Chroniques de l’Abécédaire : Préparez votre capitaine exotique malgré lui.

Publié le par Le Marquis

Bien cher André, tendre Zoé,
 
Comme vous le savez maintenant – et si vous l’ignorez, allez donc lire ici – je vis désormais mon quotidien de cinéphile par le biais de cette bien belle structure de l’Abécédaire, méthode de visionnage basée sur une contrainte ludique qui me permet d’alterner les styles, les genres et tout le reste, une lettre, un film. Le choix est déterminé au fur et à mesure : lorsque je regarde un film, toujours dans la continuité alphabétique, j’ajoute un autre film à l’autre extrémité de la pile. Interdiction, bien évidemment, de retoucher la sélection au gré de mes caprices, et d’effectuer des changements de dernière minute – bien qu’il y ait, dans la sélection qui va suivre, une entorse à cette règle dont je m’expliquerai auprès de votre Cour Suprême. C’est un système décidément passionnant, à la fois amusant et rudement sévère : bien qu’ayant fait l’acquisition du dernier Argento (VOUS AIMEZ HITCHCOCK ?), qu’il me tarde violemment de découvrir, je ne me suis pas autorisé d’exception. Il est bien programmé dans le prochain Abécédaire, il est là, sur l’étagère, à me narguer, et chaque nouveau film visionné me rapproche de l’instant T (ou V, à vrai dire), même si, en attendant, destin cruel, il m’a fallu passer par le film V de l’Abécédaire entamé sans déroger, quitte à ronger mon frein – car oui, j’ai donc été contraint par ma propre psychose à voir le VERCINGETORIX de Christophe(r) Lambert avant l’hommage de Dario à Alfred. C’est dur. C’est très dur. Mais, je vous le rappelle, quand on achète un film, c’est pour le voir, pas pour l’entreposer. Je vous avais promis de vous tenir au courant de l’évolution de l’Abécédaire, et comme le disait si bien Jean-Michel Dhermay dans LES AVENTURES GALANTES DE ZORRO de Gilbert Roussel (absolument pas co-réalisé par Bruno Mattei donc, contrairement à ce que laisse entendre le site Imdb, référentiel mais pas infaillible) : « Zorro tient toujours ce qu’il promet ! »
 
A comme… ANGEL, de Harley Cokeliss (Angleterre, 2002).
J’avais vu il y a plusieurs années un film d’Harley Cokeliss, DREAM DEMON, film d’épouvante onirique de très bonne tenue, aujourd’hui tombé dans les oubliettes (alors qu’on nous casse encore les pieds avec le très nul AMITYVILLE, LA MAISON DU DIABLE 25 ans après sa sortie, si c’est pas malheureux…). Avec ce (télé ?)film inédit, le cinéaste aborde un tout autre genre, un récit fantastique grand-public adapté d’un livre pour enfants de Melvin Burgess (également auteur du livre adapté par BILLY ELLIOT). Le film raconte comment un enfant anglais découvre un jour, par pur hasard, un passage le transportant des dizaines d’années en arrière, en pleine seconde guerre mondiale. Il fait la connaissance d’une petite fille, May, traumatisée par les bombardements et recueillie par un fermier, et se lie d’amitié avec elle. Lorsqu’il parvient enfin à retrouver le passage le ramenant à son époque, c’est pour apprendre qu’elle a trouvé la mort quelques jours après son départ dans le bombardement de la ferme où elle avait trouvé refuge. Il se met alors en tête de voyager à nouveau dans le temps pour changer le cours des événements. Joli récit, pas trop mièvre et ménageant quelques belles plages d’amertume, le film se regarde plutôt agréablement (la VOST est fournie par l’éditeur, ça c’est gentil) mais ne décolle pas vraiment, la mise en scène restant beaucoup trop sage et télévisuelle.
 
B comme… BAMBOLA, de Bigas Luna (France/Espagne/Italie, 1996).
Avec un cinéaste comme l’espagnol Bigas Luna, on est en droit de s’attendre à un film faisant preuve de davantage de personnalité, même si sa carrière n’est à mes yeux pas forcément à la hauteur de ce qu’on pouvait en attendre après l’extraordinaire ANGOISSE (scandaleusement invisible aujourd’hui). On peut, si l’on est un peu vache – et sans le comparer au très talentueux Julio Medem – considérer qu’il a un peu raté le coche et s’est depuis fait doubler par Alex de la Iglesia – qui a d’ailleurs fini par réaliser un film longtemps prévu pour Bigas, l’excellent PERDITA DURANGO. Tourné en Italie et en Italien, BAMBOLA raconte une histoire torturée, celle d’une belle jeune femme tombant amoureuse d’une brute épaisse, un homme violent rencontré en prison alors qu’elle rendait visite à un type incarcéré pour avoir tué, par accident, un proche de la Bambola en question, jaloux comme un pou. Rien d’infamant, mais il faut bien l’avouer : loin d’ANGOISSE, le film n’égale même pas le tout juste sympathique JAMBON JAMBON, et le film ronronne, tourne en rond. Bigas Luna poursuit ici son exploration de l’érotisme dans le style de son film LES VIES DE LOULOU, mais les enjeux sont bien maigres : Bambola est tiraillée entre son désir et sa répulsion, son attirance et son dégoût, son amour et son mépris, le film alternant les scènes érotiques à la provocation systématique et un peu facile (dont une scène pas très sensuelle faisant intervenir une anguille dans les ébats), et les éclats de violence et de jalousie un peu infantile. Bref, c’est de l’amour vache, et ce n’est hélas pas grand-chose d’autre. Même si le film est correctement mis en scène, il peine à se construire une vraie personnalité et à maintenir l’intérêt.
 
