VICKY CRISTINA BARCELONA de Woody Allen (USA-Espagne, 2008): Il y a de quoi se faire du mouton !

Publié le par Mr Mort





Sans me vanter, je prépare actuellement un article de fond pour Matière Focale qui sera comme une déclaration de guerre au cinéma dans son entier, je dis bien à toute la profession, mais en attendant d'envahir la Pologne en entartant tout le monde, je vous propose une virée plus pacifiste parmi les champs de blé, histoire de cueillir quelques pâquerettes et de se faire des bisous...



On n'a pas eu le temps de se faire un thé ou de se gratter la fesse gauche que déjà Woody Allen, pas loin de 127 ans au compteur, revient avec sa dernière livraison, alors même que j'ai la nette impression, pour ne pas dire la certitude, d'avoir vu LE RÊVE DE CASSANDRE il y a trois semaines. Comme le dit avec raison Madame Boulic de Perros-Guirec, "comme le temps passe..." Mais, vous le savez, bosser à Matière Focale, c'est un sacerdoce, une vocation entièrement tournée vers vous, chère lectrice, et de fait, ne renonçant à rien sinon ma vie privée, rien que pour vous, je m'enfonce en salle. Le temps passe, certes, mais ça n'empêche pas de suivre les règles...


(La phrase précédente contient un jeu de mot pourri. Comme on dit à Télé 7 Jours, "les amateurs apprécieront".)



Deux jeunes américaines vont se perdre en Espagne, et pas du tout pour voir des films d'Almodovar. C'est l'été et elles comptent bien en profiter. Elles ne tardent pas à rencontrer Javier Bardem, ce qui est assez normal car il joue dans 9 films espagnols sur 10. Bardem est un peintre contemporain (ouille !) qui sort d'une aventure sentimentale désastreuse. Son "ex" a effectivement tenté de le tuer ! Il invite les deux Américaines à venir dans sa villa secondaire, pour boire des coups, visiter des monuments et "faire l'amour". Scarlett accepte, mais Rebecca, déjà fiancée et qui ne partage pas les mêmes idées sur les choses de l'amour (elle préfère Cabrel à Hallyday, je crois...) voit tout cela d'un mauvais œil. Elles suiventquand même Bardem qui va faire chavirer leurs deux cœurs. Scarlett devient la maîtresse de Javier. Rebecca couche avec lui une seule fois, mais c'est assez pour bouleverser ses certitudes amoureuses. Et quand l'ex, Penélope Cruz, débarque, la température monte d'un cran. Tout le monde décide alors de visiter l'Espagne à tricycle, et ça, quand même, ça fait rêver...


Ouuuuuuuh ! Naughty, naughty, naughty boy ! Deux actrices canons, un pays de rêve où on ne fait qu'aller au restaurant, boire du pinard à 40 euros la bouteille et visiter des musées et des monuments merveilleux (l'Espagnol est très artiste !), des intrigues amoureuses à foison, et le tour est joué. Allen, après un RÊVE DE CASSANDRE fleurant bon le théâtre filmé par-dessous la jambe, et deux autres opus plus vieux encore un peu mous du genouille, part en Espagne où il s'immerge jusqu'au cou, hihi, juste pour le jeu de mot. Il n'empêche, on constate que le Allen a resserré un peu les boulons. La photo très splendouillette tend à la léchouillissance suprêmissime. Si vous aimez les filtres orangés et les ambiances tamisées, c'est pour vous. Les autres s'ennuieront gentiment devant la trop grande homogénéité de la chose. Papy Mus(s)o (ha zut, mon jeu de mot est raté, ça c'est l'Italie !) reste maître  de son petit bricolage et soigne un peu plus la copie : petits mouvements élégants de caméra, des cadres en mode tranquilou, dont un ou deux vraiment beaux, etc...  Côté scénario, on se ballade dans les contrées du double-talk, et de la machine bien huilée. Scarlett et Rebecca ont des caractères opposés dont les paradoxes vont se révéler être en trompe l'œil, car elles sont chacune ce qu'on pensait que l'autre était. Ils ont tous l'air de papoter de tout et de rien mais au fond, on sait que tous ces enjeux sont primordiaux et durs...


