Partager l'article ! MARTYRS de Pascal Laugier (France-Canada, 2008): quand passent les oies sauvages...: Chers Focaliens, Le prix du baril ...
Chers Focaliens,
Le prix du baril de pétrole augmente, la conjoncture économique mondiale est catastrophique, j'ai repris deux fois de la viande, le trou dans la pampers d'ozone s'aggrandit (je sais, je sais... jeu de mot "prêté" par Mek-Ouyes que je salue en même temps que je le dénonce), bref, ça va mal. Deux solutions pour garder le moral : consulter Geneviève, voyante médium d'âge avancé ou alors aller au cinéma. Et pourquoi pas tant qu'à faire, aller voir les MARTYRS de Pascal Laugier ?
Alors, on passera vite sur la polémique. MARTYRS a failli écoper d'une jolie censure et d'une interdiction aux moins de dix-huit ans, rires, et du coup le film, déjà assez attendu, a pu profiter d'un joli buzz sur le net et encore plus dans les médias, et c'est tant mieux ! C'est en effet toujours rigolo de voir notre comité de censure du CNC hurler comme des chiennes sauvages lors du classement des films, et vouloir empêcher une sortie digne pour certaines oeuvres, pour que finalement, la stupidité de la décision fasse une pub terrible au dit film. Moi j'appelle ça la justice divine, je suis pour, et je trouve le retour du balancier logique. J'espère que Pascal Laugier en profitera comme un malade ! (Surtout que l'on n'est pas tous égaux devant la censure. Spielberg et son ...SOLDAT RYAN, film sanglant, n'avait même pas écopé d'un "interdit aux moins de douze ans" ! Quant à la commission, faite de professionnels (surtout pros pour déguster des petits-fours ou truster toutes commissions possibles pour se faire de la "maille" comme disent nos amis les jeunes, et je note en général que ce sont des artistes souvent épouvantables qui siégent là ! De toute façon, on sait comment ils travaillent...)
Je n'avais pas vu le premier film de Pascal Laugier, SAINT-ANGE, mais en tout cas, ici, la première chose que l'on peut dire, c'est que Laugier se met légèrement à contre-courant du fantastique francophone. On pourrait rapprocher MARTYRS des récents CALVAIRE et A L'INTERIEUR, mouais, sans doute, mais Laugier pousse le bouchon plus loin, en faisant très largement un film plus sec que CALVAIRE, moins ouvertement lyrique peut-être, et moins balisé que A L'INTERIEUR.
En tout cas, le film mise ouvertement sur le premier degré d'une part, et sur une violence graphique très présente et même assez gore. Le projet est donc a priori sympathique, et comme il est plutôt atypique, on ne va pas cracher dans la soupe. A priori du moins. Il y a tout d'abord quelques points positifs. S'il y avait une certaine idée de rythme sur le papier (très minorée par d'autres facteurs, j'y reviens), le plus étonnant est sans doute le découpage en deux parties d'autant plus étonnant que lorsque la première s'achève on a vraiment l'impression de voir la vraie fin. Ça, c'est pas mal. Il y a ici et là des choses assez efficaces. Je pense au statut ambigu du "monstre" qui semble vagabonder d'un personnage à l'autre et garde assez (un peu) longtemps son mystère, même si je suis extrêmement peu fan du contrechamp douloureux qui achève d'expliquer la chose, et qui me paraît de fait bien marqué. La première apparition de la "chose" est d'ailleurs l'occasion d'un petit flash-back subjectif, dans l'action et dans la même pièce, bienvenu. Cette demi-errance fantastique et cette fausse fin sont vraiment le meilleur du film. La seconde partie tout aussi violente sert, elle, de contrepoint dans ce sens où elle se déroule sur un tout autre mode, assez froid (et là je dis pourquoi pas, bien entendu), et l'enchaînement des deux est relativement inattendu. Un débrayage de ton et de vitesse dans un film européen, et fantastique de surcroît, est quand même une surprise.
Hélas, le film, malgré son ambition revendiquée, pose des problèmes beaucoup plus sérieux. Les débrayages scénaristiques, et le statut mouvant du film le rendraient plutôt sympathique et innattendu. Malgré tout, très vite, les limites du projet pointe le bout de leur nez, et c'est la mise en scène qui, effectivement, est plus embarassante.