C comme… CAPITAINE KRONOS, TUEUR DE VAMPIRES, de Brian Clemens (Angleterre, 1974)
Belle rencontre, très prometteuse, entre l’un des créateurs de l’incontournable série CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIR, et la Hammer dans ses derniers sursauts avant la chute. Au passage, deux mots sur les films de la Hammer. Contrairement à bien des critiques, si j’apprécie vivement certains films de la période classique (LE CAUCHEMAR DE DRACULA par exemple), je situe pour ma part une grande partie des plus belles réussites du studio de production dans sa dernière période, celle qu’on épingle si souvent pour sa vulgarité et sa complaisance. À mes yeux, c’est sans doute dans la dernière période que s’illustrent certains des meilleurs films de la firme : LE CIRQUE DES VAMPIRES, Dr JEKYLL ET SISTER HYDE, LA FILLE DE JACK L’EVENTREUR ou l’étonnant LES MONSTRES DE L’ESPACE, pour n’en citer que quelques uns, me paraissent faire preuve de bien plus de folie et d’inventivité que bon nombre de classiques de la Hammer comme LA MALEDICTION DES PHARAONS ou LE CHIEN DES BASKERVILLE. S’il est vrai que la qualité des suites de la série des Frankenstein ou des Dracula, (trop) portées en étendards de la firme, s’est considérablement dégradée, c’est pourtant à cette période que le studio a un peu cassé le moule du classicisme gothique pour laisser fuser des idées plus originales et des mises en scène plus iconoclastes. Il faut également ajouter, par ailleurs, qu’entre la Hammer et CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIR, les parois ont souvent été très poreuses, et que l’on retrouve dans les meilleurs longs-métrages de la Hammer le foisonnement d’idées saugrenues, de cadrages audacieux, de brillants effets de montage qui caractérisent si bien la série anglaise – sans parler de leurs castings et génériques techniques respectifs. Raison de plus pour que Brian Clemens trouve sa place dans ce CAPITAINE KRONOS, qui n’a pourtant pas reçu l’accueil escompté. La faute, peut-être, à un casting bien inégal, le héros (Horst Janson) et son ennemi étant campés par des acteurs certes pas mauvais, mais manquant cruellement de charisme. Dommage pour le reste du casting, bien plus convaincant (Ian Hendry et Wanda Ventham sont excellents, et Caroline Munro, et bien, Caroline Munro est très jolie). Dommage aussi pour la mise en scène de Clemens, s’inscrivant effectivement avec aisance et originalité dans l’inspiration plus moderne et plus libre de cette production, l’une des dernières des studios Hammer à faire preuve de rigueur et de qualités cinématographiques – et l’échec du film en salles n’a pas contribué hélas à relever la barre. Certaines idées, dans cette relecture peu classique du thème du vampirisme, ont certes un peu vieilli : les jeunes filles vampirisées deviennent des vieillardes hideuses, ce qui occasionne quelques plans d’un comique involontaire renvoyant aux classiques du Benny Hill Show (Mademoiselle ?… Berk !!!). Mais le film reste franchement étonnant, ménageant des plages d’humour absurde décapant (lorsque Kronos cherche un moyen de détruire les vampires en « testant » plusieurs méthodes – pieu dans le cœur, flammes, pendaison – sur l’un de ses amis contaminés), des idées singulières (personnage, jamais développé, de la femme aux yeux bandés buvant tranquillement son verre de vin dans une auberge) et de superbes tranches de mise en scène (séquence dans l’église, où l’ombre portée d’un crucifix, jusqu’alors invisible et anodine, se révèle être la silhouette d’un vampire s’apprêtant à fondre sur sa proie). L’un dans l’autre, un excellent film.
 
D comme… DOUBLE VISION, de Chen Kuo-Fu (Taiwan / HongKong, 2002).
DOUBLE VISION est (encore !) une histoire de serial-killer, ici avec profiler importé des Etats-Unis à l’appui (David Morse, en forme), fortement teintée de fantastique, et pour cause : les victimes du tueur meurent sans qu’il ne les touche, elles meurent noyées sans qu’il n’y ait de l’eau, brûlées sans qu’il n’y ait d’incendie… Bizarre, bizarre… Un récit intrigant, qui ménage donc bien des révélations tonitruantes, et, HK oblige, des passages d’un lyrisme mélo échevelé assez cocasses. Ceci dit, le film, extrêmement stylisé, est fort bien rythmé, et sans faire preuve d’une folle originalité, parvient souvent à surprendre et à intriguer, ce qui n’est déjà pas si mal.
 
E comme… EXOTICA, d’Atom Egoyan (Canada, 1994).
Cela n’aurait que peu de poids de vous dire que c’est le meilleur film du cinéaste qu’il m’ait été donné de voir, dans la mesure où je ne connaissais de lui que le très beau VOYAGE DE FELICIA. Ça en aurait plus si je vous disais que c’est, de très loin, le meilleur film de la sélection ? EXOTICA est un film sensationnel, un parcours de chat, en quelque sorte (peut-être celui qu’une jeune fille laisse sortir dans le magnifique plan final ?), un chat qui se ballade tranquillement sur un cycle balisé, reprenant, en les approfondissant petit à petit, en en changeant subtilement la tonalité au fur et à mesure, les mêmes décors, les mêmes séquences, dans un rythme unique, nonchalant mais jamais monotone, extrêmement envoûtant, hypnotique. Le cinéaste développe ses personnages avec soin, préférant toujours distiller leurs parcours respectifs, dont certains sont profondément déchirants, dans sa mise en scène plutôt que dans un scénario trop écrit qui aurait pu facilement sombrer dans le mélo le plus téléphoné, ou pire, dans le jeu de hasards et de coïncidences le plus artificiel. Atom Egoyan maîtrise ces éléments à la perfection, égalant ainsi les meilleurs films de Julio Medem, dont son univers m’a paru ici assez proche. C’est un film beau à pleurer, et ça vaut le coup de le souligner, dans la mesure où l’affiche illustrant le DVD me semble rétrospectivement bien stupide et raccoleuse : une femme sexy sur fond noir, agenouillée dans une espèce de danse lascive et masturbatoire, des yeux de voyeur inquiétants, à la rigueur, si vous voulez, il faut bien vendre, ma pauvre Josiane, mais ce slogan : « Dans un monde de tentation, l’obsession est le désir le plus meurtrier », était-ce bien nécessaire ? Ne vous y laissez pas prendre, EXOTICA n’a rien à voir avec un BASIC INSTINCT de seconde zone. Mais alors, rien.
 
