BASIC INSTINCT 2, de Michael Caton-Jones (USA-2006) : Mon Tout dans ton Tout, et Réciproquement

Publié le par Dr Devo

(Photo : "Pénétration de la Page Centrale")

 

Chers Focaliens,
 
Entre deux lectures de la REVUE DU CINEMA (en kiosques depuis quelques jours, co-rédigée par des gens de ce site), continuons d'aller au cinéma et de briser la petite série noire qui s'abat sur votre serviteur. J'approche la quinzaine de films avec anxiété. 15 films et un seul de bon, parmi ceux que j'ai vus au cinéma (et encore, c'était LA MORT AUX TROUSSES, et donc une reprise). En attendant des jours meilleurs, je me regarde quelques DVD auxquels je consacrerai un article bientôt. Vous allez voir, on devrait s'amuser...
 
En attendant, puisqu'il semble impossible de voir un chouette film (avec la contrainte de l'emploi du temps professionnel aussi, il faut bien l'avouer), nous tentons le choix par le pire en allant voir BASIC INSTINCT II ! Quelle drôle d'idée. Si le N°1 a sa petite réputation, voire sa réputation, culte (évidemment, à l'époque, Verhoeven était un petit chouchou), je dois avouer, et le Marquis avec moi d'ailleurs, que j'ai toujours trouvé le premier épisode de cette désormais série absolument lamentable, et encore une fois, malgré sa réputation, pas ambigu pour un sou, mais au contraire très mal fichu. [Quand la mise en scène désigne explicitement que la réalité est blanche, puis se contredit pour dire qu'elle est noire, et ce sans utiliser l'interaction entre les deux versions antagonistes, sans jouer de cette contradiction, c'est que le scénario et / ou la mise en scène sont mal fichus, ce n'est pas de l'ambiguïté... Et même sans ça, BASIC INSTINCT est tout simplement une petite chose à mes yeux.] Suis-je masochiste d'aller voir le N°2 ? Suis-je sadique pour vous infliger cette critique ? Et aimez-vous, chers lecteurs, avoir mal en lisant ceci ? Pour être honnête, je me garderai bien de répondre à votre place, mais en ce qui me concerne, je l'avoue, dès que j'ai vu le film-annonce de BASIC INSTINCT II, je me suis dit que c'était pour moi, ce petit machin croquignolet. Je me suis dit : "Personne ne va aller voir ça, mais mon petit gars, ce film a été réalisé pour toi !".
[En fait, la promo me faisait penser à une espèce de parodie (involontaire) ricaine, façon jambon de York, d'un giallo ! Ça avait l'air tellement improbable... Et vous savez qu'ici, on recherche l'Incongru et rien d'autre. Un film doit être ouvert à tous les possibles, et donc imprévisible. Vas-y fonce, petit Docteur, fonce petit gabarit, et chauffe la carte illimitée Pathugmont.]
Catherine Tramell est désormais à Londres... [CATHERINE TRAMELL ! Formidable ! Quel nom ! C'est le top de la splendouilletterie. D'habitude, je désigne les personnages par le nom de leur interprète, mais là, je désignerai Sharon Stone par le nom de son personnage, c'est tellement délicieux. Improbable ? Affirmatif ! Et quoi d'autre ?]
Catherine Tramell est donc à Londres et elle ne change rien à ses habitudes. D'entrée de jeu, la blonde mûre, plus que jamais sûre d'elle, sort de boîte et donc de nuit, au volant de sa sublimissime et coûteuse voiture de sport (la marque est citée, mais je ne connaissais pas), dans laquelle elle ramène un jeune noir bien de sa personne mais ayant un peu abusé de substances. C'est la nuit, la douce, la belle, et Tramell fonce dans les rues vides de Londres, ne reconnaissant plus personne. Les vibrations de sa machine ne suffisent plus à satisfaire sa soif de volupté, quand bien même elle roule à plus de 100 km/h. Elle décide sans rougir d'utiliser la main d'ébène comme sextoy, et la guide dans son triangle d'or, comme disait le poète. Une main sur le volant, une main sur la main du jeune homme, et le pied qui défonce la pédale [Il y a une troisième personne dans la voiture ? Ha-Ha. NdC] : c'est l'extase qui monte... Le compteur du bolide s'affole, et la jouissance mentale et perverse se termine dans l'humidité la plus complète, si j'ose, car la voiture fait une sortie de route, défonce un panneau publicitaire 4 par 3 (Mmmmmm....) et plonge dans la Tamise. Une ceinture bloquée, la drogue coulant à grand flot dans ses veines, le jeune homme ne peut, malgré l'aide de la Catherine, se dégager du cercueil mécanique qui s'enfonce dans le fleuve. Tramell ne peut faire autrement, et abandonne son futur ex-compagnon de jeu. À peine arrivée à la surface, à peine une bouffée d'oxygène inhalée, que le visage de Catherine Tramell est univoque : ce genre de péripéties fait que la vie vaut le coup d'être vécue !
Quand on va vite en besogne, si j'ose, il faut rendre des comptes. David Thewlis (formidable acteur de NAKED de Mike Leigh, film fabuleux, et dieu sait que je suis très dur avec Mike Leigh), est inspecteur de police, et le lendemain, il convoque la Stone. Il veut la faire plonger, ha-ha, car il sait, au fond de lui, que la dame sexiste et riche et insatiable sur tous les plans est une psychopathe dangereuse. Malheureusement, le flic consciencieux n'a aucune charge contre elle, malgré le passé sulfureux de la dame. Il décide donc de lui faire passer une expertise psychologique.
Et c'est là qu'entre en scène l'ineffable David Morrissey (son nom d'acteur dans Londres déserte). C'est un expert, quelque peu rongé par le passé, mais c'est un grand de la psychologie. Il va sûrement d'ailleurs rejoindre l'élite de l'élite, en intégrant le plus prestigieux des pôles d'enseignement universitaires. Il interroge donc Tramell, la provocante, la gouleyante (euh...), qui lui fait du gringue à 400 à l'heure. Lui, tout flegme britannique dehors, ne se démonte pas et livre à la Cour un portrait psycho très à charge contre la femme voluptueuse. Et la cours décide de relâcher l'écrivaine à succès (ben oui, elle est écrivaine de best-sellers de thriller d'autofiction, et donc elle est richissime).
Quelques jours plus tard, Tramell débarque dans le cabinet de Morrissey qui l'oriente, déontologie oblige, vers Charlotte Rampling, psychologue également et amie surtout. Mais la Catherine insiste, elle veut se faire psychanalyser par David sinon rien. Il ne devrait pas, mais accepte, mettant ainsi le doigt, oh oui, oh oui oh oui, dans le dangereux engrenage de l'obsession perversion. La phalange dans le piège à loulous, Morrissey plongera-t-il, et surtout découvrira-t-on enfin si la Tramell est oui ou non la sewiaul-killah présumée… ?
 
