APPALOOSA d'Ed Harris (USA-2008): Cowboys Fringués...

Publié le par Norman Bates

 Chers Focaliens,


L'équipe de Matière Focale se recompose petit à petit. On accueille aujourd'hui mon dernier mercenaire, le fameux Norman Bates déjà webmeistre du
site éponyme que je vous conseille vivement, et qui désormais fera partie de nos rangs. Comme c'est dimanche, il nous propose une petite ballade à cheval et sans facteur...


Acceuillons-le sous nos applaudissements nourris...


Dr Devo.






(photo:"Le Juste Prix à Payer (sur cette Pierre, je bâtirais...)" par Dr Devo, sur un concept de John Mek-Ouyes et d'après une photo de Léon Trotsky)


 

 

Quand ce bon Dr Devo m'a proposé d'écrire pour Matière Focale, ma vie a changé. Du marasme de mon ancienne existence je passe sous les projecteurs aveuglant de la lumière focalienne. Difficile de voir le changement à vue d'œil : je suis toujours le même qu'avant, toujours les mêmes bottes, les mêmes répliques que tu aimais tant, le même air ahuri mais maintenant la foule se presse au portillon, à moi les commentaires de focaliens éclairés, les soirées mondaines, les femmes, le champagne et les ray-ban aviator. Qu'est ce qui fait la différence ?, me direz-vous avec cet air de chien battu.  Mais tout change mes petits, ce n'est pas une question de texte, de style : c'est une question d'espace et de temps, c'est la spécificité du lieu, le fait que je porte des costards bon marchés et des chaussettes rayées. Le changement a commencé, regardez, j'écris des critiques en utilisant le "je" (point 23 de la charte du Dr Devo), j'ai appris chaque point de la charte de la critique, alors je rentre dans la salle armé pour tenter d'approcher l'œuvre comme un authentique moment d'Art, chose à laquelle tout film devrait prétendre. Je vois que les lumières s'éteignent, l'écran s'illumine : ne vous inquiétez pas, ce n'est que l'Expérience qui commence...


Far West. Vigo Mortensen et Ed Harris vendent leur protection de villages en villages. Mercenaires au service de la loi, ils défendent les braves gens contre la racaille de la pire espèce et Jeremy Irons. Lorsqu'ils débarquent à Appaloosa, la situation est plutôt tendue : les notables locaux ne savent plus quoi faire pour empêcher Irons de nuire. Les deux cowboys acceptent a condition d'avoir les pleins pouvoirs et un pin's en forme d'étoile. Dans le même temps, Bridget Jones débarque en ville, et le moins que l'on puisse dire c'est que le pouvoir et la virilité ne l'intimide pas...


Il faudrait créer un genre du film-compilation. Vous prenez tous les clichés inhérents à un genre, quelques stars qui passent dans le coin, un réalisateur anonyme et sans ambitions, vous sortez des déguisements, une BO bien référentielle, et vous avez des films comme LES CHORISTES en France, ou ici APPALOOSA. Le scénario ne nous épargne rien : cowboys solitaire, forcement un peu bourrus mais gentils au fond (ils défendent la démocratie avec des flingues tout de même !), intrigue à base de méchants mal rasés qui ne comprennent pas les fondements d'une société rationnelles, attaques de trains, duels devant le saloon, indiens aux noms d'oiseaux, amitiés viriles, femmes au foyer... C'est le même principe qu'une attraction à Mickey-land : ressusciter le phénomène "western" de quand-on-était-petits. Du sable, des chapeaux, des ranchs et des chevaux, Ed nous fait le grand numéro ! Il nous rajoute, en plus, pour le même prix : quelques petites répliques bien senties, Viggo Mortensen en Trotsky Luke, quelques gags vaudevillesques (ca fait DESPERATE HOUSEWIVES !) et au final un grand feu d'artifice de choses disparates, mais certainement pas un film intéressant.


Même si le principe est critiquable, il est toujours possible de faire un film pas trop infâmant en faisant ce pour quoi on a payé: du cinéma. Et pour ne pas faire durer le suspense, c'est du même acabit. Aucun rythme, montage planplan (filmer les actions, point), Ed Harris se contente de coller bout à bout ses bouts de scénarios filmés. Jamais entre deux plans on aperçoit l'infini, ni même un bout de menton d'un frère Bogdanov ! Que le sacro saint scénario soit fermier de loué ! La photo et le cadrage sont très anonymes, voir inexpressifs. Tout est beaucoup trop propre, jamais on ne sent la poussière ou la chaleur écrasante du désert. L'ennui gagne très rapidement à la vision du film, la fin est l'aboutissement magmatique du pénible fait pellicule. La mise en scène offre autant de surprise que le scénario, c'est dire le néant, atteint en combinant les deux. C'est d'ailleurs la seule chose proprement vertigineuse du film : le néant ressenti par le spectateur atterré lorsqu'une fusillade se termine par un fondu au noir pour reprendre dans une cuisine.  La seule chose qui sauve le film c'est Viggo Mortensen. Plutôt bon acteur d'habitude, il est ici proprement splendouillet, il faut le voir, avec son petit foulard et sa moustache encartée au parti, prendre la pose pour un duel au revolver. Jamais le cadrage n'évoque l'espace, ne met en perspective l'infini, ce qui est pourtant le milieu du cowboy. Tout se passe dans ce scope qui parait alors bien petit.


