TRUST ME de Hal Hartley (USA, 1990): ...I Wanna Feel Your Body

Publié le par L'Ultime Saut Quantique





Le pitch aurait tendance à faire peur. D'un côté nous avons un pauv' gars, Matthew, approchant la trentaine, nihiliste, venant tout juste de quitter son boulot et vivant toujours chez son père un poil tyrannique. De l'autre, nous avons une pauv' fille, à peine 18 ans, l'adolescente typique un peu tourmentée et superficielle, plus ou moins haïe par les siens, et ce de par un évènement récemment survenu (que je vous laisse découvrir ...), et pour "puter" ( du verbe "put", en "english" dans le texte) "the fucking cherry on the mother fucking cake", elle est en cloque ! Matthew n'aime personne, Maria n'est aimée de personne, le film nous fait partager leur rencontre.
 

Alors là d'entrée de jeu, vous vous dites... «"aïe aïe aïe, ça sent le p'tit film indé américain, un brin socialo sur les bords, du genre de ceux qu'on peut voir au Sundance festival, soit un truc pseudo subversif, un peu grinçant, avec quand même de l'humour et surtout beaucoup d'humanité, bourré de bons sentiments tout gentils. Un véritable moment Nutella en perspective", que vous vous dites... On en a vu d'autre dans le genre, par exemple le navet intersidéral JUNO dont l'héroïne proclamait fièrement à la fin : "la normalité, ce n'est pas pour nous" alors que ce film était, autant dans sa mise en scène que dans son scénario, d'une banalité et d'une nunucherie à pleurer.

 

Sauf que là, "who's in charge?", Hal Hartley it is! Un réalisateur de cette espèce qui fait des films de c-i-n-é-m-a (une espèce pas si répandue par ailleurs). Et ce qui différencie TRUST ME d'un JUNO ou de n'importe quel autre étron estampillé cinéma "indépendant" ou "d'art et essai" (qui ne sont, comme nous le savons, que de vilaines étiquettes qui ne gagent en aucun cas de la bonne qualité d'un film), c'est bien sûr ce qu'on appelle communément la mise en scène.

 

Cependant ne vous attendez pas chez Hal Hartley à un bouleversement drastique des formes cinématographiques. Bon, disons d'une part que le cadre est très beau, la photo est naturaliste mais très belle également (avec certains passages moins réalistes et plus mystérieux comme lors de la scène de beuverie entre Matthew et la mère de Maria). Pour ce qui est de la mise en scène et du montage le tout est en fait assez sobre et subtil, MAIS présent malgré tout, et de telle sorte que vous ressentiez tout ça ;-)

 

Discrète donc et laissant surtout la place aux acteurs, qui sont un des point très fort des films d'Hartley en général, la mise en scène n'en est pas moins totalement dépourvue de quelques effets de styles. Par exemple, à un moment très important de la relation entre Matthew et Maria, Hartley, le temps d'une action bien précise, décide de couper le son. Cela ne dure que quelques secondes, mais vaut largement tous les mots ou tout autre chose qui aurait pu faire place à ce moment. La rareté dans la présence de ce type d'effet ne fait bien sûr que décupler leur potentiel émotionnel. Bref, c'est simplissime et c'est beau, mais encore fallait-il y penser.
 

Un autre signe de sobriété bien venu réside dans le fait que Hartley ne s'encombre pas de choses inutiles. Il va souvent à l'essentiel et ne nous encombre pas de plans qui n'auraient, dans le film, qu'une présence informative de type documentaire. En atteste la séquence où Maria trouve un travail dans une usine de manufacture. Il suffit à Hartley d'un plan d'une minute à peine (l'héroïne est prise de trois quart dos, en plan rapproché et on la voit effectuer une manœuvre répétitive imposée par la machine) et de la voix en off de la jeune fille, manifestement ailleurs, pour nous faire ressentir toute la pénibilité et l'ennui que peut susciter un tel travail. Encore une fois c'est trèèès beau.

 

Enfin un mot sur le scénario qui, loin d'être nunuche et tartignolle, nous livre quelque chose de sombre et de tendre à la fois. Doux-amer, comme dirait le Docteur. Et par moments, un brin surréaliste, ce qui est tout à fait amusant au vu du contexte très sérieux du film, et qui finit d'assurer son caractère poétique à l'ensemble. Aussi, Hartley ne se défile pas devant les enjeux qu'il pose et va jusqu'au bout, quitte à ce que cela produise des ambiguïtés chez les personnages (et après tout ils sont humains, c'est donc heureux qu'ils n'adoptent pas des attitudes figées !). Personnages par ailleurs très attachants, très bien écrit et quelque peu à contre-courant des comédies dramatico-sentimentales habituelles. Tout cela servi par des acteurs franchement délicieux et précis. À savoir :

Adrienne Shelly

Martin Donovan

Meritt Nelson

John Mackay

Eddie Falco et les autres



N'oublions pas non plus de féliciter la bande son agréablement dépressive de Phil Reed.



Donc merci Hal.




L'Ultime Saut Quantique.








 

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Publié dans Corpus Analogia

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