INDIANA JONES ET LE ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL: décors sans le coup de fouet...

Publié le par Dr Devo

[Photo: "We Were So THURSTY!"
de gauche à droite: "...l'expectative inexorable du moment où ils se rejoindraient, au moins au figuré se dit-elle. Le paradoxe serait alors de faire le deuil des impasses, de savoir exploiter la gourmandise du moment de suspension qui précède les révolutions les plus belles, car les plus indispensables."
Photographie par Mek-Ouyes.]








Chers Focaliens,

 

Bon, comme d’habitude, mon grand retour annoncé se fait en pointillé, une fois de plus, repetita, et ce à cause de mes nouvelles activités de DJ (rires, du pousse-disque en fait), chose qui m’a pris un temps hallucinant, chronophagie due sans aucun doute au fait que c’était la première fois que je passais des disques en public. Ce fut très agréable, merci. Mais les affaires sont les affaires, et palmarès de Cannes ou pas (« …un film qui mêle de manière original fiction et documentaire », « un film documenté », a-t-on entendu, c’est-à-dire comme 97,53% des films art et essai, comme c’est original), on retourne en salle besogner de la critique avec notre « ami » Steven Spielberg, relativement en forme ces dernières années.

 

 

Curieusement, le quatrième volet des aventures sérielles de Indiana Jones ne commencent pas dans le service "léguminés" de la maison de retraite Les Acacias à Charleroi, Belgique, mais dans le Nevada et dans une base militaire où l’on retrouve notre Indiana Jones national en bien fâcheuse posture. Et pas qu’un peu ! En effet, M. Chapeau est entre les mains des Russes qui viennent de prendre le contrôle des entrepôts secrets de l’armée américaine, là précisément ou se terminait le premier épisode de la série. Nous sommes en 1957, et à l’époque les Russes étaient des gens vraiment méchants comme Le Gall, et on était encore loin de se demander si eux aussi aimaient leurs enfants. Cette charmante escouade staliniennes n’est pas là pour le tourisme, comme on s’en doute, mais pour mettre la main sur un sarcophage bizarre renfermant une espèce de momie encore plus étrange. Et il se trouve que Jones pourrait les aider à mettre la main dessus. Une série d’aventures étonnantes et trépidantes commencent où le vieux Indy sera aidé par un petit loulou, Shia LaBeouf (record à battre!). Il sera notamment question de retrouver la trace d’un grand ami, John Hurt, ici collègue de Jones, et un mystérieux crâne en cristal de l’époque Geigger. Mais, la Russie ne voit pas la chose de cet œil, et ce n’est pas gagné pour nos héros, d’autant plus que c’est Cate Blanchett qui dirige d’une verge de fer dans un gant de fonte, les opérations !

 

 

Je ne sais pas si Harrison Ford a monté les marches de Cannes avec un fauteuil de rampe Jean Lefèvre, mais en tout cas, c’est reparti comme en 40 ou presque. Alors pas de soucis, on retrouve tout l’attirail de la série qui fut d’ailleurs très joliment analysé par notre ami le Marquis dans ces pages. Vous pouvez jeter un œil dessus, c’est tout bon, et je pense la même chose.

 

La chose démarre plutôt bien et plutôt mal avec un immonde petit plan en synthèse sur une marmotte qui sera le fil déconducteur de la première et longue séquence d’introduction. Je passe sur ces marmottes, c’est complètement débile et surtout d’une laideur intergalactique indiscutable (l’effondrement du terrier par contre était très joli, soyons juste). Par contre, Spielberg nous prend gentiment à contre-pied en nous proposant une ambiance "college" (prononcez à l’anglaise) tout à fait incongrue, avec une jolie fin en forme de virage narratif. Ça m’a fait rire et c’est plutôt bien joué, car cela permet de faire diversion avec la séquence suivante assez longue et plus bavarde que l’habituelle ouverture de la série (quoique je n’aie pas revu INDIANA JONES ET LE TEMPLE MAUDIT depuis des lustres, et je ne me souviens absolument pas de son entame !). La séquence elle-même est plutôt bien fichue, avec quelques plans très ouverts du point de vue du cadre qui font bien passer le numérique ici très propre (exception faite des effets de nuage, toujours aussi  mal fichu au cinéma !). Bref, c’est plutôt bien troussé, et même assez marrant. Une belle idée surnage, vraiment très réussie : alors que les extérieurs de cette séquence sont en décors naturels, Cate Blanchett déboule dans un contrechamps totalement studio et ouvertement artificiel qui petit à petit va contaminer le champ. Très joli moment et bonne idée. Ici et là quelques gourmandises, notamment dans les plans assez compliqués parfois de la poursuite teenageuse en voiture. Great.

