LA LOI ET L'ORDRE de Jon Avnet (USA-2008): Le Sabre et le Roupillon

Publié le par Dr Devo




Chers Focaliens,

 

On a parfois des accidents de parcours, et quelquefois, il faut bien le dire, c'est aussi à cause de la méthode focalienne ! Vous savez que je conseille depuis le début de ce site aux utilisateurs de cartes Pathugmont illimitée de profiter des avantages de ce désastreux système et d'organiser leur cinéphilie de manière ludique. Le meilleur moyen de devenir cinéphile, et surtout d'avoir un regard pertinent sur le cinéma, carte illimitée ou pas, c'est d'aller voir des films très différents les uns des autres et surtout de ne se refuser aucune limite. Quand on a une carte illimitée, la moindre des choses, si tant est qu'on veuille faire des découvertes et sortir des sentiers battus (c'est-à-dire des films conseillés par le grand public ou la critique), c'est d'aller voir un film sur deux au hasard ! Je vous disais il y a quelques années ici  même, de vous amuser de la sorte et je pariais que vous verriez autant de bons ou de mauvais films sur un an qu'une année où vous "choisissez" vous-même vos films. Je maintiens ce que j'ai dit, j'ai testé l'expérience sur moi-même, et je ne me suis pas transformé en mouche ni en quoi que ce soit. Et je vois, en salles, la même quantité de bons films qu'avant. Parmi les méthodes applicables,  je conseille : choisir le film selon le numéro de la salle (mercredi en salle 8, jeudi en salle 9, etc...), choisir les films au poids, c'est-à-dire selon la longueur, jouer aux dés, ou encore, comme je le fis ce matin, choisir les films selon l'horaire. J'ai donc décidé ce matin d'aller voir LA LOI ET L'ORDRE parce que c'était le dernier film à démarrer à la première séance !

 

 

Al Pacino et son ami DeNiro (Oh no...) sont souvent sur le même bateau puisqu'ils sont flics, proches de la retraite. Partenaires parfaits, fins limiers, plutôt sur la même longueur d'ondes en ce qui concerne l'humour et les choses de la vie, ces deux là sont inséparables sur le plan professionnel et aussi personnel. Or, quand le film commence, DeNiro (Oh no...) se confesse devant une caméra vidéo pour dire ce qui se passe dans sa tête depuis quelques mois. Lui, le flic super-vertueux, très respectueux de la Loi, avoue dans cet enregistrement être aussi un meurtrier ! Il revient alors sur les raisons qui l'ont poussé...Et ça commence par le procès d'un tueur, notoirement connu des services que la justice a fait acquitter alors que tous les indices menaient à lui. Pour DeNiro c'en était trop, il a maquillé des preuves pour le refaire incarcérer. Pacino ne dit rien, mais l'a laissé faire. Quelques temps après, suite à une autre injustice, De Niro passe à la vitesse supérieure en tuant un malfrat. De fil en aiguille, il va faire la justice lui-même, jusqu'à ce qu'on le charge d'enquêter lui-même sur cet étrange serial killer qui décime les gros caïds de la pègre...

 

 

Le métier de critique n'est pas facile, mais devant certains films, ce n'est même plus un sacerdoce, c'est un chemin de croix. Car, au final, que dire d'un film comme LA LOI ET L'ORDRE ? Jouant sur les retrouvailles princières des deux divas qui lui servent d'acteurs principaux des années après le HEAT de Michael Mann, le film est tout bêtement très mauvais, et énumérer ses défauts ne dit, au final, pas grand-chose de plus que ce que je viens d'annoncer. Malgré tout, pour votre plaisir, chère lectrice, et par conscience professionnelle, je vais encore une fois le faire, et répéter une fois encore la litanie de choses pourtant simples qui manquent à ce film, et a des milliers d'autres qui font que chaque jour, le cinéma se trisomise pour devenir surtout pas un art mais un divertissement de plus au même titre qu'une retransmission de l'Assemblée Nationale sur Public Sénat, ou qu'un bulletin météo, ou qu'un match de foot... Ou qu'un tirage du Loto...