Vroum! Gare, gare, gare au cinémastock ! Evidemment, quand je vis le film-annonce (flash-back sur mon premier paragraphe), je me suis dit que ce petit David Morrissey [son nom d'acteur dans la psuquée (si je veux) déserte] que la presse a largement et justement (enfin pas vraiment, mais de peu, j'y reviens tout de suite) salué pour son charisme de fouet de cuisine ou de concombre, c'était merveilleux. Pas connu (mais grosse filmo sous la cravate), ternasse, pas vraiment beau, en tout cas loin d'être irrésistible, mais sans la démarche d'ex-alcoolique cockney de Thewlis par exemple (ex-SDF cynique après tout), le Morrissey arrive là comme un cheveu (à moins que ce ne soit un poil) sur la soupe ultra-friquée et supra-branchouille hollywoodienne. Morrissey n'est pas un plouc : c'est un cadre. Avec du gazon devant la maison, ou une Mégane, ou avec un appartement en plein cœur de Londres, et encore mieux, avec une assurance vie. C'est un super-cadre, il a réussi. Mais, notez la nuance, ce n'est pas une star justement. Bernard RAPP, à qui je parlais de la bande-annonce avant d'avoir vu le film, émettait l'hypothèse, très réaliste du reste, que Stone avait sûrement dû imposer de drastiques conditions pour revenir tant de temps après dans cette histoire de séquelle. Elle a sûrement dû exiger un cachet monumental (ça va en faire, des moustiquaires !), c'est quand même normal (sans rire), et... RAPP se demandait si, justement, elle n'aurait pas imposé un acteur de l'ombre, un petit fadasse de derrière les fagots, histoire de ne pas en avoir, justement, de l'ombre. C'est très probable, d'autant plus que faire un nouveau BASIC INSTINCT, c'est prendre le risque de se voir coller dans les pattes un petit mignon ultra-canon et populaire jusqu'à la mort, un voleur de vedette. Adieu Brad, adieu Clive, adieu Wentworth, adieu Patrick (non, je déconne !). Stone est tranquille, elle peut tout s'accaparer. Arriviste sûrement, et extrêmement bien joué.
 
