Chroniques de l'Abécédaire, épisode 3, première partie : croire aux gouttes finales à l'image d'un Texas noir exploré par l'enfer intérieur du nécromancien roi des morts

Publié le par Le Marquis

Bonjour chez vous !

Cet Abécédaire à cheval sur les mois de février et de mars descend de sa montagne avec toujours la même énergie : le système me plaît, perdure et s'installe dans une agréable routine. La question de ce que je vais regarder ne se pose donc plus, elle est pré-déterminée, avec parfois un véritable sentiment de contrainte, lorsque le film choisi quinze jours plus tôt ne m'inspire pas à l'instant T, mais c'est avec une discipline de fer que je m'interdis formellement tout changement de programme de dernière minute, et, mais ça n'est pas une contrainte, que je visionne au moins un film par jour. Deux, trois ou cinq pendant les vacances, c'est encore mieux quand c'est possible, même si ma mère me dit que ce n'est pas comme ça que je vais rencontrer une copine,  mais elle ne peut pas comprendre, elle ne lutte jamais contre les romains aux côtés de VERCINGETORIX. Et mine de rien, cette série d'articles amorcée au mois de janvier, si elle se poursuit, va finalement rendre compte de la quasi intégralité des films visionnés par ma petite personne sur l'année 2006, à l'exception des films vus en dehors du système, à savoir les films revus par pur plaisir sur un coup de tête ou ceux qui sont découverts lorsque je reçois, j'ai ainsi vu un film non chroniqué dans les articles, VA TE FAIRE FOUTRE FREDDY, sommet de débilité et de vulgarité réalisé et interprété par Tom Green, qui m'a autant plongé dans la perplexité qu'il m'a parfois fait hurler de rire. Bref, j'ai, sans vraiment le savoir et pas par calcul, entamé la rédaction de mon "Année du Cinéma 2006", un journal de cinéphile dont j'espère vivement qu'il sera plus riche et plus intéressant que les tomes édités par Télérama. Il ne risque pas d'être monotone en tout cas, comme le montre une sélection une fois de plus bien inégale (c'est normal, j'évite soigneusement l'esprit de chapelle, et je visite sans hésiter une poignée de films nuls et quelques titres éveillant spontanément mon antipathie), une sélection qui s'ouvre piteusement par un film en A comme...

À TON IMAGE, d'Aruna Villiers (France, 2004).
Pas dégoûté par les expériences récentes (et pénibles) de
BROCELIANDE ou HAUTE TENSION, je persiste, je signe, et j'attaque bravement ce À TON IMAGE, dans le vague et faible espoir de localiser enfin un film de genre français qui puisse s'élever au-delà de la modeste petite semi-réussite d'un QUI A TUÉ BAMBI ? ou d'un ATOMIK CIRCUS. Et une fois de plus, c'est peine perdue. Le film, interprété (correctement) par Christophe Lambert (et pas Christopher dans le générique, pour une fois, on est acteur international ou on ne l'est pas) et Nastassja Kinski,  le reste du casting étant nettement moins performant, voire un peu foireux (à ton image, chère Audrey DeWilder), travaille d'arrache-pied à développer sa petite atmosphère de trouble dans un soin appliqué et laborieux, des efforts de toute façon mal ciblés qui courent après l'efficacité américaine tout en ménageant un contexte psychologisant très franco-français ; des efforts surtout annihilés par une lourdeur d'écriture malheureusement bien familière dans notre beau pays. Le sujet s'engageait de toute façon sur une pente on ne peut plus savonneuse : Christophe et Nastassja forment un couple solide, mais sur lequel plane une ombre de tristesse, sortez vos mouchoirs : Nastassja ne se remet pas de la mort d'un premier enfant, et pire, elle ne peut pas en avoir d'autre. Chercheur dans un laboratoire spécialisé, Christophe a l'idée brillante de forcer le destin en fécondant à son insu sa légitime du propre clone de celle-ci (comment il s'est arrangé pour qu'elle ne se doute de rien, ça...). Oh, la bonne idée ! Il aurait pourtant bien dû se douter du désastre horrifique vers lequel il marchait : tout le monde sait que le clonage, c'est mal, et que les clones sont potentiellement maléfiques. Je suis prêt à admettre, le temps d'un film, cette hypothèse saugrenue tirant sur la science-fiction alarmiste, pour peu que le film en fasse quelque chose de probant. Mais ici, ce n'est vraiment pas le cas : le collègue de Lambert, pro-clonage et qui l'incite à tenter l'expérience pour le bonheur de son couple, est d'emblée présenté comme un salaud calculateur et arriviste, et dès que la petite Audrey grandit, on se lâche et on y va à fond les ballons sur le registre « une si gentille petite fille » diabolique, avec à peu près autant de finesse que dans le grotesque LA MALEDICTION IV (vous savez, ce film qui nous révèle que Damien l'Antéchrist avait pondu un oeuf avant de mourir !) : pas le genre de gamine à nous demander si elle est pas belle, la vie, si vous voyez ce que je veux dire. On pourrait localiser le problème dans cette approche simpliste et caricaturale de l'élément fantastique, mais en réalité, on réalise très vite (par exemple lors de la scène du dîner de famille chez les parents de Nastassja, Rufus et Francine Bergé « de la Comédie Française », hourra !) que le bât blesse à grands coups de serpe dans le scénario, dans cette écriture démonstrative empêtrée dans ses envies de finesse et de justesse psychologique (t'as vu comme ils sont fouillés mes personnages ?) qui n'a pour conséquence effective que de nous imposer une situation développée en une demi-heure là où 10 minutes auraient amplement fait l'affaire. Inutile de préciser que la musique vient constamment souligner au marqueur chaque étape du récit, le moindre regard en coin de la clone démoniaque,  non pas que cette musique soit forcément mauvaise, car il faudrait aussi sanctionner l'exécrable mixage, et surtout taper encore plus haut sur les choix consternants de la réalisatrice. Et je ne parle même pas des passages chantés. Oh, et puis si, tiens, allons-y : après un premier indice douloureux (Nastassja et sa fifille entonnent en choeur « Une chanson douce » à l'heure du dodo joli, quelle horreur !), Villiers nous balance dans les pattes une scène copieusement ridicule, qui définit à la perfection le naufrage de À TON IMAGE : Nastassja et Audrey, pour faire la blague à Christophe (pouffez, pouffez, pouffez... C'est une fille !!!), mettent toutes les deux la même robe et la même perruque rouge, et exécutent, sous ses yeux de chien battu malheureux dans son coin (lui, il sait, le pauvre !), une reprise des DEMOISELLES DE ROCHEFORT. Scène atrocement mal filmée, dénuée du moindre recul humoristique, aux enjeux d'une lisibilité franchement imbécile. Aruna, qui n'a sans doute jamais entendu parler du film CES GARÇONS QUI VENAIENT DU BRESIL, attend sûrement de pied ferme des compliments sur la finesse de ce récit fouillé et hautement subtil, alors que son scénario brasse les pires clichés dérivés de thèmes comme gentil jumeau / méchant jumeau, ou encore celui de la réincarnation vengeresse. Il faudrait peut-être d'abord assurer le service minimum d'une mise en scène véritablement pertinente et percutante, mais dans ce film, la réalisation est grossièrement démonstrative, symbolique et en panne sèche de plausibilité, avec sa morale un peu courte, les clones sont dangereuses, ou chieuses, c'est selon. C'est à peine si l'on peut sauver quelques idées tournant autour de l'apparition / disparition (ellipse astucieuse lorsqu'Audrey, au cours d'un jeu vaguement inquiétant, disparaît derrière un élément du décors et en ressort avec quelques années de plus au compteur, ou encore plan assez gonflé de la première menstruation où une larme qui coule sous la robe est devenue goutte de sang arrivée au niveau des cuisses, pas très raffiné, mais pourquoi pas ?). Quelques secondes dans un ensemble feignant et anonyme qui, sorti de quelques plans basculés (le niveau zéro de la stylisation), relève du téléfilm appliqué. Mais attention, c'est aussi un film de femme, voyez ce plan final aberrant, parallèle léger comme une enclume avec le vagin et l'accouchement (symbole visuel aussi grossier et indigeste que celui qui conclut le film L'ÎLE), qui se fait l'écho de tous ces petits plans nuls insérant des flash-back de la douceur de bébé pour entrer en contradiction avec la cruauté et la monstruosité grandissantes d'Audrey. Un film de femme, oui, bravo. Claire Denis, Kathryn Bigelow, Asia Argento, Sarah Moon, Valérie Lemercier, Ida Lupino, Sally Potter, Antonia Bird, réglez son compte à cette cinéaste à deux balles, et qu'on en entende plus parler !

