OLD JOY de Kelly Reichardt (USA-2006) et BOYS AND GIRLS de Robert Iscove (USA-2000): Vous étiez de l'autre coté de la salle, vous dansiez si fort...

Publié le par Mr Mort

 

 
[Photo: "No More PLAY, pour le pire et le meilleur..." par Dr Devo, d'après une photo du cinéaste Anthony Minghella]

En fait, ça arrive de temps en temps, quand les astres sont alignés. On regarde un film, et là, c'est le choc: il ne se passe rien. Ce n’est même pas nullissime, ce n’est pas grandiose: ce n'est rien. Et dans ces cas-là, on se dit vraiment que le cinéma est quand même chronophage. Une heure et demi à attendre dans la salle des pas perdus (pour tout le monde!) de la gare en sachant qu'on montera même pas dans le train, parce qu'on n'a pas acheté de ticket et que de toute façon on a laissé son porte-monnaie à la maison, et bien c'est long. En une heure et demi, on en a du temps pour faire des choses finalement!

 

 

OLD JOY, réalisé par Kelly Reichardt qu'on ne confondra pas avec Richard Kelly le jeune réalisateur du sublime DONNIE DARKO, notamment parce qu'elle est une femme, et lui un homme mais vous allez voir, pas seulement pour ça, raconte les retrouvailles un peu par hasard de Daniel London, bientôt père de famille, et Will Oldham (oui, le chanteur-compositeur folk, connu aussi sous le nom Bonnie Prince Billy), un mec un peu marginal, sans doute en galère, et gros fumeur de pétard. Et incroyablement barbu! Les deux anciens copains de high school ne se sont pas vu depuis longtemps, et se rencontrent donc à l'improviste. Oldham propose à London d'aller se ballader  24 heures dans les montagnes avoisinantes pour trouver une source d'eau chaude, but de la randonnée. London prévient sa grosse qui est enceinte, met la canadienne dans le coffre et zou, en avant les histoires...



Bon. Les deux potes ont bien changé. Un a semi-réussi, l'autre pas. Un est tranquilou memez trah pareil le même, "normal" quoi, et l'autre est un semi-clodo. Je passe sur l'immonde émission de radio en son-on puis off, dans la première partie et la fin du voyage, où on entend une libre antenne sur les problèmes économiques américains. Et hop, un petit coup de louche sociale pour amener une poésie justificatrice à l’ensemble du film qui, vous l'avez compris ne parle pas du tout d'économie. Coude, coude, cligne, cligne, tu as vu, hein, hein, en loucedé, cligne, cligne, je dis sans le dire, que si ça se passe comme ça en amitié, c'est qu'il y a des raisons, cligne, cligne, comme si le pays allait mal, cligne. Très discret. OLD JOY est un road movie tranquilou et un peu amer sur le temps qui est assassin et emporte avec lui le rire des enfants. Why not? Bon, au bout de dix minutes de ce film court, on se dit que ces deux mecs là, sont les moins charismatiques, pétillants et rigolos de la Terre. Pourquoi pas après tout, ça change des petits smarts.Retour vers le futur, mais aussi retour à la nature. On se perd, on prend le mauvais chemin, enfin à moitié, car on n’était pas loin quand même. Et on essaie de comprendre ce petit gars marginal et azimuté mollement qui était jadis ton meilleur pote. Pas facile de communiquer avec un gars qui a manqué une marche sociale et sans doute mentale.

 

 

 

Et puis... Et puis, c'est tout! Pour le reste, il n'y a rien. Le cadrage n’est vraiment pas beau, et le montage sans aucune espèce d'intérêt, les deux se reposant uniquement sur la musique du groupe YO LA TENGO dont on se dit que c'était quand même mieux quand il composait pour Hal Hartley dans les années 90. Les plans se succèdent sans logique( sinon scnéaristique): caméra subjective sur les paysage dans la nature, sur la route, sur la cime des arbres, sur le "diner" où on va manger une tranche de bacon avec des flageolets. Comme le film raconte à peu près autant de chose qu'un court-métrage français de festival, bah.... On s'ennuie, bon sang. Qu'est-ce qu'on s'ennuie! Les deux plats de nouilles qui jouent dans le truc sont abominables de neutralité. Alors, il y aura toujours quelqu'un pour me dire que oui, tout ça, c'est dans la sous-jace que ça se glose. Ha ça oui, ce n’est pas au premier plan que ça se joue, sinon ça remuerait un peu plus. A force de vouloir cacher et de ne pas nommer les choses, la Reichardt qui n'est pas très forte question esthétique et grammaire cinématographique, finit par ne plus rien cacher du tout... puisque son film se vide de toute substance à mesure qu'il avance. La pauvreté esthétique de la chose y est pour beaucoup. Si encore il y avait un peu de cadrage, un peu de montage... Misère.... Rarement donc on avait eu, la sensation que le film était ce qu'il y avait de plus proche de la neutralité et de la transparence. Même pas drôle ou arrogant comme 10.000... Rien.