Depuis John Ford on savait qu'un Cowboy appartenait à son époque, mais avant tout à son espace. Chez Ed Harris, on fait disparaitre l'espace au profit de l'époque... Film à costume, quand tu nous tiens.





Norman Bates. 



 

Publié dans Corpus Filmi

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clovis simard 08/11/2011 12:34



Blog(fermaton.over-blog.com),No-19, THÉORÈME DE CURIE.


Marie Curie: MARTYRE DE LA SCIENCE?



Norman Bates 11/01/2009 23:14

Héhé j'arrive apres la bataille, merci à la cavalerie qui a pris mon parti, j'estime quant a moi, dans mon role tres modeste de critique solitaire ecumant les salles obscures que payer 8 € pour voir un truc pareil, 2008 ou pas c'est grave abuser comme disent les jeunes. Cette critique part juste de ce constat, l'explique comme je peut, et est loin d'imposer une vision du western. D'ailleurs j'aimerais bien avoir votre avis, cher Julien, sur Le bon, La brute et le cinglé, ca m'interesse vraiment.

Julien 08/01/2009 23:45

Honnêtement ? Je suis plus d'accord avec ta critique dans sa forme, Devo (mais pas sur le fond). Casser un film comme Appalossa à ce point, alors qu'il obtient, pour ma part, une mention plus qu'honorable (l'un des 10 meilleurs de ma saison 2008), je trouve ça suspect. Quand je renvois à la période européenne, c'est seulement en rapport avec le côté caricatural du western. Mais j'ai bien écrit qu'Harris s'inspirait d'Hawks et de Ford. Critique par l'absurde donc. Et je note que Le grand silence refait beaucoup parler de lui en ce moment, je lui ai consacré une note récemment, comme Vincent d'Inisfree.On peut reprocher à Appaloosa son manque de rythme sur la fin, des gros traits de pinceau pour un de ses personnages, de là à le descendre comme vous le faites, surtout au cours d'une année 2008 bien pauvre en films à retenir, je trouve que, malheureusement, ça discrédite un peu son auteur. Après vous avez raison, on a le droit de dire ce qu'on pense. J'en ai fait de même, et sur le même ton. Ceci dit, j'ai fait le tour de la question. A bientôt pour d'autres polémiques (il se trouve que je suis souvent dans les polémiques, allez savoir pourquoi).

Dr Devo 08/01/2009 23:10

Chers Tous,Tout d'abord un simple rappel: le critique et c'est bien la moindre des choses a le devoir de dire ce qu'il pense, et si Norman pense effectivement que APALOOZA lui semble faible, je ne vois pas ce qu'il ya de honteux bien sûr, ou de déplacé à le dire. Qu'il est raison ou tort d'ailleurs. Je trouve ça tout à fait normal. L'unanimité est toujours suspecte.Faire une critique négative n'est pas un crime!Je crois que Norman, le connaissant un peu par son site éponyme, n'est pas vraiment le genre de critique qu'on puisse taxer de mépris face aux conventions du film de genre dont il est au contraire un fervent défenseur.Pour ma part, et là aussi cet avis n'engage que mes perceptions et mon ressenti, je serais assez d'accord avec Norman. je crois que Julien n'a pas tort quand il dit que Harris recherche une certaine simplicité. mais dans le même temps, à l'instar de Norman, le compte n'y est pas. je trouve la mise en scène plate, et le cadrage anonyme. Le montage me parait strictement narratif, sans idée signifiante, et très suiviste du scènario. Et globalement, je trouve le film très pauvre d'un point de vue ryhtmique, sans débrayage, sans variation. Ca coule gentiment, mais san aspérité, et sans paradoxe. On est très loin, et là c'est un gros point de désaccord avec Julien, de la traidtyion européenne du western de Fulci (au hasard) à Corbucci. Pas un plan dans LE GRAND SILENCE par exemple qui ne soit signifiant: les jeux sur les echelles de plan, les axes sont constants, et le film est toujours graphiquement surprenant. (sans parler du son magnifique dans ce film). Même si le western européen n'a pas accouché que de chef-d'oeuvres comme son homologue hollywoodien, je trouve globalement que le film de Harris, bon ou mauvais, plus proche du western US. D'où la surprise à cette remarque.enfin, et assez rare dans la critique pro ou amatrice, Norman après avoir livré son sentiment global, me parait quand même argumenté SON point de vue, en parlant de cadrage, la photo, le rythme et  le manque d'asbtraction ou de poésie de la chose, très soumise au scénario. On est loin d'une critique à la BRICE DE NICE, non?ceci dit, merci à tous, voilà longtemps qu'on avait pas eu une petite polémique sur Matière Focale!Bisous à tous!Dr Devo.

Julien 08/01/2009 21:56

Couché le bon samaritain, Norman est assez grand pour défendre son point de vue. Si je dois aller au trône, j'ai l'impression que j'y serai bien accompagné. Quant tu évoques les clichés du western Norman, tu es sérieux, ou bien simplement tu fais un lapsus avec ce qu'on appelle les codes du genre ? Parce qu'à ce titre il n'y a que peu de westerns qui ne sont pas clichés et tu fous à la poubelle toute l'époque européenne du western... Concernant la mise en scène, simplicité n'est pas synonyme de pauvreté. Que tu appuies sur les défauts de la dernière partie, un peu répétitive, ou que tu évoques le côté un peu caricatural d'ED (son inculture avec les mots par exemple), ça c'est objectif. Pour le reste, je lis surtout une critique à la Brice de Nice : j't'ai caaassséééé... Enfin bon, c'que j'en dis...