L'HONNEUR DU DRAGON, de Prachya Pinkaew (Thaïlande-2006) : les Spaces en voie de disparition !

Publié le par Dr Devo

(Photo : "Ze(u)rovision (un jour que je me balladais en Lituanie") par Dr Devo)

Chers focaliens,
 
Si on allait au cinéma ? Oui, mais il n'y a rien. C'est dans ces cas-là qu'on apprécie sa carte illimitée Pathugmont ! Quand c'est comme ça, quand il n'y a rien en apparence, quand vous avez déjà vu le superbe LES MOTS RETROUVÉS (s'il passe encore en France en deuxième semaine, ce qui est loin d'être certain), dans ces cas-là, dis-je, soyez Devo chez vous ! Appliquez le baume du bonheur du bon Dr, avec de vrais morceaux de tigre dedans (que des espèces protégées !). [Pour nos amis amis des animaux et de leurs amis : tout ça c'est pour de faux ! Manger des animaux en voie de disparition, c'est mal ! Ou alors avec des légumes...] Oui, oui appliquez la méthode Devo sur vous-même : allez voir un film au hasard !
Comme je l'avais déjà démontré, expérience empirique à l'appui, dans mon sublime article SI J'ETAIS PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ("la modestie, c'est de savoir reconnaître ses capacités", David Niven), vous avez autant de chances de voir de bons films en allant au cinéma au hasard qu'en choisissant. Et quand il n'y a rien, profitez en pour augmenter, à cause de ce même principe, vos chances de voir un bon film. [Ceux qui ne sont pas convaincus n'ont qu'à aller lire l'article. Je suis Docteur.] Et allez voir quelque chose que vous ne seriez jamais allés voir. Ou alors prenez la personne qui vous ressemble le moins dans la file, et demandez lui de vous dire un nombre au hasard de 1 à N [N=nombre de salles dans votre Pathugmont]. Et Zou, c'est parti !
C'est comme ça que moi, personnellement, en ce qui me concerne, je suis allé voir L’HONNEUR DU DRAGON !
 
Allez, laissez reposer cet article un peu. Allez vous servir un petit verre de marsala ou une verveine. Les fumeurs, allez en griller une dans le jardin ou sur le balcon. Ne pensez plus à rien, ne pensez plus à ce que je vous ai dit, ne paniquez pas, respirez le frais. Durée de la pause : 5 minutes. Ensuite, allez faire pipi et revenez me voir pour lire la suite.
 
La Thaïlande. Vaste pays aux paysages variés. Peuple des mille sourires et parfums éternels. Délice des chouli-choulis aux mille saveurs. La Thaïlande. Le pays aux 48 races d'éléphants [C'est bon, mangez-en !] Pays de dense verdure, de forêts touffues aux sonorités sauvages et enchanteresses. Ses temples bouddhistes, sa place, ses commerces.... Ah ! la Thaïlande, reconstruite avec les petites pièces jaunes du Tsunami du cochon-tirelire Douillet de Madame...
Approchons-nous ! Oh là, un tooka-hooka ! Et ici ! Un CD pirate d’Elvis Phuong ! [Achète-le moi ! NdC] Et là-bas, sur cette petite branche, le kkkkkkavaliere, frêle oiseau au chant rude mais envoûtant.
Tenez, prenez ces éléphants, là, juste ici. Non non non non, on ne les mange pas, ce sont des éléphants sacrés ! Tony Jaa est encore petit quand son père lui annonce qu'il fera comme son père : gardien d'éléphants sacrés. Un éléphant sacré = un gardien. C'est simple. Tony reçoit donc un éléphant à la puberté, éléphant qui sera sa vie, son métier, son honneur. Il lavera cet éléphant, lui donnera à manger et jouera au scrabble avec lui tout au long de sa vie.
Tony grandit dans la forêt avec son éléphant et les autres éléphants de la tribu sacrée, et par voie de conséquence, avec les gardiens sacrés des éléphants, qui ne le sont pas moins. Une vie de parfums exquis et d'odeurs de forts excréments, une vie dans la forêt aux couleurs safran ? Oh pardon, madame, moi je prendrai une numéro 27 !
Tony a déjà plus de vingt ans, le temps passe. En même temps, on est pas venu là pour regarder 90 minutes sur les éléphants sacrés ! La mère de l'éléphant dont s'occupe Tony, et dont s'occupe le père de Tony... Quoi ? Tony a un petit éléphant qui grandit avec lui, je l'ai déjà dit ! Suivez un peu ! Et bien, la mère de l'éléphant de Tony, c'est le père de Tony qui s'en occupe. Simple, non ? Non, vous ne trouvez pas ça simple ? Allez voir LA MAMAN ET LA PUTAIN alors ! Et laissez nous tranquilles...
 