Et ce, bizarrement, à plus d'un titre. Ce genre de projet de rente, ça ne se construit pas autant sur le plateau que les autres films, ça se joue aussi beaucoup en amont, en pré-production, dans les coulisses, et producteurs et scénaristes exploitent, à raison je trouve, la réalité de la situation : ce sera le Sharon Stone Show, ou plutôt, soyons juste, Stone / Tramell (Catherine Tramell !) vampirisera le film jusqu'à le dé-conceptualiser ou plutôt le re-conceptualiser. L'arrivée de Stone, son acceptation au prix fort, et bien il faudra l'utiliser dans le film extra et intra-muros !
 
Et c'est là que le film est le plus malin, et même relativement sympathique. On s'aperçoit de suite, dès l'entame comme ils disent, que la production est plutôt friquée, qu'il y a de l'effort, et qu'on ne se contentera pas de cheap, à quelque niveau que ce soit. La direction artistique est peut-être de mauvais goût, mais elle est soignée, la lumière prône la léchouille (ostentatoire bien sûr, ce qui peut dégoûter, j'en conviens), c'est du riche. Stone / Tramell vampirise donc tout, c'est elle l'accessoire, c'est elle l'effet spécial, et plus que tout, et c'est bien là le plus impressionnant, on aura rarement eu autant l'impression que sous Tramell, Stone est plus que là, elle est omniprésente. Les négociations de pré-production dont je parlais ont effectivement été intégrées, de gré et avec force, dans le film lui-même, et ça marche. Stone et Tramell sont le même personnage, elles jouent le même jeu, dans le sens où elles sont toutes deux (et bien sûr, c'est la même) irrésistibles ou prétendues telles, fonceuses c'est certain et omnipotentes. Changeons d'axe.
Et Morrissey, pour le meilleur et pour le pire, est aussi intégré dans le film de la même manière, mais de l'autre côté de la barrière bien sûr. Les premières quarante minutes fonctionnent donc. C'est très surprenant. [Ce n'est pas non plus l'extase du siècle, attention, entendons-nous bien. Mais ça fonctionne raisonnablement.] Il y a une double impression très forte dans ces deux grosses premières bobines (à vue de nez). L'impression de se cogner constamment contre un mur, car Tramell est omnipotente. Elle a d'ailleurs négocié sévèrement le rôle de Stone, comme je le disais (même si c'est uniquement pendant ces deux premières bobines). Elle est insaisissable. Elle est puissante, vulgaire sans doute (ces vêtements ! c'est pas palace du tout !), mais elle a toutes les cartes en main. Sur les plans moral et social, c'est une perverse, certes. Mais en fait, elle ne fait que jouer le jeu de la Société dans son entier, qui est organisée comme ça, et ce n’est pas autrement. C'est une femme forte, parce que c'est une femme logique, qui a compris complètement comment fonctionnait notre monde occidental. Il y a chez elle un côté Devo dans la façon dont elle se joue du monde en prônant justement son ordre d'évolution, en (dans le) progrès, et en se le réappropriant. Tramell joue dans les règles, et c'est pour ça qu'elle gagne. Elle concentre enfin tous les pouvoirs : intelligence (quand même, même si c'est un atout discret), connaissance excellente des institutions et du Droit (ça facilite la transgression toute sécure), et surtout cotations sans cesse haussières et toujours en tête de tableau sur le Marché de la Viande, comme dirait mon ami RAPP ; et enfin, fort logiquement, puissance économique. C'est le Ku-mool des mandats. C'est l'alliance de tout qui fonctionne. Tramell est insaisissable. On pourrait lui imaginer une jeunesse de promotion canapé ou assimilée, puis adulte et indépendante, elle retourne maintenant le jeu en sa faveur et pour cause : elle utilise toute ses règles. [Notons bien que je parle ici du personnage de Catherine Tramel : je ne me permettrais pas du tout de telles remarques sur la sympathique Sharon Stone.]
Donc, ça marche. Ça marche parce que le pauvre Morrissey, personnage grossier évidemment, qui n'est pas taillé dans le platine, mais au contraire dans le bois aggloméré le plus ordinaire, c'est son rôle, ne peut que se prendre le mur en pleine face. Il a certes réussi, mais au fond, il ne reste que ça, qu'un homme limité (homme au sens d'humain et non pas de mâle) avec un i-pod. Il est quand même arrivé à se hisser à la deuxième plus haute marche de cette série A, ce n'est pas rien. Mais, en quelque sorte, c'est tout. Il a perdu d'avance, et c'est le deuxième mouvement de cette première partie du film. Il respecte le Jeu, mais son poids financier et sa côte sur le Marché de la Viande, ce n’est pas ça, c'est autre chose, c'est quand même du deuxième choix.
 
