HITCH, EXPERT EN SEDUCTION de Andy Tennant (USA, 2005) : Dr Devo, expert en critiction

Publié le par Dr Devo

(Photo: "Expert S'exprimant au Peuple" par Dr Devo)

 

 

Chers Fans,
 
D'où ça vient? Est-ce le talent, l'inconscient, le hasard, l'intuition ? En tout cas, il y a des fois où ça vous tombe quasiment tout cuit dans le bec. Innocent comme l'agneau, je suis allé voir hier HITCH EXPERT EN SEDUCTION, et ce matin, en préparant cet article, que vois-je ? Andy Tennant, le réalisateur, a lui aussi, comme Rob Bowman, le réalisateur de ELEKTRA dont je parlais hier, réalisé des épisodes en veux-tu en voilà pour la superbe série PARKER LEWIS NE PERD JAMAIS. Et un enchaînement d'articles superbes, et dans le filet, s'il vous plaît. Y a des restes, je vous les mets?
Bon, on ne va pas s'extasier, mais quand même, une question se pose. Je déclarais dans l'article d'hier, que Rob Bowman avait toute mon amitié pour avoir réalisé des PARKER LEWIS (série à ne pas confondre avec l'assez médiocre SAUVÉ PAR LE GONG, son clone dégénéré, et beaucoup moins bien joué et réalisé). Par contre, c'est bizarre, je ne serais pas aussi chaleureux avec Andy Tennant. HITCH est pourtant bien mieux que ELEKTRA, et d'assez loin. Mais malgré tout, là où ELEKTRA se fout de notre tronche sur toute la ligne où presque, on pouvait néanmoins supposer deux choses: 1) Bowman pourrait peut-être réaliser un film honnête, il y a un effort léger pour que son métrage ressemble à un film, et 2) ELEKTRA est bousillé par les contingences de production, le scénario mongoloïde, et son casting euh... désastreux ? ELEKTRA est finalement une série Z, donc forcément sympathique, si on est de bonne humeur ce jour-là et que les sommes dépensées ne vous mettent pas en colère. HITCH, c'est mieux. Mais je ne ferais pas confiance à Tennant pour autant... Il ne fera jamais mieux que ça, sans doute. C'est lui qui a fait la version pourrie de Cendrillon avec Drew Barrymore, l'hallucinant mou et colonialiste LE ROI ET MOI, et il a même fait des films pour les jumelles Olsen. [Mesdemoiselles Olsen, un de ces quatre, je ferai un article sur vous...]. Et comme par hasard, il a également signé la série FERRIS BUELLER, tirée du film de John Hugues, et qu'on a jamais vu ici à ma connaissance (si je me trompe, Bernard RAPP laissera un petit commentaire car c'est un spécialistes de ces choses-là). Comme par hasard, dis-je, car j'ai pensé à LA FOLLE JOURNEE DE FERRIS BUELLER pendant HITCH.
Bon, entrons un peu dans le lard, façon jambon de York, puisque c'est le cas! Joli brioche pour HITCH (définition du terme brioche dans l'article d'hier sur ELEKTRA). Hitch est un gars qui gagne des mille et des cent comme coach en relations amoureuses. Il permet à de gros ringards comme nous de sortir avec de superbes beautés d'outre espace qui, sans cela, ne nous auraient même pas regardés, ou nous auraient jeté des regards pleins de haine si on les avait croisées dans la rue sans rien faire. Grâce à un aplomb terrible et à un sens certain de la psychologie (la new-yorkaise n'est pas non plus une pointure : Cf. ALLY Mc BEAL.  