[Photo: "ERTUEM!, ERTUEM!, and vegetables" par Dr Devo.]

Chers Focaliens,


Il aura fallu que l'ami Bill Yeleuze me fasse la leçon pour que j'aille en salles malgré un emploi du temps surchargé ne me laissant que peu de place ne serait-ce que pour exécuter les tâches basiques (manger, dormir...). Il aura aussi fallu une grande dose de courage pour enfiler un vêtement et affronter les condensations collantes du vêtement contre le bonbon, phénomène inévitable en ces temps de grandes chaleurs lourdingues comme celles-ci...



On avait déjà parlé ici de Louis Letterier à propos de son DANNY THE DOG, film pas formidable mais légèrement au-dessus de la moyenne des films que je vis cette semaine-là, jadis, ce qui ne veut pas dire grand chose, je vous l'accorde ! Breeeeeef.


Ça ne va pas bien du tout pour Banner, mais alors vraiment pas. Depuis qu'il a été exposé aux rayons gamma, suite à une expérimentation scientifique sur laquelle il travaillait, les choses vont de mal en pis. Pourchassé par le Général William Hurt, il se fait oublier dans une favela du Brésil tandis qu'il essaie de trouver un moyen de guérir de la terrible mutation qui le frappe : quand il s'énerve, il devient Hulk, créature monstrueuse et verte qui détruit tout sur son passage. Banner apprend donc à rester cool en toute circonstance et se cache parmi la population la plus pauvre qui soit.

Mais les meilleures planques ont une fin. Suite à un accident stupide, William Hurt retrouve la trace de Banner et envoie à ses trousses un commando sur-épuipé de l'armée mené par Tim Roth, soldat d'élite, spécialisé dans les missions ultra-difficiles et supra-confidentielles. Voilà la légion qui débarque dans la favela et il s'en faut de peu pour que Banner se fasse capturer. Cela dit, c'est fini la bonne planque et les pinas colladas à volonté. Banner doit rentrer aux USA pour retrouver des données qui pourront peut-être le sauver. Pour cela, il doit revenir chez lui et éviter de crois Liv Tyler, son amoureuse, afin qu'elle ne court aucun danger... Évidemment ça rate : Banner recroise Liv et en plus, le général Hurt lui a préparé un sacré comité d'accueil.



Par où commencer ? Tiens, si on essayait par ce qui fonctionne le mieux. Ça tombe bien, c'est le générique. A l'aide de nombreuses petites ellipses, pas extraordinaires mais assez rigolotes qui fonctionnent comme un vignettage, Leterrier fait un bon résumé de l'histoire, sans parole et en laissant place à la musique banalement pompière de Craig Armstrong. Rien d'extraordinaire, mais plutôt agréable.



Maintenant, le reste. BaaaaH... On sait assez vite à quelle sauce on va être mangé. HULK commence donc au Brésil, et encore plus à Closeupland, le pays du gros plans. Vous avez l'impression qu'on répète souvent les mêmes choses sur Matière Focale ? Vous avez raison ! Pour autant ne tuez pas le messager et attaquez vous directement à la source, à savoir les "réalisateurs" (le mot pose problème, on le verra plus bas). Comme la majorité des productions et la quasi-totalité des blockbusters, HULK à ce défaut fatiguant de ne faire quasiment que du gros plan. Bien sûr, on aura le droit à des plans de demi-ensemble "géographiques" pour présenter tel ou tel décor. Mais dans l'ensemble et particulièrement dans les dialogues, ici omniprésents, les tunnels de plans rapprochés n'en finissent plus. Et du coup que se passe-t-il ? (Allez, tous en chœur !) "Bah, y'a pas d'échelle de plans !" Bingo, vous avez gagné un yoyo en bois précieux du Japon avec une ficelle du même métal, comme disaient les poètes.  Pas d'échelle de plans, ou alors sans cohérence ni point de vue, et un montage en conséquence, généralement très mal goupillé, transformant notamment les scènes d'action (la première poursuite par exemple) en chapelet de plans individuels et indépendants dont je vous mets au défi de dire quelles sont les raisons de leur place et de leur agencement. Cette poursuite haletante donne clairement l'impression, par exemple, que Banner-Norton (ha oui, je vous ne l'avais pas dit, c'est Edward Norton, le gentil Hulk) et les militaires qui sont à ses trousses comme deux groupes faisant partie de deux films différents et qui ne se rencontrent jamais. Bref, dans ce contexte, c'est déjà cuit, adieu cinéma rêvé, il n'y a pas de mise en scène mais seulement de la mise en image. Rajoutez par là-dessus une photo désastreuse, vraiment très laide, tentant sûrement de cacher la misère du tournage en studio, et vous obtenez les bases du cocktail indigeste. Le paroxysme est atteint, dans un ensemble déjà médiocre et sans aucune personnalité, par les scènes d'actions à effets spéciaux, et là accrochez-vous, car ça ne rigole pas du tout.