 


Evidement, la grosse nous réserve quand même un "climax", la fameuse scène à la source, encore plus mal cadrée et plus morne que les autres mais pendant laquelle on soulève une demie-paupière engourdie pour voir ce qui se passe. Et là, on comprend. Tout ça pour ça... Je vous laisse découvrir ça, mais disons que la sous-tension gay du film, qui arrive un peu comme un éléphant mettant les patins pour faire mine qu'on ne l'a pas vu, est tellement... Comment dire? C’est extrêmement maladroit, très splendouillet, et presque caricatural, et allez, on peut le dire, tellement nunuche que ça en deviendrait drôle de maladresse. Mais en même temps, comme la fille n'a rien foutu pendant une heure, on se dit qu tout cela est bien opportuniste: évidement que, de loin, ça ait l'air de fonctionner, cette espèce d'allusion tractopellique, évidement, puisque que pendant 60 minutes, et croyez-moi c'est long, il ne se passe rien! Donc, on chaussant les gros sabots, Reichardt donne l'impression qu'un subtil parfum est dans l'air, qu'il y a une drôle d'odeur dans la cuisine. Mouais. Un petit coup de social par là-dessus et hop, générique. Il ne s'est rien passé. Rien. Là aussi, j'ai envie de disparaître dans le cosmos.

 

 

Pour la petite histoire, OLD JOY, ce film anonymissime, a excellente réputation, est passé dans 12,000 festivals, et c'est produit par Todd Haynes! Rires. A moins que vous ne soyez boulimique, ou que vous tentiez de voir le plus de films possibles en un an, je déconseille fortement cette vaste supercherie. Regardez fixement la tapisserie de votre salon en mettant un disque de votre choix sur la platine vinyle, et vous aurez sans doute moins l'impression de vous ennuyer et plus l'impression de regarder un film qu'en regardant OLD JOY. Allez hop, dehors les clowns. Au suivant!

 

 

 

 


 

Et maintenant, quelque chose de complètement différent. Figurez-vous, Madame Boulic, que j'ai une amie assez cinéphile qui refuse obstinément, même dans la simple idée, de voir un film de collège! C'est très fâcheux, et à vrai dire je ne comprends pas cette méfiance. Volonté de ne voir que des chefs-d'oeuvre galactiques? Assimilation du genre à AMERICAN PIE, pas très finaud mais pas infamant non plus du reste? Je ne sais. En tout cas, c'est bien dommage, car le genre, comme l'a bien dit le docteur Devo, "est sans doute le seul qui parle d'amour, de flirt, de sexe, de désir et de couple de manière un peu adulte, dans le champ des films populaires".

 

Le docteur veut qu'on parle de temps en temps de films de collège et donc, j'en choisis un au hasard dans le bac d'une trocante, et pour 1.99 euros je tombe sur BOYS AND GIRLS de Robert Iscove dont le nom me disait quelque chose. Et pour cause, c'était le réalisateur de ELLE EST TROP BIEN, film de collège également (sur une base classique: un fille moche sort avec le plus beau gars du lycée à la suite d'un pari et devient super jolie!) qui est souvent sujet de plaisanterie avec le Marquis, car ça n'était pas sensationnel, ce film. [Bien qu'on y joue à LaCrosse ce qui lui vaut une place au paradis, direk', comme disait feu mon ami Gérard... Tout les films avec des scènes de LaCrosse sont bons! Voilà, c'est dit.]

