SICK GIRL, de Lucky McKee (série MASTERS OF HORROR, saison 1, épisode 10, USA-2006) : U Got Me Bugged !

Publié le par Dr Devo

(Photo : "Suez sans Larme" par Dr Devo, d'après une photo de Misty Mundae)

Chers Focaliens,
 
Et si on s'occupait un peu de télévision ? Vous savez qu'on a une rubrique dédiée à cette forme d'expression sur Matière Focale (Lucarnus Magica), et pour l'instant, si la rubrique est plutôt fournie, elle n'a servi qu'à deux "émissions", mais pas les moindres. KOH-LANTA d'une part, la seule émission politique et religieuse (théologique, en fait) valable du PAF, dont les articles ont été signés avec talent par le Sheriff ! [Ce qui nous a valu le plus beau de tous les incipit de l'histoire de ce site. Je vous laisse découvrir ça.] Et puis, le Marquis et moi nous sommes lancés dans un petit jeu aussi excitant que dangereux : faire un article sur chacun des 27 épisodes de la série japonaise SAN KU KAÏ, non pas par gloubiboulgisme sentimental (chose que nous détestons tout deux), mais au contraire par intérêt non feint et sincère pour cette série, que nous considérons à raison comme expérimentale, et dont la narration ne ressemble à rien d'autre. [Je vous mets au défi de trouver un moyen de charger encore plus d'événements un épisode d'un peu plus de vingt minutes. C'est dans la rapidité de la saga qu'est le trésor caché de cette série qui, par ailleurs, est follement splendouillette et amusante. De plus c'est la seule série pour enfants qui parle du nazisme et du totalitarisme. Alors, à moins de faire lire Hannah Arendt à Kevin...]
 
Nous allons aujourd'hui élargir le spectre de nos confrontations télévisuelles avec une série bizarre et excitante, qui n'a pas encore débarqué sur les écrans français, mais dont le Marquis disait qu'elle serait diffusée sous peu sur Canal +. Puis en DVD. Voilà l'avantage d'avoir des amis aux USA (chez nous), puisque je suis en possession de cassettes HI-8 (oui, oui ! C'est un peu long à expliquer, mais l'ami en question m'a enregistré ça à la télé US, puis m'a transposé la chose sur cassettes Hi-8, c'est délicieux !). Me voilà donc, en avant première, découvrant la série MASTERS OF HORROR qui, derrière son titre, devrait nous réserver plus d'une surprise et encore plus de gourmandises exquises et exigées.
 
Ah bah oui, on s'en souvient, des séries des années 80 et après, mettant en scène des histoires fantastiques ou horrifiques. THE HITCHHIKER, LES CONTES DE LA CRYPTE et consorts... [Pour être honnête, je n'ai jamais fréquenté LES CONTES DE LA CRYPTE, mais je me souviens de THE HITCHHIKER et de quelques autres dont j'ai oublié le nom, mais que vous n'oublierez pas de me rappeler dans les commentaires de cet article !] MASTERS OF HORROR reprend le flambeau abandonné donc, mais place par contre la barre beaucoup plus haut. La télé US a demandé à un paquet de réalisateurs de se plier aux exigences du moyen métrage. Les épisodes sont donc indépendants les uns des autres. Et l'originalité de la chose est de ne pas avoir confié la réalisation à des yesmen ou à de gentils tâcherons, mais à des vieux maîtres du fantastique, ainsi qu'à de jeunes loups plus ou moins installés (plutôt plus que moins d'ailleurs !). Des conditions de tournage confortables et un contrôle du montage semblent avoir été promis. Et au delà de ça, c'est la galerie prestigieuse de noms de vieux loups de mer qui met l'eau à la bouche. Carpenter, John McNaughton,  Argento, Tobe Hooper (qui a là l'occasion de se racheter, même si je n'y crois pas trop), Joe Dante, John Landis et notre ami Don Coscarelli. Très bons choix, les amis. Voilà qui devrait être amusant à plus d'un titre. D'abord parce que la série devrait permettre à quelques vieilles branches de se remettre, dans les meilleures conditions possibles, sur le devant de la scène (Coscarelli, par exemple...). Qui plus est, le casting est tout simplement alléchant ! Bref, on est beaucoup à baver par avance devant ces gourmandises. Et il faut être honnête, on a hâte de voir ce que nous ont préparé les vieux maîtres de la Haute Cuisine !
 