 

Pour ce qui est du scénario, disons que tout cela n'a strictement aucun intérêt. Le réalisateur, Jon Avnet, nous ressert une ultime variation sur les seminoles-kinders qui, au fond, ne change rien aux 20 ans de poncifs sur le genre. Le récit se développe de manière molle, sans aucun sans de la dramaturgie, avec une série d'événements n'ayant aucune conséquence. On est complètement dans le film de "brioche" (pitch). Il se passe rien de plus que ce qui n'est déjà dans le résumé affiché à la porte de vote cinéma. Rien ne bougera d'un pouce. Personnages et situations sont figés, et le film et ses éléments n'ont aucune liberté. Le twist à Saint-Tropez final, complètement splendouillet et purement stupide (si encore la mise en scène, comme nous le verrons, avait été baroque et avait joué de ce retournement, au moins, on aurait eu quelque chose d'un peu ambigu...) finit d'inscrire LA LOI ET L'ORDRE au niveau banal d'un feuilleton HOLLYWOOD NIGHT tel que pouvait en diffuser TF1 il y a quelques années. Les deux standards, HOLLYWOOD NIGHT et ce film, partagent d'ailleurs la même "coquinerie" érotique surannée quand il s'agit de saupoudrer l'ennui global de sexe gentiment déviant, à moins que ce ne soit pour faire passer la pilule d'un DeNiro (Oh no....) couchant comme un jeune sauvageon avec  la pauvre Carla Gugino, pas loin de trente ans de moins dans les faits, différence qui, à l'écran parait bien pire encore, comme si, moi, jeune et frétillant trentenaire, je couchais sauvagement et enchaînait avec de jolies menottes, lors de jeux sexuels baroques, une Vanessa Redgrave, une Candice Bergen ou une Monique Pantel ! Avouez que ça serait croquignolet... Je passe...) Donc, du strict point de vue de l'intérêt scénaristique, on est proche  du 3 sur 20, et si ce genre de choses vous plait, laissez-moi vous conseillez, en ces temps de crises, d'économiser votre argent pour acheter en trocante à 2 euros un dvd (neuf, parfois, malgré la somme modique) de genre thriller avec Farah Fawcett qui aura exactement le même niveau qu'ici...

 

 

Pour la mise en scène, là aussi la référence à HOLLYWOOD NIGHT peut s'avérer utile. La photo, banale et surannée (rappelant celle de 14,357 autres films vus en salle, comme THE CLEANER récemment), est d'une absolue laideur, et agit sans cohérence ni volonté de Beau ou de gourmandise. Ca pourrait être en noir et blanc ou en couleur, aucune importance. C'est juste très laid. Le cadre, à la Avnet, est à l'avenant, et pas mal pas peine que je vous fasse un dessin avant de mettre mes deux euros dans le nourrain. Enormément de gros plans et de plans rapprochés, spatialisation inexistante voire contre-productive (j'adore ce dialogue entre Robert et sa jeune et sexy maîtresse : ils sont dans deux pièces différentes, et alors que le champ/contrechamp du débilissime dialogue suggère que De Niro est à droite de Gugino, ô surprise, on voit le Bob sans chapeau sur la tête, mais qui débarque de l'autre côté c'est-à-dire de la gauche du champ ! Effet comique garanti, et pertinente réflexion de ce jeune homme assis sur le rang devant moi : "Mais, ils sont combien dans ces pièce ?"). Voilà ce qui arrive quand on cadre n'importe comment. Donc, que des plans serrés, et que des cadres banals à mourir qui n'utilisent que deux axes, face et profil ! Quand on a un plan de trois quart ou un plan américain, on a envie d'ouvrir le Champomy ! Le montage des dialogues est particulièrement stupide. De temps en temps, Avnet ne filme pas celui qui parle (quelle audace !) et dévoile un plan laidissime sur l'autre de ses deux acteurs qui semble grimacer sous prozac, j'y reviendrais, et là aussi c'est un grand moment de rires. Aucun cadre, pas d'échelle, pas de spatialisation, et au final, logiquement, aucun sens du rythme ou de la rupture ce qui fait passer les 100 minutes du film pour un horrible pensum de 50 minutes de plus. Les plus pervers d'entre-nous rigoleront bien de tout ça, surtout que les dialogues et les situations sont du même acabit, remplies jusqu'à la gueule de punchlines usées et jamais drôles.