 

 

Is that all there is ? Non, pas vraiment. Nous suivons ensuite notre héros dans une panoplie de scènes reprenant plus ou moins les scènes des films précédents, sous forme de passages obligés : salle de cours, divagation sur les énigmes à résoudre à voix haute, poursuites en véhicule, etc… Le Marquis avait raison, Indiana Jones c’est une affaire de serial dés le départ.Voilà qui se suit sans effort mais aussi sans éclat. On suit tout ça d’un œil pépère. Les effets spéciaux et cascades se divisent en deux. Une partie old school avec des effets sans doute numériques, mais qui essaient de se faire passer pour des effets "en dur", puis une utilisation plus ouverte et plus moderne du numérique. Le meilleur se situe entre ces deux zones, notamment en ce qui concerne les déplacements de Harrison Ford. On note un montage intelligent de ces effets, notamment dans les transitions numériques dans le plan (entre le cascadeur, l’acteur et l’effet) comme dans la séquence d’ouverture (la première suspension avec le fouet). La deuxième cascade live en voiture et moto estégalement assez joliment chorégraphiée. Bon. Ensuite, ça se gâte un peu plus. Au fur et à mesure, c’est les effets spéciaux plus contemporains qui envahissent l’espace, et bon sang de bois, on voit la différence ! Même les décors naturels sont mis au diapason de ces effets numériques et n’ont plus grand chose, justement, de naturel. La photo devient plus systématique et l’aspect "en toc" reprend le dessus. Oui mais là, tu exagères docteur, vous dîtes vous, car après tout,  c’était déjà un peu le cas dans le deuxième épisode de la série. Oui, oui… Je vous l’accorde. Mais ici, c’est… assez laid, car les effets spéciaux ont changé et que la norme numérique est ce qu’elle est, malheureusement. On retrouve des poncifs notamment dans la scène de poursuite en voiture dans la jungle au bord d’un précipice qui fonctionne un peu en mode jeu vidéo du point de la direction artistique : on a l’impression de retrouver la tonalité de la poursuite avec les dinosaures du KING KONG de Peter Jackson.  Comme s’il il fallait réexploiter un moteur informatique ou un travail logiciel précédent. Rires. Et puis, les effets sont aussi liés à la tonalité du film. La mise en place des personnages secondaires prend plus de place et replace le film comme un renouvellement et un retour aux sources, avec les rôles de Shia LaBeouf, qui représente sans doute la relève et renouvelle l’intérêt des teenagers je suppose, et Karen Allen pour les gars de mon genre, un peu plus âgés. Comme Spielberg aime replacer tout ça dans un contexte familiale et généalogique (très très simplet et largement redondant, mon dieu !), ça insiste drôlement. Le film dans sa mise en scène reflète donc aussi ce choix. D’un côté, on retrouve (un peu) les qualités des deux premiers épisodes, et de l’autre on se noie dans la surenchère et la farce de l’épisode trois. Le personnage de LaBeouf prend peu à peu sa place et avec lui débarquent les effets spéciaux de "djeunz" : effets de tremblé et surtout numérisation à tout va, cascades grotesques (la première chute dans l’eau, via un arbre, du véhicule amphibie), et séquence ouvertement spidermanesque comme cette ridicule et surtout absolument laide tarzanisation de la poursuite de liane en liane avec un LaBeouf affreusement numérisé. Et voilà où le bât blesse : Spielberg ne peut pas s’empêcher d’en rajouter et de lorgner du côté de la farce. Les enchaînements des morceaux de bravoure sont incessants et segmentés au possible dans une progression de plus en plus laborieuse, t une gestion rythmique sans intuition et sans fulgurance. Parallèlement, bien sûr, la mise en place des effets spéciaux prend le pas sur la mise en scène. L’échelle de plan se réduit (bon c’est quand même plus large que la moyenne, cela dit…), Et petit à petit on perd la rigueur et l’efficacité de la séquence introductive. On se retrouve avec un film classique contemporain, esthétiquement pauvre, voire laid, et une mise en scène bien moins gourmande ou inventive que ce à quoi Spielberg nous avait habitué dans ces derniers films notamment dans la GUERRE DES MONDES.

