LA BELLE PERSONNE de Christophe Honoré (France-2008) et DE LA GUERRE de Bertrand Bonello (France-Canada, 2008): le camembert, c'est bon quand c'est bien fait...

Publié le par Mr Mort

Où aller quand vous en avez marre de lire votre Mietzche dans le bar branchouille mais pas trop du coin ? Je propose le cinéma. Les films ne durant heureusement et malheureusement qu'une heure ou deux, il sera toujours assez tôt pour revenir au bar. Et là, avoir un film comme LA BELLE PERSONNE vous sera sûrement utile d'une manière ou d'une autre...

 

Bon, cela dit, trêve de plaisanterie. Notre héroïne est une jeune fille qui fait sa rentrée dans un lycée parisien (intra-muros), et où elle débarque dans tous les sens du terme. En effet, elle ne connaît dans l'établissement que son cousin qui est dans la même classe. Et dans cette classe, justement, il s'en passe de belle. Entre deux séchages de cours pour aller au café, les jeunes, comme le disait judicieusement Madame Cohen dans LA VIE DE BRIAN, ne pensent qu'à ça, c'est-à-dire qu'à se faire des bisous. Et ça, ils savent faire tant et plus. Au final, tout le monde sort avec tout le monde, dans le sens où il n'est pas rare, pour ne pas dire que c'est la règle, qu'Untel sorte avec Machine et Trucmuche en même temps. Notre héroïne ne dit rien, mais n'en pense pas moins, et pour elle, ce sera différent. Justement Otto, jeune garçon formidable, lui demande de sortir ensemble, comme on disait e mon temps, ce qu'elle accepte bizarrement. C'est le coup de foudre pour le jeune homme. Il faut bien dire que tout le monde admire la grande beauté évanescente de la jouvencelle. C'est notamment le cas du jeune prof d'italien, Louis Garrel, qui, troublé par la jeune fille décide de mettre fin à sa liaison avec une de ses collègues plus âgée, et aussi celle avec une de ses élèves. La fascination fait son chemin, mais il n'est pas sûr que cet homme à femmes réussisse à sortir du bois. Les jeux amoureux vont aller en s'accélérant et personne au final ne sortira vraiment indemne des expériences terribles de la passion et de l'amour...

 

Librement adapté de la PRINCESSE DE CLEVE, et d'une phrase de Sarkozy (je ne sais pas laquelle, cela dit !), LA BELLE PERSONNE commence bien, enfin façon de parler, puisque le plan d'ouverture, dans tous les sens du terme (ouverture du lycée et ouverture du film) tremble sa mère, non pas parce que Honoré a voulu faire une mise en scène à la Alexandre Aja, mais parce que la copie et/ou la prise de vue est atrooooooce.  Le film raconte donc les chassés-croisés amoureux des uns et des autres dans un lycée où ça baise (hors-champs) dans tous les sens. Quelle valeur a l'engagement ? Où se place la Fidélité ? Est-ce que ça sert à quelque chose ? Et surtout, quel avenir pour les cœurs purs dans ce monde de brutes ? Voilà, les enjeux passionnants de LA PRINCESSE... Moderniser la chose n'est pas du tout un sacrilège et le roman a déjà subi ce traitement de nombreuses fois notamment par Oliveira dans l'assez amusant LA LETTRE (ici, on retrouvera Chiara Mastroianni, la "belle personne" du film de Oliveira, dans un petit champ-contrechamp en forme de cameo) et dans le magnifique LA FIDELITE de Zulawski avec l'excellente Sophie Marceau ! (Quoi ? ça gêne quelqu'un ?).

 