B comme... BELIEVE, de Robert Tinnell (Canada, 2000).
Allons prendre l'air avec ce petit, petit, petit (télé ?)film canadien sorti de nulle part et surtout sorti nulle part. Informations pratiques : contrairement à ce qu'indique la jaquette, le DVD contient bien une VOST ; contrairement à ce que laisse entendre la jaquette et son affiche mensongère, pas d'angoisse, pas de monstres aux yeux rouges dans ce film familial parfaitement inoffensif ; et une mention pour finir à ce titre français qui surgit comme un diable de sa boîte lorsque le film démarre : « Fantômes d'amour », rien que ça ! Fichtre ! Va-t-on avoir droit à un érotisme spectral ? À un coït de l'au-delà ? À un remake version triolisme du FANTÔME D'AMOUR de Dino Risi ? Pas du tout, on nage plus dans les eaux de la bibliothèque verte, avec l'histoire de Ben, jeune adolescent qui adore faire des blagues très élaborées pour effrayer ses camarades de classe en leur faisant croire aux fantômes. Un petit passe-temps qui lui vaut d'être renvoyé de son collège et expédié par des parents distants en pension chez un grand-père qu'il n'a presque pas connu, vivant en quasi reclus dans une masure d'une petite ville qui va, bien entendu, s'avérer hantée ! Mais pas par un Casper espiègle ou par un fantôme maléfique, non, plutôt par une femme morte des dizaines d'années auparavant, la soeur de son papy, âme en peine gémissant chaque soir autour de la maison. Un mystère que Ben, épaulé par une adolescente solitaire (Elisha Cuthbert de
LA MAISON DE CIRE, que j'ai trouvé pas si mal, au grand dam du Dr Devo, et de 24 HEURES CHRONO, avis aux fans), va tenter de lever. Un petit film charmant mais sans intérêt, à l'ambiance nostalgique et à la grandiloquence cheap très télévisuelle, réalisé par le producteur de SURF NAZIS MUST DIE (et ça ne se voit pas !), soutenu par un assez joli casting, avec notamment un petit rôle pour Andrea Martin, actrice curieuse aperçue dans le beau BLACK CHRISTMAS de Bob Clark. Demain, j'aurai oublié ce film.

C comme... LE CHAT NOIR, de Lucio Fulci (Italie, 1981).
Lucio Fulci a le vent en poupe lorsqu'il tourne, entre
FRAYEURS et L'AU-DELÀ, cette adaptation très libre d'Edgar Allan Poe. Un tournage d'ailleurs très rapide, expéditif d'après les dires de Fulci. Pour l'occasion, il troque son actrice fétiche du moment, Catriona McColl, contre Mimsy Farmer (mais David Warbeck est fidèle au poste), et son compositeur attitré, Fabio Frizzi, contre Pino Donaggio (très belle musique, d'ailleurs). Pour le reste, on retrouve ici les qualités plastiques des films tournés par Fulci à l'époque: beau scope, photographie soignée, belle direction artistique... Ceci dit, le film est très différent des oeuvres récentes du cinéaste : il n'est pas du tout orienté vers les effets gore de cette période, et ne ressemble pas non plus à L'EMMURÉE VIVANTE, beau giallo paranormal réalisé en 1978 : c'est à vrai dire un film presque anachronique, qui ressemble plus par son atmosphère et par son traitement aux films fantastiques d'influence gothique du cinéma italien des années 60. Le scénario, bancal mais fascinant, nous parle des méfaits d'un chat inquiétant (fort bien filmé et intégré à l'action) qui provoque dans une petite ville proche de Londres une série d'accidents mortels, un rien gratuits et peu motivés par des éléments scénaristiques, ce qui n'a pas la moindre importance du reste, le fantastique italien ne se caractérisant que rarement par une veine explicative ou par des soucis de logique ou de cohérence, et c'est bien d'ailleurs ce qui confère à ces films une atmosphère onirique et parfois très poétique. Le chat est l'outil, mais peut-être aussi le maître, d'un vieil homme qui l'utilise pour communiquer avec les morts : il lance des enregistrements sur bande, et les écoute tranquillement chez lui en poussant le volume à son maximum, à l'écoute de voix, de plaintes et de paroles dont il ne fait pas un usage effectif dans le cadre du récit, d'ailleurs. Un scénario bancal et peu cohérent (copie un peu moche, par ailleurs), et pourtant, il s'avère bien plus réussi et intéressant que les lettres A et B de cet abécédaire, des films aux scénarios pourtant plus construits et structurés (pour le meilleur et pour le pire), ce qui prouve une fois de plus la prédominance de la mise en scène, qui prime et doit primer sur la seule volonté de raconter une histoire, même si LE CHAT NOIR n'est pas, dans ce registre, ce que Fulci a fait de plus admirable. Inégal mais vraiment séduisant.