Que se passe-t-il dans la tête des producteurs et du personnel réalisant dans ce type de production ? Comment peut-on se vautrer à ce point dans l'erreur sans que personne ne fasse de remarques quant à la médiocrité des effets ? Entraînement de groupe ? Atomisation du travail des effets entre trop de mains qui ne voient pas ce que leurs collègues font ? Inconscience pure ? Bon, on le sait, les effets spéciaux numériques ne sont pas vraiment ma tasse de thé. Je râle même devant les effets du KING KONG de Peter Jackson par exemple, dont la direction artistique me paraît douteuse. Ceci dit, ici, on est très loin, mais alors très très loin, de la qualité des effets dans le film que je viens de citer ! Bon, déjà, et ça n'aide pas, comme je l'ai dit, le découpage est absolument affreux, et bien sûr, par voie de conséquence, n'induit aucun rythme ni aucun point de vue original. On se demande même ce qui préside à la volonté de filmer telle scène d'action de cette manière plutôt qu'un autre, tant la mise en scène globale est hasardeuse. Évidemment, ça pue le story-board à plein nez ! On sent que ce sont les équipes d'effets spéciaux et le story-boarder, donc, qui président à la destinée de la réalisation. C'est vraiment une très mauvaise option tant ces gens ne connaissent absolument rien au cinéma. Ce sont en fait des graphistes, des relookers. Et là, on est gâté, car presque tout est complètement raté. Pas un peu, mais vraiment beaucoup. Et ...HULK finit par concentrer tous les modus operandi, et donc les défauts des grandes productions, ici réunis dans un grand cocktail de choses à ne pas faire.


Très embêtées par le cahier des charges concernant le monstre, les équipes d'effets spéciaux se trouvent devant un gros problème : comment rendre moins synthétique cette créature qui n'a pas de poils (le grand soucis de ces gens-là, en matière d'animation numérique) et qui n'est pas fait non plus de métal, ni en bois précieux du Japon ?   Bah, c'est très dur ! Alors la solution c'est le rendu-image. Rires. L'option choisie est de créer dans tous les plans spéciaux un effet de tremblé ! C'est tout. En fait c'était simple, la solution était sous nos yeux! Le résultat est édifiant. Les personnages ou les objets numériques n'apparaissent jamais nets et bien sûr, quand on couple ce fait aux options de mise en scène et de montage hasardeux où le plan s'atomise lui-même sans aucune conséquence sur ses petits camarades (les autres plans, quoi !), on obtient un mélange des plus drôles :  c'est au mieux très laid, c'est souvent cheap, et puis dans beaucoup de plans, et même de plus en plus à mesure que l'on avance dans le film, on comprend de moins en moins se qui se passe à l'écran. Ha bah oui, dans la séquence finale, on voit un truc vert qui se bat (ou qui fait l'amour... Dur de distinguer quoi que ce soit dans ces circonstances) contre une masse beige. On entend du bruit dans la bande-son. Une explosion par exemple. Alors on se dit : "tiens, quelque chose a du explosé" et effectivement on distingue une tache jaune dans le fond du plan suivant. Au bout de trente secondes de ce régime, l'ennui profond s'installe. Ça devient de la radio. On pourrait passer des extraits du dernier clip de Britney Spears que ça n'en serait pas moins absurde. C'est laid, c'est illisible et surtout on ne sait pas du tout ce que ces gens font. Si ça trouve ils font des roulades ou jouent à pierre-feuille-ciseau. Comment savoir ?