C'est pas le genre à nous reprocher de ne pas connaître le cinéma de Syberberg  ou la musique de John Zorn), Hitch vous décoche trois rendez-vous, et sans doute une liaison, avec n'importe quelle femme, mannequin ou gentille plouc, pareil! [Conseil, choisissez la plouc!] Alors qu'il aide en ce moment un gros comptable gaffeur à séduire une multimillionnaire (ben oui!), Hitch (Will Smith, au fait) rencontre une jeune journaliste, Eva Mendes, super mignonne je suppose, qui travaille dans la rubrique ragots mondains d'un grand quotidien new-yorkais. Et quand il a rendez-vous avec la belle, il se retrouve bête comme chou, aussi désorienté et gaffeur que ses propres clients. Revenu au stade neuneu, Hitch désemparé ne sait quoi faire, et encore, un quiproquo (ben oui) lui pend au nez, et ça ne va pas arranger ses affaires.
Joli sujet, moi, je trouve. Malheureusement, le film, très vaguement sympathique au départ, se casse complètement la binette. Bon, au final, c'est quand même pas les SOEURS FACHEES ou CAMERA CAFE. Mais il n'empêche qu'on ne peut s'empêcher d'avoir une forte impression de gâchis.
Dr Devo va tout t'expliquer. Les étudiants en cinéma, prenez des notes. D'abord, un énorme problème de scénario. Avec un sujet pareil, il faut aborder la question du physique. Hors, le film ne le fait pas. Bien sûr, c'est sous-jacent puisque les clients de Hitch sont tous plus ou moins laids, et que Hitch lui-même est vraiment trop cool, Man! Malgré tout, c'est tabou. Parce que, vous le savez bien, il y a une règle indéfectible à Hollywood : les physiques difficiles ont un cœur d'or qu'il faut savoir découvrir sous les pustules. C'est ça le sous-entendu qui innerve le film. Alors que le principe même du film, c'est de conseiller des mecs "petits boudins" à conquérir le cœur des filles plus jolies, et d'une, et de démontrer qu'obtenir un rendez-vous avec une fille dans une grande ville, c'est comme passer un entretien d'embauche pour un poste à responsabilités : c'est un parcours du combattant. Les plus faibles sont donc écartés d'entrée. Ça, c'est très intéressant. Mais la règle du cœur d'or pourrit tout, plonge le film dans une guimauve totale, sans le petit sel de la vie réelle, pourtant essentiel à ce type de sujet. Tennant décide donc d'entrée de jeu de minorer l'impact de son film. Bizarre tactique. [En plus, socialement, le film aurait eu une ampleur remarquable; la différence entre laids et beaux étant quand même un des grands facteurs de discrimination sociale dans la vie de tous les jours. Et comme, a priori, le film s'adresse aux ploucs comme nous qui n'habitons même pas Manhattan, c'est mal joué. Nous, les boudins, on sait que le physique est le facteur recalant No1.]
REGLE No1: ne jamais viser plus bas, viser toujours un peu trop haut. Offrir à son scénario toutes les possibilités de s'enrichir.
 