D comme... DESTINATION FINALE II, de David R.Ellis (USA, 2003).
Alors que sort le troisième épisode, et je ne l'ai même pas fait exprès, je découvre tardivement ce film, pour obtenir le juste prix (ici 3,90 euros), il faut savoir être patient. Pour être très honnête, je n'avais que modérément apprécié le premier DESTINATION FINALE qui, un peu comme L'EFFET PAPILLON issu du même studio, bénéficiait énormément, mais sur un mode mineur, d'un sujet original et prometteur (pas de tueur, pas de monstre, juste la Mort à l'oeuvre, sans qu'elle soit jamais personnifiée), mais n'aboutissait pas à un traitement à la hauteur. On retrouve dans sa suite exactement les mêmes qualités et les mêmes défauts. Petite parenthèse pour en finir avec le premier opus, l'édition DVD dans laquelle le film était sorti ne contribuait pas, par ses suppléments, à me rendre indulgent envers les problèmes et les manques du film : outre un documentaire très axé Jacques Pradel (du petit lait pour les forcenés de l'envie d'y croire, voir les commentaires de l'article consacré à
AMITYVILLE, LA MAISON DU DIABLE), choix éditorial curieux pour un film aussi ouvertement léger et à vocation de distraction pure, on trouvait également en bonus (avec double effet "kiss-cool" laissant un goût de rat crevé dans la bouche) une section vraiment énervante sur les projections-test, ces « sneak-previews » consistant à montrer le film à une audience et à le modifier (parfois de façon radicale) en fonction des réactions et des dictats de l'échantillon de public auquel le film a été soumis. Quel cinéaste déclarait récemment refuser de toutes ces forces que son film soit « réparé » pour satisfaire aux envies d'un gosse de quinze ans complètement inculte ? Il me semble que c'était Eli Roth (CABIN FEVER et bientôt HOSTEL), mais je peux me tromper. Toujours est-il que sur le DVD de DESTINATION FINALE, les projections-test étaient présentées sans le moindre recul critique, notamment par le producteur Robert Shaye (pour le coup assez antipathique), et par le réalisateur James Wong en pleine crise d'allégeance servile, professant dans un discours lamentablement docile et promotionnel sa reconnaissance pour le public-test, qui sait mieux que lui comment faire un bon film et lui a évité de commettre des erreurs. Espèce de vendu ! Inutile de préciser que les coupes (puisqu'on a tout de même droit aux scènes coupées) ont consisté à escamoter du film tous les éléments contribuant à lui donner un vague semblant de relief. Un film rigolo et efficace, mais un rien désincarné. DESTINATION FINALE II en est le sosie parfait, donc, jusque dans son édition DVD, qui nous épargne une nouvelle glorification des sneak-previews, mais rempile sur le registre Pradel avec un documentaire essentiel (?) sur les expériences de mort clinique et leur cortège d'angélisme lumineux. On retrouve dans cet opus deux un ton ironique très plaisant (n'hésitant pas à faire la peau à des gamins, ce qui est toujours payant), des « accidents », au propre comme au figuré, parfois percutants et une efficacité routinière de mise en scène. Avec une excellente idée dans l'introduction, le film nous laissant croire à la mise en place d'un groupe de héros (zut, encore une flopée d'adolescents débiles tout droit sortis de séries TV ou des plages de Beverly Hills !) avant de les éliminer brutalement pour les remplacer par un casting plus nuancé (pas tellement plus original, ceci dit), sans oublier d'aller repêcher Ali Larter, héroïne du premier épisode et actrice pas trop mauvaise. Pas mal. Ça roule, c'est plaisant, même si la dernière demi-heure est un peu moins aboutie. Cependant, comme je le disais, je retrouve aussi un défaut majeur qui m'empêche, comme dans le premier, de vraiment adhérer au film. Si je suis prêt à admettre qu'un personnage ait des visions prémonitoires, c'est peu justifié par le scénario, mais il faut bien que le récit progresse (licence poétique), j'ai beaucoup plus de mal avec le traitement de cette belle idée consistant à (ne pas) montrer la Grande Faucheuse à l'oeuvre, pour la simple et bonne raison que, malgré les intentions, le réalisateur ne peut pas s'empêcher de faire parfois dévier de réjouissants effets domino mortels vers un créneau beaucoup plus conventionnel : alors que j'apprécie et que je participe bien volontiers à cette suite d'incidents et aux réactions en chaîne qui en découlent (anxiogène et très drôle), je regrette les éléments plus ouvertement « surnaturels » (une main invisible qui ferme les fenêtres lors d'un incendie, ou ferme le système d'aération d'une chambre d'hôpital tout en arrachant les tuyaux de bonbonnes à oxygène), qui viennent casser l'aspect ironiquement accidentel pour se rapprocher d'effets proches des films de fantômes à la POLTERGEIST. La Mort a donc beau ne jamais être représentée à l'image, elle est malgré tout (contrairement, il me semble, au projet initial) personnifiée, et agit parfois directement, matériellement, sur le cours des événements : c'est dommage, ça banalise beaucoup l'atmosphère de ces séquences, et ça me semble relever d'un manque d'inspiration, alors que les séquences en question marchaient à plein régime sans avoir besoin de ces interventions plus grossières et trop démonstratives. Par ailleurs, la séquence faisant intervenir Tony Todd, déjà présent dans une scène ratée du premier film, me paraît une fois de plus n'apporter strictement rien au film, et il est fort probable que l'acteur ne fasse acte de présence que par la seule volonté de reproduire points par points les éléments qui structuraient DESTINATION FINALE, sans discernement puisque cet élément précis n'avait déjà pas vraiment sa place dans le film en question. Remarque sur le même registre pour l'épilogue, amusant mais pas vraiment plausible (pourquoi les survivants se retrouvent à faire un barbecue avec des personnages de pure figuration croisés plus tôt dans le film ?) : le récit se plie ici aux caprices des scénaristes, se limite à des traits strictement fonctionnels, sans véritable effort d'inventivité, sans audaces, sans personnalité, se faisant involontairement l'écho de la fin initialement prévue pour le premier épisode, une conclusion moins spectaculaire, un peu plus originale, sacrifiée sur l'autel de ce poncif qu'est le dernier sursaut, passage obligé, quitte à paraître, comme la scène de Tony Todd, comme une vulgaire pièce rapportée. Un film mitigé du fait de son manque d'ambition et de personnalité, mais, encore une fois, redoutablement efficace et très plaisant.