La maman éléphant doit aller en ville voir le véto ou je ne sais quoi, et là, c'est le drame. L'éléphant de Tony et la mère de l'éléphant de Tony sont capturés par des mafieux ! Le papa de Tony se fait tirer dessus. Et ça, ça ne trompe personne (hahahaha !), c'est le signe que rien ne sera plus jamais comme avant...
Tony apprend que les éléphants ont été emmenés à Sydney, capitale de l'Australie, à moins que ça ne soit Camberra. Tony décide d'aller là-bas récupérer ses éléphants. Il ne connaît personne, ni même le dialecte australien, et il ne pourra compter que sur une chose : son kung-fu ! [Anne Archy n’était pas libre pour rédiger cet article ? NdC]
 
Ah oui, c’est facile de se moquer, surtout quand on arrive dans ce dangereux triangle des Bermudes cinématographique qui se dresse entre l’Indonésie, les Philippines et la Thaïlande. Non seulement le dépaysement est assuré, mais on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Souvenez-vous du divin AU PAYS DE LA MAGIE NOIRE, le film hong-kongo-philippin dont on avait déjà parlé, qui est une merveille galactique de bizarrerie audio et visuelle, et dont le DVD se trouve pour un prix tout à fait marquisien (voir ici), c'est-à-dire presque rien. Un superbe investissement. Et que dire de l’indonésien LA REVANCHE DE SAMSON, que je n’ai pas encore vu, mais dont le Marquis vante les mérites avec force, film qui provoque chez ses invités de graves louanges… Nombre de nos amis communs ont vu le film grâce au Marquis (suivez un peu !), et reviennent avec de curieux mots dans la bouche et les yeux rougis : "C’est absolument le plus débile film que j’aie vu, et en même temps, c’est superbe !" ou "J’ai ri jusqu’à ce que je m’arrête, malgré l’évidente splendeur de ce long-métrage". Certains disent même que c’est encore mieux qu’AU PAYS DE LA MAGIE NOIRE, même si cela me semble un peu impossible, voire pas raisonnable du tout. En tout cas, ça donne envie.
 
Ici, en Thaïlande, c’est, pour cette fois au moins, un voyage différent qui nous attend. L’HONNEUR DU DRAGON, malgré son budget relativement modeste (à vérifier), est quand même 12,000 fois plus richement doté que ses deux voisins dont je viens de parler. Le film est bien distribué à l’international, il y a de l’effet spécial en veux-tu en voilà. Bref, on n’est pas dans la série Z en carton hallucinogène. Malgré ce qu’a bien voulu dire la critique, d’ailleurs, encore une fois très méprisante (on a l’impression qu’ils donnent une pièce, une image ou un bon point à un mendiant, c’est assez dégoûtant : "Oui, c’est quand même à peu près rien du tout, c’est la Thaïlande quand même, mais cet acteur Bidule Machin est vraiment impressionnant et beau, ce qui rend la séance bougrement sympathique, je lui donne une petite pièce !"). Or nous allons voir qu’il y a un peu plus de raisons de voir ce film que de s’extasier sur LE PETIT LIEUTENANT (ça faisait longtemps ! ÇA FAIT DU BIEN !).
 
[Note aux Votants pour les Césars : refusez de voter en masse tant que COMBIEN TU M’AIMES et INNOCENCE ne seront pas nominés. Amenez des pancartes à la cérémonie. Ils n’ont même pas invité Lelouch, qui a pourtant signé un bien beau film cette année (pour les pervers du moins, et moi, j’en suis un). Il n’y a que Haneke qui s’en sorte. Quant à INNOCENCE, qui est sans doute le seul film français un peu original de l’année, ben, qu’est qu’y fait, y fait rin, qu’est qu’y dit, i dit rin, pour qui i di rin et qui fait rin : i existe pas ! Les vrais cinéphiles vont en commando pendant la cérémonie et vont boucher les toilettes du théâtre avec du caca de petit poney, empêchant ainsi les gentils collaborateurs d’aller aux toilettes ou de se refaire une mocheté, ou de prendre une ligne de coke, pendant le cocktail pré-dînatoire.]
 
