INJU, LA BÊTE DANS L'OMBRE de Barbet Schroeder (France-Japon, 2008): Glorification de l'Exogénose...

Publié le par Dr Devo




Chers Focaliens,


Alors là, oui, je dis chapeau les petits gars, je dis oui encore, et en même temps, je dis halte au sketch, cessez le tir, et soyons cool et buvons frais.

La critique est un art difficile, au moins quand on la fait de façon focalienne (voir nos fameux 69 POINTS, article qui détaillait la façon de faire de la vraie critique et non pas du journalisme mondain), et aujourd'hui, nous allons voir que, même avec la meilleure volonté du monde, il y a quand même des cas qui posent problème...


Premier patient : Barbet Schroeder. Bon, même si le Monsieur n'est pas vraiment mon réalisateur préféré, j'avoue que regarde de temps en temps un de ses films, quand l'occasion se présente car il y a souvent quelque chose d'intéressant dans le travail de cet artisan un peu bizarre. JEUNE FEMME PARTAGERAIT APPARTEMENT m'a laissé un très bon souvenir et je me souviens aussi de la belle tension de L'ENJEU. Soit.



Dans INJU, LA BÊTE DANS L'OMBRE (adapté d'un roman de Rampo), on suit les aventures de Benoît Magimel, jeune prof en université mais aussi auteur de roman à succès et pas n'importe lesquels puisqu'il écrit des thrillers pervers et tordus, dans la lignée de Shundei Oé, écrivain japonais qui opère dans le même style depuis des années. Pour Magimel, Oé est à la fois le maître et le père. L'écrivain nippon est d'ailleurs très mystérieux, car malgré son succès, personne n'a jamais vu son visage. Mais, les affaires vont bien pour Magimel, car son dernier roman bat des records et se vend partout, et surtout de manière exceptionnelle au Japon où il est en train de détrôner Oé ! Invité pour une tournée promotionnelle dans l'archipel nippon, les choses vont se gâter. Car Oé le défie et promet le petit français à un sort funeste. La réalité va basculer, et Magimel va se retrouver dans l'atmosphère d'un de ses propres romans... ou dans un roman de Oé !



Comme vous le savez, le cinéma quand il est ultra-bizarroïde, ne me dérange pas outre mesure, et on peut même dire que j'ai un penchant pour ça, spécialement quand le film, en plus d'être bizarre, sent un peu le faisan, c'est-à-dire quand il arrive, de manière consciente ou non à trouver une espèce d'indépendance étrange,  grâce à des modousses operandailles qui ne ressemblent à rien, et grâce à une cohérence esthétique de guingois. Un des films qui m'a marqué par exemple, ces deux ou trois dernières années est A NIGHT TO DISMEMBER, film étrangissime, série Z débilosse sans doute, mais que je trouve d'une splendeur galactique.



Alors, INJU..., dans le genre, c'est aussi de l'étrange, et pas qu'un peu. Le film s'ouvre non pas sur le film de Schroeder, mais sur un faux film japonais des années 60, sorte de thriller gore (adapté de Oé). On comprend vite l'entourloupe, plutôt marrante. Et on comprend aussi la façon dont va opérer Schroeder dont le moindre que l'on puisse dire est qu'il ne nous prend pas en traître! Dans ce faux thriller, assez drôle (sans que ce soit totalement franc), on trouve une mise en scène typée : intrigue harboiled alambiquée, décors de studio ultra-fabriqués, maniérisme nippon exagéré, acteurs qui patatent à la truelle, cadre stylisé mais vieux jeu, action hyperbolique (le ramassage du sabre), etc.... Ce n'est pas du sobre ! Et c'est plutôt réussi. On comprend vite que non seulement Magimel va vivre (ensuite, quand le vrai film de Schroeder démarre) comme dans un roman de Oé, mais aussi comme dans ces films de série étrange et ric-rac ! Plusieurs fois, plus tard dans le film, Schroeder réitérera l'opération en faisant des effets d'annonce qui indiquent clairement que la frontière entre l'univers réel, et l'univers de la narration des livres de Oé va devenir mince et que les deux territoires vont se confondre. Ça donne des choses croquignolettes, comme la deuxième rencontre entre Magimel et l'héroïne (une espèce de danseuse classique japonaise) sur fond de lettres mystérieuses de chantage, trèèèèès exagérée, le tout sur fond de cerisier en fleurs !


