WALL-E de Andrew Stanton (USA-2008): Relatitivité et Grosminet

Publié le par L'Ultime Saut Quantique

 


[Photo: "Christ Off" par Dr Devo, d'après des photos issues de la série SPECTREMAN.]






5... 4... 3...

 

Alors qu'une voix grave et imposante termine le décompte, le morceau The Final Countdown du groupe EUROPE démarre...

 

C'est parti pour cinq minutes de folies, le public allant de 7 à 77 ans se met à danser jusqu'à atteindre la transe. Le morceau s'arrête net. Sur la scène le rideau à pois multicolores s'ouvre et laisse entrer L'Ultime Saut Quantique.

 

-Salut les Kiiiiiids !

 

Les applaudissements pleuvent.

 

-Bonjour L'Ultime Saut Quantique !

 

Après une longue salve d'applaudissements, tout le monde s'arrête net.

 

-Est-ce que quelqu'un peut me dire ce qu'il entend par "développement durable" TM ?

 

-C'est ta mère !

 

Plusieurs personnes se mettent à rire dans la salle, de même que L'Ultime Saut Quantique...

 

-Ah ah ah, non ce n'est pas ma mère, mais c'était plutôt bien tenté ;-) !

Peut-être Jimbo pourra nous répondre.

 

Un jeune garçon de 6 ans, plutôt potelet, binoclard monte sur scène et saisi le micro que lui tend L'Ultime Saut Quantique.

Après une grande inspiration :

-Le développement durable c'est le respect des générations futurs  Mais c'est aussi ce qu'on inventé les grandes firmes pour mieux nous aider à consommer

 

-Whoa comme tu y vas Jimbo ! Et ton Papa qui est là bas m'a dit que tu étais atteint d'une leucémie.

 

-Oui, et quand je serai mort je veux être enterré dans un cercueil en bois recyclé. On l'a déjà commandé sur Internet avec Maman.

 

-Bon et aujourd'hui tu veux nous parler de Wall-E je crois ?

 

-Oui, comme c'est très à la mode et que Pixar et toujours à la pointe de la technologie et des combats d'avant garde, Wall-E surfe aussi sur cette vague de développement durableTM. Pour ce qui est de l'histoire, la Terre étant trop polluée, les humains l'on désertée et Wall-E, un gentil petit robot, est chargé de la débarrasser de ses innombrables déchets. Esseulé, mais oeuvrant de bon cœur et s'improvisant une collection d'objets plus ou moins futiles pour s'occuper (Vous sentez la poésie ?), il finit par recevoir la visite d'une "robote" venue de l'espace, chargée d'une mission spéciale... (Vous la sentez venir la belle fable écologique ?)

 

On peut entendre des sifflets et quelques applaudissements dans le public.

 

-Ah ah ah! Vas-y, continue Jimbo...

 

-Suivant la grande tradition Disneyenne d'anthropomorphis-ation des choses et des animaux nous avons droit ici aux robots. Et donc nous suivrons les pérégrinations de ces deux robots et/ou enfants (?!). Ou plutôt de ces deux autistes, ce n'est pas tant cynique ni méchant que ça, Wall-E et sa "copine" ont vraiment des attitudes d'attardés, il répètent quinze fois la même chose, se cognent partout etc. 

 

-Ah ah ah!

 


Générique de Fin

 

-Ce dernier est ainsi fait : il prolonge la trame scénaristique en mettant en place divers tableaux qui nous montrent les évènements qui suivront la fin du film. Tel qu'ils sont faits, ces quelques tableaux retracent en fait brièvement "L'histoire de l'art" depuis nos origines. On commence avec des dessins façon grottes de Lascaux (si tant est que l'on puisse considérer ces dessins comme une démarche artistique...). On passe ensuite par des gravures du type Grèce antique, des hiéroglyphes, l'Expressionnisme, l'Impressionnisme etc. Est-ce à dire que Wall-E, et de manière général l'image de synthèse dont sont aujourd'hui faits la quasi totalité des dessins animés, forment, pour le moment, la dernière avancée en terme d'art. C'est du moins ce qui est sous-entendu par ce générique (à moins que ce ne soit moi qui cherche la petite bête...). On peut, malgré tout, toujours se poser la question... Et laisser d'autres y répondre (je vous renvoie aux articles de B. de Multa Paucis qui a largement creuser la chose et dont je partage l'avis). Donc l'image de synthèse... Bah oui c'est très beau, très propre (même les amoncellements de déchets qui recouvrent la Terre sont "propres", dans le sens où ça ne respire pas vraiment la crasse, la pollution, c'est très lisse - et là vous me direz : "Mais c'est normal, c'est avant tout pour vous les enfants etc". Et là je vous répondrai... "Et alors!" Je ne dis pas qu'il faille faire quelque-chose de bien cracra à tout prix, mais là on est vraiment dans une logique Disneyenne énervante du tout lissage (en somme, rien de nouveau sous le soleil me direz vous !). Et donc, on est au final plus en face d'une prouesse technologique pour nous en mettre plein la vue (ah ça, ils se sont fait chier les pixariens pour faire des beaux reflets et de la bonne rouille au rendu bien réaliste !), plutôt que dans une démarche vraiment artistique.