Je me précipite comme de bien entendu sur une cassette au hasard (elle n'était pas marquée), me réjouissant à l'avance de découvrir le nouveau Argento ou Carpenter (avec Udo Kier en plus !). Mais non, je suis tombé sur un autre épisode, le dixième de la série, réalisé par un petit jeune !
 
On commence donc par le milieu, en compagnie de Lucky McKee. Ça s'appelle SICK GIRL. McKee n'est pas inconnu de nos services. J’avais vu (en compagnie de Mr Plonévez, si ma mémoire est bonne) son premier long-métrage, MAY, qui était quand même passé un petit peu inaperçu. Le film est loin de faire l’unanimité parmi les focaliens les plus proches. Mais je me souviens l'avoir plutôt aimé, notamment les fabuleuses trois premières minutes de cette histoire glauque, burlesque et sociale. On y découvrait aussi Angela Bettis, sacrée actrice, et devinez quoi : c'est elle, l'héroïne de SICK GIRL (sur un scénario de Sean Hood, grand copain de McKee et Bettis (tout ça, c'est une bande) et qui a traîné ses guêtres en tant que technicien sur la série TWIN PEAKS ou encore sur SLUMBER PARTY MASSACRE II que je vis il y a peu en compagnie du Marquis...).
 
Angela Bettis, donc, change de registre. Après avoir incarné May, jeune fille fermée et naïve, la voilà dans un tout autre registre. Bettis est entomologiste et travaille dans les laboratoires du muséum d'histoire naturelle local. Elle partage son labo avec Jesse Hlulik, fantasque collègue. Ils partagent presque tout, se connaissent très bien et s'apprécient.
La passion d'Angela, ce sont donc les insectes sous toutes leurs formes ! Elle vit dans une espèce de pension (un grosse maison luxueuse divisée en appartements), tenue par une vieille mégère qui élève seule sa petite fille de 9 ou 10 ans. Dans son appartement, Angela collectionne des dizaines d'insectes. Ce n’est pas de sa faute, elle adore ça, au grand dam de sa logeuse.
Mais ce n'est pas tout. Angela est aussi lesbienne. Et ce jour-là, elle arrive au labo complètement désespérée : sa nouvelle petite amie vient de la larguer, un peu effrayée par toutes ces petites boîtes transparentes remplies d'insectes qui jonchent son appartement ! Jesse, collègue et ami, est formel : la prochaine fois, il faudra cacher les insectes et ne pas en parler du tout ! D'ailleurs, Jesse essaie de lui remonter le moral. Angela a-t-elle vu la jeune fille qui vient tous les jours dessiner dans le hall du muséum ? Bien sûr, tout le monde a remarqué l'énigmatique jeune fille... Jesse pousse alors Angela, très timide, à inviter la jeune fille à dîner. Ce qu'elle fait ! La jeune fille accepte ! Parfait !
En rentrant chez elle, Angela trouve un mystérieux paquet (envoyé par on ne sait qui) qui contient un drôle d'insecte. Angela n'a jamais rien vu de semblable. C’est assez gros et ça ne ressemble à rien. Elle met l'insecte dans une boîte et part faire connaissance avec son rencard. Angela et Misty Mundae, sa nouvelle conquête, passent la nuit dans l'appartement. C’est le coup de foudre ! Mais aucune des deux ne remarque que l'étrange insecte s'est échappé. Et il a même piqué Misty à l'oreille ! Et ça, mon petit doigt me dit que ce n'est pas bon du tout !
 