Bon, ici, ce n'est pas la même façon de jouer, et comme disait le grand philosophe, "ça n'est même pas le même sport", hélas. La photo, telle que nous l'avons vue, se décompose en deux partie : jour grisouille, et nuit orangeâtre sans profondeur. Si on exclut un plan de sortie de lycée trop sombre mais (donc) assez beau, le sentiment qui domine est celui d'une uniformité terne. Côté cadrage, il n'y a pas grand-chose non plus à se mettre sous la dent. Les plans rapprochés sont légions. Il n'y a quasiment pas de jeu d'axe. Par contre, les travellings, très anonymes, ça y va. Dans ces conditions, le montage est à l'avenant, c'est-à-dire sans saveur et surtout sans rythme. Comme on peut déjà l'imaginer, ce sont les comédiens et le scénario qui sont rois et reine. Là, oui, z'yva avec tes porteuses de sens ! Lol lol. Loin du rock et du roll du roman original, on se trouve vite coincé dans une perspective nettement mois fun, ;-) , qu'on pourrait dire basé sur un certain du franciscabrelisme, c'est-à-dire sur le romantisme le plus commun et le plus échevelé (paradoxe). Après avoir joué le sotto vocce pendant un bon ¾ d'heure, Honoré balance le drame à grands robinets. Cela nous vaut, ceci dit, les passages les plus splendouillets : déshabillage de l'héroïne (très jolis seins!), attouchement homos, scène de l'arrestation d'un élève, comédie musicale (une horreur de montage ! et quelle musique !), et petites transitions musicales hollywoodiennes, etc.... En ne reprenant que la trame narrative la plus simple, Honoré refuse souvent les ambiguïtés et ne provoque aucune contradiction autre que celles prévues par le business plan. C'est donc dans le pathos sympa et convenu (et dans les acteurs!) que se trouve la sève du film. Moi, là, déjà, je jette l'éponge. Il n'empêche que les acteurs sont sans saveur aucune, si on excepte Louis Garrel un peu plus vivant que les autres (et son ex-copine enseignante aussi d'ailleurs).  Chez les djeun'z, c'est l'horreur une fois de plus : déclamation apprise dans nos meilleurs cours de théâtre, une idée à la fois, et basta. Comme les grands en quelque sorte, car trop souvent les comédiens français, même établis, pêchent de la même manière. En bref, LA BELLE PERSONNE n'est qu'un film d'intentions qui tient presque entièrement dans son scénario qu'on aimerait beaucoup plus iconoclaste. La mise en scène est beaucoup trop pauvre et ne cherche jamais la moindre fulgurance, ni la beauté (pas étonnant qu'on retrouve cette scène du film africain dans la scène au cinéma : je n'ose même pas imaginer pourquoi cette scène est là d'ailleurs... Message personnel à Sarkozy ? Rires. Je plaisante.) Dans le cinéma, il y a plus que le déroulé narratif ou le dialogue pour faire passer des idées. On aimerait en voir plus, de la mise en scène, même avec la même approche simplette du sujet, et l'on se dit une nouvelle fois que LA BELLE PERSONNE est un film français de plus, encore une fois 1000 fois moins beau que n'importe quel film AMERICAN PIE sur le plan esthétique. Des films comme celui-là, ni plus mauvais ni meilleurs, il y en a des dizaines et des dizaines par an. C'est usant. On paie huit euros, et l'on aimerait, pour ce tarif prohibitif, voir une proposition esthétique.
(Nous allons parler bientôt de TRUST ME de Hal Hartley... Là aussi, finalement, ce n'est que du filmage de dialogues, dirait le simple d'esprit. En un certain sens, c'est même vrai. Mais dieu que les idées de mise en scène pleuvent, et constatons là qu'il n'y ai jamais une idée qui ne soit compréhesensible par la mise en scène, sans compter bien sûr celles qui ne sont jamais dans la continuité dialoguée. Je note que les décors, en plus, dans ce film sont d'une simplicité redoutable... Et évidement le tout est d'une redoutable beauté!) 

 

 

 

 

 

DE LA GUERRE, de Bertrand Bonello raconte les déboires de Mathieu Amalric, ici en double faussement autobiographique du réalisateur, qui, alors qu'il est en repérage pour son nouveau film, se fait enfermer par erreur dans un cercueil dans lequel il passe une nuit. Une fois qu'il en est sorti, le pauvre n'est plus le même et a bien du mal à recoller à la réalité. Il croise la route du  mystérieux Guillaume Depardieu qui lui propose de quitter Paris et de s'installer dans la formidable demeure tenue par Asia Argento qui dirige ne communauté new-age où l'on essaie de retrouver la joie d'être là, et où l'on conquiert le plaisir comme on gagne une guerre. La quête du plaisir et du sentiment de présent, voilà exactement ce que cherche Amalric. Il décide de tout plaquer et de rester avec la communauté...