Revenons à nos éléphants. Comme je l’ai expliqué plus haut, L’HONNEUR DU DRAGON a été choisi au hasard, complètement, et ce n’est pas par son titre à la logique un peu bêtasse (kung-fu=Bruce Lee= dragon) qu’on a été convaincu d’aller lui donner des sous. Sans conviction, les films à l’affiche n'étant vraiment pas attirants cette semaine-là, on rentre dans la salle, et très tôt, une brise de regrets se met à flotter… Je n’avais pas vu ONG BAK, réalisé également par Prachya Pinkaew, aussi avec Tony Jaa, et distribué par Besson d’ailleurs. Je ne l’avais pas vu, et sans regret en plus.
 
Ici, le film commence par dix minutes assez flippantes, où l’histoire pose ses bases (éducation par l’éléphant, historique des personnages, placement de l’intrigue à suivre). On se croirait en pleine hagiographie thaïlandaise : sa forêt merveilleuse, ses paysages impressionnants et variés, sa fabrication de sièges en rotin, ses éléphants sacrés, son formidable écosystème, puis le pendant de la carte-postale, son trafic d’animaux, sa corruption, etc. Pinkaew ne fait pas dans la dentelle, avec des filtres sur les bords du champ, une photo granuleuse et retravaillée à mort en post-production et des bons sentiments en veux tu en voilà, jusqu’à l’enlèvement des deux éléphants familiaux, où là, ça se gâte encore avec une narration sentant franchement le film d’animaux pour enfants pendant les vacances de Pâques. Mouais. Ça n’en finit plus, et on se dit qu’on n'est pas venu là pour regarder un DVD du National Geographic ! Non mais !
C’est interminable, facilement dix minutes, ça annonce une narration pleine d’enjeux et de quiproquos, et on sent déjà poindre l’ennui qui va sûrement accompagner leurs résolutions. Méfions-nous de l’éléphant qui dort, cependant. Après ce préambule à la HANUMAN (film débilosse avec un petit singe), l’action débarque là où vous n’y croyiez plus. Et alors, le changement de ton est brutal. La première séquence d’action est une poursuite en bateaux légers ultra-rapides. Moult cascades, des relents de James Bond version Roger Moore (mon dieu !), mais aussi une jolie efficacité en quelque sorte. Si l’étalonnage est toujours aussi trafiqué (pourquoi pas ?), on a laissé enfin tomber ces affreux petits filtres gaussiens, et ô surprise, du côté de l’échelle de plans, c’est pas trop mal, avec beaucoup de plans d’ensemble ou moyens qui aèrent bien la chose. On constate au passage que les cascades sont assez largement brutales, et qu’on a dû en utiliser, du mercurochrome (ou du bois de cercueil !) pour soigner les cascadeurs qui se font torturer très nettement, au ralenti, et chaque explosion nous fait sentir quasiment cette jolie odeur de poils de nez brûlés. On est dans un masochisme quasiment hong-kongais. Ça fait du bien, me dis-je, ça change du découpage de l’action à la ricaine, et même, surprise, cette séquence se termine par un plan digital très splendouillet et complètement improbable, mais qui apporte une certaine efficacité en forme de bouquet final, et qui nous laisse sans voix. C’est plutôt surprenant, et ça en impose, c’est sûr. Ces gens-là n’ont pas froid aux oreilles, me dis-je.
 