E comme... L'ENFER DES LOUPS (ROMASANTA), de Paco Plaza (Espagne, 2004).
Pas de chance pour Francisco Plaza (LES ENFANTS D'ABRAHAM, bon film) et pour la boîte de production de Brian Yuzna, la Fantastic Factory, qui a fermé ses portes après un dernier long-métrage réalisé par Yuzna lui-même (BENEATH STILL WATERS, prochainement absent de vos salles), après sept ans de bons et loyaux services dans le registre de la série B soignée et un peu personnelle (DAGON, FAUST ou le très décadent BEYOND RE-ANIMATOR), les productions plus ambitieuses n'ayant pas forcément reçu l'accueil escompté, malgré le petit succès du très réussi DARKNESS. ROMASANTA s'est ainsi vu privé d'une sortie en salles, malgré le soin porté à la production. Il sort donc directement en DVD, dans un habillage maladroit qui semble vouloir faire passer le film pour de l'épouvante classique à la DOG SOLDIERS, avec un titre et une affiche l'assimilant à un décalque du PACTE DES LOUPS, ce qu'il n'est pas du tout. Le film s'inspire d'un fait divers du XIXème siècle, l'histoire de Romasanta, « le loup-garou d'Allariz », un marchand ambulant coupable d'une macabre série d'assassinats, persuadé semble-t-il d'être lycanthrope. Ceux qui attendent un bon gros film de loup-garou en seront pour leurs frais : tout ici est avant tout question de points de vue, et les éléments ouvertement fantastiques (notamment une scène de métamorphose originale et assez belle) n'interviennent que tardivement, par le biais du témoignage d'Antonio, complice tourmenté de Romasanta. Dans le rôle principal, Julian Sands fait merveille, curieusement, et je dis bien curieusement, car cet acteur aux choix de carrière souvent désastreux est rarement très convaincant. Il est ici presque méconnaissable, avec ses cheveux bruns et le gros coup de vieux qu'il s'est ramassé sur le coin de la figure, et livre une interprétation sobre, solide et véritablement inquiétante, face à Elsa Pataky, actrice bizarre (très impressionnante, hystérique et en roue libre dans BEYOND RE-ANIMATOR où elle arrachait tout de même un pénis à coups de dents, lequel rampait plus loin pour aller se battre avec un rat... Hallucinant !) qui joue ici plus calmement, mais avec toujours en filigrane une étrangeté dans son interprétation, constamment sur le fil. Le film est, à l'image de Julian Sands, sobre, posé, inquiétant et parfois assez émouvant. Paco Plaza surprend parfois par la grande cruauté de son récit : en particulier, dès la première partie du récit, ce personnage de petite fille muette, qui trimballe en elle tout un potentiel de poésie chic et d'émotion vibrante, on voit le scénariste venir de loin avec ses gros sabots, mais on se fourre le doigt dans l'oeil, superbe séquence de « l'oiseau-papillon » dont je préfère taire le contenu. Malgré son rythme calme, le film impose habilement un récit accidenté, avec un vrai talent, plus affirmé, moins calculé que ne l'était LES ENFANTS D'ABRAHAM, d'une maîtrise parfois un peu rigide. Plaza est sans doute encore timide même s'il lâche un peu la bride, et ROMASANTA (que j'ai décidément du mal à appeler par son titre français) aurait gagné à développer un peu plus de spontanéité. Mais c'est un très bon film, vraiment, et l'on espère que le cinéaste ne s'arrêtera pas en si bon chemin, tout comme on souhaite bon vent à Brian Yuzna, dont, j'en suis sûr, nous ne resterons pas longtemps sans nouvelles.

F comme... F/X, EFFET DE CHOC, de Robert Mandel (USA, 1986).
Nostalgie, quand tu nous tiens... L'envie m'a pris de revoir ce petit thriller issu du coeur vibrant des scintillantes années 80, qui m'avait relativement plu à l'époque, mais ne m'avait ceci dit pas laissé le moindre souvenir. Sujet très astucieux : un spécialiste des effets spéciaux (Bryan Brown) est embauché pour un job assez particulier. Il doit organiser le meurtre simulé d'un ancien ponte de la Mafia de façon à le protéger des représailles en attendant le procès. Réticent, Bryan finit par accepter le poste, et s'en mordra les doigts, car le mafieux est tué « pour de vrai » et lui-même se retrouve recherché par la police et poursuivi par des assassins. Quelles magouilles se trament, et comment se sortir de ce nid de guêpes ? Sa maîtrise des effets spéciaux va vite devenir d'une importance vitale. C'est probablement parce que le film tournait autour de cet univers qu'il avait attiré mon attention quand j'étais petit garçon et que je ne récitais pas mes leçons. Un petit polar ingénieux, comme on dit, agréable, bien interprété (Brian Dennehy y est excellent dans le rôle d'un inspecteur de police pas dupe), et ça se conclut sur un générique bercé par la chanson « Just an illusion » du groupe Imagination, comme quoi nous sommes vraiment au coeur des années 80. Si le film m'a laissé aussi peu de souvenirs, c'est probablement parce que la mise en scène est totalement plate, et parce que les effets spéciaux sont plus illustrés par des petits gadgets que par une véritable immersion dans le monde des trucages, de toute façon traités ici avec une ironie assez moqueuse (les visiteurs s'extasient en découvrant l'atelier de Bryan par des « Oh ! Regarde ! Ça vient de J'AI DÉMEMBRÉ MAMAN ! Et là, c'est LE BÉBÉ CROCODILE ! » - le bébé crocodile en question étant en réalité la créature du
MONSTRE EST VIVANT de Larry Cohen !). Pas beaucoup de personnalité, ce Robert Mandel ; d'ailleurs, il sera plus tard viré du tournage de CARRIE II : LA HAINE pour être remplacé au pied levé par Katt Shea (remplacé par une fille ! Carrie 2 : la honte, oui !), qui, elle, s'en est tiré sans trop de dommages et peut donc rejoindre les collègues réalisatrices en train de s'occuper du cas d'Aruna Villiers.