F comme… LE FLEUVE DE LA MORT, de Tim Hunter (USA, 1986).
Ni polar, ni mélodrame, ce petit film américain (inspiré d’un fait divers, mais je m’en contrefous) raconte l’histoire d’un groupe d’adolescents décidant de dissimuler la mort d’une jeune fille de leur entourage, assassinée par un de leurs amis, totalement gratuitement d’ailleurs. Vous imaginez d’ici le dilemme dans lequel est plongé un Keanu Reeves tout jeunot (et déjà passé expert dans l’Art de l’Inexpressivité Faciale). Ceci dit, le film vaut pourtant beaucoup pour son casting, avec notamment Joshua Miller, le « petit garçon » d’AUX FRONTIERES DE L’AUBE, plutôt bon acteur pour un gosse (et fils de Jason Miller, le jeune prêtre de L’EXORCISTE, accessoirement) ; Crispin Glover lui aussi tout jeunot (et déjà passé, en ce qui le concerne, expert dans l’Art de l’Interprétation Hystérique), en roue libre complète dans un rôle qu’il campe avec son jeu inimitable, aussi irritant qu’il est impressionnant. Chapeau surtout à Dennis Hopper dans le rôle d’un dealer agoraphobe et marginal, auquel l’acteur apporte énormément. Pour le reste, le film se suit gentiment, et préfigure curieusement l’univers de la série TWIN PEAKS par bien des aspects (structure du récit construite autour d’un cadavre, absence de la morte marquée par son siège vide dans la classe, vers lequel convergent les regards de ceux qui sont impliqués dans sa disparition, petite ville proche du fleuve et des forêts environnantes, musique synthétique assez obsessionnelle, etc.). Le tout manque toutefois d’un brin d’énergie et de personnalité, Tim Hunter restant solidement attaché à un scénario linéaire aux enjeux intéressants mais trop prévisibles.
 
G comme… GUEPES ATTACK, de Paul Andresen (USA / Mexique, 2003).
Quel titre formidable ! Vous parler franglais ? Ce DEADLY SWARM en VO (mais sans VO, ici ça ne fait rien) est une histoire bien classique de bébêtes tueuses, ici matérialisées par des effets en images de synthèse résolument désastreuses, tellement mauvaises qu’elles donneraient la nostalgie des morphings de WILLOW, c’est tout dire. Hélas, pour ce qui est du rayon Z, ce film ne risque pas d’éveiller vos zygomatiques malgré quelques scènes bien débiles comme il faut : l’ennui prédomine, et le film est littéralement assommant. Ça peut très largement s’éviter. Quitte à faire un détour. Le seul avantage étant que ce genre de produit à l’intérêt strictement égal à Zéro fait l’effet d’un grand coup d’éponge dans le cerveau : c’est comme une vidange, voilà, ça c’est fait, on peut retourner voir du cinéma maintenant ?
 
H comme… HANS CHRISTIAN ANDERSEN ET LA DANSEUSE, de Charles Vidor (USA, 1952).
Bon, là, je vais encore avoir un problème. Cette comédie musicale de Charles Vidor prend pourtant bien ses précautions via un carton au début du générique, précisant bien que le film n’est en aucun cas une biographie réaliste de l’écrivain danois, mais une fiction se donnant pour objectif d’imaginer librement un récit sur son parcours et sur l’origine de son inspiration. Ça, c’est super : j’adore l’œuvre d’Andersen, et je me réjouis de découvrir un film synthétisant la vie et l’œuvre dans un même mouvement créateur, préfigurant peut-être les réussites de David Cronenberg (William Burroughs dans LE FESTIN NU) ou de Steven Soderbergh (pour son KAFKA). Bon, je sais, l’affiche bariolée et nunuche (on dirait un film avec Shirley Temple) aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Mais j’aime véritablement l’univers d’Andersen, qui a finalement peu été porté à l’écran, et encore plus rarement avec talent – tout juste peut-on relever le beau ROI ET L’OISEAU (malgré le parasitage un peu verbeux à mon goût de Jacques Prévert). [Celui qui mentionne LA PETITE SIRENE de Disney sort immédiatement.] Non pas que le film soit absolument lamentable – il présente une ou deux séquences musicales assez réussies. Mais il n’est quand même pas bon. Et il se casse même les dents en s’égarant longuement dans une transposition du récit de la « Petite Sirène » dans un ballet interminable, visuellement hideux et profondément ridicule – ben oui, les gars, moi, j’ai vu LES CHAUSSONS ROUGES de Michael Powell, merci pour lui ! Quant au scénario, même par reflets, il ne reflète en rien, mais alors en absolument rien, l’univers poétique, vénéneux et personnel d’Andersen, qui doit se retourner dans sa tombe au point de forer le pétrole en se voyant ainsi réduit à l’image du gentil conteur naïf, tout doux, tout miel, babillant des comptines devant un parterre de petits n’enfants (sûrement échappés de leur île, les salauds) bavant d’émerveillement. Lorsqu’il était convié à une lecture de contes, Hans Christian Andersen était réputé pour ses crises de rage quand on lui servait un public enfantin en guise d’audience. Et oui, Andersen écrivait des contes, mais n’était en aucun cas le Bernard Minet Danois qu’on voudrait aujourd’hui nous faire avaler – et moi, hors de question que j’avale Bernard Minet, non mais ! Ses textes, on a trop tendance à l’oublier, étaient très souvent sombres, complexes et littéraires. Ici, dans le film de Charles Vidor, il semble plus important de lui prêter une histoire d’amour malheureuse avec Zizi Jeanmaire !!! Ah, oui, c’est captivant. Mais le pire, c’est encore de le voir raconter l’histoire du « Vilain Petit Canard » à un mioche malade rejeté par ses camarades. Il la lui raconte, comme ça, dans la rue, et le mioche est tout heureux, tellement heureux qu’il court le dire à son papa, directeur d’un journal, qui décide, en guise de remerciement, de publier l’histoire, sans prévenir l’auteur, pour lui faire la surprise. C’est génial, les mecs, l’histoire est publiée par le journal, Hans devient célèbre, la vie est belle, tralala-itou. Mais qui a couché cette histoire par écrit ??? Le papa reconnaissant ??? Le gamin, après ses devoirs ??? On voit bien ici qu’il n’est pas question de littérature, il n’est question que d’histoires, de mignonnes petites histoires. Pour le respect, on repassera. Ou pas. Ça aussi, ça peut s’éviter.
 