 

A l'âge de douze ans, Freddie Prinze Jr (acteur très improbable qui jouait déjà dans ELLE EST TROP BIEN, mais je ne vois comment il peut-être l'acteur fétiche de quelqu'un, c'est bizarre, et j'y reviens), rencontre dans un avion une fille de son age, Claire Forlani. Ils papotent. Au bout de 20 secondes, Forlani avoue que c'est le jour de ses premières règles!!!! [Bon dieu, que c'était drôle cette scène! Les américains sont vraiment forts... et assez délicats en plus!] Puis les deux s'engagent dans une conversation sur la nécessité d'aller de l'avant et de refaire sa vie, opposé à la fidélité du pacte moral qu'est le mariage! Punaise, me suis-je dit, ça commence fort! C'est drôle, c'est bien joué, et en plus le sujet de cette conversation de départ est vraiment passionnant, entre John Hugues et LA PRINCESSE DE CLEVES ce que je dis sans rire, ben sûr. Au fil des ans, et malgré les changements de lycées ou de facs, les deux vont se retrouver tout le temps dans le même établissement scolaire. Ils finissent par devenir très bons amis, malgré leurs grandes différences, et même des confidents. Prinze est très attaché à la morale (de manière pas idiote d'ailleurs), est très prévoyant, et essaie d'avoir le maximum de contrôles sur les événements, même si c'est quelqu'un d'assez drôle. Claire Forlani, elle, est plus bohême, gère ses amours et sa vie au jour le jour, un peu en dérapage contrôlé, accepte els accidents et les improvisations de dernières minutes. Lui, c'est un minet plutôt beau gosse et un peu old school. Elle, c'est une jeune fille décontractée, drôle, sexy, et même sexuellement active. Les deux devraient sans doute sortir ensemble! Mais non! Et évidemment, la question va finir par se poser. Et le sexe va mettre la zizanie dans tout ça, non pas en inversant complètement les rôles, mais en mettant les deux personnalités sous un autre jour.

 

 

A l'image de la première scène dans l'avion, BOYS AND GIRLS tire sa force de son écriture. Si la structure suit les canons du genre collège, les thèmes abordés par nos tourtereaux potentiels, et surtout le développement assez subtils des dialogues entraînent le film sur des thématiques plus entremêlées et qui, une fois combinées, mettent le doigt sur quelques belles choses, assez justes et malicieuses. Un paquet de sous-thèmes vraiment intéressant sont abordés de manière frontale: l'identité affective (suis-je moi quand je séduis), l'identité tout court, l'engagement, la liberté du corps, la difficulté insurmontable de trouver un kindred spirit sympa et amusant, etc... Il y a de belles choses dans ses thèmes abordés de biais. Je pense notamment à certaines conversations très bien jouées d'ailleurs, entre Prinze et Jason Biggs (le héros d'AMERICAN PIE justement, ici en loufoque de service, pas mauvais du tout comme d'habitude). Ce thème de l'identité et des principes est très anglo-saxon, et on se retrouve dans une écriture entre la tradition sitcomienne et la structure de la littérature anglaise. Identité, fausse identité, promesse du serment... Shakespeare quoi! Même sans plaisanter, les dialogues sont en général très bien écrits et subtils, assez largement au-dessus de la moyenne des films de collège, et très au dessus de la moyenne tout court. Bien.

 


Signalons une superbe idée de scénario et de dialogues, dans la scène du restaurant où Claire Forlani à une grosse tirade, sur le thème drôle et désespérant suivant: "A quoi bon aller au charbon de l'Amour, quand on n'est pas sûr, une seule seconde, que l'histoire mène quelque part, sinon à l'échec?", le tout dit devant une assemblée d'étudiants en pleines "dates"! La scène se retourne bien, comme une crêpe: en ne réagissant pas, les clients du restaurant révèlent la solitude intrinsèque de Forlani, aussi belle et up-to-date soit-elle. C'est la peur d'être un pot sans couvercle, comme dirait notre ami Bernard RAPP, la peur de n'être (trop) bien pour personne. Subtil, j'aime bien, même si la dite scène est un peu minorée par le jeu trop ouvert de Forlani, actrice très sûre d'elle, qui en rajoute un peu beaucoup dans le minauderie par endroit. [Ça reste très supportable.]

