L'HOMME ATLANTIQUE de Marguerite Duras (France, 1981): Youhou, c'est le plombier, y'a quelqu'un..? Personne...

Publié le par L'Ultime Saut Quantique



 … parce que la proposition est osée et d’autant diront que l’initiative est issue d’un esprit "narcissique" et "tyrannique" (je ne fais là que rapporter ce que j’ai pu entendre à l’issue de la projection). Si dans le cas présent, la tyrannie se résume à imposer un point de vue totalement novateur et finalement poétique, alors je crie haut et fort : "LOUÉE SOIT LA TYRANNIE".

L’objet dont il est question ici, L’HOMME ATLANTIQUE est "une bande" audiovisuelle de 45 minutes environs, constituée majoritairement d’images noires, de quelques plans tournés avec l’acteur Yann Andréa et de quelques autres sans lui, de quelques sons (la mer) et d’une seule voix, celle de Marguerite Duras. Pas d’image ! Diantre, ça sent la grosse touze intellectuelle tout ça. Et pourtant l’agencement de ce matériau épuré à l’extrême ne forme en rien l’exercice de style gratuit auquel on pouvait s’attendre. Certes, l’initiative a de quoi dérouter au début, mais très vite, confortablement installé dans votre fauteuil, vous voilà entraîner par la voix de Duras et par son texte aux relents d’infini(s) et de vertige(s). C’est alors que surgit l’image, qui disparaîtra sans tarder pour reparaître (au compte-goutte) et disparaître tout à fait pour faire place a l’écran noir, lui aussi infini. Et peu à peu, cet écran noir qui vous fait face se met à engloutir la voix de Duras, des images se forment malgré tout dans votre "imagination", puis la voix reprend le dessus vice-versa. L’envoûtement est total, ce que nous éprouvons est … étrange.

Tout compte fait, la démarche de Duras est assez simple. Elle tente d’exprimer par le langage du cinéma, un ressenti et/ou une sensation qui lui est très personnelle. Cette sensation (qu’il ne faut pas voir comme une chose, mais plusieurs), nous la déchiffrons assez rapidement comme la fuite puis l’absence de "l’être aimé" (à moins que cela ne soi autre chose ?), et tout cela impose la fuite et l’absence de l’image dans le métrage. Cela peut paraître naïf et simpliste, et d’une certaine manière ça l’est sûrement. Cela n’empêche pas la beauté et la fulgurance, et quelle meilleure façon d’exprimer de façon "pratique" (par opposition à la "théorie") la fuite et l’absence. L’HOMME ATLANTIQUE n’est donc pas un objet froid et sans âme, comme pourrait le laisser supposer "l’emballage", c’est une expression du sensible par la forme. Et Duras, loin de tourner le dos au spectateur, nous invite à corps perdu dans cette exploration de son ressenti - qui pourrait être celui de n’importe qui, l’important n’étant pas l’expression de vécu de Duras, mais la forme qu’elle emprunte pour l’exprimer. Aussi peut-on qualifier L’HOMME ATLANTIQUE de véritable œuvre expérimentale, dans le sens où le film est aussi proche qu’on puisse l’être de l’expérience sensible que peut vivre l’Homme du "réel", soit comme le disait un certain Robbe-Grillet, "un réel ambigu, incertain, mouvant, énigmatique, sans cesse traversé de courants contradictoires et de ruptures", et c’est tout cela et plus encore qui est exprimé dans L’HOMME ATLANTIQUE.






L’Ultime Saut Quantique.




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Publié dans Corpus Filmi

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