Plus que de se retrouver dans l'univers de Oé l'écrivain, peut-être Magimel se retrouve dans l'univers du faux film japonais du début : une adaptation cinématographique à la truelle des œuvres littéraires de Oé !



En tout cas, le film démarre, et très vite, les choses sont claires. Et, je ne sais pas si je vais arriver à vous donner le début d'embryon d'idée de ce qu'est, en tant qu'expérience de spectateur, le film de Schroeder, mais je vais essayer. En tout cas, et gardez ça à l'esprit, si le film pose des questions, le travail de Schroeder et l'étrange dialogue qui va s'instaurer entre lui et nous, ses spectateurs, sont vraiment francs du collier. Le moindre que l'on puisse dire, c'est qu'il annonce, l'animal !



INJU... m'amuse un peu, parce que je suis pervers et que j'aime le faisan comme je vous le disais, mais il me laisse aussi largement perplexe, rires, plutôt dans le bon sens du terme, rires, et aussi dans le mauvais sens du terme, re-rires. INJU est d'abord un drôle de film du point de la narration. On est effectivement en plein roman de gare hardboiled. Intrigues alambiquées et très artificielles, rouages ultravisibles (et voulus comme tels par Schroeder qui l'annonce bien en amont, encore une fois; c'est donc un choix, et en tant que tel, ça se respecte), personnages carrés voire souvent caricaturaux (la danseuse orpheline ultra-érotisante, le yakusa psychopathe, les personnages des flash-backs, etc...), situations très exagérées (la scène sous le cerisier, encore une fois, la découverte des indices dans le grenier, les scènes de "sexe", etc...), Schroeder charge la mule intentionnellement, et n'arrête pas de la charger. On comprend très vite que l'intrigue globale du film, mais aussi sa narration ultra-linéaire et on ne peut plus balisée, forment un paysage étrange : on a l'impression de se retrouver dans une espèce de florilège ultime des pires situations du film de genre "thriller érotique", un peu à la Joe Eszterhas, mauvais scénariste de l'affreux BASIC INSTINCT. (Non pas qu'on se retrouve dans une espèce de variation de BASIC INSTINCT, mais disons plutôt on est dans ce genre d'ambivalences factices et de façade) Bref, on est complètement dans une version "épurée" (drôle de mot pour ce film qui pousse le bouchon très loin avec le tractopelle, mais c'est le mot juste) de ce genre de thriller qui a fait les beaux jours du cinéma grand public des années 90, mais aussi des soirées du samedi à la télé (cf. les fameux HOLLYWOOD NIGHT, notamment dans l'érotisme de pacotille). Schroeder analyse la structure de ces films, en récupère la colonne vertébrale, nous montre le squelette et encore plus que de faire un florilège des choses qui fondent ce genre très splendouillet, il décide de ne garder uniquement les articulations, et de ne pas habiller le squelette de chair et d'événements annexes ou encore de vraisemblances narratives... ce que font toujours les machins à la BASIC INSTINCT ! Et nous voilà, nous spectateurs, avec une espèce d'écorché, comme diraient les étudiants en médecine, une espèce de variation sur ces films-là. La différence  avec la concurrence est aussi énorme : Schroeder n'habille pas sa structure, il la met à nu et la présente telle quelle, en se foutant complètement du ridicule en fin compte. Au final, INJU est une sorte de version épurée, noblissime de ce que ces thrillers à trois sous font et ont de pire ! Schroeder, dans son modus operandi, dans la structure entière de son film, et aussi dans sa mise en scène (j'y reviens...) n'a gardé que le "strictement ridiculement essentiel", et se faisant il a fait le thriller érotique de gare (dont on nous a tant abreuvé), ultime.

