FUTURAMA: BENDER'S BIG SCORE de Dwayne Carey-Hill et EVERYBODY LOVES THE HYPNOTOAD de Hypnotoad (USA-2007): Crie au Génie !

Publié le par Dr Devo



(Photo: The Hypnotoad)






Chers Focaliens,

 

Hop, hop, hop, au pas de course, on continue le rapport des derniers films vus en dvd.

  
FUTURAMA: BENDER'S BIG SCORE de Dwayne Carey-Hill 

Oh ben, ça sent le changement de registre, après 28 SEMAINES PLUS TARD et 30 JOURS DE NUIT, deux derniers articles, on passe enfin aux films qui n'ont pas de nombre dans leur titre ! BENDER'S BIG SCORE est donc le premier long-métrage tiré de la très bonne série de Matt Groening FUTURAMA. Le papa des SIMPSON voulait à l'époque tourner la page en créant cette nouvelle série dont le succès fut malheureusement plus modeste. Arrêtée au bout de quelques années par les exécutifs cravatés de la Fox, voici donc que l'équipe de FUTURAMA change son fusil d'épaule et produisant quatre long-métrages issus de l'univers de la série dont voici le premier.

 

 

Pour ceux qui ne connaissent pas la chose, rappelons que FUTURAMA raconte les aventures du pauvre Fry, jeune trentenaire (ou un peu moins) un peu looser qui bosse pour un salaire de misère dans une pizzeria. Le jour du passage à l'an 2000, il se trouve enfermé par erreur dans un caisson de cryogénisation. Il hiberne plusieurs centaines d'années, voire même un bon millier et des poussières avant d'être décongelé par erreur. Son réveil est brutal : le monde a bien changé. Vite repéré par les autorités, il se voit assigner un nouveau travail, c'est-à-dire intégrer l'équipe du Planet Express qui n'est rien d'autre qu'un service de coursiers de l'espace... Le voilà donc à bosser le vieux savant débile qui dirige la boîte. Travaillent là aussi la charmante Leela, mutante cyclope aventurière dont Fry tombe rapidement amoureux (mais elle, ça ne l'intéresse pas !), ainsi que le fameux Bender, robot amoral et vieillisant, complètement voleur, arnaqueur et alcoolique... Entre autres... Je vous laisse découvrir ça.

BENDER'S BIG SCORE commence lorsqu'on annonce à Fry et à ses collègues qu'ils ont été renvoyés sans le savoir, il y a deux ans ! Dieu merci, ils apprennent au même moment que les exécutifs en cravates qui les ont virés, ont été remplacés par d'autres exécutifs à cravates qui les ont réembauchés ! Breeeeef, voilà notre petite troupe qui repart sur les routes galactiques. Ils commencent par livrer un colis sur une planète entièrement dédiée aux loisirs naturistes. Ils en profitent pour se prélasser un peu au soleil et prendre quelque bon temps sur les plages immenses de la planète. C'est là qu'ils sont abordés par des extra-terrestres mous et terrifiants qui ont, en fait, élevé l'art du spam et du détournement d'infos personnelles sur le net en culture d'entreprise, et même en entreprise tout court, entièrement dévouée à la spéculation et à la revente de ces informations (in)utiles. Le retour sur terre de nos héros est terriblement dur : ils s'aperçoivent qu'ils ont été victime d'une arnaque de la part des spammeurs extraterrestres, et que le Planet Express leur appartient désormais ! L'enfer commence... Le seul à trouver la chose juste et drôle, c'est Bender, toujours robot et toujours alcoolique, dans lequel les extraterrestres spammeurs ont injecté un programme de soumission et de lavage de cerveau. Les choses se gâtent encore lorsque tout le monde découvre avec stupéfaction que Fry a sur les fesses un tatouage dessinant un code binaire très dangereux puisqu'il suffit de le prononcer pour ouvrir une faille temporelle. Les extraterrestres spammeurs s'emparent du code et envoient Bender chercher tous les objets de valeurs des époques passées. Très vite enrichis, ils peuvent envisager d'acheter la Terre ! Le problème de ce code à remonter dans le temps (mais qui ne marche pas pour revenir dans le présent!), c'est qu ‘il peut dissoudre l'univers (c'est un risque), d'une part, et que voyager dans le passé c'est rencontrer et créer des doubles de soi ! Et là, du coup, c'est la cohérence du monde qui est en danger, en plus de son intégrité physique...

