, ça se passe ou dans un futur bizarre ou dans la préhistoire. Raconté en voix-off par Omar Sharif, c'est son dada ce genre de truc, 10.000 nous raconte la légende de Bidule, homme préhistorique qui lancera son village et le monde vers une destinée meilleure. Une vielle prêtresse shamanique, une belle fille au maquillage sublime et aux yeux clairs, de l'action, de l'amour, de l'oppression, et hop, c'est dans la marmite.

 


Là non plus, il n'y a pas grand chose à dire. La première partie, dans les montagnes est assez rigolote, car on voit assez bien les scories du tournage sur fond vert, alors même qu le film nous vante les étendues sauvages. Après, c'est moins passionnant. La synthèse déboule à fond de train, ce qui a le mérite nous faire découvrir un bestiaire très splendouillet: autruchosaures, tigrosaures, éléphantosaures, et pour finir dans la dernière partie de très vicieux bouddhistes égyptiens qui soumettent le peuple dans une théocratie de rigueur, mollement violente, à l'image de cette scène de sacrifice, sans doute la plus banale du Monde. "Si vous continuez à vous révolter, j'en sacrifie un au hasard." Tout le monde tremble et hop, un innocent est balancé du haut de la pyramide. Lance, wizzzzz, plouf! Il tombe huit mètres plus bas, c'est tout, basta. Ca valait bien le coup de faire une pyramide de synthèse de 500 kilomètres de haut. En un sens, c'est là aussi rohmerien. Sinon, je me souviens plus très bien du film. En même temps, voilà déjà douze heures que je l'ai vu. Ma voisine n'avait pas de parfum. Pendant ce temps, alors Emmerich s'évertuait à ne pas faire du cinéma, j'ai moi aussi profité de l'occasion pour faire plein de trucs (dans ma tête): liste des courses, préparation du linge pour une visite prochaine à la laverie, envoie du loyer au proprio, et trois paquets de clopes virtuelles fumées. Je n'ai pas perdu mon temps. Ha si, quand même, il faut signaler les acteurs tous absolument et sublimement nuls, le héros en tête, tout droit sorti des spots de surf de Santa Monica! Là aussi, le film de Emmerich est un très beau panini trois fromages, et un non moins superbe service à thé. Il existe mais en même temps, complètement pas du tout. Et, en plus, DANS LA VIE et 10.000 ont énormément de points communs. Paragraphe suivant, s'il vous plait...


 

 

Car, qu'apprend-on de ces histoires? D'abord que la violence et les préjugés, c'est moche. Ensuite, si on se faisait des bisous et des caresses, et éventuellement, si on en avait encore une de libre, si on se tenait la main, le Monde irait vers plus de civilisation, plus de progrès et plus d'amour. En même temps, je pose la question: on se caresse ou on se tient la main pour faire la farandole de la paix? Faudrait savoir...  On sait désormais aussi que les clans divisent les peuples, que la découverte de l'autre, c'est dur mais c'est possible, et qu'à la fin, quand toutes nos différences se mêleront en un ensemble géant où nous aurons perdu toute personnalité, on sera heureux (avec notre ipod). En somme, perdons notre individualité et notre caractère pour devenir une masse uniforme MAIS fraternelle où nous serons tous nos semblables et réciproquement, enfin débarrassés de tous les enjeux emmerdants, anxiogènes et potentiellement violents d'une vie à plusieurs choix possibles. Premières étapes à respecter dans le processus: arrêtons l'humour et surtout ignorons les bases grammaticales de l'expression poétique. CQFD. Puis, comme dans SOCIETY, excellent film, fusionnons dans un grand esprit de confraternité. Pardon, de confrérie! Si on mélangeait tous les shamallows du monde dans une grande poêle, on serait tous unis.

 

Une bien belle leçon de vie! Un message d'espoir pour l'avenir!

 

Bisous barbus! Je vous caresse!

 

Mr Mort.

Publié dans Cinémort

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Dr Orlof 21/03/2008 18:03

Entièrement d'accord pour Dans la vie (je vais m'abstenir pour le Emmerich, vous êtes courageux, Mr Mort, de persister à aller voir les bouses adipeuses de ce Spielberg teuton!) : ce n'est pas déshonorant (nous avons vu largement pire dans le style "film à thèses") mais c'est absolument anodin et plombé par le côté "vignettes sociologiques" du début (et que je t'évoque le problème du voile autour d'une table, et que je te remets le couvert avec l'antisémitisme dans les écoles...). Ce qui est dommage, c'est que je suis d'habitude assez sensible à la sobriété de Faucon qui a réalisé, de Sabine à la trahison en passant par l'amour et Muriel fait le désespoir de ses parents d'assez jolis films...