G comme... GOUTTES D'EAU SUR PIERRES BRÛLANTES, de François Ozon (France, 2000).
Adapté d'une pièce de Fassbinder, voilà un film vers lequel je m'avançais sans le moindre enthousiasme, Ozon commençant sérieusement à me taper sur le système : si j'apprécie assez l'honorable SOUS LE SABLE (mais j'ai de plus en plus tendance à en attribuer le mérite à Charlotte Rampling), si je reconnais à SITCOM ou à REGARDE LA MER une véritable énergie (mais j'ai de plus en plus tendance à en attribuer le mérite à Marina DeVan), le souvenir du moment absolument exécrable passé devant son affreux
8 FEMMES m'en a tout de même franchement dégoûté. Mais bon, soyons justes, je ne pourrai jamais dire de mal d'un film sans avoir jugé sur pièce, et puis il y a Bernard Giraudeau que j'aime beaucoup et la trop rare Anna Thomson (SUE PERDUE DANS MANHATTAN, très beau film), qui se fait désormais appeler Anna Levine (à moins qu'elle n'ait voulu passer ici inaperçue). Jugeons sur pièce, donc. Je peux dire du mal, maintenant ? Alors allons-y. Le générique surprend un peu, car il pastiche ceux des films des années 70, avec ses plans fixes sur des cartes postales bariolées de Berlin et ses crédits au lettrage jaune très désuet. La surprise s'évanouit quand on réalise que le générique sera à l'image du film dans son ensemble, le mot d'ordre de la direction artistique étant bien d'ancrer solidement le métrage dans cette époque, à grands coups de costumes, de papier peint, de coiffures et de moquettes. Hideux, mais bon, d'après les photos, c'était souvent hideux partout, même chez Tata Jeannette, à l'époque où elle était folle de formica. Le film est découpé en actes, et s'ouvre sur Giraudeau, plus tout jeune, en train de séduire un jeune garçon qu'il a ramené chez lui (Malik Zidi). Et ça marche : celui-ci va plaquer la fille qu'il s'apprêtait à épouser pour s'installer avec Bernard Giraudeau. Mais bientôt, ce dernier dévoile sa vraie nature : il se lasse vite et devient de plus en plus odieux, dans l'attente de mettre la main sur de la chair fraîche. Et qu'est-ce qui se passe quand l'épouse délaissée (Ludivine Sagnier) vient mettre son nez dans l'appartement ? Et quand ressurgit Anna L'enfer des Loups (j'ai du mal à l'appeler Levine), ex-compagnon délaissé(e) par Giraudeau après avoir tenté de changer de sexe pour lui apporter la nouveauté recherchée, en vain ? Voilà, on a tout dit, secouez bien pour soulever la pulpe qu?il y a au fond. On devine, très loin derrière, la patte de Fassbinder, mais nous sommes bien face à un film de François Ozon... Tendance 8 FEMMES malheureusement. Giraudeau est très bon, OK, mais ça ne va pas faire l?affaire face à un Malik Zidi qui fait de gros efforts, c'est palpable, mais ne parvient pas à se démarquer d'une diction théâtrale très ampoulée. Fade et maladroit, il s'effondre donc très vite face à Giraudeau. Ludivine Sagnier est aussi insupportable que dans 8 FEMMES, mais là, je préfère me taire, je sens que je suis en train de la prendre en grippe et d'en faire un délit de sale gueule. Quant à Anna Thomson (tant pis, moi maintenant je suis habitué, c'est quoi, cette idée de changer de nom après s'en être déjà fait un ?), elle a beau être excellente et éclipser tout le monde, elle n'en arrive pas moins à peine plus de vingt minutes avant la fin du film, ce qui est largement trop tard, car à ce stade, c'est foutu : je fulmine contre Ozon. Exactement comme dans 8 FEMMES, c'est du théâtre filmé. Attention, ce n'est pas MÉLO, ce n'est pas SMOKING / NO SMOKING, ce n'est pas LE LIMIER. C'est du théâtre filmé avec les pieds. Mais Ozon est « arrivé ». Il a fait en quelques années un parcours éclair à la Almodovar, et encore, même si je n'ai pas vu les derniers Almodovar, je suis prêt à croire qu'il lui reste un espoir, même ténu, de sortir de sa sieste mélodramatico-ronflante. De la provocation pour se faire remarquer, et hop ! Terminé, les maladresses et les à peu près qui pouvaient faire illusion. En route pour une carrière qui fera sûrement vibrer Télérama et Studio pendant quelques années. Ozon s'entoure donc d'une équipe technique fonctionnelle et se lance dans un bluff totalement improbable. Maintenant, c'est du sérieux, et vas-y que je me concentre sur mon scénario et sur mes acteurs (avec ces plans répétés tout au long du film, bidule à la fenêtre, machin tout nu dans le lit, variations sur un même cadre d'une prétention frisant le ridicule), pour le reste, on n'y verra que du feu, « les décors et les costumes suffisent », comme tu le dis si bien à propos de ton film, François, pas la peine de faire davantage d'efforts, l'essentiel est là. Mais oui, bien sûr, on ne verra pas à quel point la mise en scène est plombée, creuse, terne, plate, laide, atrocement mal dialoguée, foncièrement télévisuelle, mais donnez un miroir à François et voyez comme il s'en amuse, ça dit tellement de choses, un miroir ! Par comparaison, CUISINE ET DEPENDANCES passerait presque pour du Peter Greenaway. Que ceux qui trouvent que j'ai la dent dure ou pensent que j'exagère quand même un peu jettent un oeil à cette scène de comédie musicale où le casting enfin réuni se lance dans une chorégraphie sur fond de vieux tube allemand : si l'absence totale de talent d'Ozon peut faire (si peu) illusion dans des séquences dialoguées menées par les acteurs sur fond de travelling sucré, son incompétence est littéralement flagrante dans cette scène durant laquelle les acteurs ont l'air de bien s'amuser, et le monteur de bien s'arracher les cheveux à finaliser sans la sauver une séquence foireuse au découpage lamentable et aux cadrages aberrants. C'est bien sûr le point culminant de cette purge, la séquence soigneusement mise en avant lors de la distribution du film (on y va, ça a l'air rigolo !), celle qui m'a vu entrer dans une consternation bruyante. Parce que pour le reste, c'est surtout l'ennui mortel qui prédomine, et que l'on comble en repensant à Bernard Giraudeau dans l'extraordinaire CE JOUR-LÀ de Raoul Ruiz, et en rêvant à ce qu'entre les deux films, les fils se touchent : que Giraudeau pète les plombs, sorte un marteau et tue tout le monde. Et qu'on ait enfin droit à de la mise en scène. Nul !

H comme... HAPPY, TEXAS, de Mark Illsley (USA, 1999).
Quoi de mieux, pour faire passer le goût de ce métrage d'un Truffaut de dernière zone, qu'une bonne grosse comédie profil bas américaine ? Bien que ce ne soit pas, loin s'en faut, un film formidable, ce HAPPY, TEXAS tombe à pic. Deux taulards en fuite usurpent l'identité d'un couple gay de coaches pour concours de Miss Junior, et tentent de se faire oublier un temps dans le patelin de Happy, Texas (comme quoi le titre est bien trouvé), quitte à devoir à la fois assumer la formation d'une troupe de fillettes pas moins perplexes que leur institutrice (excellente Illeana Douglas) et leur supposée homosexualité aux yeux d'une petite ville bienveillante. Difficile quand on est un rustre d'apprendre à des gamines l'art du défilé chic, difficile aussi de donner le change face à un shérif (William H. Macy !) « révélé » par ces deux arrivants et éperdument amoureux de l'un d'entre eux. Joli casting, l'atout majeur du film, et efficacité à l'américaine, ceci dit le sujet reste un peu tiré par les cheveux, assez limité, et n'est pas vraiment exploité autant qu'il aurait pu l'être (le concours des Miss tarde à se concrétiser et ne sera de toute façon que brièvement exposé). On relèvera quand même une reprise assez kitsch de « It's oh so quiet » de Björk par des petites filles qui chantent pas très juste, le reste s'oublie très vite.