La scène du petit-déjeuner, en début de métrage, va donner le "la". Certes, il y aura plus tard des choses plus belles que ça, mais n'empêche. Dans cette scène, on comprend vite comment les choses vont se passer. Tout d'abord, et c'est le défaut principal, le cadrage y est extrêmement décevant : beaucoup de plans rapprochés ou de gros plans, pour seulement un plan plus large (demi-ensemble en quelque sorte). Et le montage, deuxième gros problème du film, est sans doute aussi décevant : des plans courts, privilégiant la personne qui parle à l'écran. Le rythme de cette scène est complètement de guingois et on a vraiment du mal à y retrouver ces petits. Même, si le reste du film n'atteindra pas souvent le faible niveau de découpage de cette scène, il n'en est pas moins significatif. Cela dit, Laugier, par ailleurs, même s'il cadre énormément de plans anodins, essaie quand même régulièrement de faire des plans un peu plus originaux en mettant la caméra dans les angles du décor et en essayant les plongées ou les contre-plongées (certains rappelant un peu les giallo de Dario Argento effectivement). Malheureusement, il est très difficile de trouver des logiques de montage dans l'ensemble. Souvent les coupes sont analogues, donnant presque l'impression d'un découpage métronomique mais que le rétrécissement de l'échelle de plans n'arrive pas à rendre fulgurant. Dans certaines scènes intéressantes (l'enfermement dans la salle de bain et l'apparition du "monstre" par exemple), si le rythme brusque la perception du spectateur, les plans pourraient quasiment arriver dans un ordre différent sans que ça choque. Dans l‘ensemble donc, le montage privilégie énormément les plans courts, et les coupes dans le plan (beaucoup de micro-ellipses), et le rythme de montage est rapide, mais les deux donnent largement une impression brouillonne. Dans la deuxième partie qui joue volontairement sur la répétition, tout cela sera plus posé, et cadré un peu plus large aussi, mais sans vraiment gommer ces défauts, ou trouver une cohérence autre.
Et c'est là qu'intervient à mon avis, la plus grande déception du film qui se ressent dans sa mise en scène et aussi dans son scénario. S'il y avait effectivement, une pointe réelle d'iconoclasme dans les intentions globales, MARTYRS ne fait finalement que très peu de propositions esthétiques. L'abstraction poétique à laquelle on s'attend pendant tout le film est absente. Et au final, l'esthétisme assez banal de l‘ensemble, même si le film est effectivement ouvertement violent et gore, rend la vision assez impersonnelle (paradoxe !) et extérieure. Rien n'achoppe vraiment. Les maladresses ici et là (certains dialogues faibles et mal dégrossis (la cabine téléphonique par exemple, et la toute fin), jeux d'acteur souvent attendus et monolithiques, sans ambiguïté, ou encore certains détails (la lumière blanche finale, le personnage de Mademoiselle, le casting des figurants pour la séquence finale, les mouvements de travelling dans la deuxième partie) affaiblissent encore plus l'ensemble jusqu'à lui donner une nette impression de maladresse constante. On est bien en dessous de ce que semblait être le projet, et MARTYRS malgré ses "originalités" devient très vite un film banal, un film de plus. Si on sent la volonté sincère de Laugier de faire un film instinctif, voire "à l'arrache", c'est l'impression de ne pas vouloir trop perdre le spectateur qui est la plus frappante, ce qui pousserait presque à se demander si le réalisateur, au lieu de lâcher les chiens et de réaliser le film qu'il avait ou aurait pu avoir en tête, n'a pas trop anticipé a réaction de son public. Oscillant entre une esthétique banale ou assez laide, privilégiant une idée, pour moi (vous noterez !) contestable du rythme et de la vitesse (rythme de la coupe, vitesse= plans courts) au détriment de la fulgurance (association d'éléments graphiques ou de mise en scène inédits, voire absurdes pour approcher une identité visuelle et un sens propre au film) ou d'une esthétique plus solide, c'est encore par le montage, l'échelle de plans et les axes que MARTYRS est le moins beau ou le moins surprenant, et même souvent assez laid. C'est là, d'abord, que le film ne marche pas. Les maladresses annexes (acteurs, dialogues, la lumière parfois...) n'auraient sans doute été rédhibitoires, si le film, comme ceux de Argento d'ailleurs, développait des idées fortes et surtout marginales de mise en scène. MARTYRS sonne comme un rendez-vous manqué, assez tristement.
Sensiblement Vôtre,
Dr Devo.
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