Il y a donc une impression douloureuse que le Gnangnan ne peut pas gagner (ce qui, quelque part, étant nous-même des seconds rôles, nous fait toujours souffrir), accentuée par le jeu de miroirs en abîme dont s'est nourri le film en post et en pré-production. Le film raconte aussi sa fabrication. Le personnage Tramell a gagné, il a déclenché une "sequel", et ça marche. Et en plus, ce n'est pas totalement indigent. Notre cœur souffre, forcément. Bien joué.
 
Revenons sur le plancher (des vaches). La mise en scène est donc léchouillée sur sa droite par la direction artistique. Il y a même un peu de montage dans l'intro (jeu de miroir encore entre le marquage au sol et la lumière au ciel, mêmes traits discontinus, un coup je te vois et un coup je ne te vois pas, jeu suffisant pour faire sens, en quelque sorte, et légitimer l'expérience ; jeu hypnotique aussi). Le film se déroule en masse molle, nébuleuse, et terriblement de guingois, mais qu'est-ce qui nous arrive ?, et devient une sorte de no man's land qui fonctionne. Quelque chose d'improbable et d'incongru (de manière matérialiste peut-être, mais ce n'est pas une raison pour ne pas le reconnaître). Sans génie, mais ça trouble. L'improbabilité absolue de la chose, le factice du scénario et du film lui-même, son arrivisme assumé, voilà qui nous plonge dans la perplexité : ce film est hautement improbable, et pourtant il existe, toutes soupapes hurlantes, à fond la caisse (!). C'est un fantôme-fantasme qui a son incarnation. Et ça, au cinoche, ça fonctionne, là aussi pour le meilleur et pour le pire.
Morrissey est aussi à l'image de la "certaine" qualité du film : fade certes, concombresque et démasqué, bien sûr, mais regardez bien dans cette première partie, le gars est attentif. Pas nullissime comme prévu. Dieu bénisse le responsable du casting : Morrissey incarne à fond la soumission ! C'est tactiquement un excellent choix, et même un bon placement.
 