Ça c'est sur le papier. Dans la réalité vécue en salle, c'est plus compliqué. Aussi soignée soit-elle dans certains petits détails, en général par contre, la mise en scène est très "à la cool, mec", et ces mouvements d'appareils n'apportent pas grand-chose. Un petit split-screen en tout début de film nous fait croire à des choses gourmandes qui n'arriveront pas. Les champs/contrechamps s'enchaînent comme des champs de maïs, laissant un goût bien kitsch aux quelques autres gâteries molles qui suivront. La palme revient à la scène entre Bardem et Rebecca qui, après un concert de "guitare espagnole", je cite, hihi, s'embrassent après une succession  de champs/contrechamps en fondus enchaînés qui arrivent comme des cheveux sur la soupe, pour finir par se terminer de s'achever par un ralenti wongkarwaïen lui aussi splendouillet. Si je décode, je dirais que tout cela reste bien épisodique et maladroit quelquefois, et que le reste du film est d'un carré presque janséniste. Ca manque de chorizo et de cojones de toros, me disais-je en salle, en m'apercevant que tout cela s'enchaînait sans que nous nous endormions, mais quand même en réalisant par moments qu'on ne s'était pas aperçu qu'on avait changé de scène. Ou encore en pensant que cette séquence durait depuis trois heures ou trois secondes et que nous étions incapable de dire où se situait la vérité. VICKY CHRISTINA BARCELONA est relativement soigné, à condition qu'on supporte la photo, mais classique au possible, et plus grave le rythme est trèèèès plat. Difficile de supporter la chose, sans éteindre un peu son cerveau. La voix-off essaie de fonctionner, par le dialogue uniquement et sans jamais jouer avec l'image, comme une troisième lame pour couper le poil  du Convenu et pour rajouter une louche d'antiphrase. Bah, ça ne marche pas, on s'endort ! Ceci dit, faut bien dire que le sujet, bah, ce n'est pas le Allen des années 70/80. J'ai toujours trouvé idiotes les critiques qui lui reprochaient de faire des films de bourgeois. Ça, on s'en fout. Par contre, avant sa préretraite, Allen y allait beaucoup plus sur les paradoxes, sur la cruauté et la violence de l'existence. Même que des fois, c'était drôle. Ici, c'est de la bluette et disons-le tout net, c'est ennuyeux au possible. Le sujet n'a strictement aucun intérêt et tombe souvent dans le marais fétide du romantisme le plus adolescent. On préférerait nettement quelque chose de plus sentimental et donc de plus ambivalent.


VICKY... N'est pas le plus mauvais film du monde. C'est juste un peu fadasse, sans aspérité. Comme la fulgurance et la beauté transcendante ne sont pas exactement au rendez-vous, on s'ennuie ferme, on pense à sa liste de course, etc... Plus insupportables sont par contre les acteurs, pourtant assez bons ailleurs, mais qui ne peuvent s'empêcher de singer le jeu des "acteurs-de-chez-Woody-Allen" ! Que c'est péniiiiiiible ! Alors pour ça, ils sont forts, les petits gars ! Ce défaut sera sûrement rédhibitoire pour beaucoup. Ce "ton Allen" devient quasiment parodique et fait plonger beaucoup de scènes dans le ridicule, alors qu'elles étaient déjà bien fragiles sur le papier glacé du scénario. J'ai beaucoup ri, par exemple, aux scènes de "guitare espagnole", hihi, où les acteurs ont l'air si pénétré en buvant leur Château Margot hors d'âge. Ou bien encore à ces répliques splendouillettes, du style « je vous ai vu pleurer pendant la coda de ce morceau de Ibanez » ou encore la scène où Scarlett photographie les putes ! Ils sont beaux, riches, ne font rien de la journée, apprécient l'Art Officiel Abscond (les giclures de Bardem, "celles-ci est vraiment agressive !", hihi), conduisent des cabriolets années 50, ne bossent jamais, et font des photos de touristes lambdas, oui mais sur un Leica argentique ! Allen nous la mettrait presque mauvaise (hi hi), car ce n'est pas tant les propos huppés de son film qui sont le plus insupportable, mais le petit-bourgeoisisme ahurissant de la forme. Finalement, il s'agit peut-être d'un autoportrait se dit-on, en regardant les photos de Scarlett : Allen est devenu un touriste du cinéma qui visite le pays en buvant du grand pinard, sans compter les dollars, mais dont les photos sont fadasses.




Sinon, on organise une partie de boggle dans la grande salle, ce soir, après la météo... Si jamais, ça vous intéresse...




Mr Mort.





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Publié dans Corpus Filmi

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Dr Devo 04/01/2009 12:52

Rires!Salut Nosferatu!Je dirais cependant: "saleté de petits-bourgeois!", le petit-bourgeoisisme transcendant les classes et se retrouvant dans toutes les couches de la population. [Pour la notion de petit-bourgeoisisme, je renvoie aux livres de Salvador Dali!]Ceci dit, tu as raison, ila souvent été de bon temps, au nom d'un certain cinéma "réaliste" ou "vérité" de reprocher à Woody Allen de ne dépeindre que des bourgeois et des fortunés, remarque que je trouve avec toi, totalement stupide en effet! Ou alors, soyons juste et appliquons à Loach ou Guediguian les mêmes reproches mais inverses! [Je te laisse imaginer alors le scandale!]Salutations!Dr devo.

nosferatu 03/01/2009 19:43

bien dit ! saletés de riches ! bourgeois !

sigismund 17/10/2008 19:37

est-ce que le jeu de mots porte un t-shirt 'Ripolin ' ?

Dr Devo 14/10/2008 22:38

Tiens, c'est marrant, j'y ai pensé aussi... Salutation, Jeanne!Dr Devo. 

jeanne 14/10/2008 20:57

est-ce que le jeu de mot porte sur les menstrues? (décidemment, c'est la 2nde fois que je parle d'intérieur de femme, ici)