I comme... INSIDE JOB (FEAR X), de Nicolas Winding Refn (Danemark / Canada / Angleterre / Brésil, 2003).
Etrange récit que celui de cet agent de sécurité (John Turturro) employé dans un supermarché, passablement traumatisé suite à l'assassinat de sa femme. Celle-ci a été tuée dans le parking du supermarché en question, et le meurtre, bien que le tueur ne soit pas identifiable, a été filmé par les caméras de surveillance. Turturro a développé une obsession pour les cassettes de vidéo-surveillance, dont il visionne les heures de rushes à longueur de soirées, entassant des « indices » dérisoires. D'anciennes photos de sa femme semblent lui fournir une nouvelle piste... Contrairement à ce que semble annoncer le sujet, nous ne sommes pas vraiment face à un polar, pas plus qu'à une banale histoire de vengeance. L'enquête menée par Turturro est torturée et pour le moins abstraite, allant chercher ses références chez Antonioni / De Palma (pour BLOW UP et BLOW OUT) dans la quête de plus en plus opaque menée sur ces bandes vidéo, plus que dans le classique récit policier. La référence principale du réalisateur reste cependant (beaucoup trop) évidente, puisque sa mise en scène décalque, avec un certain talent du reste, l'univers de David Lynch, que ce soit dans sa thématique (on pense aussi très fort aux VHS de LOST HIGHWAY), son décorum (décors évoquant également BARTON FINK des frères Coen, une impression renforcée par la présence de Turturro, mais surtout ERASERHEAD : voir les séquences tournant autour de l'ascenseur de l'hôtel où s'installe Turturro) ou plus encore sa mise en scène (jeux sur la présence / absence, son et mixage hérités de FIRE WALK WITH ME, suspension du temps, travellings d'une lenteur étudiée, plongée dans la tête, et donc dans l'univers mental de John Turturro). À ce stade, on peut réagir de deux façons. Soit on considère que si Lynch a ouvert des portes dans la narration, la structure et l'atmosphère, il est plutôt souhaitable que d'autres lui emboîtent le pas, qu'ils prolongent et approfondissent l'exploration de contrées encore en friche, et il est clair que Winding Refn le fait avec un vrai savoir-faire, qui brille particulièrement dans les vingt dernières minutes, riches, déconcertantes et mystérieuses ; probablement la meilleure partie du film, avec un bref rôle pour Deborah Kara Unger, part du récit au cours de laquelle le cinéaste tente (sans doute trop tard) de suivre son propre chemin. Mais on peut dans le même mouvement être profondément agacé par cette volonté ostentatoire de reproduire (ou de singer, dira-t-on si l'on est de mauvais poil) la mise en scène de Lynch : bien sûr que ça fonctionne, mais à ce stade, on frôle le plagiat esthétique pur et simple. Une forme étrange de vampirisme cinématographique qui n?assèche pas le propos trouble et assez fascinant du film, mais qui gagnerait à se démarquer et à développer une identité propre. Ce qui ne rend pas INSIDE JOB antipathique pour autant : ce n'est pas la première fois que les trouvailles de Lynch sont pompées, mais elles le sont en général pour le seul profit de l'effet, sans réelle incidence sur la structure ou sur la narration (ça, c'est déjà plus ennuyeux). Ici, on doit reconnaître au réalisateur qu'il n'a pas gardé que des tics de mise en scène vidés de substance, et que son film s'inscrit dans une belle volonté d'abstraction, très payante dans la dernière partie du film. Un brillant travail de copiste, pourrait-on dire : en ce qui me concerne, j'espère voir d'autres films de Nicolas Winding Refn, je trouve ce FEAR X excellent, mais j'attends de lui quelque chose d'un peu plus personnel à l'avenir.

K comme... KING OF THE ANTS, de Stuart Gordon (USA, 2003).
Stuart Gordon, on en a déjà souvent parlé. Rappelons tout de même qu'après un début de carrière en fanfare, chaperonné par Brian Yuzna (d'excellents films au demeurant : RE-ANIMATOR, FROM BEYOND,
DOLLS), Stuart Gordon a joué de malchance et peut-être d'absence de flair en allant s'embourber dans des projets foireux (FORTRESS) qui ont bien failli avoir sa peau, sauvée d'ailleurs par Brian Yuzna via sa défunte Fantastic Factory, qui a produit avec DAGON un joli retour aux affaires : Gordon enchaîne depuis les projets, et en plus, ils aboutissent (voir l'article sur DREAMS IN THE WITCH HOUSE, épisode de la série MASTERS OF HORROR). Stuart Gordon n'est pas un esthète, et ne sera sans doute jamais un réalisateur de Top Ten,  il a énormément bénéficié du succès de ses premiers longs-métrages,  mais il fait preuve d'une belle volonté de servir au mieux le genre fantastique. Avec ce KING OF THE ANTS, il livre toutefois un film véritablement singulier. En rupture de Lovecraft, Gordon dépeint la descente aux enfers de Sean, jeune ouvrier intérimaire paumé, qui accepte, pour se faire de l'argent facile, des boulots pas très clairs proposés en sous-main par son employeur (Daniel Baldwin) : quelques filatures, rien de bien méchant, jusqu'au jour où Baldwin lui propose d'exécuter l'homme qu'il a espionné. Il accepte, et tient parole, douloureusement, maladroitement, laborieusement (séquence très forte de l'exécution, mêlant grotesque et malaise à la perfection). Le paiement qui lui est réservé ? Une interminable séance de torture visant à en faire un légume, histoire de se débarrasser de ce boulet encombrant. Et je préfère stopper là le résumé de ce film étonnant, froide plongée dans la bestialité, genèse du tueur parfait. Pour le coup, même si le film est imparfait, il fait preuve, pour la première fois peut-être dans la carrière de Stuart Gordon, affranchi de l'influence créatrice de Brian Yuzna (prends-en de la graine vis à vis de Lynch, Winding Refn, et on sera très copains), développe une véritable personnalité, il signe en tout cas un film franchement original. Si, aux dernières extrémités des séquences de torture (basées sur une idée assez dérangeante), le film ouvre ses portes à des visions surréalistes et totalement obscènes, ce n'est pourtant pas l'aspect le plus frappant de ce film qui explore les différents visages de la violence et met l'accent sur une déchéance qui est avant tout sociale. Il est rare à ce titre de voir un film américain traiter de façon aussi frontale de la question des SDF et de la clochardisation, problème massif mais occulté des grandes villes américaines. Un regard jeté sans le moindre élan de démonstration, et qui s'inscrit totalement dans la logique narrative du film. On constate que Stuart Gordon est loin d'être un manchot : il soigne sa mise en scène, lui confère autant d'énergie que d'inventivité (montage inventif, et de très belles idées sur le son : voir comment un aboiement au loin annonce un récit tordu de Daniel Baldwin dans la séquence où il demande à Sean de tuer pour lui). Le film est par ailleurs très bien interprété par l'ensemble du casting : une mention particulière aux hommes de main de Daniel Baldwin (lui-même excellent), George Wendt (également co-producteur du film, et qui joue ici de son obésité à plein régime, si j'ose dire) et cette vieille trogne de Vernon Wells, qui n'a jamais été meilleur et fait même parfois penser à Kris Kristofferson. La dernière partie du film a beau être un peu plus attendue et moins percutante, KING OF THE ANTS (disponible en DVD pour des clopinettes et dans une très belle copie en VOST) n'en demeure pas moins une très, très bonne surprise, et une oeuvre aussi forte qu'intelligente.