Par rapport à MAY, effectivement, le changement de ton est complètement radical ! On remarque d'abord un scénario complètement classique pour ce genre de série, une sorte de dérivée de LA MOUCHE, en quelque sorte. Le ton est surprenant. On comprend vite les règles du jeu (il faut absolument que j'arrête de dire ça !). On reconnaît à peine Angela Bettis, et pour cause ! Elle n'y va pas avec le dos de la petite cuillère, notre ami Angela. Assez survoltée, les nuances sont chez elle très grosses, passant du rire au larme (un peu comme Maguy ! héhé) en trois secondes. Le jeu est clairement identifié et sera même entériné définitivement dans une séquence "drôle et complice", en milieu de film, où Misty et Angela cherchent l'insecte mystérieux qui est sorti de sa boîte. La nuance est celle d'une comédie, et dans le ton, on n'est pas loin d'une espèce de parodie de film de college. Pourquoi pas ?
 
La mise en scène est plutôt soignée et révèle un certain classicisme. Rien ici qui puisse nous faire nous retourner dans notre tombe. Mais on note quand même quelques mignardises, notamment une splendouillette et très drôle scène onirique racontée après coup à grands coups d’animation rudimentaire, passage assez jouissif, et une fin plutôt gore, malgré la relative modestie des effets spéciaux, plutôt discrets et préférant le maquillage aux effets numériques, utilisés en cas de dernier recours. Un autre passage assez drôle et potache est l’introduction d’une chanson interprétée en québécois dans le texte, avec son parfum suranné et surtout la nette impression que le chanteur est anglophone et ne comprend strictement rien à ce qu’il chante. On note aussi les plans attendus en caméra subjective, ostensiblement tournés en vidéo avec un vulgaire effet de solarisation qui n’est pas pour me déplaire, comme vous vous en doutez.
 
On pourra s’étonner de cette manière ostentatoire de la part d'Angela Bettis, qui interprète son rôle comme une sorte de Reese Witherspoon splastick et sous acide, dans le ton de la farce, si j’ose dire. Mais tout cela est compréhensible... avant l’arrivée de Misty Mundae. Là, tout bascule, et Bettis ressemble presque à un personnage bressonien ! Je ne connaissais pas la Mundae, mais après une telle performance, il a fallu que je me renseigne. La jeune femme est quelqu’un de très prolifique. Réalisatrice, actrice et scénariste, elle est, à l’image d’une Elvira de jadis (et la comparaison s’arrête là, au propre comme au figuré), un personnage autant qu’une actrice, dans ce sens où l’actrice elle-même est un personnage qui se développe de film en film, certains portant même dans leur titre le nom de Misty Mundae le personnage ! Et la mignonne ne travaille que dans des genres très précis. À savoir la série B ou Z d’horreur, le film érotique plus ou moins soft, ou le film d’horreur érotico-soft (ça mixe au pays des merveilles !), et ses œuvres font d’elle la belle lesbienne qui a fait sa réputation. En un mot comme en cent, la prolifique artiste est spécialiste de films érotiques d’horreur lesbiens ! C’est sûr, ça en jette. Mais ce n’est pas tout. Elle fait aussi partie de ses rares acteurs à se placer dans une galaxie très éloignée, à des millions d’années–lumière de leurs confrères. À l’instar d’un Eddie Deezen, d’un Louis de Funès ou d’un Klaus Kinski, Mundae fait partie de ce club très fermé des acteurs improbables qui ont choisi l’option de se situer au-delà du Bien et du Mal ! En voyant SICK GIRL, abandonne, cher lecteur, tout ce que tu crois savoir sur le bon goût et le jeu d’acteur, car ici, grâce à notre lesbienne nationale, tu n’auras plus besoin de tous ces repères. C’est obsolète.
Misty Mundae débarque comme une maboule dans le film, et prouve avec un aplomb sans faille que le jeu d’acteur peut se faire au tractopelle. Là où les autres acteurs combattent à l’arme blanche, Mundae utilise la bombe atomique comme arme de défense ! Et comme dirait notre grand poète national : "attention les soukouss’ !".
Mundae, c’est simple, quand elle joue la nuance "fatigue", dodeline de la tête à droite et à gauche, fait semblant de s’étirer en poussant de gros soupirs jurassiques, et finit par tapoter sa bouche en mimant le sommeil pendant au moins cinq minutes. Elle est étonnée ? Allez, hop, mains sur les hanches comme à Guignol ! Elle veut charmer sa compagne ? Facile ! Et hop ! je baisse la tête, lève mon regard et fait douze mille battements de cils avec les yeux de Bambi. Et je ne compte pas les tirages de langues et la foultitude d’yeux levés au ciel dans le plus beau style Jean Lefebvre. La demoiselle doit marcher à l’ecstasy ou je ne sais quoi, mais en tout cas, prions pour que cette nouvelle drogue ne débarque pas dans les cours d’école, sinon, la France est mal !
Du coup, tous les repères du film sont bousculés pour le meilleur et pour le pire, et tout doit désormais se jauger à l’aune du travail de Mundae. Le film devient alors, malgré sa ligne volontairement très classique, un grand machin improbable. On comprend mieux pourquoi McKee a tranquillement installé le charme désuet de cette ambiance lesbienne chic et très masculine : pour mieux laisser passer le mastodonte ! C’est un choix. Délibéré, bien sûr.
 
