10 CHOSES SUR LE CINEMA QUE M'ONT APPRIS LES PINGOUINS: de la difficulté de trouver du petit personnel...

Publié le par Mr Mort

(Photo : "Leçons de Cinéma N°69 : savoir suprendre...")

 

On m'a appelé ?
 
Un des grands soucis en cette période de début de XXIème siècle, c'est de trouver du bon personnel pour s'occuper de ses dépendances. C'est un de mes grands soucis, et sans doute l’un des vôtres. Il y a encore quelques courageux qui font tout, tout seuls, à l'instar du Marquis, dont la dévédéthèque a été baptisée Dévédéthèque Nationale par le Dr. Figurez-vous que c'est lui-même qui époussette et passe le plumeau sur chacune des 3000 galettes que comporte la collection. Et ce, en plus de l'harassant travail de représentation, de bals de débutantes, de chaperonnage dans les rallyes, de conférences internationales et j'en passe. 
 
Pour tous les autres, vous, le Dr ou moi, il faut du "petit personnel". Et c'est là que ça bloque : dur de trouver du domestique fidèle, discret, travailleur. La valeur du travail se perd, au profit de la frivolité et de l'amusement, c'est bien honteux.
 
Revenons une minute sur l’une des fiertés françaises de l'année écoulée : LA MARCHE DE L'EMPEREUR, film de Luc Jacquet, victorieux aux derniers Oscars ! Chic ! Rassurez-vous, je ne vais pas parler de ce film ennuyeux proprement dit, ayant déjà souffert en salle, non merci, je passe mon tour. Par contre, il y a une dizaine de jours, dans le Canard Enchaîné, on pouvait lire cette jolie histoire.
 
Quand Jacquet gagne son prix, là-bas, chez Nous en Amérique, comme dirait le Dr, le réalisateur remercie plein de gens, sa maman, son papa, et Toscan probablement. Bien. Pas un mot par contre sur ses deux chefs-op' et cameramen Laurent Chalet et Jérôme Maison. Voici ce que rapporte mon Canard :
"Les deux courageux cameramen sans qui le film n'aurait pas vu le jour...
Ils ont passé l'hiver austral (de février à novembre 2003) à filmer les empereurs dans des conditions plus que rigoureuses :
6 à 8 heures de tournage par jour, 60 kilos de matériel à se trimballer dans un blizzard grimpant jusqu'à 140 km/h et par - 30° ...
Le tout pour la modique somme de 2500 euros par mois... En prime, ils ont eu le bonheur de s'égarer sur la banquise et faillit y mourir. Heureusement, ils ont été sauvés par les chercheurs de la base scientifique Dumont-d'Urville, avec quelques brûlures au troisième degré et une interruption du tournage pendant un mois.
Ils ont vu le réalisateur réapparaître fin novembre (été austral) pour le tournage des scènes sous-marines."
 
Le film empoche 120 millions de dollars baby, et la boîte de production BONNE PIOCHE (véridique !) accorde aux deux domestiques un petit bonus, c'est bien normal, entre 10,000 et 20,000 euros selon le journal ! On n'est pas des chiens !
 
Que nous dit cette anecdote ?
 
1) Le métier de réalisateur est surtout un métier de dialoguiste (enfin, pas ici bien sûr), de créateur de pitch et de chercheur de fonds. C'est aussi lui qui incarne le "projet".
 
2) Bizarrement, il ne lui est pas venu à l'esprit de cadrer le film lui-même, ni de donner des conseils de filmage, ni aucune indication. On se demande pourquoi les documentaires, en plus d'être en général d'affreux pensums, sont des horreurs esthétiques : on a maintenant la réponse !
 
3) Le lecteur encore jeune se dit : "mais, en fait, c'est pas Jacquet qui a réalisé le film, en fait", ce à quoi je lui réponds : "je vais t'apprendre les bonnes manières, espèce de petit con !". Ben oui, malgré les faits décrits ci-avant, c'est Jacquet le réalisateur, parce qu'on vous l'a déjà dit, le cinéma c'est du MONTAGE ! Capiche ? Où on va encore devoir le répéter cent fois ?
Ceci dit, si Jacquet a aussi déserté la salle de montage pour laisser son monteur bosser...
Là, vous vous dîtes : "Mr Mort, il exagère toujours, il déforme tout... Un réalisateur qui ne monte pas ses films, faut pas déconner, c'est comme les fourmis de trois cent mille kilomètres, ça n'existe pas". Ce à quoi je réponds : "non !" J'ai entendu dire, et je vous le jure sur ma propre tête et de ma (future) descendance que je l'ai entendu, il y a quelques années, Alexandre Arcady déclarer, sans gène, sans honte, et tout à fait à l'aise dans ses baskets, sur l'antenne d'Europe 1 ou France Inter (tout ça, c'est la même chose) en plus (c'est discret !), que non, lui ce qui l'intéressait dans le fait de faire un film, c'est d'écrire, et surtout de tourner ! Pour le reste, c'est sa monteuse qui s'en occupe. Le montage, ça l'ennuie ! [André Asséo le lèche-boule (que j'ai eu envie d'appeler "gros lèche-boule" mais on va croire que je moque du physique, disons "grand lèche-boule", et qui pour ceux qui ne le connaissent pas, est, dans un style complètement différent, le "pendant" (sans jeu de mots là aussi, et sans attaquer le physique) masculin de Monique Pantel. C'est un raccourci un peu réducteur mais assez juste... André Asséo, dis-je, qui interviewait le bonhomme Arcady, n'a bien sûr pas sourcillé ! Ceci explique l'état de là critique en France, que ce soit sur les ondes, à Studio (nf) ou à Positif (nf). Fermez le ban, jisquette, tout le monde dans le bus !]
En conclusion, jusqu'à preuve du contraire, Jacquet a donc réalisé le film.
 