Pour le spectateur, c'est un festival, et d'ailleurs Schroeder l'annonce aussi dans les dialogues du film : c'est une collection d'articulations hénaurmes, de rouages grinçant comme des avions à réaction en plein décollage, de personnages tartempions, de clichés nippons sur-exagérés (l'assez rigolote préparation du thé), etc... Ça ne s'arrête jamais, ça ne déviera jamais de cette ligne "débile" (au sens propre) et janséniste, et au bout d'une bobine, le spectateur que je suis avait bien l'impression d'être dans la quatrième dimension ! Comme Schroeder a annoncé en intro la grossièreté (au sens propre de "travail grossier") de ces procédés, et semble avoir promis une narration enchâssée (ce ne sera pas le cas, et on devine que ça fait beaucoup marrer le Barbet !), on se dit que le film va se briser en deux comme un avion qui se crashe... Mais non ! Schroeder ose tout et tient la ligne. On attend le réveil ironique, la dislocation de la carcasse, on attend de voir ce qui se cache derrière des coutures aussi ostentatoires, mais Schroeder garde le cap, courageusement du coup (rires) car il est évident qu'i va perdre tout le monde dans l'affaire. En tout cas, et ce n'est pas forcément désagréable, en salle, on se demande ce qui nous arrive. Dans un sens, et malgré ce que je vais dire ci-dessous, il y a quelque de paradoxal et délicieux dans le fait d'avoir un récit si balisé d'une part, et de ne pas savoir du tout à quelle sauce on est mangé. Le suspens est là dans la structure du film qui ravira peut-être le faisandophile : on ne sait pas où est le lard et où est le cochon, et en quelque sorte on attend comme Godot, l'apparition du relief, du deuxième ou du troisième degré... Que c'est étrange... D'autant plus que...



...Il faut que je vous parle de la mise en scène. Et bien c'est à peu près la même chose. Bon, avant tout de chose, je ne suis pas sûr du tout (et là, vous vous doutez bien que spécialement dans ce film, ça va poser problème) que la copie que nous avons vue était d'une qualité acceptable. A vue de nez, je dirais que ce tirage avait l'air bien pourritosse... En tout cas, en état, la photo de Luciano Tovoli (photographe de TENEBRES et de SUSPIRIA pour Dario Argento quand même !), assez typée année 80, est absolument laide et kitsch. C'est tourné au Japon, parait-il, mais on pourrait supposer que c'est un Japon reconstruit en studio à Neuilly. Le cadre est trèèèès limité souvent, et les axes se déploient de manière très classique. Globalement, les plans sont souvent stylisés, et parodient les clichés du genre, mais de manière claudicante en quelque sorte, sans que ce soit jamais beau, ce qui nous vaut des moments de "bravoure" assez kitsch comme l'ultra-slpendouillette scène finale (avec le yakuza) et globalement les scènes de "sexe" ou de séduction !  Je note une espèce de faux-rythme platissime. Bref, c'est jamais beau.



Les acteurs sont troublants également. Je ne suis pas fan de Magimel en général, quoique je le défendis récemment pour LA POSSIBILITE D'UNE ÎLE. Mais là, c'est encore différent. Dés le début, je me suis dit : "Wow, la vache, il est ultra-mauvais, il est complètement à côté!" Pas charismatique pour un clou, largement mal à l'aise, Magimel est mauvais comme jamais. Après un petit temps, je me suis fait deux réflexions, aussi parce que je découvrais de quel bois le film se chauffait, comme je vous le disais dans les paragraphes précédents. Magimel n'est pas le seul à patater n'importe comment. Lika Minamoto, fait exactement de même. Et les Japonais en général poussent le film dans ce sens. Le maquillage aussi suggère le fard et le vulgaire. Je me suis même dit, au milieu du film : "C'est marrant, il a fait exprès de garder les prises les plus catastrophiques !" Mais, le doute s'installe, pour finalement s'imposer. Certains moments sont plus exagérés encore, et dans moments-là (dont l'hallucinante conclusion !), une certitude étonnante apparait. Je ne suis peut-être pas spécialement pote avec Magimel (qui vaut toujours mieux qu'un Canet ou qu'un Clovis Cornillac), mais pour l'avoir vu quand même dans pas mal de films, il faut se rendre à l'évidence : il fait exactement ce qu'on lui demande et plutôt précisément, du reste ! Et finalement, tout cela n'est pas illogique : scénario, photo, mise en scène, mais aussi acteurs sont au diapason... 