Ça se déroule, on est troublé, non pas par les fresques érotiques du film (très léger de ce point de vue, c'est vraiment un film de Verbe, le sexe n'est qu'une surface glacée en deux dimensions, car l'essentiel est d'en vendre le parfum, et non pas de faire mouiller les culottes : c'est une séduction de pauvres, de nivellement par le bas (si j'ose), dans laquelle j'ajouterais que la masse, dont vous faîtes peut-être partie, s'engouffre quotidiennement avec volontarisme et plaisir en dehors de cette salle de cinéma, et ce jour après jour), mais par le flottement du film, imparfait mais très calculé ; on est incrédule (et pourtant, ça tourne), et le film se déroule dans cette gaze bizarre. On finit par ne plus savoir de quoi ça parle, et pourtant tout est là, très palpable, en mode de représentation certes (c'est quand même un art, le cinéma) mais quand même. Territoire ambigu, malsain... et aussi très splendouillet.
 
Malheureusement, le film finit bien sûr par s'écrouler et s'avère bien moins malin que Catherine Tramell. Il faut expliquer, expliquer, et encore expliquer. Mettre les points sur les "i", sortir de l'esbroufe et du Mystère. Bref, le film n'est pas assez rigoureux dans sa folie rationnelle et branque et préfère (quel manque de tact !) se reposer définitivement sur la Loi du Marché. Et de ce fait, il se met à courir vers un remake de BASIC INSTINCT (d'où la menace hors-champ de faire débarquer Michael Douglas, dieu merci, même si j'ai eu peur, le gars reste un fantôme et on ne le voit pas). Et c'est reparti pour un thriller de plus, pour une heure dix pénible de rentabilisation de franchise la plus morne, la plus grise et la plus attendue. Où sont les jeux de représentation (le superbe monitoring dans le commissariat qui sous-tend que le film n'aurait pu être que du split-screen, ou mieux encore, uniquement tourné en caméra de surveillance), où est le jeu fantastique de bon aloi (Stone / Tramell regardant M. Concombre via CNN, peut-être la chose la plus belle du film, même si c'est simple), où est cette humour de faux plat laborieux (Thewlis demandant à Concombre s'il y a une télé près de lui !) ? Où sont les bagages ? Où sont les voyageurs ?
 
À la trappe. Le rationalisme a gagné sur la masterisation du jeu social et économique, Stone et Tramell se re-dissocient (et qui gagne ? Au profit de qui, d'après vous ?), et le film redevient la petite bouse promise, bouse due. C'est le spectateur du N°1 qui a été flatté, c’est bien dommage, et pour le cinéma et pour les recettes du film. Le banal revient, et Stone, laissant Tramell seule, redevient la banlieusarde qu'elle est. Elle a perdu, et nous avec. Les exécutifs se frottent les mains, mais ça ne durera pas si longtemps que ça. Fermez le banc, jisquette et retour au bus.
 
Il ne reste plus rien du projet vaporeux mais logique de la première partie, et c'est la carte Joe Eszterhas (scénariste piteux du premier) et celle de Verhoeven qui est jouée à fond, précipitant le spectateur et le Cinéma dans la salissure. Ça bondit, ça rebondit, ça fait des pirouettes dans tous les sens, ça recycle à tour de bras (principalement discothèque et saphisme même pas montré), c'est n'importe quoi. Comme un TGV qui met un kilomètre à s'arrêter en cas de freinage d'urgence, ça n'en finit plus, jusqu'à la conclusion débilosse en forme de flash-back même pas vrai, censé distribuer des pulsions meurtrières à la sauvette et à la va-vite pour ceux qui n'auraient pas eu leur compte de meurtres. Quelle tristesse ! BASIC INSTINCT II est donc bien l'étron de son maître, c'est-à-dire la deuxième resucée du premier, un film donc sans aucune espèce d'intérêt. On ira, pour ceux qui veulent de l'incongru et quasiment de l'expérimental, voir ou revoir le beau COLOR OF NIGHT de Richard Rush, grand film du Cinéma de l'Incongru, très sympathique, dont le Marquis avait déjà parlé ici. La première partie de BASIC INSTINCT II ne fait finalement que courir après le modèle, sans peut-être même en avoir conscience, et on est bien loin de la malice du film de Bruce Willis. BASIC INSTINCT II, oui, forcément maladroit malgré un (petit) soin relatif vite abandonné, n'est qu'une chose hypocrite et qui feint la logique. On est loin du banco de tout promis, semblait-il....
 
