EVIL BONG de Charles Band (USA-2006): Plutôt SMOKING que NO SMOKING visiblement...

Publié le par Ludo Z-Man




Chers Focaliens,

Un nouveau-venu rejoint aujourd'hui l'équipe de Matière Focale, et il s'agit de Ludo Z-Man. Enfin, nouveau venu façon de parler, puisque Z-Man est webmeistre de l'excellentissime site Série-Bis consacré avec intelligence et rigueur à tout ce que le cinéma compte de films de genre, du B au Z. C'est une mine que je vous conseille. En tout cas, l'animal nous rejoint pour des critiques qui devraient être régulières et bigarrées. Et que demande le peuple, puisque Z-Man commence par un réalisateur mythique, le fameux Charles Band...

Bienvenue à vous, cher Z-Man!

Dr Devo.






[Photo: "Don't try this at home !" par Ludo Z-Man d'après des photogrammes du film EVIL BONG de Charles Band.]





Alors, faut que je vous raconte un truc : un jour (il n'y pas si longtemps), j'entends sonner à la porte de mon manoir et c'était le docteur Devo qui me rendait visite. Je le laisse rentrer forcément, merde, quand même, on dirait que cette baraque a été laissée à l'abandon. Ces vieux films jamais visionnés qui gisent par terre, des piles de DVD que seules des toiles d'araignées font encore tenir debout, des commentaires à droite à gauche déjà vieillis, des bouts de pop-ups obscènes qui surgissent du sol, mais le Devo, toujours classe, ne semble pas être là pour me le faire remarquer. "Pourquoi t'es venu ?" "Focale recrute", qu'il me dit. "Je veux du sang neuf, alors j'espère que t'as pas abdiqué !" "J'sais pas trop, tu vois..." "Ecoute, tu connais la chanson, c'est la dure loi des blogueurs, dans ce milieu, quand tu raccroches, t'es plus RIEN !" "Mais il y'en a d'autres que moi, non ?" "Non, j'en ai vu à l'œuvre, de bons garçons, mais le genre de gars qui devant un Jim Winorski a voulu se donner la mort trois fois ! Et un autre à voulu tenter un film Eurociné... Bon Dieu ! il peut encore respirer... si on le débranche pas ! J'ai besoin de toi, mec ! Du vieux Z-Man avec ses tours de magie et ses films improbables." (lumière tamisée, musique au saxo années 80 en fond sonore) J'ai cogité quelques minutes puis j'ai accepté. Voilà pourquoi je suis là. C'est moi qui vous parle et pourtant vous êtes bien sur Matière Focale.



Dans l'euphorie, j'enfourne une galette dans mon lecteur DVD et c'est parti pour un tour : le logo Full Moon me saute à la gueule ! Sois fort, me dis-je intérieurement. Après un générique essentiellement constitué d'images de feuilles de cannabis, le film débute enfin. Allistair, qu'on appellera Al par commodité, est un geek absolu, une caricature d'intello, timide et coincé, qui emménage en colocation  dans un appartement avec trois autres étudiants qui s'avèrent être de véritables champions toutes catégories de la glande. Larnell (un flemmard amateur de bimbos), Bachman (un surfeur amateur de bimbos) et Brett (le sportif viril et décérébré, champion de base-ball, amateur de bimbos) ont limité leurs occupations au minimum vital : les filles, les jeux vidéo et la fumette. Pour Al, le chimiste, l'adaptation est difficile, ce dernier utilisant souvent des mots compliqués que ses colocataires, un peu crétins et tous défoncés en permanence, ont du mal à comprendre. Un jour dans un magazine de vente par correspondance, Larnell remarque une annonce pour un bong géant (une pipe pour fumer du cannabis) de provenance obscure, auquel une légende attribuerai des pouvoirs magiques. Excités par cette opportunité de planer au delà de leurs espérances, ils commandent l'objet. Le film débute enfin. Une fois le bong géant reçu, les trois jeunes gens (Al préférant étudier plutôt que de se défoncer) se ruent pour l'essayer. Si Brett est déçu par l'expérience, les deux autres ont visiblement adoré, Larnell trouvant à son bong une dimension "spirituelle". C'est alors que la nuit même, le bong commence à parler et à s'illuminer en pleine nuit, réveillant le pauvre Allistair. Nom de nom, le bong serait-il hanté ? Ellipse et panneau "24 hours later". Le film débute enfin. Brett débarque dans la chambre avec deux jolies filles, Luann et Janet. Les deux autres gus planent déjà, tandis que Al lave ses slips. Malgré sa maladresse et sa timidité, Al tape dans l'œil de Janet qui n'est pas qu'une bimbo écervelée : la preuve, c'est qu'elle étudie la psycho, qu'elle est forte au Trivial Pursuit et qu'elle connaît des mots compliqués ("Tu veux dire spirituel ? Transcendantal ?"). Le soir même, le bong se réveille et attire Bachman dans un méchant bad trip. Le film peut alors débuter, enfin, je crois...   