 

Alors, comme on l'aura compris, on est ici dans une logique bien différente du film précédent. Ici, le propos et la narration, pas forcément symbolique (enfin pas tout le temps), lorgnent vers un surréalisme froid et une approche quasi-fantastique du traitement. Bonello tente un film abstrait et poétique. Malheureusement, encore une fois, que cela est maladroit et bien théorique! Bon, disons les choses tout de suite, Bonnello, lui, essaie de s'approprier une forme d'expression qui lui appartienne et lui ressemble, ce qui fait une énoooooooorme différence avec LA BELLE PERSONNE, n'est-ce pas ? Les scènes, voire les plans, ne sont pas forcément consécutifs, et les pauses poétiques dans le récit, la répétition de plans à des endroits différents, etcetera, tissent une toile qui semble ambitieuse.

Malheureusement, encore une fois, tout cela reste assez théorique. La photo, qui tente certaines choses ici et là (quelques beaux plans le soir, dans la maison), est très inégale et souvent assez terne aussi, ce qui rend la dernière partie (une espèce de remake de APOCALYPSE NOW à la Bresson ! Plutôt marrant sur le papier..) bien délicate, et même finalement plate. Bonello cherche, c'est évident, une liberté de narration qui pourrait l'amener à des stratégies en forme de tuyau de poêle toujours sympathique. Malheureusement, le film souffre d'une esthétique bien trop sage, et surtout d'un manque de rythme hallucinant. Rien ne fait saillie véritablement et les débrayages, les changements de tempo sont très rares. Comme la photo est souvent froidasse (copie très moche et très bizarre une fois de plus) et le cadre souvent rapproché, effectivement le montage patine. En quelque sorte, on a l'impression que l'iconoclasme de Bonello est surtout présent dans le scénario et bien plus pauvre dans les aspects plastiques du film, même s'il y a des tentatives ici et là, que je trouve, à mon humble goût, bien maladroites et jamais véritabement belles (les cadrages des scènes de transes, par exemple). Les acteurs ont bien du mal à faire avancer la chose. Amalric essaie vraiment. Depardieu est un peu perdu. Plus étonnant, c'est aussi le cas d'Asia Argento, pourtant prise à contre-pied, et de Elina Löwensohn, une des actrices fétiches de Hal Hartley justement, pourtant presque toujours excellente. Au final, là encore, les idées semblent bien théoriques et trop souvent s'appuient sur le dialogue que j'ai d'ailleurs trouvé bizarrement assez ampoulé. L'ensemble manque effroyablement de rythme jusqu'à rendre complètement abscond le projet initial, et cela dit sans méchanceté, il faut énormément de résistance (et c'est un fan du cinéma de Duras qui dit ça!) pour réussir à percer les 135 minutes du film (peu ou prou, à vue de nez). Il y a ici trop peu de choses fulgurantes, une fois de plus, et une esthétique bien trop sage pour que le film se décongèle et vive un peu. Ach !

 

 

 

 

Allez, demain j'essaie de vous parler de Madonna !

 

 

Mr Mort.


Publié dans Corpus Filmi

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Commenter cet article

alexis 23/09/2008 18:50

Mr Mort, merci pour vos articles imparables qui mettent le doigt sur l'intentionnite française. je ne saurais rajouter quoi que ce soit, mais permettez-moi cependant de vous tarabuster sur le formel: pour quoi une police si petite? Vous faites des économies sur la typo?Si vous le pouvez, remédiez, je vous en conjure, c'est pas physiquement agréable à lire, en l'état. Nons baisers de Budapest, Alexis

Dr Orlof 22/09/2008 20:46

Chez Monsieur Mort, permettez-moi de vous faire remarquer qu'on ne "baise" pas dans le film d'Honoré mais qu'on a une "activité sexuelle" avec quelqu'un. Nous sommes entre gens bien et précieux (vous ne dites rien de l'incroyable artificialité des dialogues). A part ça, votre critique est en tout point remarquable (je note le concept splendide de "franciscabrelisme"!) même si je crois avoir été plus sévère que vous sur ce film absolument indigent.Pour Bonello, il faudra patienter un peu mais "le pornographe" m'avait plutôt séduit à l'époque...