Je vous l'avais promis, ce film est effectivement très étrange. Mais j'en vois déjà quelques-uns qui se disent : "Bah, c'est un film extraterrestre parfait pour le Docteur qui ne jure toute l'année que par le faisan et dont la devise est "un bon film est un film qui ne ressemble à rien !", alors de quoi se plaint-il ? »

Chère lectrice, c'est une excellente remarque. À vrai dire, je ne sais toujours pas sur quel pied danser ! Les partis-pris ont l'air assez clairs et ce que je viens de vous dire exprime en toute franchise mes impressions de spectateurs que je traduis ici en mots, comme tout critique qui essaie de faire son boulot, c'est-à-dire en ressentant les choses de manière la plus sensuelle possible (ce qui n'est, bien sûr, qu'un paradoxe apparent). Le jeu des acteurs semble assez clair. Ils confirment (et font partie) la globalité des sensations. Il n'empêche que le film possède un rythme rigoureusement laborieux, et que la facture globale qui semble donc miser, je pense, sur la grossièreté globale du projet (sur le grotesque pourrait-on dire), notamment la laideur affichée de la mise en scène m'ait empêché de rentrer dans le film complètement, et me laisse le sentiment ne pas être monté totalement dans le train. À vrai dire, je ne vois pas comment tout cela ne pourrait pas être complètement intentionnel, et en même temps il y a au fond du fond comme une sorte de doute ! En tout cas, INJU me laisse clairement dans un entre-deux étrange, sur un sentiment de ne jamais savoir sur quel pied danser, dans une espèce de no man's land. Une espèce de non-lieu. Et pour moi, derrière ce non-lieu, il y a un sensation de soif non étanchée, une impression de trop peu, le sentiment que cette esthétique ne me remplit pas même si elle peut me plaire sur un plan plus théorique. INJU n'est certainement pas le grand film ultime faisandé, il nous laisse malicieusement dubitatif, et nous fait dire qu'il est à la limite du tout et du rien (et réciproquement). Il m'est, et c'est rare, plutôt difficile de dire ce que j'en pense et ce que tout cela vaut. Pour une fois, le terme n'est pas galvaudé : INJU est une énigme et un ovni !


Loyalement Vôtre,
 

Dr Devo.






 

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Publié dans Corpus Filmi

Commenter cet article

maz 22/10/2008 16:33

C'est tellement mal écrit cette critique, on y comprend rien. "janséniste", "enchâssé", des mots balancés à la va comme je te pousse et qui n'ont rien à voir avec le schmilblick. C'est naze.

sigismund 04/10/2008 12:56

ah alors de rien,c'est Henry Miller qui disait que quand il 'cherchait un livre', il avait appris à finir par se retenir de se le procurer, il préférait d'abord laisser son imaginaire travailler sur ce qu'il espèrait trouver dedans, au lieu d'être trop vite déçu, et la plupart du temps il y a de quoi largement produire un livre entier; c'est le cas par exemple pour votre chronique sur 'Sid et Nancy' que je n'ai pas vu, ou sur d'autres films par ailleurs que je trouve vraiment pertinentes en terme de démarche.bien à vous, gismund-p.s : si vous êtes au bord de cet embarras qui vous ferait cogner du poing sur la table en invoquant vos aieux ( tous ) en ce qui concerne la production contemporaine dans les salles, essayez de venir faire un tour au LUFF à Lausanne, c'est bientôt, il y a peut-être des références que vous connaissez déjà (rétro Richard Kern cette année mais aussi Beat Generation ), sait-on jamais, le lien est sur mon site, sinon:LUFF.ch 

Dr Devo 03/10/2008 20:17

Cher Sigismund, Merci pour tout ces beaux compliments. Un petit mot pour dire que les commentaires sont modérés. Quand tu en postes un, il faut que je repasse par là et le valide pour qu'il apparaisse... Une précision technique de bon aloi!Merci encore!Dr Devo.

sigismund 03/10/2008 19:47

Bonjour Docteur,je m'étais signalé à votre attention il y a quelques temps maintenant, je ré-itère parce qu'il faut que vous sachiez que c'est un réel plaisir de vous lire. A chaques fois que j'en ai l'occasion je vais faire un tour dans les archives, et que ce soit là-bas ou sur une chronique plus récente...c'est le bonheur;je m'intéresse pour ma part à la réalisation et si je ne vois pas ou n'est pas vu tous les films dont il est question, c'est toujours trè très enrichissant et inspirant, car très souvent la chronique est plus intéressante que le film et surtout ne laisse jamais de proposer de très belles  éventualités ,de nouvelle approche formelle dont nous autres spectateurs ne faisont bien souvent qu'attendre la venue en vain.Merci encore,