Je passerai sur le développement du thriller dans sa partie australienne. Elle se base presque uniquement sur le phénomène de perdition de Tony Jaa (ça s'écrit aussi Tony Ja, va comprendre !) qui ne connaît personne, qui se fait embarquer par les flics 12 secondes après son arrivée à l’aéroport (la narration, ça ne traîne pas), et qui ne parle pas la langue. La VF, en passant par là-dessus, tel le temps, détruit tout. Cette fameuse scène où Jaa, mutique, finit au bout de cinq minutes par s’exclamer devant le policier asiatique : "oh, mais tu parles le thaï !" est assez monstrueuse. Ben oui, nous, on ne le savait pas, vu que tout le monde parlait français dans la voiture ! Dommage donc d’être privés du thaï, de l’anglais (et peut-être du chinois). Bah, on fera avec.
Il reste l’action. Il y aura curieusement toujours quelque chose à manger dans ce film. Les séquences d’action ne sont pas complètement homogènes, et certaines sont largement plus réussies que d’autres. On est effaré par la brutalité sèche de Tony Jaa et de ses compagnons. S’il y a très peu de sang, juste de quoi souligner l’effort, les angles sont quelquefois judicieux, et le jusqu’au-boutisme des acteurs et des figurants cascadeurs fait presque mal (et aussi du bien !) à voir ! C’est effectivement d’une brutalité inouïe, et ça fait marcher la machine à suspense à fond, chose assez remarquable dans un film dit de kung-fu, où l’on sait que tout ça va se régler par la victoire à l’aise du héros. Ici, c’est un peu différent : les mouvements sont parfois si violents qu’on se dit (licence poétique) que tout est possible. Sans être jamais complètement glauque (ça reste de la très belle chorégraphie), les combats ne sont pas en mode automatique, pas tous en tout cas, et cette profusion de coups impressionnants qui nous font pousser des petits "aïe !" dans la salle, inscrit certains passages dans une certaine lourdeur physique et émotionnelle qui rejaillit assez bien sur la narration, curieusement.
 
Evidemment, tous nos amis critiques professionnels en ont profité pour dire que le scénario était complètement vide et cruche, à la manière d’un film porno. S’ils avaient vu certains films de kung-fu (juste un ou deux comme moi, pas forcément trois tonnes), ils auraient bien vu que la chose était au contraire justement développée. Evidemment c’est pas du Ronsard ou du Bergman ! C’est du brut de décoffrage, au contraire. Et c’est une narration de genre, une narration d‘exploitation. Bon sang de bon sang, c’est quand même autre chose que les films de kung-fu chinois des années 70/80 qu’on trouve en ce moment en DVD pour une poignée d’euros, et c’est aussi autre chose que, par exemple, la narration des films de bagarre issus de la blacksploitation par exemple, où là, effectivement, on frise quelquefois le n’importe quoi. Et puis, troisième point, si l’on compare la narration de L’HONNEUR DU DRAGON à celle de THE ISLAND de Michael Bay, et bien il n’y a absolument pas photo : le scénario le plus riche n’est pas américain. Idem pour la narration en général.
 
Evidemment, dire d’un film thaïlandais qui ose jouer dans la cour des grands et qui y réussit avec un savoir-faire original et certain, que c’est un vide narratif, c’est très facile, et d’une condescendance qui viserait carrément le respect si nous n’étions pas pour l’égalité des peuples et pour la paix universelle ! Alors, on fait le chichiteux, là où au contraire c’est drôlement bien ficelé. Il aurait fallu, pour avoir des critiques pertinentes et professionnelles, que ces gens-là, mes chers confrères, mes vieux complices, aillent voir de temps en temps des films un peu différents, qu’ils aillent comme un Jacques Fabre (le meilleur modèle culturel au monde), au fond du magasin pour voir les sacs de films que le ranger Silver a cachés dans l’arrière boutique ! Et d’une. Et s’ils étaient de vrais critiques dignes de ce nom, il saurait que le cinéma, c’est de la mise en scène, et que la narration, ce n’est pas seulement le scénario en tant que continuité dialoguée, mais aussi… de la mise en scène justement. Mettre en scène, découper, choisir un angle et faire des mouvements de caméra, c’est pas faire du joli, c’est pas de l’habillage, c’est aussi raconter l’histoire. Passons.
 
Non, ne passons pas, et laissez moi ajouter que, même sans rappeler ces éléments fondamentaux, il s’en passe, des choses sur le plan narratif dans cet HONNEUR DU DRAGON, notamment la formidable méchante (et sa sublime scène de repas !!! Je ne vous dis rien, mais ça vaut son pesant de cacahuètes !). Et puis, comme le montre très bien la scène de combat dans le temple bouddhiste (sans Richard Gere !) et la scène de combat finale, c’est quand même bien construit narrativement, et l’arrivée des Gros Méchants (déformée dans des jeux malicieux de perspectives (numériques ?) très impressionnants et qui sont d'une vivacité phénoménale, est pleine de suspense (dans le temple, l’arrivée du mastodonte ressemble presque à une apparition de film de zombies !). Ben oui ! Non seulement les combats sont très bons et sont conçus pour être montés (et non pas comme un vulgaire montage de rushes de la captation sur le plateau), mais en plus, il y a des pauses, des cassures du rythme et un certain suspense !
 