 

Une idée m'a tout de même semblé assez intéressante car venant casser un peu cette synthèse classieuse et sans défaut. L'intrigue se passant dans un futur fort lointain, il nous sera donné à voir via des archives vidéo (mais ce sera tout de même trrrrèèèèès court !) quelques images d'humains dans une période beaucoup plus proche de la notre. Des humains filmés en "live" sont ainsi incrustés dans des décors en synthèse. L'incrustation est tout à fait sommaire ce qui m'a paru du plus bel effet parce qu'en fait assez laid par rapport au reste (Cet effet est assumé par les pixariens puisque cette courte séquence vient critiquer notre mode de vie consumériste) C'était plutôt bien senti.

 

Bon mais à part ça, et quelques gags plus ou moins amusants c'est pas le pied. Et oui, c'est pas le tout de faire de la belle image au rendu bien réaliste, encore faut-il faire preuve de mise en scène puisque nous sommes au cinéma. Et là, on se fatigue tout de suite beaucoup moins (alors qu'on préfèrerai le contraire). Nous avons droit à du bon gros déroulement de story-board avec défilement de vignettes sans trop de liaisons et une réalisation pépère avec du plan rapproché encore et encore. Bah oui, pas évident de faire ressentir les émotions du robot anthropomorphisé si c'est pas en plan rapproché... Encore que je suis mauvaise langue puisque les sons sont également pas mal utilisés dans ce sens, mais bon on est quand même loin des petites folies visuelles comme on avait pu en avoir dans MONSTRES ET CIE avec la sympathique séquence de poursuite à travers de multiples portes... Bon au final c'est peut-être pas si infamant que ça, mais un peu insipide tout de même !

 

Alors j'en entend dire : "Ouais, mais c'est quand même fort original ce début de métrage, où on ne parle presque pas, seuls certains bruits se font entendre..." Pffffiou, mais il y'a aussi la musique qui vient bien cadrer tout ça et qui nous empêche de faire un peu marcher nos sens et notre tête ! Aie aie aie...

 

Bon et puis le beau message humaniste pour revenir au scénario, rassurez vous, nous, vos chères têtes blondes à qui ce film est avant tout destiné, ne faillirons pas à la tache, nous resterons comme tout à chacun des consommateurs et pollueurs avertis. Ce n'est pas Pixar qui changera ça (Au contraire même, puisque pendant que je vous parle les petites figurines, albums Panini et que sais-je encore, estampillées Wall-E s'arrachent comme des petits pains). Et ouais, on sent bien un léger paradoxe n'est ce pas ? Cela dit, je suis peut-être mauvaise langue, les jouets Pixar sont sûrement fait avec du plastique issu de pétrole bio ;-).

 

Applaudissements.

 

En conclusion je me demanderai si Pixar, qui semblait avoir un peu dégraisser le mammouth Disneyien, ne serai pas en train de retomber dedans, perdant un peu de son originalité. Ou alors c'est moi qui ai tout simplement grandi... Un peu de deux je suppose.

 

Le public et ému, Jimbo redonne le micro à L'Ultime Saut Quantique et le show continue...

 

 

 

 

Publié dans Corpus Filmi

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Jeanne 13/08/2008 15:53

Je suis d'accord pour ce qui concerne la leçon écologique. Moi, ça me rappelle un peut "Be kind Rewind", ce côté, "Faîtes ce que je dis, pas ce que je fais"...