I comme… L'ÎLE, de Kim Ki-Duk (Corée du Sud, 2000).
Et quand je verrai I COMME ICARE, ça fera « I comme… I comme Icare » ?
Bon, ça ne s’arrange pas. Un homme a tué son épouse volage, et va cacher sa honte et son désespoir dans une cabane de pêche flottante parmi tant d’autres, sur un lac d’une région reculée, gardienné par une jeune femme belle, mutique et mystérieuse. Se reporter à BAMBOLA pour retrouver exactement le même créneau de l’amour vache. À ceci près que si le film de Bigas Luna, aussi quelconque soit-il, assumait pleinement son érotisme, Kim Ki-Duk lui donne dans l’art et essai poseur avec cette bête de festival qui m’a très vite tapé sur le système. Le cinéaste coréen se repose de tout son poids sur la beauté des décors naturels, effective notamment dans ses plans de traversée du lac recouvert de brume. C’est très joli. Mais en ce qui concerne le cadrage, la mise en scène ou le travail sur le son, c’est quasiment le néant complet. L’épure n’est pas un art facile, et Kim Ki-Duk ne parvient jamais à faire émerger de mise en scène dans ses poses contemplatives à sombrer d’ennui. Et ce n’est pas avec un scénario aussi lourdement symbolique qu’il risque d’emporter mon adhésion. Le film est systématiquement prévisible, que ce soit dans ses excès (auto-mutilations avec hameçons, une pour l’homme dans la gorge, une pour la femme sur ses parties génitales, séquences douloureuses mais grotesques qui s’achèvent bien logiquement par un plan montrant l’un des membres de ce couple torturé, littéralement, pêcher son conjoint mutilé dans les eaux du lac), ou dans ses tentatives de provocation résolument ridicules (dont un plan splendouillet, pour reprendre l’expression de mon médecin traitant, sur un homme en train de faire caca dans le lac, avec le point de vue du lac, ha-ha). Tout ça, traité avec le plus grand sérieux, donne l’effet d’une insondable prétention, que vient souligner un plan final en forme d’allégorie (allégorille, oui !) d’une évidence frôlant de très prêt la bêtise pure et simple. Au secours. Sinon, il y a un film splendide qui s’appelle ONIBABA, et qui devrait faire rougir de honte cette ÎLE sur laquelle je ne suis pas prêt de remettre les pieds.
 
J comme… LE JOUR DU FLEAU, de John Schlesinger (USA, 1975).
Le lien renvoie à l’article du Dr Devo, auquel je souscris entièrement. C’est sans doute, et de loin, le meilleur film de Schlesinger ; la dernière partie du film est franchement impressionnante.
 
K comme… KUCH KUCH HOTA HAI, de Karan Johar (Inde, 1998).
Bon, j’avoue, j’ai un petit faible pervers pour le cinéma de Bollywood, pour des raisons qui tiennent essentiellement à l’aspect kitsch de la chose, je veux bien l’admettre. Du bariolé comme dans une pub pour Mir Couleur, des chorégraphies haut-bas-gauche-droite avec des dizaines de figurants synchrones, des chansons interminables aux sonorités absurdes et aux paroles nunuches, et me voilà au paradis. Quand, en plus, comme c’est le cas ici (du moins pour la première partie, soit 90 petites minutes), cet univers rencontre celui du film de college américain, c’est vraiment le bouquet. Sans parler de ces grandes plages mélodramatiques larmoyantes jusqu’à l’hystérie, j’adore. L’acteur principal, la star Shahrhuk Khan, est mauvais comme un cochon, mais de toute façon, le jeu des acteurs est ici souvent d’une naïveté assez désarmante – voir ce plan totalement indescriptible des retrouvailles de Rahul et Anjoula (rien que les noms des personnages me mettent en joie), séquence sans dialogues où les deux acteurs en font des caisses et des caisses et des caisses et des caisses, n’en jetez plus, et vous m’en mettrez une de côté. J’avoue y prendre beaucoup de plaisir, même si, c’est vrai, je m’essouffle un peu au bout de 2h30. Je souligne avant de passer à la suite que j’ai été assez stupéfait de voir l’actrice Kajol (avec son nouveau parfum, vous allez beaucoup l’aimer) fredonner la « Danse des Canards » pour se moquer de son ami Rahul. Délicieux.
 
L comme… LA LOUVE SANGUINAIRE, de Rino di Silvestro (Italie, 1976).
Pour ce film également, je vous renvoie au très bon article du Dr Devo. LA LOUVE SANGUINAIRE a des aspects un peu désuets (sa musique notamment a bien mal vieilli), mais fait preuve d’originalité et d’une belle énergie, à l’image de son interprète Annik Borel, qui s’investit dans un rôle risqué avec une puissance et une absence de retenue qui laissent sans voix. Très bon film.
 