Bon, ceci dit, c’est quelquefois inégal, mais ça fonctionne haut la main. La dernière séquence par exemple est montée avec des tas de petits plans rapprochés dégueux, mais heureusement, le montage est lent et donne un certaine sensation d’abrutissement par la fatigue. Mais pour le reste, on a quand même un objet découpé et "prévu pour", ce qui est absolument remarquable dans le film d’action de nos jours. Et puis, l’autre gros atout du film, c’est le son dans les combats ! Là aussi, je dis oui ! Pinkaew fait le contraire d’Hollywood. Et le dispositif marche du tonnerre ! À savoir : à Hollywood, on balance la grosse musique de John Williams, on plaque de gros effets (absolument identiques et anonymes de film en film) en 5.1, et on fait crier en sous-mixage les héros en post-synchro à grand coup de "Attention !", "Ça s'écroule !", et autres "Derrière toi !" aussi spirituels les uns que les autres. Ici, l'option est biaisée de jolie manière. Il y a de la musique, certes, mais sous-mixée (derrière pour ainsi dire). Quelques effets, mais mixés raisonnablement sans faire trembler les murs du cinéma. Et aussi des coups post-synchronisés. Le tout étant parfaitement audible (déjà, quel progrès !). Le grand bond en avant consiste à utiliser de manière ostentatoire la respiration et les cris des acteurs-cascadeurs en son ON. C'est à dire en live sur le plateau. Ça, c'est vraiment très bien. Surtout que ce sont des sons issus de la performance athlétique, et pas des feulements de comédiens qui se la jouent. Voilà qui donne rythme, vivacité et tension dramatique à ces combats, d'une manière tout à fait remarquable. Du coup, tout cela est vraiment beau et prenant à regarder. Si les combats étaient encore plus découpés et montés, et avec plus de régularité, on aurait quelque chose d'incroyablement surprenant. Mais bon, c'est déjà très bien. Et pan, dans ta face, Hollywood !
 
Côté acteurs, c'est vraiment pas mal. Alors bien sûr, c'est pas du Tavernier, ni même du Woody Allen ou du Lawrence Olivier! On est dans un film de tronches, où les acteurs sont choisis pour leurs qualités physiques avant tout. Ce qui ne veut pas dire que le reste soit négligé pour autant. Evidemment, c'est du brut de décoffrage et des sentiments purs, presque enfantins. Mais il n'empêche, on retrouve là un certain premier degré assez agréable, soutenu par un ou deux rôles intéressants, notamment le flic immigré et bien sûr la méchante !
Tony Jaa, quant à lui, est tout simplement monstrueux de virtuosité, bien sûr, mais aussi de lourdeur et de puissance. Tout tourne évidemment autour de lui. Bien sûr, la comparaison avec Bruce Lee est bien utile sur le plan marketing. Mais au lieu de crier au n'importe quoi, faisons justement la comparaison. Et là, il n'y a pas photo. Les films de Bruce Lee sont incroyablement mal joués et mal réalisés. Ici, Jaa arrive à donner une vraie impression de sérieux, bien loin de toute théâtralité, et plutôt plaquée sur la volonté de donner une émotion simple et sans chichi, surtout sans grimaces et autres tics qu'on retrouve souvent chez les acteurs de films "de bagarre", qu'ils soient occidentaux ou orientaux. Sa tête de Gavroche populaire et triste fait parfaitement l'affaire, ni plus ni moins (il ne s'agit pas non plus de dire que le mec est un acteur génial), et contribue là aussi à donner une certaine étoffe et un certain relief à un genre qui, bien souvent, se fout de tout pourvu que ça castagne. Débarrassé de tout humour, sauf si cela apporte quelque chose à un des personnages, et se vouant avec une rigueur et une passion palpables pour un premier degré assumé, même s'il lorgne sur la parabole et le conte, L'HONNEUR DU DRAGON fait montre de beaucoup de cœur pour un film d'exploitation, et dépasse le mode "kung-fu ayant pour support le matériau audiovisuel" de la plupart de ses concurrents. Pinkaew n'oublie jamais que tout ce travail, ce n'est pas que pour faire du flouze ou montrer des prises de combat. Le but avoué ici est de faire du cinéma, comme le prouve l'ensemble du projet. L'objectif est atteint. [Il y a une séquence sublime qui vient tout casser : le fameux plan séquence qui contredit joliment le découpage (un peu) rigoureux de l'ensemble. Très belle idée.]
 
