LES HOMMES PREFERENT LES BLONDES de Howard Hawks (USA-1953): les goûts et les couleurs, ça se discute !

Publié le par Dr Devo


(Photo:"Are we not Women?" par Dr Devo)




Chers Focaliens,

 

Revenons aux choses sérieuses, revenons au cinéma.

 

Il y a toujours un petit programme de reprises affriolantes qui passent à côté du Pathugmont, programme qui, s'il ne brille pas en général par son iconoclasme (on programme du connu, en général), permet quand même de revoir quelques classiques, avec un certain amusement, on le verra.

 

 

C'est par accident que je découvrais le film de Hawks sur grand écran, m'étant trompé d'horaire pour la séance d'un produit industriel plus récent. Comme quoi, le hasard fait quelquefois bien les choses. Ici, on est très loin de détester Marilyn Monroe (regardez le méconnu TROUBLEZ-MOI CE SOIR du grand Roy Ward Baker) et on aime bien Hawks. Alors évidemment dans ces conditions, on se laisse tenter...

 

Marilyn et Jane Russell sont à la fois de grandes amies et des collègues, car elles travaillent toutes deux dans un petit cabaret où elles dansent et chantent tous les soirs. Monroe, fille nunuche mais persuadée de ne pas l'être et surtout arriviste de première, a un admirateur chaque soir dans le public en la personne d'un grand dadais, complètement naïf et sans aucun doute niais dans plein de sens du terme, mais qui a pour lui d'être le fils richissime d'un industriel qui ne l'ait pas moins, riche. Evidemment, papa ne sait pas que le stupide fiston fricote avec une danseuse ! En tout cas, le grand dadais fait sa demande en mariage à Monroe et lui offre une croisière transatlantique, croisière à laquelle il ne pourra assister. En fait, c'est une espèce de piège : un détective privé bellâtre embarque aussi sur le bateau avec pour mission d'enregistrer les preuves de la légèreté de Monroe avec les hommes. Monroe et Russell (qui la chaperonnera pendant le voyage) embarquent donc pour cette croisière de luxe remplie de beaux jeunes gens. Mais Marilyn s'intéresse surtout à trouver une compagnie masculine plus riche que son potentiel futur mari. Et le détective privé ne va pas avoir à chercher beaucoup pour trouver des preuves compromettantes...

 

 

Ha, l'âge d'or des comédies de mœurs hollywoodiennes ! Tourné au format 1.37 dans des couleurs cinémascope très chatoyantes, LES HOMMES... commence d'entrée de jeu par un numéro de cabaret chanté qui sera ici montré dans son entier et qui permet de découvrir tous les charmes et les talents de Jane Russell et Monroe, ici courtes vêtues. On enregistre les premiers indices. Quatre minutes plus tard et la première scène non-chantée arrivant, on comprend bien vite ce qui va arriver. Le numéro d'ouverture n'était pas d'une grande flamboyance : couleurs criardes, partition classique, paroles attendues et un découpage très anonyme dans un décor étriqué, voilà qui calme les ardeurs. Dans un certain sens, ça ne s'améliorera pas. Si les décors, tous de studio, sont nombreux et blindés de figurants, on retrouve les mêmes problème de cadrage ; les acteurs sont souvent de profil ou face caméra, et les seconds rôles ne sont parfois pas cadrés du tout. Dans tous les cas, ça n'est jamais très beau ni spécialement pertinent et l'on a vraiment l'impression d'assister à de la bête transposition théâtrale. La photographie, très monocorde et sans subtilité n'apportera également rien. La musique, omniprésente (la moitié du film relève de la comédie musicale), est, exception faite, et encore, du tube DIAMONDS ARE A GIRL'S BEST FRIENDS, très anonyme. Le film s'inscrit assez clairement sous le joug de la culture de Broadway (il est tiré d'une comédie musicale) et de l'entertainment classique de l'époque. Bref, ça sent le grand tirage et l'industrie, et si le nom de Hawks n'apparaissait pas au générique, on aurait attribué le film à n'importe qui d'autre. Notons quand même que le final et la chanson DIAMONDS... est effectivement mieux mis en scène, de très peu, et que quelques plans sont enfin jolis et s'essaient au surcadrage, au recadrage et au jeu sur l'échelle de plan, aidé en ça, il est vrai, par un décor un peu plus vaste. Mais même là, on est très loin de l'aura mystique et merveilleuse que cette séquence célébrissime a laissée dans l'histoire du cinéma ! Ca n'est quand même pas grand-chose...

 

Côté fond, c'est aussi décevant. Le film est clairement une farce mais ici sans saveur. De la classique distinction entre personnages très premier degré et jouant sur les archétypes, et certains (peu nombreux) seconds rôles jouant tout à fait sérieusement et pas du tout, eux, sur le mode boulevardier, rien ne ressort et rien ne colle. Le timing est épouvantable, les acteurs semblent jouer tous dans leur coin, et de toute manière c'est la farce attendue qui est privilégiée. Pourtant, on sait ici, à Matière Focale que des situations ou des personnages caricaturaux peuvent donner des développements subtils ou troublants (Maryiin articule bien, c'est sûr, mais anônne  et semble absente, et heureusement Jane Russell met un peu de peps dans l'ensemble). Le film de Hawks ne nous donnera jamais cela, et préférera rester à la surface de ces personnages. Allusions sexuelles ou grivoises n'y changeront rien, et même le petit paradoxe entre les héroïnes (une blonde stupide et cupide jouant au nom du Grand Amour, et une brune adulte, plus terre-à-terre, pleine de chien, sans illusion mais vraie amoureuse pragmatique), seule idée du film, ne bougera pas d'un iota pendant 90 minutes. L'humour a vieilli, et est souvent d'un grand pompiérisme, alors même qu'à la même époque, on pouvait trouver des formes d'humour qui elles n'ont pas pris une ride (Lubitsch, les autres films de Hawks, Wilder...). C'est uniforme, mou et sans aucun sens du rythme. Bref, encore un "chef-d'œuvre mondial du cinéma"  d'un grand anonymat et d'une absolue médiocrité qui ne doit sa réputation des années après qu'au fait qu'il fut un succès à l'époque. Dieu merci, Hawks n'a pas fait que ça !

 
Courageusement Vôtre,
Dr Devo. 

Publié dans Corpus Filmi

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Commenter cet article

Dr Devo 09/09/2008 11:24

Salut Tatillon!Si tu ne l'as pas vu je te coseillerais par exemple L'IMPOSSIBLE MONSIEUR BEBE!Dr Devo. 

Tatillon 08/09/2008 20:18

"les autres films de Hawk" : lesquels par exemple ?

Bertrand 03/09/2008 16:02

Merci mon Devo, tu es beau quand tu veux ! Il fallait que ces lignes sur ce surestimé Hawks soient écrites, bravo !