L comme...
LAND OF THE DEAD, de George A. Romero (USA / Canada / France, 2005).
Comme l'indique le lien, je vous oriente prestement vers l'article du Dr Devo, auquel je souscris totalement. Pour livrer quelques petites considérations personnelles (qui s'imposent : les films de morts-vivants de George Romero comptent parmi les films qui m'ont fait tomber dans la marmite du cinématographe). Même si Romero n'a jamais disposé d'un budget aussi confortable que pour ce film (le seul de sa filmographie qui ait été tourné en cinémascope, d'ailleurs), les moyens sont tout de même restés très, très largement inférieurs à ceux dont a pu disposer un film comme L'ARMÉE DES MORTS (film très plaisant et assez soigné, mais piètre remake) ; et dans le même mouvement, Romero a dû se contraindre à s'aligner sur les nouveaux canons du genre (imposés par des films tout de même bougrement moins intéressants), tout comme il a dû vivre avec son temps, d'ailleurs : LAND OF THE DEAD est un très beau film, visuellement parlant, mais l'aspect plus sec, plus radical des films précédents (tant sur un plan narratif qu'en ce qui concerne la mise en scène) me manque quand même un peu. C'était un sentiment bizarre en salles, et qui persiste en DVD, que de découvrir un nouvel opus en scope rutilant, avec effets en images de synthèse (parfois un peu trop cartoonesques pour mon goût) et casting trois étoiles. Un sentiment pas déplaisant, mais un brin nostalgique : les temps changent. Je suis très heureux de trouver là Asia Argento, excellente, et loin d'être une pièce rapportée comme on a pu le lire ici ou là (son père Dario étant un proche de Romero, et ayant tout de même supervisé
ZOMBIE) ; mais les acteurs du film sont pour la plupart familiers, tandis que dans les films précédents, les rôles principaux étaient attribués à des acteurs quasi inconnus et souvent formidables : manque donc ici le sentiment de rencontre ressenti devant Gaylen Ross ou Lori Cardille. D'autre part, avec son budget (luxueux si l'on prend en considération le reste de sa carrière, faible si on l'inscrit dans le contexte actuel), Romero peut ici se permettre des folies qui lui étaient hors d'atteinte auparavant, et on sait d'ailleurs que LE JOUR DES MORTS-VIVANTS avait dû être considérablement remanié suite à la réduction brutale du budget accordé à l'époque. D'où un cachet assez riche et des effets spéciaux digitaux pas trop envahissants, mais qui ne valent pas vraiment le côté viscéral des films précédents. C'est d'ailleurs un film très storyboardé, et ça se voit : la mise en scène de Romero reste soignée, pensée et par moments admirable, mais on perd par la même occasion ces instants saisis sur le vif, ces nombreux inserts qui enrichissaient le montage, un sens du détail foisonnant qui existe ici, mais demeure un peu étouffé. Le film m'a paru également plus orienté sur l'action, et ménage moins de séquences réflexives (au point que quelques malotrus reprochent au JOUR DES MORTS-VIVANTS d'être un film trop bavard), et parfois assez dépressives, qui renforçaient le rythme des films précédents. Bon, encore une fois, je souligne que je suis tout à fait d'accord avec l'article déjà paru sur Matière Focale, j'aime énormément le film, qui prolonge et approfondit véritablement la thématique amorcée, et je ne suis pas en train de faire part d'une déception : LAND OF THE DEAD est un film produit dans un cadre plus formaté, là où les autres films s'inscrivaient dans une relative indépendance, et sans que ses qualités en soient atténuées, le film s'en ressent tout de même un peu. Et si Romero nous proposait un cinquième épisode Dogme ?

M comme... LA MACHINE À EXPLORER LE TEMPS, de Simon Wells (USA, 2002).
Bon, ici, il est clair que j'aurais préféré vous parler de la première adaptation du roman de H.G.Wells, signée George Pal : un film superbe, aux effets surannés mais qui n'ont rien perdu de leur charme et de leur originalité (certains pans entiers du travail de Pal sont d'ailleurs repris par le remake dont il va être question ici), et qui parvenait à restituer le récit littéraire avec énergie et talent. Mais bon : l'envie m'a pris d'aller vérifier le travail du petit-fils de l'écrivain, et le tarif aidant, (Pensée émue pour ceux qui ont investi 25 € dans le DVD.) Au passage, je signale tout de même que tout descendant qu'il soit, Simon Wells, animateur et réalisateur de FIEVEL AU FAR-WEST et du PRINCE D'ÉGYPTE (hem), a eu bien du mal à s'acquitter de sa tâche, et que le film a dû être sauvé du naufrage par l'intervention de Gore Verbinski (réalisateur honorable de LA SOURIS et du CERCLE). L'ouverture fait très mal. Londres à la fin du XIXe siècle : je n'en peux plus de ces plans d'ensemble en images de synthèse, prenez nos décors dans la gueule, merci. On retrouve dans le rôle principal l'acteur Guy Pearce, correct dans L.A.CONFIDENTIAL, remarquable dans VORACE. Mais que lui est-il arrivé ??? Essaie-t-il d'imiter Lambert Wilson, ou bien a-t-il juste mangé du Pierre Bachelet au petit-déjeuner ? Il est, dans cette première partie, d'une nullité confondante. Et le film part d'emblée du mauvais pied, en donnant à Guy Pearce une motivation mélodramatique (et d'une grande banalité), déclic pré-mâché de scénaristes pour donner l'impulsion au personnage d'inventer une machine à explorer le temps et de s'en servir à qui mieux-mieux. Oui, c'est l'amour qui donne à cet inventeur l'énergie de mener à bien la construction de cet objet fantastique : il suffit juste de le vouloir très fort, et si tu écoutes ton coeur, rien n'est impossible. Le revers de cet enjeu greffé artificiellement sur le récit est que, bien évidemment, une large portion du reste du film, et notamment son dénouement, deviennent prévisibles dès le premier quart d'heure. Alors bon, OK, THE TIME MACHINE Reloaded ne sera pas un film extraordinaire, on digère l'information et on se relaxe, en se disant que l'on aura peut-être tout de même droit à un bon gros film d'action pas trop idiot, et qu'en comptant trois secondes entre chaque respiration, on parviendra peut-être à se retenir d'uriner sur l'écran à chaque apparition de Guy Pearce. Et, soyons justes, c'est en (petite) partie le cas. Dès que l'action effective est lancée, Guy Pearce abandonne son jeu outrancier et devient juste totalement insipide ; et le récit initial est si riche et si captivant qu'il en reste quelques miettes dans le métrage. Mais pour savourer les quelques maigres qualités de cette nouvelle adaptation tsoin-tsoin, il faudra faire avec des effets digitaux souvent hideux (le voyage dans le temps démarre pas mal en pompant les idées de George Pal, mais tourne très vite au film publicitaire façon SFR, sans parler de ces plans atrocement laids de formation des chaînes de montagnes), des choix de direction artistique souvent décevants (je préfère de très loin le look des Morlocks de George Pal à ceux de cette nouvelle version, de gros monstres quelconques et pas effrayants pour un sou, avec à leur tête Jeremy Irons, vous savez, ce très bon acteur qui a subitement décidé de ne plus tourner que des âneries) et de massives fautes de goût, parfois impardonnables: la découverte du peuple des Elois ressemblant à une bande-annonce pour l'émission Ushuaia, musique à l'avenant). L'ardoise est bien lourde, et si le film n'est pas totalement nul, il n'a de qualités que celles qu'il partage avec la version de George Pal, lesquelles y trouvaient un bien meilleur écrin. Ici, ça bouge, ça explose, ça digitalise de partout, ça tend doucement vers le new-age, c'est du bon gros spectaculaire des familles : mais l'angoisse, le rêve, la mélancolie impliqués par le récit ne sont plus que de fades données scénaristiques, franchement dénuées d'envergure et prises en sandwich entre deux tranches de mocheté esthétique, et les quelques initiatives (comme par exemple le personnage du bibliothécaire hologramme) sont loin d'être convaincantes. Rien de très fameux, mieux vaut revoir l'original.