Deuxième écueil : le rythme. Dieu que c'est long! D'abord, parce que la mise en scène est médiocre. Pas d'éclairage. Pas de cadre. Pas de jeu sur le montage. De plus, on reconnaît là la fameuse règle du scénario en trois actes et trois parties, mondieumondieumondieu, et toutes de longueurs égales en plus. Double erreur.
 
Règle No2: Mettre à la poubelle le schéma aristotélicien qui est utile une fois sur dix, et qui bousille les scénarios neuf fois sur dix. Ce schéma sert aux gens un peu médiocres, à qui on fait croire qu'ils vont écrire des scénarios super cools. C’est faux. Les gens qui vous enseignent les trois actes sont soit intéressés, soit ignorants, soit frustrés. Penser à tous ces films qui ne respectent pas le schéma.
 
Troisième erreur: la milliardaire que séduit le gros comptable est amoureuse de lui dès sa deuxième scène, et Hitch et la journaliste sont fait l'un pour l'autre dès la première scène. Au revoir, bonne nuit, et à demain. Où est l'intérêt d'un film sur la conquête amoureuse, si ça vous tombe tout cuit dans le bec ? Nulle part. Ce problème est aggravé par le casting. Si le couple comptable / milliardaire est sympathique (comme une bonne copine ou un bon copain, il / elle est sympa et nous fait rire, sans plus), le couple Smith / Mendes est vraiment dégoûtant. Ces gens ne connaissent rien à la vie normale. Ils ne sortent jamais, ne font jamais les courses et ne lisent pas de livres. Ils font des achats chez Chanel, roulent en Ferrari, ne sortent jamais de Beverly Hills, et surtout, ils ont une salle de muscu chez eux! Même remarque que ELEKTRA hier! Ces gens-là sont décrits dans le film, comme des supers-bourgeois proches de vous, et c'est faux. Regardez les appartements dans le film. Mal décorés, certes mais énormes. Même dans votre région, dans la Creuse ou à Bergerac, vous ne pourriez vous offrir le dixième de ces appartements. Alors, vous imaginez à Manhattan... Ils sont déguisés en li-li bo-bo, mais ce sont des nobles, même dans le film.
Et ces gens ne sont pas cools, ni beaux. Will Smith n'a pas la super classe. En fait, on a l'impression d'être devant des gens parvenus et condescendants. Ce sentiment dur à décrire, mon collègue Pierrot l'a très bien décrit dans un de ces récents articles sur MEN IN BLACK 2. Vous trouverez l'adresse de son blog dans la rubrique LIENS, là,  dans la colonne de gauche.
Règle No3: Ne pas détruire ses propres enjeux. Et soigner le casting et la lumière. Un casting inconnu, mais bon, c'est ça la classe. Et éclairer avec astuce et espièglerie un film, même avec peu de moyens, peut donner un aspect luxueux et beau à votre film.
 
Dans ce contexte, on comprendra facilement que ça ne peut pas fonctionner. D’abord parce que HITCH est un téléfilm. Quoique, à la télé U.S, certaines séries sont mieux tournées que ça! Deuxio, tous les enjeux sont sciés à la base. Troisio, on a vraiment l'impression d'être pris pour des gros ploucs. Quatrio, ça ne joue pas, il n'y a rien à faire. Et plus le rôle est important dans le film, pire est l'acteur. Cinquio, sortir avec Will Smith ou Eva Mendes, ça ne nous fait pas rêver et ça ne nous intéresse pas. On préfère voir des gens comme Jude Law, par exemple. Super-beau, certes, bien plus classe, c'est certain, et surtout, intéressant à voir jouer.
 
Règle 4: la place de cinéma est chère et le spectateur, en fait, même inconsciemment, il ne veut pas sortir avec Cameron Diaz ou Brad Pitt. Il veut voir un bon film. Revoir les films de John Hugues.
Il est vraiment antipathique ce film, à la réflexion.
 
Modestement,
Dr Devo.
 
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Publié dans Corpus Filmi

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Mr Mort 16/05/2008 16:42

Ha, c'est beau, les couples se forment sur le dance-floor de Matière Focale!Bisous.Mr Mort

Flone 16/05/2008 10:30

Vieux film ressorti du placard il y a peu, je ne suis pas du tout d'accord avec certains points de ton analyse. Au delà des faux semblants, le thème est justement très new-yorkais. Des gens faits l'un pour l'autre risquent de se rejeter. On peut le voir avec la série, guimauve dans son style, de Sex & the City.La séduction ce n'est pas "oh, ils sont amoureux, fin de l'histoire". Ce n'est pas non plus juste une histoire de physique. Et la vraie chose dans ce film qu'on y voit est que le charme, ce qui fait qu'une personne nous plaît, est inexplicable.Le physique est justement la barrière numéro 1, car on écrême souvent bêtement sur ce principe, il n'y a qu'à regarder les sites de rencontres... mais les meilleurs couples, les plus sincères et les plus durables, ne se sont pas calculés physiquement.Après, sur la qualité des répliques, elles sont là pour amuser plus que pour être vrai, car les belles théories d'Hitch ne sont que des théories. Parfois applicables, parfois non. Et nous avons tous ce type de théories foireuses. Toi aussi en lisant ton commentaire...

Fab 18/03/2005 23:41

J'ai vu la bande annonce. Il faudrait me payer pour le voir ce nanard. Les répliques de Smith censées donner envie de voir le film sont pitoyables.
Un tel don de soi c'est plus Dr Devo c'est St Devo. Iznogood, Caméra Café, Hitch, et quoi après ?

Pierrot 18/03/2005 21:48

Merci pour la pub, cher collègue.
Article excellent, comme d'habitude!

Evelyne T. 18/03/2005 12:46

L'important c'est la beauté intérieure (et le luxe).