Ben, ça ressemble à du bon cinéma d'exploitation populaire tout ça ! Oui, c'est carrément ça ! Pas le film du siècle, ni même celui de l'année, mais l'impression de voir un métrage qui, dans son genre, évite l'esbroufe et le remplissage du vide, et remplit son contrat, avec même quelques originalités, là où généralement la concurrence (notamment les films d'action américains richement dotés) sont placés sous le signe de la boursouflure et de l'obésité.
 
Energiquement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
PS : Je sais très bien qu’Elvis Phuong est vietnamien, voyons !
J'ai oublié de dire que les chorégraphies me semblent très originales, et loin de toute vocation didactique ou documentaire. Cet art syncrétique est vraiment bluffant.
 
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Publié dans Corpus Filmi

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Dr Devo 01/03/2006 17:45

Jai aussi un peu ressenti ça et peut-etre que la chose me gaverait si je devais voir la suite des aventures de tony jaa. Je t'accorde que le terme "rigueur" estr un peu fort, surtout que le montage est inégal, des fois tres bien, des fois à l'ouest. Mais j'ai pris du plaisir:!Dr Devo.

ludo 01/03/2006 10:20

Je ne sais pas si c'est parce que, contrairement à toi, j'avais vu Ong Bak (dont cet Honneur du Dragon est une sorte de remake bis customisé) et donc né bénéficiait pas de l'effet de surprise (surtout vis à vis des performances physiques du bonhomme), mais, outre le choc de voir sur grand écran un pur spécimen de film d'exploitation (même la desastreuse VF nous remet dans l'ambiance), habituellement rélégué dans les étagéres basses des vidéo clubs, j'ai eu du mal à éprouver la même satisfaction que toi. A vrai dire, j'étais le plus souvent plongé dans un état de consternation semi-hypnotique devant ce produit ou je n'ai vu ni coeur ni générosité mais essentiellement vulgarité et laideur. Ces éllipses aberrantes, ces plans montés à la hache, dopés à coups de filtres, cette indicible scéne mystique en images de synthése totalement irregardable, c'en était trop. Tu as raison de sauver certaines scénes de combat (dont ce plan-séquance bluffant - le montage est globalement plus maitrisé que celui de Ong Bak) mais j'ai eu du mal à ne pas sombrer dans le cynisme face au jeu de Tony Jaa que je trouve consternant. Sur le coup, la "rigueur" et la "passion" je n'ai rien vu de tout cela. Enfin, l'experience était quand même interressante.

Dr Devo 20/02/2006 13:07

Tiens, cher repassant, pour une fois nous ne sommes pas du tout d'accord. on avait consacré il y a quelques mois un article à BUBBA Ho-TEP!En tout cas ce qui veulent voir le film ont intéret à se dépecher. Enfin ce qui peuvent, car il n'y a que 12 copies France!Dr Devo.

Le repassant 20/02/2006 12:51

Puisqu'on parle ici d'Elvis, j'en profite pour dire tout le mal que je pense de Bubba Ho Tep, piètre film sur l'improbable rencontre entre deux personnes qui se prennent, l'une pour Elvis, l'autre pour Kennedy, et qui doivent se débarasser d'une momie (une vraie). Quand le série A s'essaye à la série Z, c'est de la série "L" (il manquait une lettre entre A, B et Z, choisissons le L, gardons le K pour Kulte).
On pourrait appeler cela un film boucle, qui répète sans aucun talent la même histoire, et ne dépasse pas le stade de l'idée du scénario (je veux dire l'idée du scénario au sens où n'importe qui peut avoir une idée de scénario).