Je ne vais pas revenir sur la prolifique carrière de producteur/réalisateur de Charles Band (mes camarades focaliens ont déjà parlé du bonhomme, ici par exemple), mais il se trouve que ces dernières années, ses réalisations arrivent régulièrement dans nos bacs à DVD et dans les étagères de nos vidéo-clubs. Quelque part entre la série Z et le happening dadaïste, Band construit visiblement une œuvre, n'en déplaise aux exégètes de la politique des auteurs. En effet, tournant avec des moyens limités, il n'hésite pas à s'imposer des contraintes stylistiques et dramaturgiques particulièrement stimulantes. L'unité de lieu d'abord, puisque souvent les histoires se déroulent dans un seul et unique décor : quand on a de la chance, c'est un château hanté ou un casino laissé à l'abandon ou un asile peuplé de nymphomanes délurées (une riche idée, vous ne trouvez pas ?), ici, ce sera un appartement d'étudiant, ce qui s'avère déjà un peu plus austère. Le huis-clos est amorcé. On note aussi une attention particulière liée à la caractérisation des personnages, tous approfondis par le biais de longs tunnels de dialogues qui occupent une majeure partie du métrage. La mise en scène est épurée à l'extrême et la photo d'une effroyable laideur. Dernière constante : l'utilisation de la musique, toujours magnifique (ici signée par le groupe District 78), une espèce de soupe synthétique mi-techno mi-hip-hop la plupart du temps, avec quelques chansons. Non seulement elle est omniprésente constituant l'essentiel de la bande son (les sons d'ambiance étant réduits à leur plus simple expression), mais elle est rarement mise en avant (le plus souvent, c'est une sorte de nappe sonore sous-mixée sur des parties dialoguées) ce qui lui confère une forme d'indigence complètement hypnotique et une vraie incongruité quand celle-ci vient à la rescousse d'une scène dysfonctionnelle ou d'une réplique pas drôle.     



Avec EVIL BONG, Band réalise sans doute une de ces œuvres les plus ambitieuses et atypiques, déjà par sa durée, le film avoisinant les 9h40 (le DVD indique certes une durée d'environ 86 minutes mais à mon avis, ils ont du se tromper !) mais aussi parce que loin des histoires horrifiques habituelles, Band s'attaque au genre controversé du drugsploitation ou en tous cas à son dérivé, le stoner movie, qu'on pourrait définir comme un teen movie sous substances illicites, et dont l'un des derniers fleurons est le fort recommandable HAROLD AND KUMAR GO TO WHITE CASTLE (et sa suite un peu moins réussie, à noter dans les deux films la présence de l'immense et génial - et autres superlatifs - Neil Patrick Harris). Il est guère étonnant que Band ait finit par se confronter à ce genre tant visionner un de ses films plonge dans un état de sidération hallucinatoire qui convient parfaitement au sujet. Débutant comme une sorte de sitcom dégénérée (avec des intermèdes splendouillets pour la coupure pub !), le film plonge dans le surréalisme au fur et à mesure que les héros expérimentent avec le bong maudit. EVIL BONG devient une exploration sans concession de la psyché adolescente, les hallucinations des personnages prenant la forme d'une virée dans un club de strip-tease plein à craquer de jeunes filles fort délurées, véritable cristallisation de leurs fantasmes et de leurs angoisses (peur du sexe, complexe d'Œdipe mal résolu) où l'on y croise des monstres en plastoc, des nains et des gogo-danseuses armées de soutiens-gorges cannibales (!). Le final, sorte de revisitation iconoclaste du mythe d'Orphée, s'éternise merveilleusement et achève de me plonger dans une torpeur qui se prolonge jusqu'au générique de fin. Je note par ailleurs que le film apparaît comme curieusement moralisateur, ce qui tranche avec la tradition du stoner movie qui contrairement au drugsploitation classique, se distingue par sa discrète subversion. EVIL BONG se rattrape en catastrophe sur la fin lorsque que le héros débite alors une tirade sur le fait que l'Amérique est un pays libre et qu'il n'y pas de raison qu'on puisse pas y planer en paix.



Directement conçu pour le marché du DVD (de toute façon, c'est le cas de toutes les productions Full Moon), EVIL BONG est aussi un produit idéal formaté pour les chaînes câblées qu'on imagine déjà venir hanter les nuits des télévores insomniaques zappant compulsivement un soir de désœuvrement.  C'est d'ailleurs peut-être la meilleure façon de découvrir cette merveille. Ou alors le regarder en se mettant dans le même état que les personnages. Mais j'ai pas essayé. Non, mais attendez, j'étais juste censé faire un article, pas donner dans le gonzo-journalisme ! Ou alors, ce sera pour la prochaine fois. Parce qu'il y aura une prochaine fois ? Car oui, figurez que pendant ce temps, Charles Band ne chôme pas (lui au moins) et la suite de EVIL BONG est déjà en route. Ca s'appelera KING BONG ! J'en salive d'avance.



Ludo Z-Man


PS : On peut même acheter le bong en question sur le site web de ce bon vieux Charles...








 

Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés : cliquez ici !



 

 

Publié dans Corpus Analogia

Commenter cet article

Ludo Z-Man 07/10/2008 10:23

Merci pour votre acceuil, Docteur !Et pour répondre à ce cher Pierrot, "Série Bis" fait certes dodo depuis trop longtemps, mais n'est pas mort, oh non !

Dr Orlof 05/10/2008 19:18

Argh! Je précise que le commentaire précédent était de moi! J'ai fait une erreur en tapant le code de l'anti-spam et, du coup, l'adresse enregistrée par mon petit frère s'est substituée à la mienne. (je n'ai pas encore pris un troisième pseudo!)

Dr Devo 05/10/2008 18:58

Ha, bah voilà! Que des bonnes nouvelles en sorte!Dr Devo. 

pierre 04/10/2008 19:41

Excelllent! Content d'avoir de tes nouvelles, Ludo, moi qui regrettait amèrement la panne sèche de "Série Bis" (dis nous que ça va repartir).Charles Band est d'actualité parce les excellentes éditions Artus en sorte un en ce moment. Tout comme se profile chez cet éditeur un splendouillet coffret Eurociné avec 5 perles de la "nazisploitation" dont je parlerai peut-être un de ces jours (si tout se passe bien)....