Mélange de comédie et de classique format moyen d’horreur, qui tend vers le CREEPSHOW gentiment social sans plus, SICK GIRL, avec sa trame balisée comme un hommage, remplit ici complètement sa fonction d’apéritif, de petite fête entre amis, et se mange comme tel. Rien de bouleversant ni de révolutionnaire. Lucky McKee a fait son petit machin en toute décontraction, pas le moins du monde intimidé par les prestigieux maîtres qui participent aussi à la série. Il choisit aussi une piste contraire à son premier long-métrage. Ça se regarde comme un objet exotique, sans réelle ambition mais qui distrait malgré tout. Après tout, je suis de bonne humeur !
 
Coolement Vôtre,
 
Dr Devo
 
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Publié dans Lucarnus Magica

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ludo 06/02/2006 20:35

Si j'en crois une recente interview du bonhomme, son deuxiéme long, The Woods avec Bruce Campbell stagne dans les cartons de la MGM depuis qu'elle s'est faite rachetée par Sony.  Le film aurait du sortir à la rentrée 2004 et reste bloqué à l'heure actuelle. A demi-mot, McKee laisse entendre qu'il n'a pas eu le final cut, et bien que financé par une major, il espérait pouvoir faire une oeuvre vraiment personnelle. Il avait l'air trés décu.

Dr Devo 06/02/2006 18:24

Oui effectivement j'ai lu ça pour Miike. Mais apparement il sera sur les dvds...Pourquoi ne verra-t-on jamais le second long de McKee? Tu peux nous en dire plus ludo?Dr devo.

ludo 06/02/2006 18:10

Trés curieux de voir l'épisode de McKee, d'autant que son second long métrage terminé depuis longtemps ne sortira sans doute jamais en salles ! J'avais beaucoup aimé May !
 
J'ai vu les huit premiers épisodes de Masters of horror et pour l'instant, mon préféré reste le Joe Dante ! A noter que l'épisode de Miike a été retiré de la programmation car jugée trop violent par la chaine !

Monsieur Cre 06/02/2006 15:17

Je ne vais pas lire ton article de suite, étant moi-même en train de visionner cette série, et pour l'instant je n'en suis qu'à l'épisode 4 (mon esprit cartésien m'oblige à voir les épisodes dans l'ordre, et accessoirement aussi la place sur mon disque dur, m'empêchant d'obtenir plusieurs épisodes à la fois). Pour l'instant, c'est sympathique, mais je m'attendais à être vraiment scotché devant l'écran de mon ordinateur, ce qui n'est pas encore le cas (j'ai même failli m'endormir devant l'épisode de Tobe Hopper).
Et j'ai vu MAY récemment, bonne surprise. Angela Bettis est assez phénoménale...