Il y a même une très rigolote série de plans, très courte (une dizaine de secondes), absolument hilarante. Tim Roth vient de se transformer en monstre mutant. Il détruit un building et saute dans la rue. Deux soldats le suivent. Et là, j'ai cru que j'allais pleurer de rire en voyant le plan en caméra subjective qui suit. Et il résume tellement bien le problème de ce film (on peut donc apprendre en s'amusant ! Merci docteur !). Dans ce plan, on voit une ruelle qui débouche sur une autre rue perpendiculaire. Quand il commence, Roth le Monstre s'échappe. Premier effet pourri, comme d'habitude, le plan tremblote sa mère, comme votre mamie Jeannette avec son parkinson ! Premiers rires. Le monstre s'engouffre dans la rue perpendiculaire et disparaît du champ : immédiatement le plan cesse de trembler et devient net ! Gag ! Puis on entend des bruits de pas du monstre, des pneus qui crissent et là on voit au bout de la ruelle deux pauvres voitures (pas numériques, elles) s'encastrer mollement l'une dans l'autre, dont une avec le capot enflammé comme dans un bon vieil épisode de L'AGENCE TOUS RISQUE. La messe est dite. Incapable de faire cohabiter deux actions conséquentes et consécutives, HULK se vautre dans une surenchère numérique, mouais, mais surtout d'une laideur incommensurable, et dés qu'un effet "réel" arrivent dans le champ, on voit comme le nez au milieu de la figure qu'ils ne savent plus du tout quoi faire, ni comment, ces pauvres gens. On peut se moquer des incrustations et des fonds bleus des époques passées, mais il est très clair que le cinéma d'effets spéciaux d'aujourd'hui a vraiment perdu en qualité, paradoxalement, à l'heure ou débarquent tous les outils informatiques  les plus puissants et qui devraient, sur le papier, aboutir aux effets les plus soufflants du monde. L'avancée technologique, encore une fois, est placée aux mains de gens qui n‘ont aucune sensibilité artistique, et la complexité des systèmes de productions (trop de commanditaires, trop de producteurs, trop d'équipes avec beaucoup trop de gens, et manque global de coordination, manque de temps, puis manque d'un capitaine qui dirige l'aspect artistique du navire) fait que, d'un strict point de vue d'efficacité, en utilisant les dernières inventions technologiques, on obtient des résultat très en dessous de n'importe quelles productions à gros budget ! Quelle horreur !