M comme… THE MAN WHO CRIED, de Sally Potter (Angleterre / France, 2000).
De Sally Potter, je ne connaissais que le splendide ORLANDO, remarquable adaptation du roman de Virginia Wolff où les pas de Tilda Swinton croisaient ceux de Jimmy Somerville sans tourner au ridicule, bien au contraire. Et j’appréhendais un peu THE MAN WHO CRIED, moins réputé, au sujet peu attrayant (les juifs, la grande guerre, le chaos, etc.) rendu encore plus rébarbatif par une jaquette DVD citant maladroitement une accroche idiote extraite du magazine « Jeune et Jolie » (Vieille et Décatie, ça existe ?) : « Un hymne à la tolérance et à l’amour », nous promet la péronnelle. Oui, bon, un hymne à l’amour, comme Tous pour l’Ethiopie ou We are the World, sans façon. En réalité, si le film est effectivement à cent coudées en dessous d’ORLANDO, la déception reste modeste. Sally Potter semble se préoccuper davantage de mise en scène que d’hymnes à des choses positives. Le scénario tire ici ou là quelques grosses ficelles, et certains éléments font un peu trébucher le métrage (John Turturro n’est pas très convaincant dans ses vocalises en play-back de chanteur d’opéra). Mais dans l’ensemble, Sally Potter évite toutes les séquences démonstratives dans lesquelles se serait vautré n’importe quel autre cinéaste, préférant des ellipses parfois saisissantes aux séquences les plus attendues dans ce genre de sujet. Elle maintient l’Histoire à distance, et se focalise sur l’évolution de son récit (une juive tombant amoureuse d’un gitan pendant la seconde guerre mondiale, et pourquoi pas une co-location avec un homosexuel pour parfaire le tableau ?), construit par un enchevêtrement de répétitions, d’échos et parfois de prémonitions – qui ne sont pas celles des personnages mais bien de la mise en scène et du montage. Modérément certes, mais on est loin d’œuvres démonstratives comme ont pu en livrer sur le même thème des cinéastes comme Spielberg ou Polanski. Sally Potter n’a pas de leçons à donner, elle adapte un récit sans véritable éclat, mais avec intelligence et avec une belle intensité. C’est un beau film, superbement photographié, dans lequel surnagent quelques séquences assez fabuleuses, dont une montrant Cate Blanchett assistant à un opéra qui se transforme soudain en séance de cinéma, chorégraphie aquatique hollywoodienne en noir et blanc, avant que des inserts (en couleur et d’une netteté très malpolie) ne nous montrent Cate Blanchett, épanouie parmi les autres nageuses, écho d’une séquence dans une piscine qui n’interviendra que bien plus tard dans le récit, mais avec le plus grand fracas.
 
N comme… NUMERO 17, d’Alfred Hitchcock (Angleterre, 1932).
On sort tout juste du muet : la sonorisation est encore partielle, hésitante et parfois maladroite (voir une séquence de bagarre avec des “pif” et des “pafs” à peine plus percutants qu’une gifle de bébé). Par contre, la mise en scène d’Hitchcock est fort soignée : le montage est vif, aucune théâtralité, la caméra est mobile, et le cinéaste instaure une atmosphère proche du fantastique dans une première partie en forme de huis clos, la meilleure du film d’ailleurs, avec un plan particulièrement réussi et très surprenant : les lumières du passage d’un train (visibles à l’intérieur de la demeure en ruine où se déroule une grande partie du métrage !) illuminent le cadavre au pied de deux personnages, puis leurs visages effrayés, étrangement déformés par un effet optique très curieux. C’est soigné, rythmé et souvent assez drôle, bref : un moment très agréable.
 
O comme… OCTOPUS II, de Yossi Wein (USA, 2001).
C’est la séquelle d’un des innombrables films de monstres dont la firme américaine Nu Image s’était fait une spécialité (avant de s’orienter tout récemment vers des productions plus « officielles » et ambitieuses : bonne chance !), un flot de productions alternant les petites réussites Z (SHARK ATTACK III et SPIDERS en particulier) et les navets soporifiques, comme d’ailleurs le premier OCTOPUS. Sa suite n’est hélas pas tellement plus reluisante : aucun rythme, et pas de drôlerie particulière – à part peut-être les grognements ridicules de la pieuvre géante aux yeux lumineux lorsqu’elle fait surface. Les effets spéciaux sont assez calamiteux (notamment parce que les raccords entre la pieuvre en images de synthèse à deux balles et les acteurs s’enroulant eux-mêmes dans des tentacules en caoutchouc, comme dans PLAN 9 FROM OUTER SPACE, font très mal aux yeux) et le scénario est complètement foireux – le film se poursuivant près de vingt minutes après la mort de la créature en se lançant dans un remake poussif de DAYLIGHT, juste histoire de tenir les 90 minutes réglementaires. Parfait pour soigner les insomnies ceci dit.
 
P comme… PREPAREZ VOS MOUCHOIRS, de Bertrand Blier (France / Belgique, 1977).
Oscar du meilleur film étranger (que Blier attribue humblement à l’absence dans la sélection, imprévue, de SONATE D’AUTOMNE), PREPAREZ VOS MOUCHOIRS est un drôle de film. D’un côté, le film semble un peu avoir déçu à l’époque, car il venait après LES VALSEUSES, mais ne s’inscrivait pas dans la même veine provocatrice (et assez noire). C’est un film, au contraire, assez tendre, plus ouvertement humoristique, à l’atmosphère vive, mais paisible. D’un autre côté, son sujet (une femme insatisfaite, Carole Laure – parfaite, qui ne trouve pas son compte dans les bras de son conjoint ou de l’amant qu’il lui propose pour lui rendre le sourire, mais qui finit par trouver le bonheur, tomber amoureuse et faire un enfant avec… un garçon de 13 ans !) est, par la petite bande, assez provocateur – et serait probablement l’objet d’un scandale s’il était tourné aujourd’hui. Le film n’est cependant à aucun moment tendancieux ou déviant, et parvient au contraire à trouver une incroyable justesse de ton, un équilibre lumineux, frais et optimiste, grâce à une mise en scène fluide (bien qu’elle ne soit pas encore d’une très grande richesse) et surtout grâce à une finesse d’écriture assez remarquable, et faut-il le préciser, d’un humour assez imparable.
 