      

C'est le bordel ? Je dis oui et en même temps non ! BENDER'S BIG SCORE commence sur les chapeaux de roue avec une mise en abyme drôlissime racontant l'éviction de la série FUTURAMA des écrans de la chaîne Fox, ni plus ni moins. On retrouve un rythme très proche de la série originale pouvant faire croire, dans les dix premières minutes, que le film aura bien du mal à tenir la distance en passant au format long-métrage... Que nenni ! L'option choisie est même contraire car, dans cette première partie, c'est même à une accélération légère à laquelle on a le droit. On rit beaucoup. Les personnages ne sont bien sûr pas affadis, et l'on redécouvre avec un plaisir jubilatoire tout le talent d'écriture, assez subtil, des concepteurs et des scénaristes de la série originale. Bien.

 

 

Et puis... Et puis, on passe à la vitesse supérieure très vite avec l'apparition du code binaire qui ouvre les portes du passé. Même si on est mis en garde dés le départ des dangers de l'utilisation de ce code qui peut, à chaque tentative et de manière imprédictible, provoquer l'implosion de l'univers, tous les abus sont bons pour ceux qui l'utilisent, dont Bender. Et là, ça se corse drôlement ! Bender n'a aucune moralité ni aucun sens des responsabilités, on le savait déjà, mais ce programme de lavage de cerveaux dont il est victime (et pour lequel il était volontaire en plus !), n'arrange rien. Alors, ça y va à fond les ballons. Les voyages dans le passé, proche ou lointain, provoquent des incidents et des incidences sur le présent, que Bender et les E.T spammers s'empresseront de corriger tout de suite en faisant des micros-sauts dans le passé (deux minutes avant les incidents par exemple !) qui eux-mêmes auront des conséquences désastreuses. Le film change alors de visage, s'accélère très nettement pour finir par s'emballer complètement. Car en plus de toutes ces catastrophes, B'sBS (ça va plus vite !) se développe principalement sur une idée qui ouvre des perspectives cosmiques : les doubles des événements ou des personnages provoqués par les voyages dans le temps, ce qu'on appelle les paradoxes temporels, ne durent jamais ! Bref, chaque chose qui a sa réplique verra celle-ci détruite de manière hasardeuse et arbitraire par... euh disons, le destin ! Cette théorie, expliquée dans le film par les Harlem Globe Trotters, le fameux groupe de théoriciens de la physique quantique (et basketteurs, totalement gay en plus !) n'est pas qu'un accélérateur de rythme pour le film : c'est aussi une trouvaille simple et géniale car elle permet de faire fonctionner deux mécaniques. La première est la prise en compte dramatique et réelle des paradoxes temporels dans le film, et la deuxième, contradictoire, est l'écrasement de ces paradoxes par des deux ex-machin cruels et insupportables... et d'une drôlerie sans nom. Du coup, grâce à cette double hélice, le film n'en fint plus de s'accélérer. Par voie de conséquence, les intrigues principales ou secondaires vont se complexifier à un point inimaginable transformant le film en un asile de dingue comme rarement vu à la télé ou au cinéma ! C'est HALLUCINANT ! Les gags pleuvent, les traits d'humours s'emboîtent comme des chausse-trappes en forme de  poupées russes, et très vite, le film devient assez dense pour qu'un plan ou une scène ne suffisent plus à contenir tout l'humour et les développements narratifs. De fait, un peu comme le générique de SOUTH PARK se remplissait épisode après épisode pour devenir baroquissime, les scènes ici contiennent de plus en plus d'informations et de gags, et les derniers trois quarts d'heures du film sont, par conséquent, à couper le souffle tant il se passe de choses drôlissimes et capitales  à l'écran en même temps. C'est simple, on est très nettement au-dessus de la série et de sa densité normale, pour atteindre les limites même de la perception humoristique du cerveau ! Je vous préviens tout de suite vous aller louper des gags ! C'est terriblement dense, et il s'en passe tellement que vous retrouverez quelquefois à rigoler à la simple évocation d'un gag plus ancien sans avoir le temps de dire ouf ou de réflêchir aux implications inédites et drôles de cette nouvelle occurrence. Votre cerveau va fumer!