Bon, il y a quand même des passages de bravoure ! Certaines scènes sont encore plus croquignolettes que d'autres. La première bataille sur le campus est hilarante. (À un moment, Hulk balance un truc. On se demande bien ce que c'est. Puis, on voit un autre machin rouler sur la pelouse du campus. Puis, on voit un truc exploser ! La classe!). Dans cette séquence, la photo est particulièrement immonde, je vous la conseille ! Le passage avec Liv Tyler et Hulk sous la pluie est très drôle aussi. Après un premier plan assez joli (sans rire... quand on les voit remonter la rivière), c'est un festival en deux minutes : situation très très mal écrite, jeux désastreux de Tyler (mais que pouvait-elle faire d'autre, la pauvre), photos immondissimes, gros problèmes de proportions (qu'on retrouve pendant tout le film... Évidemment quand on se débarrasse de l'échelle de plans, ça complique les choses ; sur le campus, on s'aperçoit que Hulk ou William Hurt ont exactement la même taille !), hommage maladroitissime et opportuniste à FRANKENSTEIN, incrustations immondes (bien loin de la qualité des effets de productions bien plus modestes des années 80, cqfd), et situation débile ! Un must ! Voyant que le rendu est désastreux, nos faiseurs ont donné à l'image un aspect volontairement artificiel, sans doute pour cacher la synthèse sous un hommage à la bande dessinée qui anéantit la cohabitation de l‘actrice et du monstre de synthèse dans le même plan. Dans cette scène, on est assez proche de la direction artistique de VAN HELSING ! Il fallait oser relever le défi ! LA séquence finale, assez inconséquente, très attendue, est pas mal non plus et ose tout, mais malheureusement on en voit rien de compréhensible... Quel dommage ! Les mateurs de faisan au caviar vont être ravi.



Apparemment, la post-production a été une sacrée paire de manches. Leterrier et Norton se sont bien opposés. Ça arrive souvent, ce n'est pas extraordinaire. Dans l'affrontement entre l'acteur et le réalisateur, on apprend quelque chose, de la bouche même de Leterrier qui dit, grosso modo, que le premier montage du film qu'on lui a proposé durait trois heures et était super-lourd. Bon. On aimerait bien voir ça, nous, pervers focaliens! Mais dans cette anecdote, l'intéressant est ailleurs. Letterier avoue par cette phrase qu'il n'a pas participé au montage ! En fait, dans ce genre de productions, le réalisateur n'est qu'un yes-man ou une sorte de consultant qui va se contenter de dire "là c'est trop long, là ça manque de rythme, ça on peut couper », etc... Question : Leterrier est-il encore le réalisateur du film dans ces conditions ? c'est pourquoi dans cet article, je mets dans son titre que HULK est réalisé (contractuellement) par Letterier, ET par ses monteurs ! Restons juste et précis. Je ferme la parenthèse.



Côté scénario, si on sent effectivement la coupe brute, que dire ? L'ensemble est fadasse, gnangnantissime et absolument dénué d'enjeu dramatique de quelque sorte. Les acteurs sont complètement enfermés. L'intrigue est allégée au maximum et ne contient aucun paradoxe. Comme dans beaucoup de films du genre (chose très conteporaine que j'avais remarquée dans le premier SPIDERMAN d'ailleurs), le moindre enjeu dramatique est désamorcé et lissé. Aucune noirceur n'apparaît, et la narration finit par ressembler à celle d'un roman Harlequin (je ne parle pas du contenu évidemment, mais du découpage narratif). C'est là aussi, d'une pauvreté affligeante, et d'un romantisme insupportable. Tout est utilitariste au possible, avec même une mention spéciale aux seconds rôles, totalement mongoliens et qui réapparaissent dans l'action dans une grande vague splendouillette (le méchant ouvrier, la voisine-collègue...). Le film finit même par  endroits à ratiboiser large, en incluant des scènes débilistiques de haut vol, comme ce passage en taxi, destiné à séduire le jeune spectateur par l'humour et qui arrive comme un cheveu sur la soupe (au faisan !) tant le film est d'un absolu premier degré. Un paradoxe pour un film dont la cible effective est les enfants de 6 ou 7 ans. Contrairement à leurs réputations, ces gros blockbusters coûteux ne s'adresse pas à la masse ou aux teenagers mais bien aux jeunes enfants. À huit euros la place, HULK est très clairement une escroquerie, et très largement un des très mauvais film que j'ai pu voir cette année, pourtant riche en choses ratées ou insupportables. Allez, ho, dehors les clowns !



Sympathiquement Vôtre,



Dr Devo.   



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Jeudi 31 juillet 2008 4 31 /07 /Juil /2008 11:10

Publié dans : Corpus Filmi
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