R comme… ROBERTO SUCCO, de Cédric Kahn (France / Suisse, 2001).
Serial-killer encore, mais dans un sous-genre plus précis, celui du film inspiré par un véritable assassin, vu de l’intérieur, un peu dans la lignée de films comme LES TUEURS DE LA LUNE DE MIEL, HENRY – PORTRAIT OF A SERIAL KILLER ou LUCIE AUBRAC (non ?). Ici, nous avons affaire à Roberto Succo (solidement interprété par Stefano Cassetti). Cédric Kahn signe un film très honorable, tout en retenue, sobre, serré, efficacement réalisé, qui a le mérite d’éviter les effets (de mise en scène ou d’écriture) racoleurs, et qui a le tort, dans sa rigoureuse sobriété, de ne pas faire preuve d’une grande personnalité, contrairement aux films de Leonard Kastle ou de John McNaughton. Ceci dit, encore une fois, le film s’avère intéressant, subtil et parfois très anxiogène, et le casting (cocorico ! c’est pas tous les jours Noël !) est sans fautes, jusqu’à la bizarre Isild le Besco, parfaitement dans son élément. Pas mal du tout.
 
S comme… SAHARA, de Breck Eisner (USA / Espagne / Allemagne, 2005).
Ça tombe bien, je l’ai vu un dimanche soir. Le créneau parfait pour ce film d’aventures efficace mais très quelconque, amusant mais piètrement réalisé – ça fuse de partout, mais le montage ne suit pas, et agace parfois profondément : si vous avez l’occasion ou l’envie saugrenue de voir ce film, regardez un peu comment les actions un peu « élaborées » (explosions, personnages tombant d’un bateau, etc.) sont systématiquement décomposées en quatre plans très courts, c’est très tendance, ça, et bon nombre de cinéastes actuels semblent intimement persuadés que cela contribue à donner du mouvement, de l’énergie et de la nervosité à leur petite, petite, petite mise en scène friquée – ils se fourrent le doigt dans l’œil, ce genre de découpage flaire juste le cache-misère et ne met absolument pas en valeur ce qu’il est supposé magnifier. Mouais.
 
T comme… TOUBIB MALGRE LUI, de Michael Apted (USA, 1987).
Je ne sais pas pourquoi je m’entête à regarder les vieilles comédies de feu Richard Pryor alors que je ne le trouve même pas très bon. Ceci dit, ce TOUBIB MALGRE LUI est plus réussi que COMMENT DEPENSER UN MILLION DE DOLLARS PAR JOUR de Walter Hill. Ce qui n’en fait pas une merveille, loin de là. Richard Pryor se retrouve donc, par un complexe concours de circonstances, bloqué dans un hôpital, après avoir endossé l’identité du médecin qu’il n’est pas. Vous devinez la suite. C’est aimablement chaotique, quelques gags font mouche (surtout les plus vulgaires, il faut bien l’admettre) et on est étonné de retrouver là, dans le rôle d’un dangereux criminel, l’acteur Joe Dallessandro, d’autant plus qu’à aucun moment il ne montre ses fesses.
 
U comme… UN BAQUET DE SANG, de Roger Corman (USA, 1959).
Sacré Roger Corman… Déjà bien opportuniste dans les années 50, il livre ici un de ces petits budgets dont il a le secret, tournés en deux temps trois mouvements, et très largement inspiré du scénario de L’HOMME AU MASQUE DE CIRE, qu’il transpose ici, fort astucieusement et avec talent, dans le milieu artistique beatnik. Dick Miller (qui a rempli sa sympathique filmographie essentiellement par sa présence quasi systématique dans les films de Corman et de Joe Dante) interprète donc ici un type un peu demeuré baignant dans le milieu beatnik sans y être vraiment accepté, jusqu’au jour où il leur présente une sculpture de son cru, qu’il a nommée « Chat mort », sculpture qui remporte un énorme succès : il lui faut donc fournir d’autres statues. Problème : la sculpture « Chat mort » est en réalité… un chat mort qu’il a recouvert d’argile. Et comme les sculptures suivantes s’appellent « Homme mort », « Femme étranglée » ou « Tête d’homme », je vous laisse deviner le pot aux roses. Loin de la stylisation du cycle des films adaptés d’Edgar Allan Poe, UN BAQUET DE SANG s’inscrit dans la série des films à très petit budget tournés par Roger Corman (dont le plus célèbre reste sans doute LA PETITE BOUTIQUE DES HORREURS). C’est un film très attachant, particulièrement bien écrit et d’une noirceur assez radicale.
 
V comme… VERCINGETORIX, de Jacques Dorfmann (France / Canada / Belgique, 2001).
Aïe. Ouïe. Celui-là, je l’ai vraiment senti passer. Dire que si Vercingétorix avait été incarné par Gérard Depardieu, je ne me serais jamais infligé ça… Mais que voulez-vous, je me suis mis à suivre la carrière de Christophe(r) Lambert – encouragé dans cette voie par le Dr Devo, bonjour la prescription ! Et bien je préfère encore revoir GIDEON que cette soupe saumâtre. Bon, le film est assez drôle au 36e degré : c’est le festival de la Perruque (Christophe(r) ressemble ici à un croisement bâtard entre Catherine Lara et le John Travolta de BATTLEFIELD EARTH), la coproduction internationale impose une post-synchronisation désastreuse (les dialogues absurdes étant encore l’élément le plus amusant du film) entrecoupée de répliques qui tuent (« Gauloises, Gaulois ! »), les génériques d’ouverture et de fin ont des proportions co(s)miques, Klaus Maria Brandade de Morue cabotine comme un chien en rut au milieu d’acteurs costumés façon Astérix. Oui, oui, c’est amusant. Mais bon sang, même pour rire, que c’est long parfois, deux heures (DEUX heures, deux heures, 2 heures, misère), d’autant plus que Jacques Dorfmann, dans la séquence de bataille finale, pompe honteusement le RAN de Kurosawa, qui ne s’en offusquera sans doute pas, non seulement parce qu’il est mort, mais aussi parce qu’à l’écran, ça devient juste, involontairement, parodique.
 