N comme... NECROMANCER, de Dusty Nelson (USA, 1988).
Une petite série Z de la fin des années 80, qui s'avère très reposante après le tout numérique usant du film de Simon Wells. Et pour le coup, nous sombrons dans le sommaire, dans l'à-peu-près avec cette petite oeuvrette oubliée, produite par Bonaire Films, sans doute rien à voir avec Sandrine. Le sujet est bien simple et sans surprise : Julie, une jeune fille violée par trois camarades de classe (tu parles d'un esprit de camaraderie !), va trouver une nécromancienne repérée dans les petites annonces, et lui demande d'invoquer les esprits pour punir ses agresseurs. La punition marche drôlement bien, dans la mesure où ils passent l'arme à gauche l'un après l'autre, victimes d'un sosie démoniaque de la pauvre Julie (à moins que, mmmm, ttttt, shhhhh !). Mais Julie réalise bientôt que le contrôle des événements lui échappent : son âme est en grand danger, et un nerd, Ernest, tout droit sorti des
TRONCHES va tout mettre en oeuvre pour la sortir de ce mauvais pas, il veut l'aider, mais elle est belle comme le jour alors que lui, il a des lunettes et les cheveux gras : donc, elle se méfie. Dès l'introduction, on flaire l'arnaque, avec une première victime de la nécromancienne, une scène basée sur un effet spécial bizarre mais pas très flatteur, montage alterné entre une hache flottant dans les airs et fondant sur la victime au ralenti dans un grand tumulte sonore, et le nerd à l'extérieur de la pièce, filmé sans ralenti ni continuité sonore (mais il a l'air très préoccupé de ce qu'il voit !). Les amateurs de 36e degré apprécieront les nombreux faux pas de ce nanar inconséquent : des effets spéciaux d'un autre âge (même pour 1988), une musique envahissante et insupportablement nulle qui se fait son propre festival sur toute la durée du métrage (un vrai calvaire), des personnages nunuches bien calés dans le poncif sur pattes qu'ils campent fragilement (avec en guest-star, dans le rôle d'un professeur d'arts dramatiques libidineux, le vieux Russ Tamblyn qui n'était déjà plus à ça près, et que l'on a pu voir dans WEST SIDE STORY, TWIN PEAKS et CIEL ! MAMAN EST INVISIBLE ! ) ; et bien sûr, quelques répliques gourmandes (ma préférée : lorsque les violeurs passent en concert dans une boîte, et sont annoncés au micro par un « Eh ! Bande de nazes ! Les Trappeurs, ils ont le son qui tue ! ». Et mon plan favori ? Le succube circulant par la plomberie, j'ai un faible pour ce pommeau de douche qui épie Russ Tamblyn sournoisement : maman ! la douche me regarde ! Quelques jolis effets tout simples d'yeux verts fluos (qui évoquent MAUSOLEUM ou LES FORCES DU MAL, excellentes séries B de l'époque, totalement oubliées aujourd'hui) suffisent par ailleurs presque à me contenter, mais si je suis indulgent, c'est aussi, peut-être, parce que j'ai merveilleusement bien sommeillé devant ce NECROMANCER.

O-Z ne se trouve pas seulement au-delà de l'arc-en-ciel, vous le trouverez également dans la seconde partie de cet article, que vous lirez peut-être si votre tête n'a pas explosé.
Quand au P-S, je vous le livre de suite : juste une anecdote, un extrait d'un téléfilm diffusé sur France 3 un samedi soir il y a peu, réalisé par Philomène Esposito, m'a fait tomber de ma chaise, non pas d'admiration mais de pure stupéfaction : son récit, polar à costumes pour occuper les soirées des mamies qui n'aiment pas Patrick Sébastien (et en ce qui me concerne, je les comp

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Guillaume Massart 29/08/2006 19:12

Les Dames du Bois de Boulogne est sans doute, avec Gremlins, mon film préféré. Tout bonnement. Et ça tout le monde s'en fiche, c'est vrai.

Casaploum 29/08/2006 16:03

Soy Cuba, c'est plus qu'un film, c'est un poème visuel. Irréprochable du point de vue technique, virtuose, époustouflant, je ne connais pas son égal dans le cinéma, je ne crois pas qu'il puisse exister. Même Scorsese ne comprend pas comment les plans séquences du début sont techniquement possibles. Je classerais volontiers, dans ma liste, Night of the hunter et Les Dames du Bois de Boulogne (qui ne sont revenus à l'instant).Pour Ozon, je pense que Sitcom est, avec Les Amants Criminels, celui que je considère comme le plus mauvais de ses films, grotesque, caricatural, filmé à l'emporte-pièce, en un mot : nul. Mais la Petite Mort devrait nous réunir à son sujet...Je précise une chose : j'ai Soy Cuba à la maison, ainsi que les autres films cités, et je peux les faire parvenir aux rédacteurs de ce weblog, il suffit pour ça de me joindre par mail : casapoum@yahoo.fr

Le Marquis 29/08/2006 15:18

Mmm, rien à faire, je n'arrive pas à apprécier Ozon, sa patte me paraissant bien "pâteuse". Personnellement, j'aime assez SITCOM, avec beaucoup de réserves, sans doute à cause de l'apport singulier de Marina de Van, de même que j'avais relativement apprécié SOUS LE SABLE, porté à bout de bras par Charlotte Rampling. Par contre, 8 FEMMES et GOUTTES D'EAU... m'ont parus franchement mauvais. Je n'ai pas vu "La petite Mort", sur lequel je jetterai tout de même un oeil à l'occasion !Sinon, des titres que tu cites dans ton second commentaire (point d'excuses voyons, tu pourrais même en poster un par film !), je n'ai vu qu'AGUIRRE, que j'aime beaucoup, l'occasion ne s'étant pas encore présentée pour les autres films (je ne connais pas SOY CUBA). De Bergman, j'ai récemment adoré L'HEURE DU LOUP, très grand film.Merci pour la visite en tout cas !

Casaploum 29/08/2006 11:53

Bon, je poste plein de commentaires, c'est pas ma faute, je suis en train de parcourir la plupart des articles de ce blog... Je connais surtout le cinéma de Hollywood, les grands classiques, ceux avec lesquels je ne prend pas trop de risques... Il me manque souvent des références plus contemporaines (même si je vais au cinéma régulièrement) et je note, pour le coup, King of the Ants et Inside Job (Fear X)... J'aimerais un jour lire votre prose sur d'immenses et incontestables oeuvres, comme Soy Cuba, ou Who's affraid of Virginia Woolf, ou Aguirre der zorn Gottes, Cris et Chuchotements... du lourd quoi.Félicitations pour l'ensemble du blog, c'est un vrai dévouement à la cause cinéphile ! Bravo !

Casaploum 29/08/2006 09:26

Sur Ozon, je ne suis pas complètement d'accord. Le réalisateur est très très inégal, voir les nullissimes Amants Criminels ou Sitcom (qui épuisent par leur volonté de choquer le bourgeois et de parler cul déviant), mais cela veut dire qu'il peut aussi faire du très bon. J'ai été séduit par un court que je trouve magistral, ou en tout cas vraiment intéressant, La Petite Mort, je ne sais si vous l'avez vu, il est très surprenant, et la mise en scène ne devrait pas vous décevoir (la volonté de choquer reste présente, elle est plus sincère et mieux servie par la réalisation)... Je compte également Sous le Sable et Gouttes d'eau sur Pierres Brûlantes parmi les films intéressants du cinéaste... 5x2 est très regardable... Je dirais qu'il y a une (petite) patte Ozon, parfois elle peut nous surprendre et nous faire plaisir.