 

Enfin, les acteurs font ce qu'ils peuvent. Pacino se ballade les mains dans les poches, la jouant plutôt sotto vocce, comme pour illustrer la célèbre phrase de Huggy les Bon Tuyaux dans la série STARSKY ET HUTCH (excellent Antonio Fargas) "moi, je suis un mec à la cool, mec !" (phrase à prononcer sur le ton des doublages années 80). Bref, Pacino ne fait pas grand-chose et laisse son physique naturel faire le travail ce qui empêche peut-être que nous quittions la salle. Non pas qu'il soit vif dans ce film, mais disons que son physique lui permet d'être regardable à l'écran sans que ça gêne. Ceci dit, il joue ici un rôle sans intérêt qu'il a déjà incarné des milliers de fois. Dans la dernière partie du film où, par contre, les événements deviennent plus dramatiques pour lui, les choses se révèlent et on le découvre fade, attendant que ça se passe et déroulant de longs discours sans y mette spécialement du sien, ce qui serait de toute façon très dur au vu du contenu du film, variation insignifiante sur le Bien et le Mal. Gugino, pas mauvaise pourtant en général, est bien handicapée par un rôle de faire-valoir et de pousse-scénario sans aucune espèce  d'intérêt. Quant à DeNiro, oh no ! Le Depardieu français, qui a  bien du mal à trouver des bons films à faire depuis 25 ans, est complètement à côté de la plaque. Sans nuance, il ne sait absolument pas quoi faire et ne fait que s'agiter en grimaçant sur deux nuances : énervé/éteint.  Il est l'ombre de lui-même, comme sous médicament, une horreur à laquelle il faut bien dire qu'elle dure depuis très longtemps. Pauvre homme. En tout cas, le choisir en l'état est un choix infâme et désastreux, seulement cohérent sur le plan marketing. Alors que d'autres acteurs de sa trempe on eut aussi des périodes noires point de vue jeu, Pacino par exemple qui sait choisir un bon rôle de temps en temps mais qui a quand même fait des étrons où il patatait comme un panzer, ou encore Hoffman (à la carrière plus cohérente que les deux autres quand même) qu'on retrouvait il y a deux ou trois ans et après pas mal de rôle à performance hideux, frais comme un gardon et plus subtil que jamais dans le I LOVE HUCKABEES de David O. Russel, UnNiro, lui, semble avoir définitivement abandonné la partie. Absent, presque sénile à l'image, il fait absolument pitié de bout en bout de ce film. C'est très triste et c'est la cerise blette sur ce gâteau pas bon qu'est LA LOI ET L'ORDRE, à ranger avec les mêmes œuvres du réalisateur de RED CORNER (série Z de luxe avec un Gere au sommet de sa crasse), BEIGNETS DE TOMATES VERTES qui est sûrement diffusé en boucle dans l'ascenseur qui vous mène droit aux enfers après votre mort, ou du récent 88 MINUTES !

 

Faîtes vous plaisir :offrez une fleur à Madame, fumez une cigarette, acheter aux enfants un t-shirt Spiderman, profitez-en pour faire la vaisselle qui traîne dans l'évier, bref faites autre chose que donner de l'argent à de gens qui n'ont d'autres vocations que de faire des films de comptable pour vous soutirez de l'argent. N'engraissez pas le cochon.

 



Joyeusement Vôtre

 

Dr Devo.

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Filmi

Commenter cet article

vomirencostard 14/10/2008 22:47

Je suis globalement d'accord avec cette critique/analyse, mais en moins sévère quand même. De la gentille série B.J'ai regardé ce film avec légèreté, sans grand déplaisir. Je l'avais attendu longtemps, mais sans en attendre beaucoup, je voulais juste voir Pacino et De Niro sur un même plan, j'ai été servi même si les plans étaient en effet assez mal foutus.

L.J. Ghost 09/10/2008 16:23

Pour mon premier message sur votre très beau site, je tiens à vous remercier, Docteur, pour être une des rares personnes (même sur internet !) qui parle vraiment de cinéma, et, même si je ne suis pas toujours d'accord avec vous, c'est un véritable bonheur de vous lire et de vous relire. J'aurais juste une petite question à vous poser : au lieu de parler des étrons comme La Loi et l'Ordre, écrirez-vous un jour sur cette série merveilleuse qu'est How I Met Your Mother ? J'ai cru comprendre que vous l'aimiez beaucoup également, ne mérite-t'elle pas l'honneur d'un article sur votre site ?Toutes mes amitiés, et longue vie à Matière Focale !L.J.