 


La réalisation est très soignée. L'échelle de plan est plutôt aérée. Quelques mouvements d'appareils sont même réalisés avec goût. Ca cadre, et la photo ne fait jamais pitié. Ce n’est pas du Ronsard, mais c'est du bel ouvrage, avec de temps en temps un petit plan vraiment pas mal du tout. [Je pense à ce plan où Forlani grimpe des escaliers à la fac pour rejoindre Prinze sur une esplanade. très beau mouvement de caméra en plongée.] Bref, même ici, dans la série la plus balisée, la réalisation est très supérieure à 96,54% des films que nous voyons, pourcentage dans lequel j'inclue bien sûr, les films européens, notamment art et essai.

 


Comme dit le Marquis, ça se gâte, hélas, dans le dernier segment, la dernière demi-heure même, comme c'est souvent le cas dans les films de collège ou assimilés. Alors que le film tend clairement vers la question du sexe dans l'amitié, une fois l'épreuve passée et la chose consommée, Iscove et ses scénaristes ont bien du mal à embrayer. Plutôt que de creuser plus loin les jolis paradoxes qu'ils avaient semés, ils préfèrent se reposer sur le genre et sa structure, avec une simple résolution de malentendu! Il fallait faire le contraire, et là c'est rageant car on a l'impression que Iscove avait fait le plus dur. Toujours est-il qu'il se refuse d'inventer une forme qui sied à son propos. Le dialogue devient pâteux, plus lourd. Le film s'enlise et de sentimental devient presque romantique, grave erreur, surtout de la part d'un film qui avait jusque là été bien subtil. Bref, on passe du bon film de collège très bien écrit, au simple juliarobertsime pour adulescents feignasses. Les enjeux sont alors énormément balisés, vidés de tout suspens et surtout de toute passion ou paradoxe: les personnages n'ont plus le choix (alors que c'est quand même un des sujets du film!), n'inventent plus la vie qui leur sied pour courrir dare-dare dans le schéma petit-bourgeois du couple. Ca sent la Safrane, comme dirait Mek-Ouyes! Bref, Iscove est bien traître et faux-derche avec ses personnages qu'ils abandonnent cyniquement dans les clichés les plus attendus. Ils se transforment évidement en marionnettes. Le film se déroule sans pédaler. Bref, on s'ennuie et on redescend non pas d'un étage, mais d'une bonne demi-douzaine. Les acteurs, du coup non plus rien à faire, et s'ennuient. Même si c'est un classique défaut du collège movie, la chose ici parait presque retourner d'un remontage ou d’un refilmage a posteriori. Etrange... En tout cas, quelle déception, même s'il reste une très chouette première partie, et même une bonne heure. C'est sinon plutôt bien joué. Freddie Prinze Jr est presque attachant, bien moins mollusque que dans ELLE EST TROP BIEN. Je ne sais pas si j'aurais choisi Claire Forlani qui semble un peu en-dessous de ce qu'elle peut faire, pas assez timide peut-être. Mais ceci dit, elle a de bons moments. Jason Biggs est très bien. Et on croise même Alyson Hannigan, formidable actrice découverte dans AMERICAN PIE et qui fait un très bon travail en ce moment sur la subtile sitcom HOW I MET YOUR MOTHER. Amanda Detmer est pas mal. et puis, en pas oublier cette splendouillette scène de danse qui a du prendre des jours à mettre en place, et qui est complètement débilosse et réjouissante, et qui se finit dans le "liquide"! Si les gens dansaient comme ça dans la vraie vie, alors oui, ça vaudrait le coup de s'y remettre.

 

 



Bon, ben voilà, j'ai fini de bosser moi. Je vais aller me balader. Fumer une clope. Boire un petit jus de pamplemousse. Un petit apéro à 19 heures. Peut-être un petit film...

 

 




Mr Mort.






Publié dans Corpus Analogia

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Reznik 17/04/2008 13:41

Que c'est rassurant de trouver un avis sincère et pertinent sur la (non) valeur cinématographique d'Old Joy.Je m'étais emmerdé comme un rat paraplégique devant ce morceau de néant visuel et confronté aux louanges critiques j'avais mis ça sur le compte de la fatigue.Merci.Un jeune cinéphile.