W comme… WITCHOUSE, de David DeCoteau (USA, 1999).
Et non pas WITCHOUSE II comme initialement prévu, car c’est bien à ce stade que j’ai décidé d’enfreindre le strict règlement. La cause en est simple : j’avais prévu de visionner ce WITCHOUSE II sans jamais avoir vu l’original, dont je ne possédais pas de copie. L’ayant trouvée ce week-end, il m’a paru idiot de ne pas les intervertir. D’autant plus que, si ça se trouve, je n’aurais rien compris à WITCHOUSE II sans avoir vu WITCHOUSE 1, qui sait ? J’en doute, ceci dit. WITCHOUSE est une production de la firme Full Moon, siège du producteur Charles Band, qui inonde le marché de films souvent très mauvais, mais qui ont au moins, de temps à autres, un peu de personnalité ; c’est aussi une des dernières boîtes à produire, encore aujourd’hui, de petites séries B à l’ancienne, parfois assez cocasses d’ailleurs (LE CERVEAU DE LA FAMILLE, THE KILLER EYE, ou encore CREEPS, le film où les Grands Monstres du Fantastique – Dracula, la Momie, le Loup-Garou, Frankenstein – sont interprétés par des nains !). Avec WITCHOUSE, cela dit, on est en terrain familier, les pieds bien plantés sur les sentiers battus. Une bande de jeunes crétins organise une soirée dans un manoir isolé, et tout va mollement jusqu’à ce que les lieux soient investis par une sorcière. Pour ce qui est du scénario, rien à signaler, vous pouvez circuler. Les acteurs sont mauvais comme des cochons, à l’exception notable d’une certaine Brooke Mueller, petite bombasse blonde dont le jeu outré et extraordinairement vulgaire m’a franchement ravi. Les mecs sont tous des mickeys bodybuildés habillés en marcels, mais vérification faite, tout est normal : le « Jack Reed » qui signe la mise en scène n’est autre que notre bon vieux David DeCoteau, cinéaste gay qui a considérablement « orienté » son cinéma depuis son outing (voir l’article sur le film LEECHES). Mais là n’est pas la caractéristique première de ce vieux briscard de la série Z : depuis quelques temps, il a découvert une figure de style cinématographique qu’il semble avoir décidé d’exploiter jusqu’à la moelle : le plan basculé. Dans un mouvement chaloupé (le premier est très subtil et assez beau, mais ensuite, David se lâche complètement), les plans tanguent sur la gauche, puis sur la droite, puis à nouveau sur la gauche si le plan dure suffisamment longtemps, et ce, à chaque plan et pendant tout le film !!! C’est assez surréaliste, c’est très con, c’est drôle sur la longueur, mais mieux vaut ne pas avoir mangé des huîtres. À part ça, rien à signaler, le film est très Z, assez laborieux, très court, et est dédié à l’un des mickeys du casting, assassiné peu après le tournage de THE KILLER EYE à l’âge de 28 ans, si c'est pas malheureux.
 
Z comme… ZELIG, de Woody Allen (USA, 1983).
Je n’avais pas revu le film depuis une paye, et il faut bien dire qu’il s’avère tout à fait à la hauteur de sa réputation : c’est malin, insolent, vif, et c’est aussi l’un des films les plus drôles du cinéaste avec GUERRE ET AMOUR. Pour ceux qui ne le situeraient pas, il s’agit d’un faux documentaire sur un homme ayant développé, par pure névrose, la capacité de prendre l’apparence et la personnalité des personnes qui s’approchent de lui, sauf les femmes. (« Des tests sont en cours actuellement avec un nain et une poule », nous informe la voix-off). Il peut donc devenir chinois, indien, noir, etc., ce qui fait de lui la menace la plus sérieuse pesant sur le continent (dixit le Ku Klux Klan). On dit parfois bien du mal de Woody Allen sur Matière Focale – et il le mérite souvent, sa carrière étant tout de même très inégale et pas spécialement dans le haut de la vague ces dernières années, raison de plus pour mettre en valeur ceux de ses films qui valent vraiment le détour : ZELIG en fait indubitablement partie.
 
Mark Toesca me presse de vous proposer, pour conclure, cet Abécédaire sous la forme d’un Top 23 (pas 50 pour des raisons de bonne logique, mais pas 26 non plus car j’étais en panne de films en Q, X et Y). Le voici, et pour information, à partir de SAHARA inclus, vous pouvez économiser votre argent sans regrets.
 
EXOTICA
ZELIG
LE JOUR DU FLEAU
THE MAN WHO CRIED
PREPAREZ VOS MOUCHOIRS
CAPITAINE KRONOS
DOUBLE VISION
ROBERTO SUCCO
LE FLEUVE DE LA MORT
KUCH KUCH HOTA HAI
LA LOUVE SANGUINAIRE
NUMERO 17
UN BAQUET DE SANG
BAMBOLA
SAHARA
TOUBIB MALGRE LUI
HANS CHRISTIAN ANDERSON ET LA DANSEUSE
ANGEL
WITCHOUSE
VERCINGETORIX
L’ÎLE
OCTOPUS II
GUEPES ATTACK
 
Bien, ce fut un plaisir je l’espère partagé : je vous abandonne, je dois aller voir L’ATTAQUE DES CRABES GEANTS.
 