 

Comme la trame dramatique est énormément attendue et balisée, on a donc tendance  largement s’ennuyer. Le film est sans gourmandise et sans surprise. Les relations entre personnages sont largement invariables, et explorent des territoires connus. L’exploitation des rapports de comédie entre Ford et Karen Allen essaie de copier et de coller ce qu’ils étaient dans le premier épisode, de manière là aussi attendue et donc laborieuse. Ça sautille peu, les gourmandises sont rares et la progression vers la salle finale, d’une kitscherie hallucinante, est d’une longueur effroyable, débarrassée de véritable enjeu dramatique, un peu à la manière de Sam Raimi dans SPIDERMAN qui lui aussi avait réussi à se débarrasser du potentiel de noirceur que lui offrait son histoire. Le résultat est donc lisse, prévisible et surtout manque de malice et de profondeur. INDIAN JONES 4 est donc un blockbuster de plus, citant largement l’œuvre de son réalisateur, mais sans en reprendre la fantaisie et le savoir-faire. Malgré un beau casting (Allen, mais aussi John Hurt et Jim Broadbent qui assurent la marque d’une volonté d’hommage à la tradition du cinéma d’aventures et fantastique anglaise, bien factice), rien en fait vraiment saillie, rien n’implique ni immerge. À force de vouloir ménager la chèvre traditionnelle et le chou du cahier des charges du film ado des années 2000, Spielberg accouche seulement d’un produit, très hybride, dont le potentiel esthétique et artistique est très laid. Pas grand-chose finalement ne nous fera vibrer, malgré cette très bonne première bobine. On est clairement dans une perspective de surenchère et de clins d’œil entendus qui placent, c’est une douloureuse surprise, ce quatrième opus dans la lignée du troisième. Comme dirait le personnage de Cte Blanchett : "Ach ! Why" ou plutôt "Art ! Faille !".

 

 

 

Nerveusement Vôtre,

 

 

Dr Devo.




Publié dans Corpus Filmi

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Commenter cet article

Cyrano 25/06/2008 13:37

Perso, je trouve qu'il manque un élément à cette fort belle critique: quand diable parlera -t-on de l'ennui prodigieux que distille ce film pendant environ 5 heures (ah bon, il est plus court?). Qui dira l'affligeante laideur de la scène finale toute pleine de lumière kitschissimement volée à une adaptation de roman de Barbara Cartland? Quand fustigera-t-on la connerie absolue et la laideur (encore) de cette scène de martiens convenus...Bon ok, y'a des moments rigolos, quand papy fait laborieusement un pas vers le bout du cadre avant de se voir doublé par un cascadeur jeune et baraqué dans le plan suivant pour une pirouette invraisemblable à son âge. Moi ça me rappelle des moments de Benny hill, sauf qu'il faut se taper du John Williams à fond les ballons, plutôt que les petites musiques rigolottes soulignant les gags du gros ..
Bon, il y a 1 ou 2 vannes honnêtes mais bon...gros machin boursouflé qui croule trop sous ses propres références complaisantes pour raconter une histoire et nous embarquer avec lui. Je trouve.

Dr Orlof 27/05/2008 19:39

Eh bien, moi qui ne supporte ni King Kong, ni La guerre des mondes, j'ai compris : je n'irai pas voir ce film!

Riff 27/05/2008 15:11

la sésuence d'ouverture du 2 commence sur un numéro de cabaret américano-chinois, on y voit la blonde de service dans ses plus beaux atours en train de chanter. tout de suite après, travelling sur la salle et plan sur la table où se trouve Indy en tractation avec un représentant de la Triade.bienque je ne me souvienne plus vraiment de l'introduction de Han Solo dans Star War, je dirais que les deux scènes sont assez comparables. (infirmez ou confirmez à votre guise très cher devo)