[Une note avant de nous quitter : Charlotte Rampling, dont je m'étais juré de plus aller voir aucun film après l'affreux LEMMING, est formidable dès la première seconde du premier plan. Je m'explique. On la voit de loin dans un cocktail... en train de rire de façon mondaine. Ici, elle est douce, forte, décontractée mais concentrée. On l'aborde avec un rire. En France, la pauvre, on ne lui propose que des rôles de "bonnet de nuit" (belle expression d’Isabelle Huppert pour dénoncer le tout-tragique issu du théâtre et envahissant le cinéma). Une femme perverse et trouble ? Charlotte Rampling !!!
La Dame vaut mieux que ça, et je lui présente mes excuses : elle n'est que victime des rôles qu'on lui propose, c'est-à-dire toujours le même, toujours le même, et encore le même. Ici différente et plus fouillée (et oui !), elle montre non seulement l'étendue de son talent, son champ de travail très étendu, et surtout son extrême attention, toute anglo-saxonne, qui consiste à jouer avec le plus de nuances possibles et le plus grand des sérieux, dans tous les rôles, fut-ce un second couteau dans BASIC INSTINCT II ! C'est la seule qui sort avec majesté de l'entreprise. Elle m'a redonné le goût de la revoir. Franchement, c'est la classe.]
 
Déceptivement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
PS : Dire que j'ai failli voir le machin sur le Rwanda il y a deux ou trois semaines parce qu'il y avait John Hurt dedans, et que je ne l'avais pas vu depuis longtemps (j'adore le bonhomme). Dieu merci, je me suis aperçu que la chose était réalisée par Michael Caton-Jones. D'un côté, ça joue le cinéma humanitaire engagé à trois balles (sans doute), et de l'autre, ça fait BASIC INSTINCT II ! Bravo, c'est du propre, comme dirait Mr Mort, et ceci prouve bien cela !
Une autre anecdote : Ouest-France a trouvé que ce film n'avait pas la subtilité échevelée du premier ! Encore mieux, LE  MONDE, je crois, félicite le réalisateur d'avoir distillé une ambiance européenne dans le film ! Formidable ! Merveilleux... Et pas du tout exceptionnel, l'action se situant à Londres ! Ha, ces collègues ! Toujours le mot pour rire !
Enfin, soyons juste, le jeu de Sharon Stone dans la première partie est plutôt précis, et bien senti. Elle est très consciente. Après, elle sombre avec tout le reste...
 
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Publié dans Corpus Filmi

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Patchworka 07/04/2006 11:33

Bonjour,Tout d'abord félicitation pour ce site.Je tiens à noter que pour l'instant, je n'ai pas vu la revue du cinéma en vrai dans ma ville, mais je poursuis mon enquete.J'y vais à l'instinct. C'est basique, mais ça peut marcher.

kfigaro 07/04/2006 10:22

moi non plus, je n'aime pas le film "Basic instinct" (c'est vraiment banal et commercial), par contre la musique de Jerry Goldsmith est vraiment superbe et très envoûtante dans ce film...

Bernard RAPP 06/04/2006 18:49

Verhoeven n'a jamais fendu des briques, mais je trouve la période du pays des tulipes assez intéressante. Surtout le cadre, UN cadre en particulier dans Turkish Delight, décadrage bizarre bizarre sur le canapé, avec une tête de profil tellement bord cadre qu'on ne voit pas le visage, juste les cheveux, et un grand vide derrière qui occupe l'essentiel de l'image, Mmmmmh.

Dr Orlof 06/04/2006 17:53

Ah! que ça fait du bien de lire ça! je n'ai évidemment pas vu ce deuxième opus mais ça fait du bien de se rendre compte qu'on n'est pas seul à détester le film de Verhoeven qui est, la séance fameuse de l'interrogatoire exceptée, une grosse daube.
Je pense d'ailleurs que ce monsieur est un cinéaste très surestimé et toujours très lourdingue.
(Ca y est, j'ai vu "la revue du cinéma" en kiosque ! C'est allêchant mais , si je peux me permettre, un brin cher pour les budgets un peu serré :-s )