Le Marquis

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Dr Orlof 23/02/2006 00:43

Ah! Marquis! j'ai hâte d'avoir votre avis sur ce magnifique film érotico-vampirique qu'est "la comtesse noire" (que j'avais classé dans mon top 10 des films les plus érotiques de l'histoire du cinéma, en hommage à la divine Lina Romay)
Ce film est sorti sous 14 (!) titres différents! ("les avaleuses" mais aussi "la comtesse aux seins nus"!) Franco a tourné des séquences additionnelles pour en faire un film "hard". Je n'ai vu qu'une version soft assez youpitante, digne des meilleurs Jean Rollin...

Le Marquis 22/02/2006 15:23

Concernant KUCH KUCH HOTA HAI, pour la petite information cruciale, le titre signifie "Quelque chose est arrivé" (d'après les sous-titres en tout cas, car mon hindi est un peu rouillé). Mais ta remarque est amusante, car le film est effectivement truffé d'anglais (les lycéens du film ont des "OK", des "Sexy!" et des "Nooooo problem!" plein la bouche, et des cannettes de Pepsi dans la main lors d'une séquence musicale).
Pour PREPAREZ VOS MOUCHOIRS, l'attente post-VALSEUSES tenait en fait au retour du duo Depardieu / Dewaere - et PREPAREZ VOS MOUCHOIRS a du reste lui aussi été éreinté par la critique - le documentaire qui accompagne le film reproduit même la page critique(proprement dégueulasse) des Cahiers du Cinéma, dont la teneur est, en substance : Blier méprise son public et nous prend pour des cons. Tout à fait d'accord avec toi concernant la séquence avec Ritton et Carole Laure, d'autant plus que c'est un des plus beaux passages du film.
Dieu merci, je n'ai pas investi grand chose pour faire l'acquisition de VERCINGETORIX, et j'ai la (petite) excuse qu'il m'était réclamé à corps et à cris (par des individus qui n'ont finalement pas souhaité le voir - serais-je tombé dans un traquenard ?).
Sinon, tu fais sans doute allusion à l'éditeur Néo Publishing, qui se spécialise dans l'édition de films bis, majoritairement italiens mais pas seulement (ils ont également sorti des petites merveilles comme LA REVANCHE DES MORTES-VIVANTES). Le prix neuf est ce qu'il est, mais on trouve facilement ces films d'occasion (j'ai payé LA REVANCHE DES MORTES-VIVANTES et LE MANOIR DE LA TERREUR 1 euro pièce !), et d'autre part, il faut souligner que Néo fournit un excellent travail éditorial : les copies sont souvent très belles et les DVD sont garnis de suppléments souvent passionnants. Très beau catalogue par ailleurs, qu'on peut trouver sur le catalogne en ligne de l'éditeur, avec notamment une très belle collection Lucio Fulci.
Et pour finir : oui, il y aura bientôt un nouvel Abécédaire, il est en cours (j'en suis à D comme... Surprise!), et pour l'instant, je dois bien dire que c'est très mauvais !!!
PS : Dr Orlof, pour info, je me suis procuré ce week-end une copie de LA COMTESSE NOIRE de Jess Franco (également connu, sous différents montages, sous des titres variés comme LES AVALEUSES ou JACULA). Je n'ai pas encore eu l'occasion d'y jetez un oeil (sans parler du fait que la lettre C est donc déjà programmée), je ne sais donc pas encore quel montage est proposé sur le DVD, mais ma curiosité est piquée ! (J'ai également acheté le film Eurociné LE BAISER DU DIABLE, de Georges Gigo, dont je n'avais jamais entendu parler, et qui a l'air assez croquignolet!).

Dr Orlof 22/02/2006 14:54

Excellent!! Marquis, nous comptons sur vous pour une livraison régulière de ces abécédaires passionnants.
Pour Kim Ki-Duk, j'aime assez "l'île" qui, rétrospectivement, apparait comme son film le plus réussi (vous comprendrez ce que je veux dire en voyant l'horrible collection de cartes postales qu'est "Printemps, été,..."
100% d'accord pour "Exotica" (le meilleur film d'Egoyan), pour "Zélig" (mais là, je suis un convaincu puisque j'aime TOUS les films de Woody Allen) et pour "Préparez vos mouchoirs" (qui, pour l'anecdote, n'arrive pas après "les valseuses" mais après l'invisible "Calmos" que tout le monde a massacré à l'époque). C'est aussi un de mes Blier favori, un film très pudique et tendre mais qui flirte déjà avec un certain onirisme (je me rappelle d'une belle scène dans un dortoir). C'est aussi un grand film "érotique" (dans l'acceptation donnée lors de ma grande enquête :)) : la séquence où Riton cherche à mater les appats de Carole Laure endormie et ce moment où elle se dévoile face à ce pré-ado laisse pantelant!
Une question, j'espère que tu n'as pas acheté trop cher "Vercingétorix" car on appelle ça du masochisme! En ce moment, je vois plein de collections qui ressortent les films d'horreur italiens des années 80 (des D'Amato, des Deodato...). Ca fait envie mais ça reste un brin trop cher (entre 15 et 20 euros pièce)...

Le repassant 22/02/2006 12:09

Je me permets de livrer une traduction maison de "Kutch kutch hota hai", puisque j'ai des rudiments d'hindoustani : "C'est vraiment très très chaud". Le hota est très amusant, parce qu'il est tiré, vous l'aurez compris, de l'anglais, qui phagocyte l'hindi. C'est marrant, mais les spectateurs d'Ozu que vous avez pu être auront remarqué s'ils ont prêté l'oreille à la langue elle même sans passer par les sous titre que pour dire "garçon!", c'est "boya" qui est utilisé à l'époque, dans les deux cas, on prend le mot anglais, et on y rajoute a. Je rassure tout le monde, je ne parle pas japonais (hélas, quelle sublime langue dans la bouche des jeunes filles).
 
J'imagine que le Marquis confirmera que le film l'est. Bollywood est très fort pour construire des titres constitués de mots courts et cela donne en général des titres très "énergétiques".

ludo 22/02/2006 10:23

Effectivement, un concept trés ludique que cet abécédaire.
En effet, Guépes Attack, quel titre ! Ca laisse réveur !