 

C'est donc un festival complet : gags qui se répondent à trente minutes d'intervalles, running gags jusqu'à l'explosion du dit trait d'humour, battle de gag, et un contenu humain lui aussi à la hauteur. Les prouesses narratives sont réelles, et d'autant plus que le système paradoxal qui fonde le film permet à la fois rigueur et lyrisme. Les scénaristes ne sont pas assis sur leurs nombreuses bonnes idées mais ont, au contraire, continué de bosser tout le temps. Le film est drôle, les gagas sont drôles mais plus encore c'est l'impression de folie narrative rigoureuse et complète qui font de B'BS un film aussi réussi. On est du coup dans une construction pirandellesque, gorgée de non-sens, complexe et... adulte ! Voilà qui fait de BENDER'S BIG SCORE, disponible en France aussi en dvd sans passer par la case cinéma (ceci dit, il n'est pas né le distributeur français capable de sortir ça), un film très très réussi, un petit chef-d'œuvre qui dépasse largement son carnet des charges et se sublime poétiquement ! Un must-have pour les happy fews comme dirait Mr Mort.

 

Mais tout cela n'est rien par rapport à...

 

 

 

EVERYBODY LOVES HYPNOTOAD de The Hypnotoad

 

 

Bon, par où commencer ? Oui, je sais, vous vous dîtes, le Docteur, il est encore en phase dithyrambe, il vaut mieux minorer tout ça d'un cran, il est un peu victime de son enthousiasme,     l'animal... Je vous vois venir, chère lectrice... Vous savez également que généralement je ne regarde jamais les bonus des dividis. C'est souvent complètement médiocre ou juste ennuyeux. Mais là, je dois dire que si vous achetez BENDER'S BIG SCORE, vous aurez gagné non pas un film sublime à ajouter à votre dévéthèque merveilleuse, mais deux. Car, on peut le dire, EVERYBODY LOVES THE HYPNOTOAD est un moyen-métrage sublime.

 

Pour ceux qui ne sont pas familier de FUTURAMA, sachez que Hypnocrapaud (voir photo), en version française, est un personnage complètement secondaire dont on entend parler une fois de temps en temps dans la série. Il n'a pas vraiment d'importance mais bon... Hypnotoad est donc, dans le monde de FUTURAMA, un crapaud, on n'est pas volé sur la marchandise, qui est l'acteur, le réalisateur et le producteur de l'émission de télé la plus populaire au monde et qui le met lui-même en scène. Un gars bien, quoi. Voilà plusieurs saisons que Hypnotoad casse la baraque et l'audience, et dans FUTURAMA, il n'est pas rare de voir un personnage scotché devant la télé à regarder les nouvelles "aventures" du crapaud bizarre. Car dans Hypnocrapaud, il y a crapaud mais aussi hypno.

 

Matt Groening et sa joyeuse bande, plutôt que de nous refourguer des bonus anecdotiques, ont bien fait les choses en nous proposant pour la première fois un épisode de la 27éme saison de Hypnotoad en entier ! On retrouve comme à l'accoutumée notre crapaud merveilleux, toujours assez gros, avec ses yeux bizarres et fascinant devant son traditionnel écran blanc, et le tout sous fond de musique industrielle abstraite.

 

Que dire de cet épisode de EVERYBODY LOVES THE HYPNOTOAD ? C'est tout simplement merveilleux, et cela nous ramène à notre triste sacerdoce de critique ! Car comment vous expliquer une œuvre aussi riche sans la déflorer ? Comment vous donner le début de l'embryon de petite idée qui vous fera comprendre l'importance de la chose ? Par respect envers l'œuvre, vous me permettrez, pour une fois d'en dire le moins possible et de vous laisser vierge devant le chef-d'œuvre. Hypnotoad, c'est bien simple, c'est peut-être l'artiste le plus avant-gardiste et le plus populaire que cette terre ait porté. En reprenant et en sublimant la forme du soap-opera, notre crapaud divin s'inscrit dans la lignée des avant-gardes les plus extrêmes tout en sachant rester proche des préoccupations du grand public. Hypnotoad et son show est bien la preuve de la supériorité américaine en matière d'invention de choses iconoclastes et postmodernes. Laboratoire de recherche formelle et grand divertissement de masse, EVERYBODY LOVES HYPNOTOAD, show intransigeant et abordable, est peut-être la première révolution artistique valable depuis Andy Warhol, en même temps qu'il incarne enfin à la perfection les thèses du pape de la Factory. En ce sens, Hypnotoad est sans doute l'artiste focalien par excellence, tant il réunit à la fois l'intransigeance artistique ( un show aussi iconoclaste en prime time, ce n'est quand même pas rien) et la réussite complète en termes d'achèvement médiatique. Bizarrement, les aventures du Crapaud Sublime, à la fois belles à pleurer et inquiétantes, nous ramènent, nous spectateurs, à nos pauvres conditions de mortels, et surtout ouvrent une fenêtre imparable sur notre existence et sur nous-même, ce en quoi, il est vraiment l'incarnation ultime de ce que la critique contemporaine appelle "notre regard sur le Monde".