4) Il faut mieux vendre du bébé phoque que de l'expérimentation. Allez voir la section Cinéma de L'institut Drahomira, puis pleurez !
Vous comprendrez que je suis pour l'expérimentation.
 
5) Ceci dit, je comprends le gars Jacquet, l'important c'est le concept, Coco, et puis manger des toasts chez l'Ambassadeur pendant que les deux cons sont en train de voir leurs doigts tomber sur la glace à cause du froid, c'est jouissif et rigolo. Dire que pendant la fête après la cérémonie des Oscars (j'ai dit deux fois bonjour à Angelina Jolie), ces deux cons se font chier dans des studios à Neuilly, en tournant des épisodes de PJ ! C’est rigolo, et c'est important le sens de l'humour.
 
6) Le cinéma est une affaire de mécénat et de subventions. Et là aussi, faire des films sur des animaux, ça aide ! La preuve : Bonne Pioche Prod. a vite enchaîné avec LA PLANETE BLANCHE, actuellement sur les écrans. Si ça marche, ils auraient tort de se priver. Ceci dit, si j'étais eux, j'arrêterais là, parce qu'en cas de LA SPLENDEUR DES GLACES, ça va se voir... Quoique...
 
7) Le documentaire est vraiment un genre démissionnaire et honteux. On devrait arrêter de le subventionner. Sauf à une seule condition : qu'ils se cassent enfin le popotin pour faire de la mise en scène ! À ceux qui se disent : "c'est un scandale de dire ça", je réponds : "Cassavetes n'a jamais fait de cinéma-vérité, ni de films réalistes !" Comprend qui peut, et bien le bonsoir.
 
8) De la même manière, Dr Devo a raison (voir ici), on devrait obliger les réalisateurs de fiction à tourner en plans fixes avec une rigueur digne des Straub, et sans refaire les prises ! Si la fiction s'interdit les prises et les mouvements de caméra, et si les documentaires font de la mise en scène, alors là oui, on peut (enfin) commencer à faire du cinéma. Sinon, arrêtez d'essayer de faire des films, et écrivez des livres !
 
9) Question subsidiaire : Jacquet a-t-il gagné plus ou moins de 2500 € par mois pendant les 10 mois de tournage, ou son job consistait-il surtout à aller chercher les enfants à l'école ?
 
10) Dommage que le film n'ait pas été présenté à Cannes. Ça aurait fait une belle Palme d'Or. Ceci dit, les petits fours sont aussi très bons sur la Côte Ouest ! En tout cas, c'est une bonne nouvelle : on trouve encore du petit personnel !
 
Mr Mort.

Publié dans Cinémort

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Dr Devo 10/04/2006 15:34

Salutation Cher Sultan!Mr Mort fait ses articles avec ses petits doigts et les corrige lui-même car il est une des trois personnes à avoir les clés de la maison (d'ailleurs ce film-peplum de Kioristami ne s'appelreait-il pas "Les Clés de la Masion" à moins que ce ne soit un Marie-Claude Treilhou...).Par conséquent, comme vous le soulignez avec Justesse, je vais de ce pas corrigé la faute, bien entendu mais aussi préparez un châtiment corporel humiliant et douloureux pour Mr Mort qui sera donc exéécuté  en place publique dans les tous prochains jours. je sais que suite à vos propres soucis judiciaires (voir le fabuleux blog du Sultan, chers lecteurs), vous raffolez de ces petites gourmandises-happening et je vous préviendrez de l'heure, du lieu et du jour de la cérémonie.Quantà moi, pour rajouter quelque chose je conseillerai dans la section cinéma de l'Institut Drahomira, la fabuleuse bande-annonce du tout prochain film LE RALLYE 444, section cinéma, puis section "video samples". C'est effectivement sublimissime...Bisous Moustachus,Dr Devo.

Sultan Rahi 10/04/2006 13:53

Le lien de l'institut ne fonctionne pas. Il manque un T.En tant que bon blögueur, Mr. Mort, vous avez la tâche de faire vos liens vous-même et de ne pas déléguer ce travail, certe ingrat mais indispensable, à une main-d'œuvre sous-payée et exotique. Enfin moi je dis ça...Cette histoire de plan fixe me rappelle le tournage d'un film de Kiarostami (avec un village; je ne me souviens jamais des titres) ou celui-ci avait craqué et mis en scène un minimum parce qu'en fait les villageois n'avaient pas le temps de s'amuser avec la caméra.Il a même craqué (le faible) pour un mouvement de caméra pour que l'équipe de tournage, qui avait amenée un rail pour la bête, s'en serve au moins une fois. Bon il le regrettait après coup. Bien fait pour lui...

Fontaine 04/04/2006 11:56

Quel coup de théatre!
(en fait j'étais au courant...)

Le repassant 04/04/2006 11:34

Fontaine, tu n'ignores pas que Repassant et IQI ne sont qu'une seule et même personne?

Fontaine 04/04/2006 10:49

Je ne résiste pas à citer cette phrase (même si tout le monde la connait) de Godard, tiré de son article intitulé "Montage mon beau souçi": "Si mettre en scène est un regard, monter est un battement de coeur"