Ohlalala, il se régale, c'est la fête au cinéma. J'avançais dans une file papotante aux mille rumeurs, mais j'entendais que le discret cliquetis de mes éperons. C'est beau, sans me vanter, me dis-je à voix basse, comme si le fait de parler tout seul pouvait m'aider à conjurer les mauvais sorts à venir.
Nous sommes en pleine première guerre du Golfe et en Israël (zeugma!), dans une famille qui célèbre le Shiva, tradition religieuse qui consiste à s'enfermer 7 jours dans la maison d'un défunt et de se recueillir autour de ses proches. Voilà donc les frères, les sœurs, et les proches du défunt, mort d'un arrêt cardiaque impromptu, qui se retrouvent autour du souvenir du cher disparu. On mange, on prie, on boit, et aussi on parle bizenesse. L'usine que tient l'un des frères et qui fait vivre grassement les autres est en train de péricliter. C'est la panique. De leur côté, les femmes préparent les repas. Et bien sûr, au fur et à mesure, les rancoeurs qui traînassent déjà depuis longtemps, refont surface. La vieille grand-mère, matriarche de la famille, épuisée de chagrin n'y pourra rien : ça sent le grand déballage...
Ben ouais... Voilà... Bon... Le film s'ouvre sur un plan très long quelquefois interrompu et bougrement composé, autour du cercueil. Ensuite huis-clos, entre
tradition religieuse et histoire de sous. On pleure pas mal, on complote, on dragouille parfois... La vie, quoi ! Alors oui, c'est en scope et en vidéo mais pour autant, même si on a vu plus
laid, pas grand chose ne se passe. La photo, contaminé de blanc, est très tranquille et diffuse sans éclat ni jeu. Les dialogues omniprésents, conséquence du parti-pris théâtral du film,
s'enchaînent et ne finissent plus. C'est le bon plan pour les acteurs dont la co-réalisatrice Ronit Elkabetz, ici femme cherchant une émancipation sociale. Mouais. Ils doivent s'éclater me
dis-je. Montage tranquilou, peu ou pas de jeu d'axes, son minimum (à l'exclusion d'une belle guitare grasse dans un dernier plan attendu). Et un sujet d'une banalité à crever où l'on observe les
déchirures d'une famille qui a tout misé sur le matériel. Traditions, matérialisme, temps modernes... La photo d'une époque comme ils disent dans les dossiers de presse. Mouais. Ça joue plus ou
moins, sans hystérie, sans souffle, pépère avec une petite mention pour Hana Azoulay Hasfari, la seule à insuffler un peu de fraîcheur et de secousses dans le jeu bien balisé du projet.
Petit-bourgeoisisme insoluble, deuil plus ou moins sincère, famille au bord de l'explosion... Et une mise en scène anti-baroque et surtout peu malicieuse qui renvoie la comparaison avec Bergman
(présente dans le dossier de presse cette fois) à l'aimable plaisanterie de fin de banquet.
Une heure se passe, puis la chose s'accélère dans le pathos qui n'est plus dégoulinant mais au contraire sobre en quelque sorte. Il n'empêche, les portes
s'enfoncent une à une, les acteurs et le scénario sont roi, tandis que la mise en scène n'est jamais bondissante et peine à imposer un rythme, avec ses débrayages et ses ruptures. Le cow-boy de
passage ne reprochera pas au film sa langueur mais sa cruelle absence de rythme. Famille détruite, mais famille quand même, enjeux tous évités, il faut continuer, la vie est dure, etc.
Ouarf...
C'est étrange mes chers petits amis, mais c'est vrai, au sortir de la longue projection où les derniers trois quarts d'heure furent effarants de lutte contre le
vide sidéral que représente la solitude du spectateur qui a soif face à ce film (comme tant d'autres), outre la sensation que rien d'inattendu nous a rencontré et séduit, on se surprend à penser
à quoi sert toute cette énergie dépensée: se lever tôt, prendre sa place, la payer cher, perdre deux heures, etc... La rencontre entre les deux réalisateurs et nous n'a jamais lieu. Aucune
proposition esthétique nouvelle ou au moins personnelle ne voit le jour ni n s'incarne, on se regarde, lui le film, et moi le bel inconnu, mais rien ne se passe. On mange vite le dessert, on ne
prend pas de café et on rentre chacun chez soi, avec ce sentiment désagréable d'une rencontre non pas ratée mais impossible. Une fois mon CV et ceux des réalisateurs posés sur la table, rien ne
se passe. Une heure après, quand le corps a enfin récupéré, il ne reste plus rien, ou alors aussi peu que CLEANER dont
nous parlions l'autre jour. LES SEPT JOURS n'est pire ni meilleur que le reste de la production art et essai européenne à capitaux français : c'est du cinéma d'acteurs et d'intentions, un film de
créateurs d'histoires, pas très folles ou personnelles malheureusement. Un machin neutre autant cinéma que théâtre, qu'architecture, qu'opéra. Le support n'a aucune importance artistique, aucune
incidence esthétique. Et au mieux, on récrit ce qui a déjà été fait. Mais qui sont l'homme et la femme derrière cette histoire, quels sont leurs points de vue de créateurs, leurs envies, leurs
besoins et quelle gueule, comme dirait Johnny, a ce film.. ? C'est impossible à dire. LES SEPT JOURS est tout à fait moderne dans le sens où il colle parfaitement à la norme du film d'auteur
international. Il a simplement le goût du carton. On a l'impression d'embrasser la vitre du bus.
Bill Yeleuze.
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