2012 de Roland Emmerich (USA-2009): A l’eau, mayas bobos !

Publié le par Norman Bates










[Photo : "Le téléphone-peur" par Norman Bates, d'après une photo du film L'ANGE DE LA VENGEANCE de Abel Ferrara.]










A chacun sa vision de la fin du monde : désastre écologique, capitalisme outrancier, explosion nucléaires, de l’écolo naïf au rebelle gauchiste, on surfe sur le sujet anxiogène du moment pour faire des films alarmistes et donneurs de leçons à grand renfort d’images choquantes et racoleuses. La démarche d’Emmerich est un peu différente puisqu’il ressort ces bons vieux mayas qui avaient soi-disant prévu la fin du monde pour 2012, le 21 décembre exactement. Moi ca me gêne pas plus que ca, s'il y a des crétins pour croire qu’une civilisation est prestigieuse pour avoir inventé le maïs et les  sacrifices humains pendant à peine 600 ans avant de disparaitre dans un fiasco total, faisant de cette soi-disant société idéale une des plus courte de l’Humanité, c’est leur problème. Surtout qu’en fait cette théorie est basée sur une erreur de calcul grotesque. Bref, Emmerich semble prendre un parti complètement idiot et absurde, et en fait c’est plutôt marrant face aux ténors du culpabilisme, car l’homme dans 2012 n’y est pour rien, enfin presque.


 

En 2009, Norman Bates se rend dans un cinéma parisien sans se douter qu’il va être à l’origine d’événements grandioses et improbables qui seront un prélude à deux heures et demie de désastres en effets numériques high tech. En 2012, John Cusack se réveille a la bourre alors qu’il doit emmener ses gosses faire du camping dans le Yellowstone. Evidemment c’est du Emmerich : le héros est un tout petit looser qui a perdu sa femme –mais ils s’aiment encore sans le savoir- qui s’est barrée pour un épouser un mec riche –mais qui semble être un vrai connard- et lui ,en tant qu’écrivain raté, est obligé de faire des boulots humiliants pour vivre seul dans un appartement minable entre deux gardes de ses enfants. Tout aurait pu continuer ainsi s’il n’avait pas rencontré en chemin La Fin Absolue Du Monde provoquée par les Mayas, Norman Bates et un alignement de planètes quelconques qui aura fait chauffer la température du soleil à grands coups de neutrinos (ca fait peur les neutrinos) et ainsi provoqué des réactions chimiques en chaîne, qui iront jusqu'à faire chauffer le cœur de la terre, bouillir les océans et faire s’entrechoquer les plaques tectoniques causant ainsi des tsunamis, tremblements de terre, failles et éruptions de volcans tout autour du monde. Evidemment, Cusack va fuir avec ses sales gosses et son ex-femme prouvant ainsi qu’il vaut mieux que son nouveau mari, et ensemble ils vont traverser une compilation de tout les films catastrophes sortis jusqu'à présent, ce qui du coup fait de 2012 une sorte d’apogée du cinéma catastrophe, méta-film portant tous les tourments du monde, du capitaliste russe au président noir, de l’écologie à l’astrophysique, des mythes aux technologies de pointe, tout y passe. Dans ce grand cirque de La Fin Absolue Du Monde il ne manquera pas d’assister aux numéros traditionnels du Gentil Asiatique, du Méchant Russe, du Noir Sympa Humaniste, du Méchant Blanc Capitaliste, du Scientifique Indien, de la Pute Blonde Superficielle Avec Faux Seins et du Religieux Tibétain.  Tout le monde enchaîne les numéros devant un monsieur Cusack Loyal qui, en bon américain-looser-moyen-qui-ne-fume-pas, comprend toujours 10 minutes à l’ avance ce qu’il faut faire, et qui va reconquérir l’amour de ses gosses et de sa femme au final.


 