 

 

Quant au fond, que vous dire ? En fait je ne m'en souviens plus, mais je crois que ça parle d'un mec qui compte jusqu'à 50 ! Quoiqu'il en soit, EVERYBODY LOVES HYPNOTOAD est très clairement le film de l'année, toute catégorie confondue et de trèèèèèès loin !

 

 

GLOIRE A HYPNOCRAPAUD !

 

 

Dr Devo.

 

 

 

PS : pour voir EVERYBODY LOVES THE HYPNOTOAD, je vous conseille le modousse operandaille suivant. Coupez le téléphone, manger avant de voir le film, et ne répondez pas à la porte si on sonne. Le film ne serait supporter la moindre interruption. Ne mangez pas, ne buvez pas pendant le film. Éteignez la lumière. Détendez-vous. Éventuellement, préparez quelques kleenex...

 

 

 

Publié dans Corpus Analogia

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Commenter cet article

Riff 03/09/2008 00:17

j'ai oublié de dire que je l'ai vu, cet épisode ciné! (et aussi l'épisode des boîtes à univers, qui était pas mal aussi, en tout cas c'était plus fun que la série Sliders^^)ce que j'ai aimé moi c'est que les dialogues sont franchement plus corrosifs et plus épicés que dans la série tv. je ne connaissais pas les raisons de l'arrêt de la série, ce qui fait que les séquences du tout début ne m'ont pas marqué tant que ça...

Dr Devo 02/09/2008 22:28

Salut à toi aussi Cre!Oui effectivement, tu as raison aussi, on est complétement sur la lancée de la dernière saison.  Je crois qu'on est nettement au dessus en terme de densité aux films des monty pythons, et peut-etre plus proche du Flying Circus... J'ai hâte que vou voyez tout ça les amis.Un truc que j'ai pas mis dans l'artcle: le film me fait penser à un de mes epsiodes préferrés de la série, celui des boites qui permettent de voyager dans les univers parallèlles. Sauf qu'ici c'est encore plus dense!DR Devo. 

Dr Devo 02/09/2008 22:25

Salut Riff!Tas raison, quand j'y reflechis, cet episode de Hypnotoad n'est pas si... ALL GLORY TO THE HYPNOTOAD!!! 

Cre 02/09/2008 14:05

Ah ! que cet article fait plaisir. Ca fait plaisir de savoir que les scénaristes ont continué sur la lancée de la fin de la série. Aprés une première saison sur les chapeaux de roues, j'avais trouvé passablement ennuyeuses les saisons suivantes, ou du moins pas vraiment à la hauteur des prétentions de départ, pas franchement drôles et pas franchement inventives. Jusqu'à ce que le Fox annonce l'annulation, et que la bande à Groening lâche complètement la bride sur les derniers épisodes, absolument fabuleux. Ce que tu racontes me fait beaucoup penser à l'humour surréaliste des Monty Pythons...Oh, et puis je crois que les quatre long-métrages sont des direct-to-DVD aussi aux US de A, galops d'essai pour voir si le succés de la vente de la série en DVD se confirme et s'il y a un public pour éventuellement la relancer sur un autre network.

Riff 02/09/2008 11:28

oué, préparez les kleenex pour essuyer la bave qui va vous couler au coin des lèvres!^^méfiez-vous docteur devo, ce crapaud a aussi la faculté de manipuler les esprits... j'en veux pour preuve l'épisode du concours animalier où il remporte tous les prix simplement en fixant les juges de son puissant regard hypnotiques.. bref, je met tout de même en doute votre critique de cet épisode de sa série...