Le vrai héros du film pourtant c’est cette Fin Du Monde, ces 2h30 de déluge grandiose qui s’abat sur tout les pays du monde, impeccablement modélisés en 3D et filmés dans un scope éclatant entouré d’un dolby surround digital poussé jusqu’aux limites du supportable. Cette mécanique est entrecoupé des traditionnels moments violons à base de "Le monde tel que nous le connaissons est sur le point de disparaitre", "Papa, quand est ce qu’un rentre chez nous ? Il n’y a plus de chez nous, fiston",   ou les "Que vaut l’humanité si nous sacrifions nos propres frères" prononcé par Noir Sympa Humaniste au bord des larmes, dans un accès de violons à rendre sourd n’importe quel Robert Redford. Pour autant, toute cette mécanique bien huilée et traditionnelle du Emmerich-movie est tellement poussée qu’elle devient fascinante. Et tout à fait sérieusement, je pense que on a là une de ses meilleurs œuvres, un surpassement total de toute sa carrière. En fait je pense que, peut être sans s’en rendre compte, Emmerich à réalisé un des films les plus nihilistes de ces dix dernières années, un film d’une noirceur absolument insondable, un film qui, au fond, traite de la condition humaine d’un point de vue quasiment métaphysique. Si si ! La trame biblique du film oppose l’homme en tant que figure face à Dieu, c'est-à-dire qu’il n’y a pas de méchants coté humain,  il y a juste des hommes à la fois enclins à faire le mal et le bien, comme par exemple Méchant Russe qui agit de manière a sauver ses enfants, quitte à enfoncer les autres, mais Cusack aussi tenez vous bien : sous ses bons airs sympas, il s’en sort en marchant sur les pieds de tout le monde pour sauver sa famille et draguer son ex. La véritable question c’est: qui peut donner à l’homme une chance de faire le bien dans un contexte ou la seule cellule à laquelle il est a même de rendre des comptes est la famille qu’il doit justement sauver ? En gros, il n’y a pas de justice possible dans l’action immédiate qui consiste à choisir entre ses gosses et ceux du voisin. Du coup, chaque cellule familiale est productrice de sa propre violence qui contamine les autres ! Seul Lama Lapidaire, sorte de Dalaï Lama jeanclaudebrialiste, est prêt a faire un effort pour les enfants du héros, mais c’est parce qu’il est dans son rôle de Gentil Asiatique et qu’il veut donner une bonne image de sa religion. Mais sinon, le film se termine de la pire des manières, par la survie de quelques humains choisis uniquement de par leur utilité dans l’optique d’un nouveau monde, c’est du nazisme quasiment, les hommes sont définis par leur métier, par leur gênes, par leur valeur sociale, valeur sociale qui est d'ailleurs décidée par le plus fort des camps, c'est-à-dire le plus riche ! Les dernières images du film font froid dans le dos: on y voit une humanité remplie de scientifiques, d’économistes ou de politiques mais sans aucun artiste par exemple, qui ont tous crevés dans l’indifférence générale. En gros, il reste Cusack -écrivain minable-, sa femme qui l’a trompée et leurs gamins complètements cons entourés de mecs style Obama/iphone. Il n’y a pas d’échappatoires pour une humanité qui se sauverait d’elle-même, à cause justement de la famille et des valeurs traditionnelles sociétales, indispensables peut-être pour vivre en société, mais qui favorise au fond toujours une sorte de caste de gens bien nés. Quel désespoir accablant nous assaille ! Et le film se termine par U2 ! Si quelqu’un m’avait donné une arme à la sortie du cinéma je me serais flingué sur le champ.


 

Il est évident qu’il faut voir 2012 dans une salle de cinéma. L’aspect "grandiose" des scènes de destruction ne passe que par l’utilisation d’effets, aussi bien visuels que sonores. C’est une sorte de manège de foire décadent : on imagine sans peine des hordes de graphistes  s’évertuer à modéliser dans les moindres détails des monuments, pour les détruire ensuite, comme si toute cette course aux meilleurs effets spéciaux, aux plus belles images de synthèse contenait en soi sa propre Fin, comme l’Humanité ! Chacun cherche à construire quelque chose de mieux mais pour cela il faut détruire quelque chose qui n’aurait pas un état de finitude accompli. Emmerich à du lire Nietzche avant de faire le film, tellement sa philosophie inonde chaque plan, du procédé à l’accomplissement. Dans cette perspective, les scènes classiques sentimentales dont je me moquais plus haut, ont une toute autre portée, une sorte schématisation des mœurs, de carcan solide qui voudrait que les choses dites le plus simplement et les plus spontanément sont hypocrites, comme si dans les "je t’aime" on disait en fait "je déteste tout les autres", comme si nous portions tous en nous Notre Propre Fin Du Monde, comme si ce que nous ne serons jamais aurait été beaucoup plus beau que ce que nous sommes malgré nous. Le pire des cas alors serait que l’on puisse survivre à Dieu, et dépasser en horreur ce que cette limite nous empêchait d’atteindre jusqu'à présent. Dans un style codifié à l’extrême, rempli a ras bord d’effets spéciaux lourdingues et assez laids, de saillies patriotiques et/ou  pathétiques, de symboles caricaturaux (il faut voir la représentation des pays : l’italien par exemple se met à prier dès qu’il se passe quelque chose de bizarre), de surcharge sonore et d’empathie pour les animaux mignons, Emmerich dépeint un monde  coincé entre la peinture de Bosch et le calendrier des pompiers, entre Dante et Céline Dion, bref entre notre attirance pour le désastre et notre volonté de nous surpasser à l’éviter.



 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Filmi

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Dr Devo 22/11/2009 14:50


En toutcas, il a gagné l'oscar 2009 du meilleur titre d'articles! Hihi!

Dr Devo.


LJ Ghost 22/11/2009 14:46


Norman, votre article est bouleversant. Bravo.
Quelle plume !